Soen est un groupe de Metal Progressif formé en 2010 et qui a agité le milieu Metal dans le courant de l’année 2012 avec la publication d’une vidéo sur youtube. Tout ce foins était certainement dû au fait que les principaux instigateurs de ce projet n’étaient autres que le mercenaire Steve DiGiorgio connu pour son hyper activité dans Sadus, Death, Testament (et une liste de groupes longue comme le bras) et le batteur ex Opeth ex Amon Amarth Martin Lopez. Le délire de musiciens reconnus qui se la touchent et se la racontent en faisant sensations auprès d’un publique composé d’autres musiciens qui les envient en bavant. Tout ça a tendance à me laisser de marbre voire à bien me faire rire. N’étant pas un zicos, j’ai toujours privilégié le feeling à la prouesse technique. Si on peut avoir les deux c'est tant mieux hein ? Mais bon, ça ne me fait pas bander par principe quoi. Tout ça pour vous dire que leur premier album qui est sorti la même année ne m’a absolument pas intéressé. Par exemple je préférais m’immerger dans l’album de Enslaved Riitiir qui est sorti à la même période : un Metal Progressif vintage et extrême bien plus chavirant, intense et envoutant.
Deux ans plus tard, chose prévisible le mercenaire Steve DiGiorgio a pris la porte en grand instable qu’il est et seul reste Martin Lopez. Concentrons-nous donc sur ce Tellurian à présent. Déjà la production est très bonne : ronde, chaude et accordant un large spectre à la basse qui avec la batterie mènent la danse. Une chose est assez agréable, les divers arrangements qui parsèment l’album et attirent l’attention en permanence : des percussions exotiques sur "Komenco", "Void" ou "The Other’S Fall", des guitares acoustiques, orgues Hamon ou Mellotron aux sonorités typiquement 70s sur "Tabula Rasa"," Ennui" ainsi que des instruments à cordes sur "The Words".
Le propos purement musical quant à lui est un peu moins surprenant, bien que techniquement irréprochable on ne peut s’empêcher de penser à Opeth dans les parties techniques et saccadées ou à Tool voire Systeme Of A Down dans certaine envolées lyriques. Il faut dire qu’on peut faire exactement le même reproche à son chanteur qui a une maitrise technique absolument parfaite mais dont le timbre et les intonations font beaucoup trop penser à Maynard James Keenan ou Serj Tankian. Paradoxalement les titres m’ayant vraiment emballé sont ceux, plus calmes, qui sortent réellement des sentiers battus comme "Void" et "The Words". De véritables réussites dans lesquels Soen arrive à s’extirper de l’ombre de ses influences trop marquées sur les autres compositions.
Le néophyte va apprécier cet album, c’est une certitude ! Le vieux baroudeur comme moi va très vite se lasser bien qu’il reconnaisse en Soen un certain brio ! J’aurais apprécié un peu plus d’intensité par exemple. Je mets donc une note un peu plus élevée que la moyenne car il y a eu un réel travail de mise en œuvre artistique sur certaine compositions et l’artwork comme les textes sont impeccables.
Spinefarm Record / 2014
Tarcklist (52 minutes) 1. Komenco 2. Tabula Rasa 3. Kuraman 4. The Words 5. Pluton 6. Koniskas 7. Ennui 8. Void 9. The Other`S Fall
Tout est fait pour me plaire sur ce disque. Avant même d’avoir enfourné la galette dans mon lecteur, j’ai envie d’aimer, d’adorer ce disque et d’en faire le numéro un de ma playlist favorite de 2014. Je trouve par exemple la pochette totalement hypnotisante avec cette forme complexe et sombre et ce halo de lumière tout autour. J’ai une imagination débordante et je suis déjà en train de construire des scénarios de science-fiction délirants. Mais la réalité reprend rapidement le dessus et elle fait elle aussi envie.
L’aventure MIDNIGHT MASSES a débuté en 2008 et a pris la forme d’une tentative de catharsis pour son chanteur Autry Fulbright. Projet collectif débridé avec des musiciens très changeants, le projet accouche d’un premier EP, Rapture, Ready, I Gazed At The Body, en 2009. Depuis plus trop de nouvelles même si deux de ses membres ne se tournaient pas les pouces au sein de …AND YOU WILL KNOW US BY THE TRAIL OF DEAD. Jason Reece en est l’un des membres fondateurs et Fulbright les a rejoints à partir de 2011 (album Tao of the Dead). Après cinq ans de silence discographique, revoilà les MIDNIGHT MASSES avec une formation (un peu) resserrée à quatre membre ce qui n’empêche pas ici des contributions d’une dizaine d’autres musiciens.
Retour sur Terre dès le début du disque avec chansons subtiles d’une grande sensibilité. De nombreux genres se voient ici intelligemment mêlés au sein de ce rock évolutif, protéiforme aux influences autant psychédéliques, krautrock qu’électro. Les musiciens ne se sont fixés aucune limite et laissent leurs cœurs et leurs âmes mener les débats. Le groupe s’est regroupé au sein du Sonic Ranch pour immortaliser ces chansons, un hommage au père disparu de Fulbright ainsi qu’à leur ami Gerrard Smith, bassiste des TV ON THE RADIO, emporté en 2011 par un cancer des poumons. Une certaine tristesse, une nostalgie et une grande mélancolie s’exprime à travers cet album, en particulier des titres fort émotionnellement comme un « Am I A Nomad? » qui n’est pas sans me rappeler les britanniques d’ARCHIVE. Departures repose sur un équilibre délicat, un effort collectif qui a accouché d’une horlogerie très fine. Presque chaque chanson apporte une ambiance particulière comme le récit du quotidien d’un voyageur. Fulbright a fait le choix de vivre une vie nomade, constamment sur les routes, écrivant sans cesse des chansons et cela se ressent ici très nettement.
A l’image de sa pochette énigmatique, Departures constituera un défi pour chaque auditeur qui prendra le temps de s’y intéresser. Ce disque ne se laissera pas facilement dévoilé mais l’effort sera récompensé par la découverte de chansons d’une rare émotion. Tout n’est pas génial, chaque composition ouvrant un nouveau champ des possibles. Mais les membres de MIDNIGHT MASSES y auront investi beaucoup d’eux-mêmes. Cette démarche à elle seule force le respect.
Tracklist (47:54 mn) 01. Golden Age 02. Am I A Nomad? 03. All Goes Black 04. Broken Mirror 05. Departures 06. Clap Your Hands 07. Everywhere Is NowHere 08. If I Knew 09. Hollywood Death Forever 10. Be Still 11. There Goes Our Man
Nos compatriotes de BENIGHTED SOUL ont bien des choses à offrir aux fans de métal symphonique comme ils ont déjà pu le prouver à travers le deux premières sorties appréciés de cette rédaction: Anesidora (chronique ici) en 2008 puis surtout Start From Scratch (chronique là) paru en 2011. Mais les autres auront au moins la satisfaction d’avoir appris un mot et ainsi enrichi leur vocabulaire grâce à de deuxième album, Kenotic. Le terme français « kénotique » est un adjectif emprunté au vocabulaire théologique pour parler d’un phénomène relatif à la kénose c’est à dire au mouvement d’abaissement par lequel Jésus-Christ quitta ses attributs divins pour rejoindre l’humanité (merci Wikipédia). Bref, l’écoute de cet album touche au divin et mérite doc une écoute attentive de chacun d’entre vous.
En effet, après trois années de silence, les français n’ont pas fait les choses à moitié et nous reviennent inspirés et ambitieux. Saluons déjà la très belle pochette à la fois belle, subtile et complexe. Un grand bravo au groupe bien sûr mais surtout à Pierre-Alain D. de 3mmi Design (site ici). Mais la forme ne serait rien s’il n’y avait pas de fond et c’est dans le meilleur état d’esprit possible que l’auditeur s’émergera dans cette musique. BENIGHTED SOUL n’a jamais succomber à la tentation de tomber dans une démonstration technique stérile a toujours su intelligemment favoriser le feeling et la mélodie. Pour autant, Kenotic ne manque pas de complexité, les lignes mélodiques se mêlent et se démêlent avec grâce subtilement enrichis de nappes de claviers, d’orchestrations et de choeurs. La dimension visuelle du groupe n’a jamais été aussi prégnante, tout auditeur normalement constitué verra surgir devant lui des paysages et des scènes invoquées par des chansons de caractère comme « Halcyon Days » ou « Too Far Gone ». Ce petit goût d’Orient sombre et mystérieux ajoute encore aux charmes de ce disque qui nous invite à voyager à travers les mythes et les religions qui imprègnent notre culture moderne.
Comme sur Start from Scratch, comment ne pas être impressionné par le savoir-faire et la subtilité de la musique proposée ? Le groupe a encore su progresser pour offrir des chansons complexes mais toujours attrayantes. Le chant de Géraldine Gadaut prend une nouvelle ampleur et elle évoque de plus en plus Charlotte Wessels (DELAIN) voir Anneke van Giersbergen (ex-THE GATHERING), surtout quand elle double sa propre voix. Les touches de chant extrême masculin apportent une épaisseur supplémentaire de bon aloi. A l’écoute de Kenotic j’ai pensé tout à tout à l’Into the Electric Castle d’AYREON et au V: The New Mythology Suite de SYMPHONY X, deux albums absolument monstrueux. Sans atteindre la maestria du néerlandais et des américains, BENIGHTED SOUL s’en rapproche et ce n’est pas un petit exploit. Saluons également le travail de production très professionnel et tout à fait au standards européens.
Finalement, Kenotic montre un groupe au meilleur de sa forme et la performance est un quasi sans faute. A l'image de Start from Scratch, il me semble que l’album souffre de quelques longueurs et aurait été encore plus compact et efficace en retirant deux titres (les deux derniers et surtout « Bound » aux envolées disons maladroites). Mais pour le reste c’est du tout bon et il faut maintenant espérer que BENIGHTED SOUL puisse, grâce à Kenotic, se faire un nom au niveau européen et toucher un beaucoup plus large public. En comparaison des albums de DELAIN, WITHIN TEMPTATION, DIABULUS IN MUSICA, AMBERIAN DAWN… sortis cette année, nos compatriotes n’ont plus de complexe à faire.
Tracklist (68:04 mn) 01. Halcyon Days 02. Too Far Gone 03. Si Se Non Noverit 04. Only Make-Believe 05. Martingale 06. Pent-up 07. Enlightenment 08. The Shallow and The Deep 09. Let You Win 10. Threshold Exceeded 11. Bound 12. One Last Harvest