Archive for the ‘ Chroniques ’ Category

Alors que Season Of Mist ressort Grand Declaration Of War en version « Completely remixed and remastered from the original master tapes », nous nous interrogeons. S’agit-il d’une basse manœuvre commerciale pour fêter les 18 ans de l’album le plus controversé de Mayhem, ou une sincère tentative de réhabilitation ?

Season Of Mist s’est donné les moyens et a effectué un vrai travail de fond pour redonner du sens (et du son) à un album exceptionnel. Jaime Gomez Arellano, en charge de cette refonte, a effectué un boulot époustouflant. Le son est limpide, la basse y fait son retour et l’on redécouvre le jeu de batterie d’un Hellhammer au meilleur de sa forme. Les guitares sont incisives ; elles offrent plus de nuances que sur la première version. Seuls les vocaux n’ont pas étés modifiés à la demande de Maniac. Mais une chose est certaine : l’ensemble dégage plus de puissance et de clarté.

Grand Declaration Of War n’a pas changé. L’album bouscule toujours avec violence tous les codes du black-metal. Dans le deuxième acte dantesque, Mayhem s’autorise les plus belles audaces de sa carrière : influences trip-hop, post punk, électro, voire hip-hop, se mélangent au black-metal des Norvégiens pour créer une musique futuriste même 18 ans après. Une œuvre dingue à tous les niveaux à l’image de Sven-Erik Kristiansen qui s’impose comme le chanteur ultime du genre.

En temps normal, une réédition est un prétexte facile pour faire fonctionner la machine à cash. Ici, ce n’est pas le propos. Au delà de redécouvrir l’album en posant une oreille nouvelle sur ce chef d’œuvre absolu du black-metal… Cette nouvelle version enterre tout bonnement l’originale.

Nico (*/10)

Site Officiel : https://www.thetruemayhem.com/

Season Of Mist/2018

01. A Grand Declaration of War 02. In the Lies Where upon you lay 03. A Time to Die 04. View From Nihil; Pt. 1 05. View From Nihil; Pt. 2 06. A Bloodsword And A Colder Sun, Pt. 1 ) 07. A Bloodsword And A Colder Sun, Pt. 2 08. Crystalized Pain In Deconstruction 09. Completion In Science Of Agony, Pt. 1 10. To Daimonion 11. Untitled I 12. Untitled II 13. Completion In Science Of Agony, Pt. 2

KEN Mode – Loved

Il y a des albums parfaits. Ni trop longs, ni trop courts, avec un sain équilibre entre mélodie et énergie. Chaque morceau est entrainant, chaque refrain est un hymne que l’on reprend en chœur dès la première écoute. Ces albums sont efficaces en diable. Ces albums plaisent. Et ces albums m’ennuient.

Ils m’ennuient parce que la beauté réside dans le chaos, l’inattendu. La symétrie ? C’est la loi du moindre effort. Les pièces du puzzle tombent parfaitement… et de manière cruellement prévisible. Plus le temps passe, et plus cet élément de tension me semble, à mes yeux, indispensable pour passer un palier. Pour garder l’auditeur en haleine. Si je voulais me faire bercer tendrement, je n’écouterais pas du Metal. Et KEN Mode l’a bien compris sur ce Loved ravageur.

Tous les éléments sont là : cassures rythmiques, riffs dissonants, hurlements déchirants, petite touche free jazz avec les cuivres… Loved s’inscrit dans la pure lignée des autres formations énervées de la trempe d’un Dillinger Escape Plan ou d’un Converge. Alors oui, cet album manque de cohésion, ça part dans tous les sens, quitte à parfois donner le tournis, mais putain que c’est jouissif. Et c’est quand le groupe se met en tête de jouer sur les ambiances lourdes et malsaines qu’il prend une dimension supérieure. Que ce soit avec « This Is A Love Test » et ses interludes chuchotées avec ligne de sax ou la cacophonie « No Gentle Art » en fin d’album, les Canadiens frôlent le sublime.

Cette septième sortie de KEN Mode est une réussite totale. Il est temps de rattraper mon retard et de découvrir le reste de la discographie.

Mister Patate (9/10)

Facebook officiel 

Season Of Mist Records / 2018
Tracklist (35:29) 1. Doesn’t Feel Pain Like He Should 2. The Illusion Of Dignity 3. Feathers & Lips 4. Learning To Be Too Cold 5. Not Soulmates 6. Very Small Men 7. This Is A Love Test 8. Fractures In Adults 9. No Gentle Art

Baise Ma Hache – F.E.R.T.

2018, quelque part dans les montagnes françaises…

« – Sinon, t’as des nouvelles de Famine ?

– Aux dernières nouvelles, il est toujours en Ukraine, à tiser de l’antigel avec la maison-mère du Metal militant. D’ailleurs, il prépare son nouveau disque, et il parait même qu’il va, je cite, « dropper du gros peura, sisi, DJ Nocide ».

– DU RAP ? Mais… Vu qu’on a toujours fait du KPN light, on va devoir aussi en faire ?

– Mmmm. C’est pas très compatible avec notre image, tout ça, il faut quelqu’un qui ait de l’expérience en rap mais qui soit pas trop… enfin, tu vois ce que je veux dire hein ?

– Et si on demandait à Hreidmarr ? Askip, c’est lui qui chantait sur Suprême MRAP avec Pierpoljak. Et dans MRAP, y’a RAP. Tu te souviens qu’on zoukait dans les alpages en écoutant « Indianadolf » tout en chassant les moutons noirs ?

– Ouais, cohérent. Et à choisir entre Rose et Pierpoljak, je préfère prendre un chanteur de black qu’un rastaboy qui sent la chèvre. Même si ça colle avec notre terroir, ce fumet de bouc… »

Et c’est ainsi que Rose Hreidmarr a rejoint Baise Ma Hache. Ou pas, en fait, j’en ai aucune idée.

Baise Ma Hache, donc, le petit frère montagnard de KPN, est de retour avec un nouvel album et, je dois l’avouer, l’élève dépasse cette fois le maître. Mais pour cela, il aura donc fallu que KPN crame tous ses fusibles, s’exile en Ukraine, fasse un auto-split avec lui-même et se mette au rap. Rien que ça. Un peu comme si Usain Bolt faisait un 100 mètres contre moi mais décidait, après 30 mètres, de s’immoler par le feu tout en courant en moonwalk.

F.E.R.T. donne l’impression d’un album composé et écrit sur la base de la checklist « je fais du black et je suis fier de mes racines » : l’imagerie guerrière (avec une pochette en mode « Blood Fire Death » du pauvre), les textes qui suent l’honneur et la supériorité, l’interlude mélancolico-bucolico-nostalgique avec bruits de bataille, l’interlude menaçant avec cuivres (avec Arditi)… Tout semble pesé, mesuré, réglé au millimètre pour caresser dans le sens de la mèche une certaine frange du public BM.

Et pourtant, F.E.R.T. peine à convaincre. Prenons l’opener, « Le Crépuscule des Gueux ». Il y a de bonnes idées, de bons riffs, mais tout cela se perd dans un patchwork décousu de 12 minutes, avec un sample de Seul Contre Tous à la valeur ajoutée nulle et deux ruptures qui viennent casser la dynamique du morceau. Et ce constat s’applique à l’ensemble de l’album. Trop long, avec ici et là quelques fulgurances, quelques idées pas assez exploitées ou, au contraire, surexploitées, traînées en longueur. Peste Noire avait prouvé avec La Chaise-Dyable  (et ses albums précédents) que l’on peut s’affranchir de toute limite sur le plan musical. BMH n’est qu’un pâle reflet de KPN, la folle maestria en moins.

Mister Patate (1,4/88)

Facebook officiel

Hammerbolt Productions – 2018
Durée (51:88) 1. Le crépuscule des gueux 2. F​.​E​.​R​.​T 3. Traité du rebelle 4. Insociabile regnum 5. Furia francese 6. B.L.M.I 7. Aux modernes 8. Délivrance