Etre un groupe instrumental, vouloir faire passer un message, voire une émotion, n’est pas chose aisée. Certains y sont arrivés avec talent. Les Shadows, Dick Dale, pour les précurseurs, Year of no light ou encore Pelican ont su rallier à leur cause une cohorte de fans. Et ce grâce à leurs mélodies et autres riffs entêtants. Abysse, jeune combo originaire de Cholet, se risque à l’exercice pour la deuxième fois.
I am the wolf forme un tout indissociable. Il s’écoute d’une traite. Diverses influences se révèlent au fur et à mesure que l’album déroule son fil. « Persuasion », qui nous fait penser à Tool, est une bonne introduction. La suite est à la hauteur. « Architecture of bones » est plus massif ; « I will rise » joue plus sur l’ambiance mais n’en reste pas moins dynamique ; « Blood to all » montre que le quartet est sûr de lui et qu’il sait s’ouvrir à de grands espaces musicaux ; summum de l’album, « I am ready to her son » met en exergue tous les talents de la formation. Très Mastodon dans l’esprit… On a connu pire comme influence.
Ces sept titres sont la clé d’un univers musical sans limite. La musique de Abysse, à la fois progressive, stoner et expérimentale, est à même de ravir le plus grand nombre ; passionnante, parfois complexe, toujours accessible, jamais rébarbative. I am the wolf remplit tous ses objectifs : nous faire découvrir un groupe solide et inspiré et une musique qui l’est tout autant.
Nico (8.5/10)
Site Officiel: https://abysse.bandcamp.com/album/i-am-the-wolf
Black Wave/ 2016
01. Persuasion 02. Architecture of Bones 03. I am ready to be her son 04. Frozen Flesh 05. I will rise 06. Blood to you all 07. Reality & Secret
Histoire de faire patienter ses fans, qui décidemment on bien de la chance, notre petit génie anglais propose ce 4 ½ en guise d’intermède entre son quatrième opus, Hand. Cannot. Erase (chronique ici) et le futur album à venir (le cinquième donc si vous avez bien tout suivi). Comment a-t-il fait pour revenir si vite ? Effectivement ces six nouvelles compositions ne tombent pas du ciel puisque quatre d’entre elles sont nées lors des sessions Hand. Cannot. Erase, une a pris forme lors des sessions précédentes, pour The Raven that Refused to Sing (chronique là) et enfin la dernière, « Don't Hate Me » est connue des fans de PORCUPINE TREE depuis 1998. Tout cela explique la présence de nombeux artistes qui collaborent ou qui ont collaboré avec Wilson.
Loin d’être un bouche trou de qualité moindre, les chansons présentées ici possèdent bien des qualités et un charme fou. Elles n’auraient pas du tout fait tâche sur Hand. Cannot. Erase ou The Raven that Refused to Sing mais Wilson a dû faire des choix ou maintenir une certaine homogénéité sur ses albums et puis ses propres préférences, forcément un peu subjectives. Mais il a lui-même reconnu que ces chansons méritaient mieux que le sort funeste d’être tout simplement mises de côté ad vitam aeternam. Et il a eu cent fois raison car la maestria du maestro et de ses camarades s’exprime ici encore pleinement. Son style rock, à la fois simple et compliqué, sa capacité à susciter l’émotion grâce à quelques sons, après quelques mesures, continuent de forcer le respect.
« My Book of Regrets » apparaît basique et sucré mais la chanson se déploie sur plus de neuf minutes et montre une vraie richesse. « Year of the Plague » est un instrumental construit dans l’infinie douceur, très subtil et délicat. « Happiness III » commence à pas lent et monte crescendo dans les rythmes et l’intensité avant d’exploser, au final, dans une myriade de couleurs. « Sunday Rain Sets In » constitue le second interlude instrumental du disque, encore une fois une respiration sans violence ni agressivité qui montre un musicien talentueux en pleine possession de ses moyens, à la créativité débordante. Troisième et dernier instrumental avec « Vermillioncore » titre assez barré et surprenant. L’anglais semble ici s’amuser, à varier les rythmes et les ambiances autour d’une ligne de basse omniprésente. Tantôt électro, tantôt jazzy à un vaste fourre-tout toujours cohérent et admirablement exécuté. Enfin, « Don't Hate Me » est basé sur un enregistrement live réalisé lors de la dernière tournée européenne puis retravaillé et complété en studio. Steven Wilson partage ici le micro avec Ninet Tayeb.
Sans atteindre les sommets de ses albums studios, 4 ½ prend naturellement sa place au sein de la discographie du britannique et constitue un bel album histoire de patienter. Comment ne pas rester admiratif devant tant de talent et de savoir-faire ? La grande classe, encore et toujours.
Oshyrya (08/10)
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Kscope / 2016
Tracklist (37:13 mn) 01. My Book of Regrets 02. Year of the Plague 03. Happiness III 04. Sunday Rain Sets In 05. Vermillioncore 06. Don’t Hate Me
En six titre et un peu plus de vingt-sept minutes, les britanniques de SIKTH vont en scotcher plus d’un sur sa chaise. Pas de quartier ni de calme avant la tempête, l’auditeur va directement prendre se voir asséner la fureur du groupe dès les premières secondes d’Opacities.
Beaucoup d’entre vous découvrent sans doute le groupe (comme nous) car SIKTH avait décidé de mettre sa carrière en pause en 2008. Formé en 1999, ils comptaient à ce moment-là, à leur tableau de chasse, trois EPs et deux albums. Finalement, ils décident de remettre le couvert en 2014 au Download Festival et font leur grand retour discographique avec Opacities. Amateurs de musique technique, folle, bourrée à la fois d’énergie et d’agressivité, vous feriez bien de vous intéresser à ce groupe. « Behind the Door » claque d’entrée ne devrait pas vous laisser indifférent. La musique virevolte à toute allure autour de soi et le chant majoritairement hurlé de Mikee Goodman et Justin Hill finit d’achever les derniers survivants. Au petit jeu des comparaisons, cet EP s’apparente aux amours incestueux entre SLIPKNOT et PERIPHERY.
En quatre ou cinq minutes, la messe est dite et chaque nouvelle salve fait de nouveaux dégâts. Le rouleau-compresseur semble impossible à arrêter même si quelques respirations, plus calmes, en chant clair, laissent entrevoir un peu de lumière. Mais cela ne dure jamais bien longtemps avant que la maelstrom ne reprenne ses droits. Deux titres sortent un peu du rang, d’abord « Tokyo Lights » un court intermède parlé assez étrange et puis « Days Are Dreamed » qui clôt cet EP de façon beaucoup plus douce et atmosphérique que les blasts d’énergie des quatre premières chansons. Oui SIKTH sait se faire calme et subtil. Malgré le talent évident du sextet, ils sont un peu moins convaincants dans cet exercice.
Avec Opacities, SIKTH fait un retour remarqué sur le devant de la scène. Ils ne semblent avoir rien perdu de leur hargne et montre une solide motivation. Espérons que l’entente dure et qu’ils enfoncent le clou sur un nouvel album qui devrait logiquement suivre.
Oshyrya (7,5/10)
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Peaceville / 2016
Tracklist (27:44 mn) 01. Behind The Doors 02. Philistine Philosophies 03. Under The Weeping Moon 04. Tokyo Lights 05. Walking Shadows 06. Days Are Dreamed