Archive for the ‘ Chroniques ’ Category

Body Count – Bloodlust

L’amateur de symboles pourra longuement gloser sur le fait que ce sixième opus soit aussi le plus métal. Body Count est de retour, et ce n’est pas un hasard au regard de l’actualité politique des Etats-Unis. Il ne faut pas chercher loin pourquoi ce 11 titres a des accents aussi Black, comme la colère de la même couleur. Ice T se dévoile plus conscient que jamais, enragé mais engagé. 

Mais parlons d’abord de musique. Ice pose le cadre en rendant hommage, à mi-parcours, à ses influences en matière de heavy. Comme de juste, Tracy Marrow salue Suicidal Tendancies, que Body Count a repris dans son précédent effort Manslaughter. Il paie son tribut à Black Sabbath et, enfin, à Slayer. Les plus vieux se souviennent qu’Ice et le groupe de trash ont composé ensemble un bouillant Disorder sur le bande original de Judgement night. En 1993.

De Civil War, avec Dave Mustaine en invité de poids, jusqu’au final Black Hoodie, Body Count délivre un métal furieux, trash solide, avec quelques restes de son hardcore des débuts pour ne pas trop dérouter le fan fidèle. Mais la présence de Max Cavalera et celle de Randy Blythe, en invité vedette, témoignent que l’inflexion trash black n’est pas de circonstance. 

Ce long format sonne comme le marteau sur l’enclume forgeant l’ensemble plus cohérent que le combo ait jamais délivré. Si le premier titre donne le ton – option encastrage de tête dans les enceintes Marshall -, le rythme prend un tournant plus noir avec All Love Is Lost, avec un Max inspiré, et surtout Walk With Me avec Randy "Lamb Of God". Il ne faudrait pas oublier l’évident premier single No Lives Matter ni, surtout, le définitif Bloodlust, qui constitue, à mon humble avis, le climax de cet opus.
Ce n’est sûrement pas un hasard puisque ce titre, brutal et noir, tout de ruptures, voit Ice dépeindre le goût du sang qui, selon lui, caractérise l’humanité parmi les autres espèces animales. Signe des temps, l’ancien gang member se montre singulièrement préoccupé par son environnement. Et pour cause, à 59 ans, il est papa d’une petite Chanel, âgée d’un an à la sortie de cet album. Sa fille est née après les meurtres de plusieurs Afro-américains par des policiers blancs mais aussi pendant une campagne électorale qui s’est soldée par l’élection de Donald Trump à la tête des Etats-Unis d’Amérique. Il n’est pas difficile de voir que la reprise de Raining Blood aurait bien pu être renommée Reign In Blood en pensant au nouvel occupant de la Maison blanche.  

Cela a de quoi perturber celui qui, dans le plus grand secret, a négocié une trêve entre Bloods et Creeps, les deux gangs les plus puissants et meurtriers de Los Angeles, dans les années 90. Ice T, derrière ses poses de gangster viril, a depuis longtemps mis les mains dans le cambouis pour tenter de prévenir les violences de rue. Désormais, il intègre dans sa réflexion et ses textes une approche plus orientée vers la lutte des classes (cherche dans l’histoire que ce n’est pas un gros mot) sans nier le racisme qui marque, depuis sa création, la culture de son pays.
C’est d’ailleurs le fond de l’emblématique No Lives Matter. Refusant de noyer la réalité xénophobe sous couvert d’un « all lives matter », il rappelle définitivement que « lorsqu’il s’agit des pauvres, aucune vie ne compte ». Au bout du sixième, Ice a choisi : ce sera Malcolm X dernière période. Et le métal dont est fait ce Bloodlust ressemble fort à celui de balles. 

Nathanaël Uhl (2 864 980/306) – (09/10)

facebook.com/bodycountofficial

Century Media 2017

Tracklisting : 1. Civil War, 2. The Ski Mask Way, 3. This is why we ride, 4. All love is lost, 5. Raining Blood, 6. God please belive Me, 7. Walk with me, 8. Here I go again, 9. No Live Matter, 10. Bloodlust, 11. Black Hoodie
 

Wolve – Lazare (EP)

WOLVE avait su très favorablement nous impressionner en 2014 avec la sortie de Sleepwalker (chronique ici), un disque abouti et maîtrisé. Deux ans plus tard, les voici qui se rappellent à notre bon souvenir avec un nouvel EP sous le bras, Lazare.

L’aura de mystère dont le groupe aime se parer est bien au rendez-vous et la première chanson éponyme prend le temps de poser une ambiance, une atmosphère, entre douceur et recueillement. Julien Sournac chante mais la voix sonne en retrait, en arrière-plan du paysage musical tissé par la guitare et les rythmiques basse-batterie. Une montée soudaine de l’intensité, une agressivité et une violence inattendues déchire ce voile atmosphérique et donnent une orientation beaucoup plus rock à coup de riffs distordus. Le trio semble prendre un malin plaisir à alterner les rythmes et montre un visage beaucoup plus direct et brut de leur musique. Cela vient sans doute de la démarche adoptée puisque WOLVE a voulu enregistrer au maximum en condition live pour retrouver cette fraicheur et cette énergie originelle. « Porcelain » se veut plus posé, plus classique du son WOLVE avant qu’une fureur aussi folle que soudaine ne s’exprime dans l’interlude « Inferno ». « Far » repart sur les mêmes bases que « Lazare » et déploie cet univers sombre, tantôt tout en douceur et en mélancolie tantôt beaucoup hostile et violent.

L’ombre de la scène rock anglo-saxonne plane sur cet album, entre Jeff Buckley, Beck et RADIOHEAD. Mais WOLVE a su intelligemment digérer toutes ces courants et Sournac a su développé sa propre patte musicale. Comme Sleepwalker, Lazare démontre la maîtrise du trio parisien mais nous en voudrions plus, un véritable album long et ambitieux. Espérons que cet EP annonce la sortie dans les mois qui viennent d’un véritable deuxième album.

Oshyrya (07/10)

 

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Autoproduction / 2016

Tracklist (17:59 mn) 01. Lazare, 02. Porcelain, 03. Inferno, 04. Far

Vola – Inmazes

Sur le disque promo reçu à la rédaction, il est noté « Imaginez les sonorités classique d’un PINK FLOYD mélangé avec RAMMSTEIN et une touche de MESHUGGAH ! ». Et en lisant cela, on se demande si le label a vraiment rendu service au groupe en lui accolant immédiatement une étiquette aussi forte, invoquant l’esprit de trois groupes majeurs à l’identité bien marquée, à un groupe qui fait ses débuts avec ce disque. Oui ces noms sont ronflants mais tout de suite, le fardeau devient plus lourd.

VOLA est un quartet basé à Copenhague qui construit son univers et son identité musicale depuis presque une décennie. Ils comptent déjà à leur actif deux EPs, Homesick Machinery en 2008 et Monsters en 2011. Après trois ans de composition et d’enregistrement VOLA publie en autoproduction, au format digital, son premier album, Inmazes. Mascot Records les repère alors et les signe dans la foulée. Une deuxième chance est offerte à ce disque qui ressort et peut bénéficier d’une bien plus large distribution.

Les plus perspicaces d’entre nous l’ont deviné avec le descriptif mentionné ci-dessus, les danois propose une musique expérimentale difficilement classable tant les styles et les influences se mêlent et s’entremêlent en permanence. On trouve de grosses rythmiques, des expérimentations à la guitare sept-cordes, des nappes de claviers en veux-tu en voilà, des passages djent et une dimension mélodique assumée malgré le maelstrom. Les polyrythmies à la guitare évoquent avec insistance un MESHUGGAH soft puisque les touches extrêmes sont peu présentes. Reconnaissons que les danois ont un art certain pour tisser sous nos yeux des univers et des atmosphères à la fois étranges et fascinantes. Les claviers sont très présents et adoucissent un peu le propos, apportant ce supplément de douceur et de mélodie au sein de titres particulièrement intenses (« Stray The Skies »). Les rythmes se veulent puissants et hypnotiques dans un monde sombre et oppressant. L’ambiance n’est pas vraiment au beau fixe au sein d’Inmazes même si des plages plus douces parsèment le disque. Pour revenir à la description promo du début, difficile de vraiment trouver du RAMMSTEIN là-dedans, l’ombre d’un DEPECHE MODE plane plutôt sur les compositions les plus rock « Emily » ou « Feed The Creatures »).

Asger Mygind (chant et guitares) et ses camarades propose avec Inmazes un album déconcertant, touffu et très riche aux confins de très nombreux courants et influences. Cela pourrait vite sonner comme un patchwork indigeste, mal fagoté et pourtant la mayonnaise prend même si toutes les compositions n’ont pas le potentiel pour susciter l’enthousiasme. VOLA a su se construire une identité propre et déployer son talent sur plus de cinquante minutes. Il se sera pas simple de poursuivre sur la même voie dans se répéter, attendons la suite.

Oshyrya (7,5/10)

 

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Mascot Records / 2016

Tracklist (51:44 mn) 01. The Same War 02. Stray The Skies 03. Starburn 04. Owls 05. Your Mind Is A Helpless Dreamer 06. Emily 07. Gutter Moon 08. A Stare Without Eyes 09. Feed The Creatures 10. Inmazes