À quoi reconnaît-on un grand groupe ? Pour beaucoup d’entre vous, la réponse à cette question se concentrera sur des données purement objectives et quantifiables : nombre de followers, taille du public, chiffres de vente…
Mais tout ça, c’est du vent. Vous devriez le savoir. Certains petits groupes proposent des albums grandioses qui, faute de moyens, restent dans l’ombre, tandis que des groupes médiocres parviennent, grâce à une machine marketing bien huilée, à se faire une place au soleil. Pour moi, la meilleure indication du talent du groupe, c’est sa capacité à sortir de sa zone de confort, à se transcender, à faire tout autre chose. Et c’est précisément ce qu’Agoraphobic Nosebleed vient de faire en se lançant dans une entreprise peu commune : 4 EP, chacun étant dirigé par un membre du groupe selon ses goûts. Pour ce premier effort de la quadrilogie, c’est Kat (ex-Salome) qui a pris les commandes. On oublie le cybergrind d’Altered States Of America ou la brutalité d’Agorapocalypse. ANB se hasarde sur un terrain tout à fait différent, celui du doom, du sludge, du stoner, des riffs groovy as fuck, des rythmiques écrasantes, le tout sublimé par les hurlements déchirants de Kat.
Et c’est énorme (et je pèse mes mots). L’opener « Not A Daughter » vaut déjà son pesant de cacahuètes, mais « Deathbed » en rajoute une couche, avec une noirceur et une lourdeur à couper le souffle avant de se relancer vers la 5e minute avec un riff et une rythmique plus légers, presque bluesy. Ça, du ANB ? En s’écartant à des lieues de son terrain de jeu habituel, le groupe aurait pu s’égarer ou montrer ses limites. C’était mal les connaître. ANB fait du doom sludgy comme s’il en avait fait depuis des années, avec une facilité insolente. À tel point que je regrette que cet ep soit un one-shot et non la nouvelle orientation musicale permanente du groupe.
Kat nous a livré « son » EP. J’ai hâte de voir ce que ses compères nous réservent, mais une chose est sûre : nous ne sommes pas au bout de nos surprises.
Mister Brute Porn (9/10)
Relapse Records / 2016
Tracklist (xx:xx) 1. Not A Daughter 2. Deathbed 3. Gnaw
Mine de rien, ça faisait longtemps que je n’avais pas écouté un album de Rotten Sound, un de ces groupes qui avaient pourtant outrageusement squatté mes platines à une époque. À vrai dire, je n’avais même pas suivi l’actualité du groupe, et il aura donc fallu un mail de leur label me signalant l’envoi d’une copie promo du nouvel album pour que je me repenche sur leur cas. L’avantage d’un tel « oubli », c’est justement la possibilité de s’intéresser à cet album sans avoir trop d’attentes, sans a priori. Alors, « Abuse To Suffer » va-t-il m’inciter à raccrocher les wagons avec les fils spirituels de Nasum ?
Le succès est une arme à double tranchant. Un groupe se trouve sous les projecteurs des media et du public pour un moment parfois éphémère et ensuite il disparait. Si cette chance ne se reproduit pas pour l’album suivant, il reste dans l’ombre et se voit oublié du plus grand nombre. Pour beaucoup, et votre chroniqueur du jour s’inscrit dans cette catégorie, les britanniques de SKUNK ANANSIE ont émergé avec le deuxième album du groupe, Stoosh (1996) et des singles comme « Hedonism ». Il faut dire que la personnalité exubérante de sa chanteuse, Skin, n’avait laissé personne indifférent. Un troisième opus apparaît en 1999 puis, en 2001, le groupe décide de se séparer en bons termes, chacun poursuivant une carrière en solo ou au sein s’autres formations. Après presque une décennie loin les uns des autres, SKUNK ANANSIE annonce sa reformation fin 2008. Ils ne rencontrent alors pas le même succès au Royaume-Uni mais reste une solide référence en Europe.