Archive for the ‘ Chroniques ’ Category

Asphyx – Incoming Death

Grave, Malevolent Creation et maintenant Asphyx… Je vais finir par croire que Century Media a déniché une fontaine de jouvence et qu'elle y trempe de temps à autre ses groupes de Death Metal pour leur garantir une jeunesse éternelle… Sinon, comment éviter la forme insolente affichée par ces mastodontes du Metal de la Mort ? 

Pour un groupe qui passera le cap des 30 ans l'année prochaine, Asphyx poursuit dans la lignée entamée en 2009 avec Death… The Brutal Way. Une fois de plus, la bande à Martin Van Drunen déroule tranquillement mais implacablement son Death rugueux aux relents doomesques. Incoming Death donne certes l'impression d'un groupe qui ne doit pas forcer son talent pour atteindre le résultat souhaité, d'une formation presque en roue libre, mais cette apparence est trompeuse. Incoming Death est une coulée de boue, pas forcément rapide, mais ô combien méthodique.

N'attendez aucune innovation de la part d'Asphyx. Le groupe ne s'écarte à aucun moment de sa voie. Guitare qui grésille juste comme il faut, une basse noyée dans le fond à gauche, un batteur qui ménage la chèvre et le chou en alternant entre passages pachydermiques et accélérations ravageuses… Au final, celui qui rend la copie la moins enthousiasmante est, paradoxalement, Martin Van Drunen. Son timbre a beau ne pas avoir changé, il semble plus monotone, un poil affaibli. Simple impression (due notamment à son duo avec Thomas Wouters sur le dernier album de Bodyfarm) ou réel déclin ? Difficile à dire, mais toujours est-il qu'il semble le seul un peu "en difficulté".

3 albums en 7 ans : sans atteindre un rythme d'enfer, les Bataves continuent d'occuper le terrain avec des albums de qualité supérieure. Originalité zéro, prise de risque nulle, mais un album en béton armé. Cela devrait suffire pour une grande majorité de fans.

Mister Patate (8/10)

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Century Media Records / 2016
Tracklist (47:42) 1. Candiru 2. Division Brandenburg 3. Wardroid 4. The Feeder 5. It Came from the Skies 6. The Grand Denial 7. Incoming Death 8. Forerunners of the Apocalypse 9. Subterra Incognita 10. Wildland Fire 11. Death: the Only Immortal

Trap Them – Crown Feral

crown-feralPour ceux qui ne connaissent pas encore Trap Them, il serait peut-être temps de s’y mettre. Parce que les mecs se sont fait une place de choix dans la caste trèèèèès privée des bucherons ascendants déboucheurs d’égout. Les mecs produisent un tord-boyau énervé depuis 4 albums, le premier datant de 2007. Je dois bien avouer que j’attendais le petit cinquième avec impatience.  Le précédent (Blissfucker) m’avait un peu laissé sur ma faim. Faut dire que Darker handcraft avait absolument effacé toutes tentatives de compétition autour de lui dans la catégorie « méchanceté sombre ». Succéder à un chef-d’œuvre n’est jamais chose facile.  Mais bref, pour celui-ci j’attendais du lourd, j’attendais du barbare, du bourrin et pas de l’intellectualisation outrancière.

Si un quelque chose illustre bien le mot « Urgence » (outre George Clooney), c’est bien un bon album de Trap Them.  Pas d’urgence dans la production ou dans la composition, mais bel et bien de ce qui émane de leur musique. Une spontanéité agressive implacable et contagieuse. Le genre de truc à ne pas écouter un vendredi à 17h14 dans un bouchon de fonctionnaires si tu veux rester courtois et poli.

Avec Crown Feral, les Bostoniens laissent juste le temps du premier titre (Kindred dirt) pour se préparer. Une sorte d’intro sale, lourde et rampante qui donne le ton en terme d'ambiance de fond de cuve. Et puis c’est la correction! Hellionnaire (titre présenté peu avant la sortie de l’album) commence sur les chapeaux de roue. Les enfoirés annoncent la couleur et d’une bien belle manière. Des riffs rapides, des mélodies répétitives et inspirées, soutenues par un batteur monstrueux d’énergie. En un morceau, le groupe revient à ses fondamentaux avec une efficacité imparable. Et c’est ce qui ressort de cette 5e plaque, un mélange de patates de forrain bien gratuites, brutales, instinctives et viscérales (Prodigala, Luster pendulums, Speak Nigh, Stray of the tongue), de morceaux lents, lourds et sales désormais typiques d’un album de Trap Them digne de ce nom (Kindred dirt, Twitching in the Auras). Ryan McKenney tient toujours la baraque derrière le micro. Il n'y a pas une honce de relachement ou de tentative de se calmer de ce côté-là. La basse grogne à souhait, la batterie mattraque plus que des flics en intervention dans une manif; les gratteux sont en feux sur des riffs qui sont maintenant leur signature. Bref, Trap Them ne rigole toujours pas.  

La production est à la hauteur de ce que l'on peut attendre: lèchée, pointue, proprement sale (si si tu vois ce que je veux dire). Elle met parfaitement en valeur tous les atouts du groupe. 

Cet album fait du bien par où il passe. C’est brut, c’est immédiat, ça ne réfléchit pas, ça se bouffe en une fois sans respirer! L’énergie de Crown Feral va soit vous traverser et vous donner envie de sauter dans tous les sens; ou alors elle va vous applatir la face. Dans ce second cas de figure, vous allez subir l’engouement de votre compagnon de covoiturage qui, lui au moins, a du gout et va même penser à augmenter le volume dans l'abitacle pour bien vous le faire comprendre.

Kadaf (8/10)

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Prosthetic/2016

Tracklist (31mn): 01. Kindred Dirt 02. Hellionnaire 03. Prodigala 04. Luster Pendulums 05. Malengines Here, where they should be 06. Speak nigh 07. Twitching in the Auras 08. Revival Spines 09. Stray of the tongue 10. Phantom air.

Oathbreaker – Rheia

oathbreaker-rheiaDans les poncifs et les lieux communs entourant  la carrière des groupes, on dit souvent que le troisième album fait office de tournant, « album de la maturité ». Depuis son premier album sorti en 2011 (Maelström), le quatuor gantois de Oathbreaker a toujours proposé une musique tranchée, développant une identité forte. Une voix féminine essentiellement hurlée, posée sur des morceaux inspirés, souvent frontaux, aux ambiances lourdes et sombres. La proximité musicale et physique du groupe avec la Church of Ra étant, de ce point de vue, assez évidente.   Si Eros/Anteros, sorti en 2013, a confirmé le potentiel des flamands, ce deuxième album a également permis aux auditeurs de se familiariser progressivement avec la voix claire de Caro Tanghe. Une chanteuse atypique qui semble parvenir à déjouer habilement les clichés du genre : metal + voix féminine = volume et nichons mis en valeur. L’introspection semblant correspondre beaucoup mieux aux propositions faites par les Gantois.

À l’écoute de Needle in your skin, annonçant la sortie d’un nouvel album, on sentait bien que quelque chose se tramait. La sortie du clip du double morceau 10 :56 + Second son of R. a largement confirmé ce sentiment. Dès la première écoute, Rheia s’apparente à une collision entre ciel et terre, entre des envolées aériennes et la dureté de riffs sales, durs comme la pierre. Pour son troisième album, Oathbreaker a manifestement décidé d’affirmer un peu plus son identité: sombre, inspirée, riche et radicale. Parce qu’il s’agit bien de radicalité dans les choix artistiques qui sont posés sur cet album. Les compositions prennent  à contrepied et proposent quelque chose de neuf en s’éloignant des évidences. Des choix osés et pas toujours faciles à appréhender à la première écoute.

Si cet album suprend, c'est en premier lieu par la place qu'y occupe la voix clair. Présente sur l’ensemble des morceaux, elle est polymorphe. Ce choix  étonne et désarçonne au premier abord, mais se révèle fort intelligent et inspiré sur la longueur. Car Rheia est la preuve que Caro Tanghe a les ressources nécessaires pour relever un tel défi. Un talent que l'on constate dans l'intelligence des mélodies et dans leur subtilité. Le ton est aux dissonances et aux chuchotements, pas aux tentatives intempestives de produire un cliché.  Aux passages en force systématiques, elle préfère les nuances et la noirceur tranquille d'un chant tantôt fragile, tantôt rageur.  Sa voix claire se caractérise plutôt par la juste intention sur des compositions qui alternent les ambiances et développe des identités nouvelles à chaque plage. Ces choix décuplent l’impact des parties criées, comme la fin apocalyptique  de Second son of R..

Il serait néanmoins réducteur de ne parler que de "la voix" de Oathbreaker pour caractériser ce nouvel album.  Le travail de composition est énorme et se caractérise par une  prise de risque générale. Les éléments caractéristiques que le groupe a proposé sur ses deux premières plaques sont ici accentués, taillés, travaillés. Le 4 membres scellent ici  une nouvelle étape, non seulement dans le cheminement de leur identité musicale, mais également d'une scène toute entière. Rheia est une proposition riche, novatrice et cohérente: alternance du bpm, successions d’envolées aériennes et d’agression de guitares soutenue par une section rythmique toujours très inspirée. .

À l’écoute de l’ensemble de l’album, il y a bien entendu des morceaux qui sortent du lot. Mais l'album  s'écoute surtout comme un tout, un concept que le groupe dévoile en 10 plages. En témoigne la présence du morceau acoustique Stay here/ accroche moi (seul morceau dispensable selon moi) et de la plage énigmatique I’m sorry this is qui, l’un comme l’autre, semblent avoir pour fonction de permettre à l’auditeur de respirer, ou de donner au tout une cohérence globale.

Inspiré, puissant, brillant et sombre, Rheia ne peut pas laisser indifférent. Oathbreaker offre tout au long de cet album un concentré d’intelligence, de violence, d’émotions et de prises de risques qui permettront certainement au groupe d’assoir un peu plus son statut de groupe incontournable de l’alléchant catalogue de l’écurie Deathwish. Une pépite pour les oreilles averties! Oathbreaker vient de donner sa définition du noir.

Kadaf (8.5/10)

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Deathwish / 2016

Tracklist (63:22): 1.10 :56 2. Second son of R. 3. Being able to feel nothing 4. Stay here/accroche moi 5. Needles in your skin 6. Immortals 7. I’m sorry, this is 8. Where I live 9. Where I leave 10. Begeerte