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Kreator – Gods Of Violence

La carrière de Kreator prend de plus en plus un tour exemplaire. N'en déplaise aux réfractaires à Edorama ou à Outcast, il n'y a en fait vraiment que Cause For Conflict (1995) qui soit un disque réellement raté par le groupe de Mille Petrozza. Et ce disque remonte à plus de vingt ans… Quant aux autres disques, ils sont au moins bons voire excellent ou brillants. 

Ce qui est aussi sûr c'est que depuis Violent Revolution (2001), Kreator a adopté une recette qui a lui a octroyé un important gain de popularité en se réconciliant les vieux fans hostiles au tournant que constituait Renewal, mais aussi en gagnant un public plus jeune. Et l'on sait que Mille Petrozza n'a pas envie de réentamer une nouvelle traversée du désert et qu'il ne cherche pas à perdre le public (re)trouvé à partir en 2001.

Refuser la stagnation totale

Pourtant le leader du groupe d'Essen se refuse à une stagnation totale et les disques parus depuis cette date, s'ils conservent tous les fondamentaux de l'identité de Kreator, intègrent un certain nombre de variations bienvenues. Peut-être est-ce ceci qui a permis au groupe de Mille Petrozza de conserver une créativité musicale impressionnante pour une formation ayant trente ans de carrière derrière elle. Et Gods Of Violence ne dérogera pas à la règle. Certes, il peut sembler au premier abord très convenu : avec son titre plus qu'éculé et un artwork d'un classicisme étouffant, Gods Of Violence ne me disait rien qui vaille. En y ajoutant les paroles de Mille Petrozza qui tournent sacrément en rond (la guerre, la religion et le fanatisme, la violence… mais toujours in abstracto), cela fait partie des points faibles du disque. 

Mais sur ce point, on en restera là. Car Gods Of Violence est encore une fois une énorme réussite, du calibre d'un Phantom Antichrist dont il semble être quasiment le descendant direct. Il n'est pas surprenant que Kreator ait de nouveau fait appel à l'excellent Jens Bogren qui une fois de plus n'a pas démérité et semble avoir été associé à un processus créatif qui s'est étalé sur trois années. Mais quel résultat ! Poussant encore plus loin les volontés mélodiques déjà bien présentes sur Phantom Antichrist, les chœurs accrocheurs, les guitares à l'unisson et les solos mélodiques abondent sur le disque.

Même si certains titres sont clairement plus agressifs que d'autres (« World War Now », « Totalitarian Terror » qui sont les plus proches des classiques de Kreator), un moment mélodique est toujours présent. De même on remarquera, que le chant de Petrozza est un poil moins hargneux que de coutumes, lorgnant parfois même vers un Udo Dirkschneider. Mais il faut rappeler ce tournant mélodique était déjà présent sur Phantom Antichrist et sa généalogie pouvait en être faite jusqu'à Coma Of Souls, voire certains passages d'Extreme Agression. Lorgner vers la NWOBHM, vers Iron Maiden ou Accept, n'est pas si neuf pour Kreator tout comme le choix de travailler ses refrains (« Side By Side » ou le remarquable titre épique « Death Becomes My Light »). 

Déflagration sonore impressionnante

Ce qui est ici plus inattendu, ce sont certaines influences disposées parcimonieusement : des touches de Rammstein sur « Fallen Brother », un riff à la In Extremo sur « Hail To The Hordes »… voilà qui peut étonner. Tout comme d'entendre de discrètes touches de claviers sur « War World Now ». Ce sera par ailleurs une surprise plaisante d'entendre Mille Petrozza s'essayer au chant parlé sur l'impressionnant « Death Becomes My Light » ou, en allemand cette fois, sur « Fallen Brother » dédié à ses amis décédés. De même la présence d'une harpe et d'une cithare à l'ouverture d'un phénoménal « Gods Of Violence » surprendra. Tout ceci est cependant prudent et dispersé : aucun titre ne sort totalement du thrash metal ; nous ne sommes pas du tout dans l'optique d'un Endorama. L'on est ainsi face à une paradoxe : aucune chanson de Gods Of Violence n'est totalement du thrash metal, mais aucune ne relève pour autant d'un autre style musical. 

Et d'une certaine manière, le résultat musical valide cette orientation ambiguë : Gods Of Violence est un énorme disque de Kreator qui accouche encore de futurs classiques pour les concerts comme « World War Now » ou « Gods Of Violence ». Que le tempo soit supersonique, comme sur « Totalitarian Terror » ou plus mesuré, comme sur « Satan Is Real » Mille Petrozza et les siens font systématiquement mouche sans aucune panne d'inspiration. Petrozza est incontestablement un des meilleurs riffeurs en activité mais aussi un compositeur au sens large, capable de varier les introductions, les refrains et la structure des titres avec un talent jamais pris en défaut. Et quant il est épaulé par un Sami Yli-Sirniö à son meilleur et un Ventor toujours aussi imposant, on tient une déflagration sonore impressionnante. Bravo à eux.

Baptiste (9/10)

 

Nuclear Blast / 2017

Tracklist (52:00) : 1. Apocalypticon (intro) 02. World War Now 03. Satan Is Real 04. Totalitarian Terror 05. Gods Of Violence 06. Army Of Storms 07. Hail To The Hordes 08. Lion With Eagle Wings 09. Fallen Brother 10. Side By Side 11. Death Becomes My Light

Skyliner – Condition Black

Originaire de Jacksonville en Floride, le trio SKYLINER vit à fond sa passion et revient en 2016 avec un second album sous le bras, Condition Black. Repérés par Limb Music, les américains, alors sous la forme d’un quatuor, avait publié un premier opus en 2014, Outsiders.

Reconnaissons qu’il faut un certain courage et de la suite dans les idées pour évoluer dans ce genre Power Métal en étant originaire de Floride, une des patries mondiales du Death Metal. Mais dans un style pas si éloigné, KAMELOT (venant de Tampa) a su faire son trou et mène une très solide carrière. SKYLINERS n’en prend pas forcément le chemin tant leur démarche, bien que très respectable sur le fond, sonne très très très cliché. Déjà sur la forme avec une pochette pas franchement extraordinaire et des photos promo plus que kitsch. Mais tout cela aisément pardonné si la musique proposée ne tombait pas à plat en quelques minutes.

Tout un chacun devinera que le groupe bénéficie de moyens limités mais franchement chaque écoute de ce Condition Black ne donne pas vraiment envie de s’y remettre. Ce n’est pas apocalyptique mais la production générale s’avère tout juste passable et les chansons manquent d’impact et plus généralement d’intérêt. Jake Becker occupe à la fois le poste de guitariste et de chanteur et il ferait mieux de persévérer dans ce premier rôle et d’abandonner le second. Il fait ce qu’il peut derrière le micro mais tout un chacun aura rapidement l’impression qu’il joue au chanteur faute trouver un candidat à ce poste. Et quand il s’essaye au chant extrême, ce n’est guère plus encourageant. Musicalement parlant, le Power Métal proposé est très convenu, sans surprise ni enthousiasme. Vous aurez l’impression d’avoir déjà écouté cela des dizaines de fois, ni pire ni meilleur que d’autres mais difficile de trouver des arguments qui permettraient de recommander ce disque. Nos amis font de leur mieux et n’ont pas à rougir de la prestation proposée mais cela sonne encore trop faible, naïf et pas assez mature. Malgré plusieurs écoutes, je suis incapable de me souvenir d’une ligne mélodique ou d’un refrain en particulier. Pour un groupe de Power Metal qui se doit de frapper immédiatement les esprits c’est assez gênant. Limb Music a raison de continuer sa quête de la prochaine pépite mais SKYLINER n’est pas assez armé et peut-être talentueux pour esprit ce qualificatif. Condition Black s’avère être plus que moyen.

Oshyrya (05/10)

 

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Limb Music / 2016

Tracklist (60:00 mn) 01. Tidal 02. Condition Black 03. Too Many Voices 04. No World Order 05. Cages We Create A DIVINE TRIUMVERATE: 06. Starseeker (The Mystery of God) 07. Interlude I: The Firmament 08. As Above, So Below (Those Who From Heaven To Earth Came) 09. Interlude II: The Dance of Bliss 10. The Morbid Architect (That Prison of Veils) 11. Your Hand In Mine

Herman Frank est sans conteste l’une des figures de la scène métal outre-Rhin. Il roule sa bosse depuis des décennies maintenant et a su se faire un nom. Rappelons aux plus jeunes que le guitariste a rejoint le groupe ACCEPT en remplacement de Jan Koemmet, juste avant la sortie de leur album de Restless and Wild et le quitte après la sortie de l'album suivant Balls to the Wall. Il est alors remplacé par Jorg Fischer. Il joue à nouveau avec ACCEPT durant leur brève reformation de 2005 le temps de quelques festivals, et à nouveau pour la reformation de 2009. En 2010, il participe à l'enregistrement de l'album Blood of the Nations, Stalingrad (2012) et Blind Rage (2014). Mais ce n’est l’homme d’un seul group et il a travaillé avec de nombreuses autres formations comme VICTORY, HAZZARD, MOON’DOC, SINNER et SAEKO. Il a su tout au long de ces années acquérir également une compétence de producteur et a fait ses armes auprès de grands noms comme SAXON, ROSE TATTOO et MOLLY HATCHET. En 2014, il fonde avec Stefan Schwarzmann (ex-batteur d'ACCEPT) et Schmier (le bassiste et vocaliste du groupe DESTRUCTION, le groupe PANZER. Il quitte alors ACCEPT, officiellement pour des raisons d'incompatibilité de planning des tournées des deux groupes (merci Wikipédia).

Frank est un homme occupé mais cela ne l’a pas empêché de débuté en 2009 une carrière solo. The Devil Rides Out est le troisième opus publié sous son nom après Loyal to None (2009) et Right in the Guts en 2012. Les line-up ont souvent changé autour du guitariste. Pour cette cuvée 2016, il s’est entouré de Rick Altzi (MASTERPLAN), déjà présent sur le précédent disque, André Hilgers (RAGE) et Michael Müller (JADED HEART). On n'apprend pas aux vieux singes à faire la grimace et donc sans grosse surprise Herman Frank continue en solo sa quête heavy metal, un son assez classique, forcément très ancré dans l’école allemande. Mais la recette a déjà fait preuve de son efficacité et le quatuor sait y faire. Avec tant d’expérience mise en commun, The Devil Rides Out reste diablement racé et efficace. La guitare prend bien sur le devant de la scène mais les autres musiciens ne sont pas reste. Cela joue bien et vite, pas d’innovation particulière ni de prise de risque mais des chansons aux mélodies et aux riffs assez simple. Les refrains doivent faire mouche tout de suite et vous rentrer dans le crâne sans résistance. Herman Frank se fait plaisir avec quelques soli bien balancés mais personne ne doutait de son savoir-faire dans le domaine. Altzi offre une belle performance d’ensemble même s’il a toujours tendance à en faire un peu trop. Les chansons restent toujours accessibles et ont été calibrées autour des quatre minutes. Rien à redire sur la forme non plus, Frank s’est bien sûr chargé de la production mais a confié le mixage et le mastering à Charlie Bauerfeind pour assurer le coup.

Si on vous dit que cet album est le troisième opus solo de l’ancien guitariste d’ACCEPT, vous vous ferez assez facilement une idée de la musique proposée. Et vous aurez raison car Herman Frank livre la marchandise attendue. Pas de quoi se rouler mais un travail propre et soigné.

Oshyrya (07/10)

 

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AFM Records / 2016

Tracklist (52:01 mn) 01. Running Back 02. Shout 03. Can’t Take It 04. No Tears In Heaven 05. Ballhog Zone 06. Run Boy Run 07. Thunder Of Madness 08. License To Kill 09. Stone Cold 10. Dead Or Alive 11. Run For Cover 12. I Want It All