Je sais que c’est compliqué, je me soigne mais j’ai du mal à supporter de découvrir un mot et de ne pas savoir ce qu’il signifie. Oui ma vie s’avère parfois compliquée mais je fais ce que je peux pour gérer cette névrose. Les londoniens de MESSENGER ont commencé par titiller ma curiosité par le titre de leur album avant même d’espérer m’intéresser par leur talent musical. Donc après recherche, une thrénodie est une pièce de vers exprimant des lamentations, des plaintes sur une tragédie publique ou privée. Le ton est donné, pas sûr que l’auditeur s’amuse follement à l’écoute de cet album.
Les anglais ne sont pas à leur coup d’essai puisque ce disque constitue leur deuxième album après Illusory Blues publié en 2014. Né au printemps 2012 de l’initiative de Khaled Lowe et Barnaby Maddick tous les deux au chant et à la guitare, ils s’entourent rapidement de musiciens supplémentaires pour donner naissance à MESSENGER. La rencontre avec le batteur et producteur Jaime Gomez Arellano constituera une étape importante de la vie du groupe.
Pour caractériser sa musique et son style, le quintet parle lui-même de rock progressif, psychédélique et classique. Et effectivement, sur des bases progressives, MESSENGER injecte des touches plus old-school, virevoltantes et foisonnantes qui ne sont pas sans rappeler la période des années 70. Les britanniques soufflent le chaud et le froid au sein de chacune de leurs compositions, tantôt doux et atmosphériques tantôt rudes et volcaniques à quelques minutes d’intervalle. Difficile de ne pas régulièrement penser à un OPETH de la dernière période (Heritage & Pale Communion). On retrouve des caractéristiques communes, l’intégration de parties calmes et acoustiques, des mélodies très typées seventies et progressif. La différence majeure s’impose cependant au chant, Lowe et Maddick harmonisent souvent leurs voix et s’expriment dans un registre plus proche d’un Jeff Buckley que d’un Mikael Åkerfeldt. D’une apparente simplicité, ce disque recèle, en réalité, bien des complexités, que ce soit au niveau des structures rythmiques de la batterie ou des dialogues entre les guitares. Il aura fallu trois mois d’un intense travail collectif aux Orgone Studios de Londres pour parvenir à ce résultat.
L’écoute de Threnodies s’apparente à un long voyage intérieur éprouvant, lancinant, et pourtant pas dénué d’intérêt. Le charme agit malgré tout. Contrairement à Illusory Blues qui avait été composé à trois, MESSENGER a ici pu mettre en œuvre tout son potentiel créatif et accoucher d’un album séduisant bien que difficile d’accès. Ils ne seront pas forcément très nombreux à pouvoir adhérer.
Oshyrya (7,5/10)
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InsideOut Music / 2016
Tracklist (46:05 mn) 01. Calyx 02. Oracles Of War 03. Balearic Blue 04. Celestial Spheres 05. Nocturne 06. Pareidolia 07. Crown Of Ashes
Le propre d’un artiste est de pouvoir, de devoir même perpétuellement créer. La créativité ne se décrète pas, elle se subit, se canalise et se transcende. Et après certains s’étonnent de constater que de plus en plus de nouveaux groupes émergent de la collaboration entre divers musiciens venant parfois d’horizon très différent… Et par définition, par essence même, la scène progressive encourage de telles expérimentations. HEADSCAPE fait partie de ces groupes au potentiel très élevé puisqu’il rassemble quelques bons noms en son sein. Créé en 2006, le quintet rassemble entre autres Damian Wilson au chant, Adam Wakeman aux claviers. Lee Pomeroy à la basse et Pete Rinaldi à la guitare. Ils comptent déjà deux disques à leur actif: un EP, I Am en 2007 et un premier album, I am Anonymous, en 2012.
Nous allons pouvoir discuter lors de cette chronique de la qualité mais en ce qui concerne la quantité, rien à redire avec ce second opus. Les britanniques ont gavé la galette et proposent pas moins de soixante-treize minutes de rock progressif racé et virevoltant. L’approche est résolument moderne, avec un son assez direct et une évidente envie d’en découdre. Les touches plus agressives, métal, ne manquent pas avec des riffs tranchants (« Kill You With Kindness ») qui cohabitent avec des compositions beaucoup plus douces et apaisées (« The Science Within Us » ou « Polluted Alcohol »). Cette variété s’avère très agréable et évite de trop rapidement se lasser, surtout avec un disque aussi long. Au niveau technique, les cinq musiciens (avec l’intégration du batteur Adam Falkner à la place de Richard Brook) s’en donnent à cœur joie et montre un savoir-faire et une virtuosité très rarement prise en défaut. Bien sûr les claviers sont positionnés assez en avant mais ils sont loin d’écraser le propos, la guitare tient sa place et mène tout autant les débats. Malgré ce foisonnement, les britanniques ont bien fait attention de rester attractifs et les chansons accrocheuses ne manquent pas (« Your Life Will Change »). Cependant, les fans de pépites progressives longues et complexes ne sont pas non plus oubliés avec deux titres fleuves de plus de dix minutes : « The Science Within Us » et « Secular Souls ». Ils illustrent bien les deux visages du groupe, tantôt doux et délicat, tantôt tranchant et agressif.
HEADSCAPE parvient à représenter la tradition rock/métal progressive britannique mais n’oublie pas non plus de moderniser son approche. La musique proposée ici s’avère très contemporaine et possède les qualités pour plaire aux amateurs les plus exigeants. Ecouter cet énorme pavé d’une traite ne sera pas un exercice facile mais il peut aussi s’apprécier par petites touches.
Oshyrya (08/10)
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InsideOut Music / 2016
Tracklist (72:57 mn) 01. Road To Supremacy 02. Your Life Will Change 03. Polluted Alcohol 04. Kill You With Kindness 05. The Element 06. The Science Within Us 07. Semaphore 08. The Death Bell 09. The Day You Return 10. All That You Fear Is Gone 11. Borders And Days 12. Secular Souls
Il serait intéressant de faire une écoute à l’aveugle de ce deuxième album de THE NEW ROSES et de demander à l’auditoire la nationalité du groupe et la décennie de parution de l’album. Il est à parier que la côte ouest des Etats-Unis et la décennie 80 arriveraient en tête des réponses. Eh bien, nous aurions tout faux car THE NEW ROSES est originaire de Wiesbaden en Allemagne et ce Dead Man’s Voice sort bien cette année, en 2016.
Né en 2007, THE NEW ROSES mettra six ans pour accoucher d’un premier album, Without A Trace. En 2015, les choses s’accélèrent pour eux et ils signent un contrat avec Napalm Records pour la suite de leurs aventures. Avec Dead Man’s Voice, ils enfoncent le clou et continuent de développer une musique bien connue et pas très originale, un savant mélange entre hard rock, glam, sleaze et blues comme on pu le pratique tant de groupes californiens dans les années 80 comme CINDERELLA, FASTER PUSSYCAT et bien sûr les GUNS N’ROSES. Reconnaissons que les allemands possèdent un solide bagage technique et déploient une belle énergie tout au long du disque. Les chansons restent courtes et visent l’efficacité. En quatre minutes, la messe et dite et ils passent à la suite. Très formaté radio sur le fond comme sur la forme, les onze nouvelles compositions présentées ici s’enchainent sans anicroche mais sans grâce non plus. Quelques riffs ici ou là font mouche mais cela reste trop classique et déjà mille fois entendus pour vraiment convaincre. Timmy Rough derrière le micro fait du bon boulot et n’a pas à rougir de sa prestation.
Dead Man’s Voice reste un album sérieux et bien exécuté. Pas grand-chose à redire sur la forme, la production s’avère soignée et atteint largement les standards actuels. Sur le fond par contre, THE NEW ROSES pêche par un manque flagrant de personnalité et de caractère. Déjà entendues maintes fois, ces chansons peinent à convaincre et l’ennui émerge rapidement. A voir en concert, une bière dans la main, cela sera déjà bien suffisant.
Oshyrya (5,5/10)
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Napalm Records / 2016
Tracklist (44:08 mn) 01. Heads or Tails 02. Thirsty 03. Partner in Crime 04. Dead Man’s Voice 05. I Believe 06. Ride with Me 07. Hurt Me Once (Love Me Twice) 08. Not from This World 09. What If It Was You 10. Try (And You Know Why) 11. From Guns & Shovels