Archive for the ‘ Chroniques ’ Category

Wode – Wode

Quand on se fixe pour objectif de couvrir un tant soit peu l’actualité Metal qui est comme à son habitude très chargée, on est dans l’obligation d’adopter une certaine hygiène de vie en fonction de ses écoutes. Aussi on trace des plans, on se fixe un programme de sorte de s’y tenir et puis là un truc venu de nulle part vient tout foutre en l’air en chamboulant tout !  C’est ce qui m’est une nouvelle fois arrivé la semaine dernière avec l’écoute du premier album de Wode. Il s’agit d’une formation anglaise de la région de Manchester qui a commencé son activité dans le courant de l’année 2010, elle a d‘ailleurs publié une démo de manière indépendante au format k7 l’année suivante et dont il est possible d’écouter le contenu soit trois titres sur le Bandcamp du groupe ici. Pour ce premier album Wode a obtenu un deal avec un label américain Broken Limbs Recordings qui bosse ou a bossé avec des formations de la nouvelle vague de Black Metal américain tels que Sovereign, The Howling Wind, Ramlord, Palace of Worms et  Cara Neir ou d’autres à tendances Sludge tels que Wolvhammer ou Fister. Cet album éponyme est sorti au format Vinyle, k7 (via COF Records) et Digital le 8 avril.

Pourquoi avoir chamboulé mon programme afin de vous parler de ce trio d’illustres inconnus ? Tout simplement car la tenue de la musique présentée sur ce premier album est vraiment très bonne dans un registre Black Metal vigoureux, varié et efficace.  Le son tout d’abord est de grande qualité ! Enregistré et mixé par Jason Sanderson avec l’aide de Karl Sveinsson, le tout a été confié à Brad Boatright et masterisé à l’Audiosiege Studio (Locrian, Nightfell, Skinless, Vallenfyre, Poison Idea, Rwake, Call of the Void, Leviathan et bien d’autres). Un endroit d’où sort un tas de production que j’apprécie particulièrement ! Il y a aussi ce artwork en guise de pochette qui m’a interpellé car j’avais l’impression de l’avoir déjà vu. En effet il s’agit d’une illustration tirée du catalogue de Zdzisław Beksiński (un artiste peintre polonais 1929-2005 dont un large éventail de son travail est visible ici). Quand je disais que cette illustration me remémorait quelque chose, je ne pensais pas si bien dire puisque il s’agit en fait d’un dessin décliné en plusieurs vues, celle de face avait été utilisée comme artwork d’une compilation de Leviathan Verräter (2002) dont je suis très friand et quand je suis friand ben je mets des liens voilà. L’artwork de ce premier album de Wode est donc une déclinaison de l’illustration du même édifice religieux (vraisemblablement une cathédrale). Ceci explique certainement le fait que ce dessin m’ait été familier quand je l’ai découvert.    

Musicalement parlant Wode joue un Black Metal gracieux et habile avec des riffs catchy empruntant au Heavy Metal, le tout joué sur des rythmiques endiablées, un peu comme ce que faisait en leur temps Dissection ou Necrophobic mais plus généralement dans la scène Black Metal 90s d’obédience suédoise. Il suffit pour en être convaincu d’écouter le déroulement de titres comme « Death's Edifice » ou « Black Belief » avec plus de 8 minutes d’abondance en lignes de guitares très mais très très mélodiques. J’ai aussi pensé à un groupe contemporain comme Woe dans le côté très libre et explosif de certaines compositions comme « Trails of Smoke » (un titre qui figurait aussi sur leur démo) ou « Cloaked in Ruin ». Wode y joue la carte de la tradition mais de manière assez moderne. Toujours comme Woe, il imprime à toutes ses compositions un dynamisme effréné par le biais de constructions rythmiques très élaborés où la basse ainsi que la batterie font preuves d’une technique évidente. Sur un titre comme « Spectral Sun », Wode joue avec des effets à la pédale en donnant un aspect spectral et atmosphérique à ses lignes de guitares jusque là très mélodiques. Il nous prouve une fois de plus qu’il est capable de jouer sur plusieurs registres sans que cela ne dénature l’identité très forte de ses compositions. Assez surprenant aussi est la manière qu’il a d’amener un morceau comme   « Plagues of Insomnia » qui évolue dans un premier temps en mid-tempo puis s’élance sur sa seconde partie à l’aide d’une construction plus chaotique mais gardant un certain lyrisme mélancolique dont certains riffs sont bien folks. 

A l’image de cette nouvelle école du Black Metal contemporain, Wode nous livre un très bon premier effort. J’ai énormément apprécié le travail ici exposé. Wode est encore un jeune groupe mais on sent une grande force en lui. Il demeure très ouvert dans l’exercice de son Black Metal et sait rester captivant malgré ses longues compositions, ce qui n’est pas chose aisée. Une dernière particularité devrait finir par vous convaincre, c’est qu’il n’utilise aucun artifice comme des claviers par exemple hormis quelques effets sur les guitares ainsi que des guitares acoustiques, de fait sa musique reste brute et très digeste. Un bon album de Black Metal entre traditions de l’école suédoise de 90s et la nouvelle école. Du tout bon !

FalculA (7,5/10)


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Bandcamp Officiel 


Broken Limbs Recordings – COF Records / 2016
Tracklist (47:51) : 01. Death's Edifice 02. Trails of Smoke 03. Cloaked in Ruin 04. Spectral Sun  05. Plagues of Insomnia 06. Black Belief.

https://www.youtube.com/watch?v=OAVAoqGSddk

https://www.youtube.com/watch?v=Sfc46JxerDY

Aborted – Retrogore

Après un Termination Redux très prometteur, j’avoue que j’attendais le nouvel opus d’Aborted de pied ferme. Comme chaque sortie d’Aborted, en fait, mais les annonces faites par le groupe, le « buzz » savamment orchestré avec ici un clip, là une vidéo playthrough, ou encore les noms des guests (Julien Truchan, Jason Keyser, Travis Ryan et David Davidson) rendaient l’attente encore plus longue que pour The Necrotic Manifesto, par exemple.

Et le voilà donc, Retrogore, avec un artwork qui fleure bon les films d’horreur gore. Rien que sur le plan visuel, cet album marque des points mais, il faut l’avouer, c’est un détail. Un détail qui a son importance, certes, mais un détail tout de même. Ce qui nous intéresse le plus, c’est la musique, et là, Aborted nous propose du neuf dans un esprit de continuité.

Parce que bon, Retrogore a cette touche Aborted qui ne quitte plus le groupe depuis des années déjà. Que ce soit sur le plan du chant ou des compos, il y a des sonorités qui ne trompent pas, des riffs et des ambiances familiers. Le fan de base se retrouve donc en terrain connu. Les réfractaires à l’évolution musicale seront donc heureux de pouvoir se coincer un album « sans surprises » dans les oreilles.

Et pourtant, Retrogore a tout de même su ajouter, ici et là, quelques éléments neufs qui viennent apporter une valeur ajoutée aux compos : le riff plus mélodique en arrière-plan sur « Whoremaggedon », par exemple ou, et c’est plus flagrant, l’ambiance sombre et pesante de « Divine Impediment ». Ici, le groupe s’est écarté de sa zone de confort et propose un morceau taillé sur mesure pour Travis Ryan, et le résultat est magistral. 

Retrogore a su capter l’essence-même d’Aborted et créer une synthèse parfaite du groupe, un mix équilibré de mélodie et de brutalité, avec un Sven qui dirige ses troupes d’une main de maître et des guests qui apportent une vraie plus-value. Une fois de plus, Aborted propose un album féroce, maîtrisé de bout en bout. Court et percutant, Retrogore squattera probablement le haut de mon Top 10 cette année et devrait, sauf surprise, être le meilleur album de Death Metal de l’année. La barre a été mise très haut, les concurrents sont prévenus, ils devront redoubler d’efforts pour faire mieux…

Mister Brute Porn (9,5/10)

 

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Century Media Records / 2016
Tracklist (43:16) 1. Dellamorte Dellamore 2. Retrogore 3. Cadaverous Banquet 4. Whoremageddon 5. Termination Redux (Alternate version) 6. Bit by Bit 7. Divine Impediment 8. Coven of Ignorance 9. The Mephitic Conundrum 10. Forged for Decrepitude 11. From Beyond (The Grave) 12. In Avernus

Ocean Of Slumber – Winter

Oceans-of-Slumber-WinterMetal progressif en provenance du Texas. Voilà une étiquette bien réductrice pour une formation qui aime plus que tout vagabonder à travers les styles, tous sans exception, on y trouve du rock, du metal atmosphérique éthéré, et un poil mou du genou. Et du metal plus brutal et énergique à l'image d'un dévastateur " Apologue " qui en surprendra plus d'un par sa maitrise et son efficacité.
Le groupe de Houston (fondé en 2011) fait feu de tout bois, et entraine l'auditeur dans un rodeo ou le groupe alterne calme et tempête. Point fort, la chanteuse Cammie Gilbert ne se livre pas à la moindre surenchère, des vocalises sobres, mais qui sont mises en avant. Les musiciens oscillent entre rock atmosphérique (à la sauce Opeth sur Devout notamment), variations techniques que ne renierait pas un Dream Theater (les guitares sur … This Road). Et un poil de brutalité. Les compos sonnent avec une production solide, en revanche du côté des compositions, l'heure de pudding musical plutôt dense n'est pas si simple à digérer d'une traite. Ocean Of Slumber laisse l'impression de vouloir faire la démonstration de tout son savoir faire, de vouloir tout caser à tout prix. On est dubitiatif quand survient cette reprise sans saveur des Moddy Blues, "Night In The White Satin", un cheveu sur la soupe placé en troisième place sur la traklist. Le groupe serait peut être plus accrocheur en ne se livrant pas à un tel grand écart. Un talent évident, mais un album fourre tout, trop dispersé.

Hamster (07/10) 

www.facebook.com/oceansofslumber

oceansofslumber.com