INA-ICH est un groupe inconnu au bataillon pour les illustres membres de cette rédaction. Cette lacune va rapidement être corrigée à l’écoute de ce troisième opus sombrement intitulé ii3. Un petit tour sur Wikipédia plus tard, nous apprenons qu’INA-ICH est un groupe français de rock alternatif formé au milieu de la décennie 2000 dans la capitale. Son parcours jusqu’à présent n’a pas vraiment été un long fleuve tranquille et tout repose sur la volonté et l’énergie d’un couple à l’origine de ce projet. Kim-Thuy Nguyen et son compagnon Aurélien Clair mènent cette barque contre vents et marées et s’entourent de divers musiciens selon leurs besoins et les compatibilités artistiques. La cuvée actuelle compte donc, depuis 2014, Brad Thomas Ackley, musicien de Matthieu Chedid, à la guitare et à la basse. Le trio compte deux albums et divers singles/EPs à son tableau de chasse avant la parution de ce troisième chapitre.
Le premier contact avec la musique des parisiens se veut très électrisant. Kim-Thuy Nguyen mène les débats tambour battant via son rock direct et bourré d’énergie. Les touches électro ne manquent pas. Tous les titres ici s’avèrent courts, autour des trois ou quatre minutes, et vont à l’essentiel sans perdre de temps en méandres inutiles. Ça passe ou ça casse, cela plait immédiatement (ou pas). INA-ICH ne compte pas nous narrer perdre du temps à nous narrer des bluettes sans intérêt, les textes se veulent tout aussi cru et sans concession que la musique elle-même. Difficile de ne pas penser surtout au RITA MITSOUKO (en un peu plus énervé quand même) à la première écoute, à SHAKA PONK ou même à SUPERBUS. Il faut attendre la troisième chanson et « La fin du monde » pour que le trio nous dévoile une autre facette de son talent avec des touches classiques en introduction avant que la tempête ne se déclenche. Cela nous rappelle que Kim-Thuy Nguyen, une pianiste classique de formation ayant étudié au Conservatoire de La Rochelle. Cela se reproduira un peu plus tard sur « Tes silences ». Mentions spéciale sur le travail graphique autour d’ii3. La pochette est assez surprenante mais le livret d’avère richement illustré. C’est assez spécial mais le digipak ne manque pas de caractère.
Loin d’être désagréable l’écoute de ce ii3 montre un groupe motivé et prêt à en découdre. Quelques titres sortent du lot comme « Lève-toi », « La fin du monde » ou encore « Je t’emmène » qui voit DAS-ICH sortir de sa zone de confort et naviguer vers le trip hop et l’électro tendance BJÖRK ou ARCHIVE. Les compositions plus rock passent le test mais finissent par un peu trop se ressembler sur la longueur. Ce disque reste une belle découverte sur une pépite trop peu connue de la scène hexagonale.
Tracklist (46:13 mn) 01. Lève-toi 02. Fais-nous un tube 03. La fin du monde 04. Comme un garçon 05. L’argent 06. Rien à foutre 07. Tes silences 08. Ma chair et mon sang 09. Maman 10. Je t’emmène 11. 20 secondes 12. Au bout de ses doigts
Vinnie Moore mène donc ses deux carrières de front : celle de guitariste d’UFO et celle de guitariste solo, dont la musique complait surtout les amateurs de guitare. On sait que Vinnie Moore – un individu extrêmement créatif et talentueux – est devenu quasiment le principal compositeur d’UFO, Phil Mogg se contentant de donner les grandes lignes musicales de chaque album. A priori les ressources créatives du guitariste musicien sont loin d’être taries puisque celui-ci continue de composer des albums solos de qualité.
Certes le niveau des premiers disques de Vinnie Moore n’est sans doute plus atteint depuis The Maze (1999). Depuis ce dernier album, Vinnie Moore n’a plus enchaîné de grands disques instrumentaux, même si To The Core ou Defying Gravity restent incontestablement de très bons disques. On rangera Aerial Visions dans cette seconde division (de luxe !) des disques de Vinnie Moore. Du très bon Vinnie Moore donc, mais nullement du très grand.
Aerial Vision intéressera tout particulièrement car sa structure est spécifique : on trouvera dans une première partie du disque un grosse influence boogie et blues. Du groovy « Mustang’s Shuffle » jusqu’à la reprise de « La Grange » de ZZ top, Vinnie Moore défriche des terres qu’il n’avait qu’arpentées que sur Out Of Nowhere. La guitare de Moore se fait ici feulante ou grinçante, tout en conservant un sens mélodique constitutif de sa personnalité. Rien de bien néo-classique donc, mais une musique qui déborde d’une chaleur presque incandescente.
La deuxième partie s’ouvre par le lent et mélodique « Looking Back » avant de nous emmener vers des titres plus inspirés du hard rock progressif et subtilement néoclassique de l’époque de The Maze et Defying Gravity. Les compositions sont plus variées, intégrant plus de ruptures et s’étirent sur des durées plus longues notamment la très riche « The Dark Dream » et surtout, en clôture « A Million Miles Gone ». Le son de la guitare de Vinnie Moore est toujours aussi superbe et chaque partie – qu’il s’agisse des thèmes ou des solos – est lumineuse. Si l’on retrouve bien quelques moments très techniques, comme toujours chez Moore, il sont parfaitement intégrés dans la trame musicale globale. Le point d’orgue est évidemment le long crescendo structurant « A Million Miles Gones » avec ses parties en legato de folies puis en aller-retour pour le final.
À la clôture d’un disque qui mérite plusieurs écoutes évidemment et dont la deuxième partie n’est pas immédiate, on se dira que si Aerial Visions n’est pas du niveau d’un Mind’s Eyes ou d’un Meltdown, bien des musiciens aimeraient pouvoir accoucher d’une musique d’une qualité telle. En solo et en groupe, la carrière de Vinnie Moore reste donc encore et toujours un sans-faute. Espérons que cela continue ainsi.
Baptiste (8/10)
Mind’s Eye Music / 2015
Tracklist : 1. Mustang Shuffle 2. Now’s the Time 3. Faith 4. Slam 5. La Grange 6. Looking Back 7. Aerial Vision 8. The Dark Dream 9. Calling Out 10. A Million Miles Gone
L’été dernier je n’ai eu de cesse de rabattre les oreilles du chaland Metalhead en manque de sensations fortes passant devant mon estanco qu’il devait à tout prix accorder de l’attention à la musique de Abyssal (ma chronique ici). J’expliquais alors à quel point la musique de cette obscure et anonyme formation anglaise était magistrale en tous points. Je n’ai pas pu m’empêcher de penser à Abyssal en écoutant pour la première fois cet album de Altarage le bien nommé NIHL. Je n’ai d’ailleurs pas pensé qu’aux anglais puisque on pourrait aussi bien rapprocher Altarage de Portal, d’Ulcerate (chronique ici), d’Ævangelist (en chronique ici) ou d’Adversarial (en chronique là). Selon moi le fleuron de la scène indépendante Black Death Metal. Il faut dire qu’on ne sait que très peu de choses à propos de Altarage, par exemple qu’ils sont espagnoles de la région de Bilbao et qu’il se pourrait bien que l’on retrouve en son sein des musiciens chevronnés de la scène Black Death Metal indépendante (j’ai entendu parler de formations espagnoles comme Teitanblood ou Proclamation mais ceci n’est que supputation et rien d’officiel n’a filtré). Toujours est-il que près d’un an après avoir sorti une démo 2 titres (2 morceaux qu’on retrouve d’ailleurs sur NIHL) de manière indépendante, Altarage nous revient par l’intermédiaire Doomentia Records un label Tchèque ainsi que du très actif label allemand Iron Bonehead Productions. Ce premier effort est disponible depuis le 26 Février.
Comme je vous le disais Altarge garde un voile bien opaque autour de lui et de sa première réalisation. On ne sait donc quasiment rien à propos du travail de production de l’album ainsi que du magnifique artwork très travaillé l’illustrant. Je dois donc composer avec mon ressenti et pour en avoir parlé avec un observateur assidu de la scène Black Death internationale en qui j’ai une confiance absolue (mais ceci est une autre histoire et je vous parlerai de cette personne plus longuement très bientôt), je peux vous dire que la masse de labeur pour arriver au résultat sonore de NIHL est tout simplement énorme. Ca en devient classe à un point que c’est réellement bluffant ! En effet Altarge a tout réalisé avec juste l’aide de sa caboche et de ses petites mimines lui ! Il n’est pas allé chialer à droite et à gauche avec la morve au nez en s’accrochant aux falzars des passants : « la charité s’il vous plait ! C’est pour un artiste ex enfant de cœur ! Je veux réaliser mon album en crowdfundant mes fans sinon je boude ! ». Non, Altarage lui a de la tenue, de la décence ! Il fait avec les moyens du bord et après on juge ! Le verdict en ce qui me concerne et j’achète 1000 fois car ils sont arrivé à donner à la mêlasse technique et tranchante de leurs composition une texture sonore boueuse, organique et spectral à la fois. Putain ce que j’ai aimé le son et notamment les basses très travaillées !
Au programme nous avons droit à près de 40 minutes pour 8 assauts d’un Death Metal enrobé d’une aura Black Metal très technique, barré et bien sombre. Malgré des compositions ramassées qui tournent autour de 4 à 5 minutes, Altarage déploie tout un arsenal d’armes de destruction massive comme des riffs acérés, du blastbeat en veux-tu en voilà, des tournures où les guitares se font dissonantes, modernes ou atmosphériques ainsi que des vocaux aux cris décharnés ni réellement dans la tradition Death Metal ni dans celle du Black Metal mais rappelant méchamment les vociférations spectrales de The Curator le frontman de Portal. Dès les premières mesures de « Drevicet » Altarage nous en met plein la gueule mais de manière intelligente et par à-coups en ménageant bien son affaire. En plus de donner une aura Black Metal à ses compositions Death Metal bien bourrin comme sur « Altars » il n’hésite pas à injecter le poison bien sophistiqué d’un Ulcerate lui donnant des couleurs froides futuristes en un mot modernes. Pour ce faire il multiplie les dissonances et polyrythmies à la batterie quand il ne part pas sur des downtempo ce qui le fait un peu se rapprocher de Abyssal comme sur « Baptism Nihl » et la fin de « Batherex ». Un autre chose assez surprenante est qu’il use d’effets larsens qui sont proche du Drone comme sur le début de « Graehence » par exemple.
NIHL est un album d’art noir à l’instar de la couleur de son artwork. Une créature sonore sournoise et complexe mais très séduisante ! Le Metal extrême dans ce qui a de plus violent, hypnotique, complexe et profond. C’est exactement le genre de musique qui se situe dans mon terrain de jeux favori … mon pré carré quoi ! A ne louper sous aucun prétexte surtout si vous n’êtes pas effrayé par les formations comme Portal, Ulcerate, Ævangelist ou Adversarial !