Archive for the ‘ Chroniques ’ Category

Son label prend un malin plaisir à le rappeler mais il est vrai que les réalisations de THE TANGENT depuis ses débuts a de quoi forcer le respect. En douze ans, le projet d’Andy Tillison aura publié huit albums studio, deux DVD live et assurer des tournées dans un très grand nombre de pays. Sacré rythme quand même… Pour autant, cette abondance n’a pas toujours été heureuse, certains de ces albums manquaient franchement de lustre et l’auditeur perdait rapidement de son enthousiasme. Espérons que le cru 2015 s’avère riche et gouteux.

Solide capitaine à la barre du navire THE TANGENT, Tillison est le seul membre permanent du groupe. A chaque fois il s’entoure de musiciens expérimentés et talentueux pour mener à bien son projet. Notons tout de même que pour la première fois, ses camarades de jeu restent les mêmes pour deux albums consécutifs avec en particulier Jonas Reingold (FLOWER KINGS), Theo Travis (Steven Wilson, Gong) et Luke Machin (MASCHINE). Le lien avec le passé reste bien présent puisque ce nouveau disque fait directement référence au premier album des britanniques, The Music That Died Alone sorti en 2003. Et depuis cette période, la démarche du groupe n’a pas vraiment changé, il continue de proposer un rock progressif éclectique, chamarré et finalement toujours assez ancré dans la première vague prog des années 70. Les sonorités, les compositions longues à tiroir rappelleront forcément cette période aux plus anciens d’entre vous. Le talent du compositeur ne fait aucun doute, parfois il fait des merveilles comme sur Le sacre du travail (chronique ici) et parfois il se fourvoie et précipite l’auditeur dans un abime d’ennui à l’image de COMM (chronique ). Reconnaissons la grande variété des chansons présentées ici, presque jazzy sur un « Aftereugene» surprenant. Le côté old-school plaira à certains alors que d’autres lui trouveront un petit côté suranné pas forcément à leur goût. Les longues digressions instrumentales font souvent mouche sans toutefois toujours éviter l’écueil de la démonstration technique un peu stérile. Les longueurs ne manquent pas sur A Spark In The Aether et finit par gâcher le plaisir.

A enchainer à un tel rythme la composition d’albums, THE TANGENT perd un peu le nord et n’offre une expérience véritablement satisfaisante qu’un album sur deux ou trois. A Spark In The Aether se positionne entre deux eaux, parfois agréable, parfois frustrant. Malheureux cette dernière émotion finit par l’emporter et jette une ombre sur le disque complet.

Oshyrya (6,5/10)

 

Site Officiel

 

InsideOut Music / 2015

Tracklist (59:13 mn) 01. A Spark In The Aether 02. Codpieces and Capes 03. Clearing The Attic 04. Aftereugene 05. The Celluloid Road 06. A Spark In The Aether (Part 2) 07. San Francisco Radio Edit

Slayer – Repentless

slayerrepentlessPour moi, Slayer est mort avec Jeff. Je me souviens exactement du jour de son décès, la préparation du matos pour la route vers le Neurotic Deathfest, les albums de Slayer dans la bagnole, « War Ensemble » à pleins tubes dans la voiture pendant que Castor était parti se chercher à bouffer au Subway à deux pas du 013. C’était la fin d’une ère, et je m’étais juré que tout ce qui viendrait du groupe après cette date funeste ne me toucherait plus. Même si Jeff était absent depuis des mois et que Gary assurait un intérim plus que convaincant. Même si Jeff n’était qu’un quart du groupe (mais quel quart !)…

Et aujourd’hui, quatorze ans presque jour pour jour après la sortie de God Hates Us All et l’effondrement des Twin Towers, je suis là, devant mon PC, à me repasser encore et encore Repentless, le premier opus du groupe sans Jeff, LE compositeur de (presque) tous les hymnes du groupe. Ajoutez à cela le départ forcé de Dave Lombardo (remplacé par Paul Bostaph) et il y a de quoi être inquiet. Mes craintes étaient-elles fondées ? Kerry King a-t-il su faire oublier Jeff ? Slayer fait-il toujours du Slayer ?

Ce qui va suivre est loin d’être objectif. Si l’objectivité était une personne, je lui pèterais les rotules et je lui pisserais sur la gueule. Slayer n’est pas un simple groupe pour moi. Slayer est un des piliers, un repère. Alors oui, je risque d’être plus indulgent (ou justement plus sévère) envers la bande à Kerry qu’envers les autres…

Kiff direct ?

D’un côté, il y a le kiff direct, les morceaux qui font mouche sans pour autant devenir des classiques immédiats. Je pense notamment à « Relentless » et son intro « Delusions Of Saviour » qui, même s’il n’a pas la force de frappe d’un diptyque « Darkness Of Christ » / « Disciple », fait son petit effet en opener, ou à « Implode » et la nouvelle version d’« Atrocity Vendor » qui ont un petit « je ne sais quoi » de sympa. On est loin des brûlots du groupe qui font voler les ratiches à la ronde, mais Slayer a déjà chié ce genre de compos sur les albums précédents sans que personne ne crie à la mort ou à l’imposture.

(C’est ici que vous devez dire que je suis bien trop indulgent)

Mais d’un autre côté, Slayer se vautre aussi plusieurs fois dans la facilité, quand il ne passe pas pour un lion édenté sur plusieurs morceaux d’une pauvreté flagrante. « Cast The First Stone », « Piano Wire » (le dernier morceau composé par Jeff, reconnaissons-le… on comprend d’ailleurs pourquoi il ne l’a jamais finalisé et on se demande pourquoi Kerry a tenu à le coller sur cette galette), « When The Stillness Comes »… autant de morceaux qui me laissent de marbre, qui ne réveillent rien en moi. Le genre de compos que je range sur la même étagère que la majorité des compos de Diabolus In Musica. L’étagère qui prend la poussière.

Autre point négatif : le dernier morceau. Si vous regardez bien la plupart des albums du groupe, le dernier morceau était synonyme de conclusion en coup de poing : « Raining Blood », « Seasons In The Abyss » et, dans une autre mesure mais tout de même, « Payback », « Supremist » ou « Not Of This God ». Slayer mettait un point d’honneur à coller un bon point final à ses albums. « Pride And Prejudice » peut difficilement rivaliser avec ces compos et brise en quelque sorte une tradition.

« Mon » Slayer est mort

Je n’arrive pas à détester cet album. Même s’il est loin d’être prodigieux, même si un ep de 5 titres aurait été plus judicieux, même si, à mes yeux, Slayer est bel et bien mort avec Jeff. « Mon » Slayer est mort. Alors, comment juger cet album sans tout ce passif ? Comment faire abstraction de ce passif, de ces émotions qu’éveillent en moi les albums de Slayer que j’ai usés jusqu’à la corde. C’est impossible. En termes d’émotions et de ressenti, Relentless se place au-dessus de Diabolus In Musica. Avec ses quelques compos efficaces, il parvient à faire illusion un court instant avant que la raison l’emporte à nouveau et que les « mauvais » morceaux ne viennent rappeler qu’on est loin du niveau d’un Divine Intervention (qui est pourtant loin d’être mon album favori de Slayer).

Mon cœur me hurle de lui coller au moins un 6,66/10. Mon cerveau peine à concevoir une note supérieure à 4. Un 5/10 contentera tout le monde… même si cet album n’était franchement pas nécessaire et vient même, à mes yeux, écorner une discographie où les fautes de goût étaient très rares et compensées par des chefs-d’œuvre incontournables. Slayer de la retraite.

Mister Brute Force (5/10)

 

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Nuclear Blast Records / 2015

Tracklist (41:57) 1. Delusions of Saviour 2. Repentless 3. Take Control 4. Vices 5. Cast the First Stone 6. When the Stillness Comes 7. Chasing Death 8. Implode 9. Piano Wire 10. Atrocity Vendor 11. You Against You 12. Pride in Prejudice

 

 

 

Murmur – Murmur

Malgré une sortie il y a maintenant plus d’un an, je me suis décidé à faire une chronique de ce deuxième album des américains de Murmur suite à l’écoute intensive de la musique de Shining (ma chronique ici) de Mastery (chronique ici) et de ÖxxÔ XôôX (une chronique ici).  En effet je me suis rappelé que j’avais bien accroché à la musique tortueuse, tourmentée et très jazzy de Murmur s’autoproclamant faire du  Zeuhl Progressive Ambient Black Metal. Ce skeud est sorti en janvier 2014 et est la seconde réalisation studio après Mainlining the Lugubrious (2010) au contour plus extrême.  Je trouve qu’il mérite plus d’attentions qu’il en a suscité à sa sortie d’où cette focale avec une chronique tardive. Je suis tombé un peu par hasard sur le bandcamp du groupe où cet album ainsi que le reste de sa discographie est en streaming. On retrouve même au sein de sa discographie un split-album avec Nachtmystium (2011). 

 

Malgré une signature chez Season Of Mist cet album est un peu sorti dans l’anonymat général et je pense que ce paradoxe peut s’expliquer par le fait que Murmur pratique une musique sans concessions :  très extrême, barrée et rétro pouvant produire une sorte de malaise sur certaines personnes. Le fait que le groupe ait poussé le vice jusqu’à opter pour une production  raw typique des 70s et du coup très éloignée des archétypes Metal, je pense notamment à des groupe comme Magma, Frank Zappa ou King Crimson, peut aussi expliquer ce relatif désintérêt du publique. Sachez d’ailleurs à propos que Murmur fait une reprise du mythique King Crimson  « Larks' Tongues In Aspic, pt 2 » qui est vraiment très bonne.

 

La production du Wall to Wall studios de Chicago où le groupe a enregistré l’album est vraiment vintage à souhait ! Elle est parfaite pour ce qui est de rendre cette ambiance 70s que le groupe souhaitait tant retranscrire et met bien en valeur les arrangements jazzy ainsi que les parties d’orgue Hammond ou les divers chœurs (dont quelques uns sont féminins). Les vocaux sont vraiment varié tout du long de l’album et prennent tours à tours des formes extrêmes, scandés, harmoniques ou chuchotés. 

 

 J’approuve la démarche entière et jusqu’auboutiste de Murmur. Il est clair que si vous ne possédez pas d’atomes crochus avec cette scène des 70s et le Metal extrême vous risquerez de traverser une bien pénible épreuve ! D’autant que dès le début Murmur vous malmènera avec  des charges de Metal extrême technique et avant-gardiste bourrées de contre temps rythmiques et de dissonances comme sur  « Bulle Of Crete » ainsi que « Water From Water »  ou sur le chaotique et spatial « Al-Malik » voire le très décadent, acide et menacent « King In Yellow ». 

 

Comme je l’ai dit plus haut Murmur fait souvent penser à King Crimson sur bon nombre de ses passages et si vous écoutez le titre « When Blood Leaves » dans son intégralité vous en sortirez entièrement convaincu ! Murmur fait même d’ailleurs un peu penser à certain plans de Enslaved ce qui n’est pas très surprenant quand on connais l’amour que porte Ivar et Grutle pour King Crimson. Sur « Zeta II Reticuli » et « Zeta II Reticuli, Pt. 2 »  on pense instantanément à une version très Metal et Progressive du jazz  incantatoire de Magma ! « Recuerdos » quant à lui  œuvre comme un îlot de tranquillité aux charmes là encore très 70s avec ses guitares acoustiques et ses envolées d’orgue Hammond.

 

Un superbe album de Metal extrême, technique, barré, jazzy et progressif qui ravira les fans des groupes des 70s que j’ai mentionnés plus haut dans la chronique, pour peu qu’ils ne soient pas rebutés par le côté Metal Extrême. Un album entier qui mérite du temps et plusieurs écoutes afin de dévoiler tous ses charmes. Je rspecte énormément la démarche artistique de Murmur ! Aurez-vous la patience et l’abnégation pour percer tous les secrets de sa musique ? De cela je n’en suis pas sûr mais je tenais malgré tout à attirer votre atention sur cette excellente œuvre extrême et vintage de Murmur… 


FalculA (8,5/10)


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Bandcamp Officiel où cet album est en streaming complet

 

Season Of Mist / 2014
Tracklist (51:04) : 01. Water From Water 02. Bull of Crete 03. Al-Malik 04. Recuerdos 05. Zeta II Reticuli 06. Zeta II Reticuli, Pt. 2 07. King in Yellow 08. When Blood Leaves 09. Larks' Tongues in Aspic, Part II (Bonus Track).