Le black-metal est un terrain d’expérimentation musical passionnant. N’en déplaise aux puristes « trve ». Au fil des années, cette musique abrasive n’a cessé de muter pour donner naissance à des variantes intéressantes. Ici, nous vous parlerons du « blackgaze », savant mélange de black et de shoegaze (courant essentiellement britannique dont les figures de proue sont My Bloody Valentine, Lush, Ride et Jesus & Mary Chain).
A l’image de Deafheaven (référence quasi obligatoire), Nature Morte n’a pas de limites. Oddity, troisième album du trio francilien, confirme une ligne directrice amorcée sur ses deux premiers essais : une savante tambouille de post-rock, metal noir et parsemée d’autres influences (post-punk, pop…), prompte à toucher différents publics bien au-delà de la sphère « metal ». Les titres s’enchaînent avec fluidité pour former un tout cohérent. Si la violence vocale est évidemment prégnante, le groupe sait aussi se faire plus « solaire » (« Here comes the rain »).
Et c’est toute la force du groupe. De par cette diversité et son talent naturel, Nature Morte suscite l’émotion… Qui ne vous lâche plus par la suite. Ce qui est rare et l’apanage des plus grands.
Depuis quelques temps, Cannibal Corpse a de nouveau le vent en poupe : une tournée triomphale avec Dark Funeral et Whitechapel ; l’intégration d’Erik Rutan (ex Morbid Angel, Ripping Corpse) aux guitares et un excellent Violence unimagined couronné de succès. Un tableau idyllique qui promettait une suite toute aussi conséquente. Alors, lorsqu’a été annoncé Chaos horrific, nous nous pourléchions d’avance les babines.
Ce seizième (!) album ne s’embarrasse pas de subtilités. « Overlords of violence » commence à toute berzingue cette nouvelle collection d’horreurs ; annonçant clairement que quoiqu’il arrive, Cannibal Corpse reste fixé son crédo : le death-metal gore. Ouf ! Chaos horrific se situe donc dans la continuité de cette foisonnante et brutale discographie. Il ne varie guère hormis sur les puissants « Summoned for sacrifice » et « Blood blind » que le public ne manquera pas de célébrer sur scène. Pour le reste, Cannibal Corpse se contente de dupliquer ses recettes qui ont largement fait leur preuves .
Si malgré tout, Alex Webster et ses comparses continuent d’impressionner, de par une maîtrise technique toujours impressionnante, Chaos horrific reste une relative déception qui peine à retrouver la folie et l’urgence de son prédécesseur. Au final, rien de honteux, mais nous attendions tout de même un petit peu plus de la part de ces précurseurs du death-metal.
Ne nous voilons plus la face. Au fil des années, Immortal est devenu le projet solo de Demonaz. Cinq ans après l’excellent Northern chaos gods, le Norvégien a même réussi à se débarrasser de son dernier fidèle lieutenant, Horgh, que l’on pensait pourtant indéboulonnable. Replié sur lui-même, le taulier nous livre donc un nouvel opus au titre éloquent : War against all.
Ce dixième album ne révolutionne aucunement la discographie d’Immortal. C’est propre, clair et net. Le cahier des charges est bien rempli ; toutes les cases sont soigneusement cochées. Demonaz, qui connaît bien son affaire, est généreux et offre à l’auditeur ce qu’il veut entendre. Avec le talent qu’on peut lui connaître.
Du black-metal à la limite du « mainstream » ? Vous en avez. Un morceau mid tempo pour faire onduler la crinière en rythme («Wargod ») ? Idem. Des textes légèrement clichés parlant du froid et de l’absence de lumière ? Il y en a un peu plus, je laisse ? Un instrumental tutoyant le heavy-metal épique ? Banco ! Une grande épopée explorant une fois de plus les territoires du Blashyrkh ? On finit là-dessus en guise de cliffhanger.
Résultat des courses : les fans seront aux anges, les autres passeront leur tour. Mais la grande force de ce War against all est la prise de position dominante de Demonaz sur son ancien acolyte Abbath. Si ce dernier s’est un peu perdu avec Dread reaver, ce n’est pas le cas de Harald Nævdal qui livre ici un album dynamique et, mieux, enthousiasmant.