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KEN Mode – Loved

Il y a des albums parfaits. Ni trop longs, ni trop courts, avec un sain équilibre entre mélodie et énergie. Chaque morceau est entrainant, chaque refrain est un hymne que l’on reprend en chœur dès la première écoute. Ces albums sont efficaces en diable. Ces albums plaisent. Et ces albums m’ennuient.

Ils m’ennuient parce que la beauté réside dans le chaos, l’inattendu. La symétrie ? C’est la loi du moindre effort. Les pièces du puzzle tombent parfaitement… et de manière cruellement prévisible. Plus le temps passe, et plus cet élément de tension me semble, à mes yeux, indispensable pour passer un palier. Pour garder l’auditeur en haleine. Si je voulais me faire bercer tendrement, je n’écouterais pas du Metal. Et KEN Mode l’a bien compris sur ce Loved ravageur.

Tous les éléments sont là : cassures rythmiques, riffs dissonants, hurlements déchirants, petite touche free jazz avec les cuivres… Loved s’inscrit dans la pure lignée des autres formations énervées de la trempe d’un Dillinger Escape Plan ou d’un Converge. Alors oui, cet album manque de cohésion, ça part dans tous les sens, quitte à parfois donner le tournis, mais putain que c’est jouissif. Et c’est quand le groupe se met en tête de jouer sur les ambiances lourdes et malsaines qu’il prend une dimension supérieure. Que ce soit avec « This Is A Love Test » et ses interludes chuchotées avec ligne de sax ou la cacophonie « No Gentle Art » en fin d’album, les Canadiens frôlent le sublime.

Cette septième sortie de KEN Mode est une réussite totale. Il est temps de rattraper mon retard et de découvrir le reste de la discographie.

Mister Patate (9/10)

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Season Of Mist Records / 2018
Tracklist (35:29) 1. Doesn’t Feel Pain Like He Should 2. The Illusion Of Dignity 3. Feathers & Lips 4. Learning To Be Too Cold 5. Not Soulmates 6. Very Small Men 7. This Is A Love Test 8. Fractures In Adults 9. No Gentle Art

Baise Ma Hache – F.E.R.T.

2018, quelque part dans les montagnes françaises…

« – Sinon, t’as des nouvelles de Famine ?

– Aux dernières nouvelles, il est toujours en Ukraine, à tiser de l’antigel avec la maison-mère du Metal militant. D’ailleurs, il prépare son nouveau disque, et il parait même qu’il va, je cite, « dropper du gros peura, sisi, DJ Nocide ».

– DU RAP ? Mais… Vu qu’on a toujours fait du KPN light, on va devoir aussi en faire ?

– Mmmm. C’est pas très compatible avec notre image, tout ça, il faut quelqu’un qui ait de l’expérience en rap mais qui soit pas trop… enfin, tu vois ce que je veux dire hein ?

– Et si on demandait à Hreidmarr ? Askip, c’est lui qui chantait sur Suprême MRAP avec Pierpoljak. Et dans MRAP, y’a RAP. Tu te souviens qu’on zoukait dans les alpages en écoutant « Indianadolf » tout en chassant les moutons noirs ?

– Ouais, cohérent. Et à choisir entre Rose et Pierpoljak, je préfère prendre un chanteur de black qu’un rastaboy qui sent la chèvre. Même si ça colle avec notre terroir, ce fumet de bouc… »

Et c’est ainsi que Rose Hreidmarr a rejoint Baise Ma Hache. Ou pas, en fait, j’en ai aucune idée.

Baise Ma Hache, donc, le petit frère montagnard de KPN, est de retour avec un nouvel album et, je dois l’avouer, l’élève dépasse cette fois le maître. Mais pour cela, il aura donc fallu que KPN crame tous ses fusibles, s’exile en Ukraine, fasse un auto-split avec lui-même et se mette au rap. Rien que ça. Un peu comme si Usain Bolt faisait un 100 mètres contre moi mais décidait, après 30 mètres, de s’immoler par le feu tout en courant en moonwalk.

F.E.R.T. donne l’impression d’un album composé et écrit sur la base de la checklist « je fais du black et je suis fier de mes racines » : l’imagerie guerrière (avec une pochette en mode « Blood Fire Death » du pauvre), les textes qui suent l’honneur et la supériorité, l’interlude mélancolico-bucolico-nostalgique avec bruits de bataille, l’interlude menaçant avec cuivres (avec Arditi)… Tout semble pesé, mesuré, réglé au millimètre pour caresser dans le sens de la mèche une certaine frange du public BM.

Et pourtant, F.E.R.T. peine à convaincre. Prenons l’opener, « Le Crépuscule des Gueux ». Il y a de bonnes idées, de bons riffs, mais tout cela se perd dans un patchwork décousu de 12 minutes, avec un sample de Seul Contre Tous à la valeur ajoutée nulle et deux ruptures qui viennent casser la dynamique du morceau. Et ce constat s’applique à l’ensemble de l’album. Trop long, avec ici et là quelques fulgurances, quelques idées pas assez exploitées ou, au contraire, surexploitées, traînées en longueur. Peste Noire avait prouvé avec La Chaise-Dyable  (et ses albums précédents) que l’on peut s’affranchir de toute limite sur le plan musical. BMH n’est qu’un pâle reflet de KPN, la folle maestria en moins.

Mister Patate (1,4/88)

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Hammerbolt Productions – 2018
Durée (51:88) 1. Le crépuscule des gueux 2. F​.​E​.​R​.​T 3. Traité du rebelle 4. Insociabile regnum 5. Furia francese 6. B.L.M.I 7. Aux modernes 8. Délivrance

Malevolent Creation – The 13th Beast

Soyons honnêtes : ça sentait le sapin pour Malevolent Creation qui, du jour au lendemain, était passé du statut de quintet féroce à celui de one-man-band bien esseulé. Phil Fasciana avait beau annoncer que le groupe n’était pas mort et qu’il parviendrait à remettre sur pied un line-up complet, j’avoue que j’étais sceptique, et mon scepticisme avait même tourné à la résignation lorsque Brett est décédé, enterrant par la même occasion l’éventualité de son retour au sein du groupe. Et nous voici maintenant avec un quatuor composé de trois parfaits inconnus autour de Phil. La recette d’un échec.

Et pourtant.

Qui dit « parfaits inconnus » ne dit pas forcément « amateurs ». J’avoue que j’espérais par exemple le retour de Kyle Symons au chant (Hateplow / frontman sur The Will To Kill), mais Lee est loin de faire pâle figure. Au contraire, tout au long de la petite cinquantaine de minutes de l’album, sa prestation certes un peu linéaire reste très convaincante. Ok, il n’a pas cette touche sauvage que Brett avait, mais le bougre a du coffre ! Ce constat s’applique aussi au niveau musical : ces gars ont beau être d’illustres inconnus, ils tiennent leur rang et alignent une prestation 4 étoiles, le tout magnifié par un travail d’orfèvre de Dan Swanö au mix et au mastering. Les 11 morceaux se succèdent sans temps mort, sans répit, à tel point qu’il s’agit, à mes yeux, du défaut majeur de cet album : il étouffe l’auditeur, il l’assaille sans relâche pendant 11 morceaux et presque 50 minutes. La ratonnade est efficace, mais surtout éprouvante sur la durée. Sur un album d’une trentaine de minutes (comme Retribution), un tel parti-pris est efficace. Ici, c’est presque contre-productif.

Mis à part sa durée, The 13th Beast est un splendide hommage à Brett, et une preuve indéniable qu’il ne faut jamais enterrer un groupe trop vite, malgré son âge et les épreuves qu’il traverse.

Mister Patate (8/10)

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Century Media Records / 2019
Tracklist (49:26) 1. End the Torture 2. Mandatory Butchery 3. Agony for the Chosen 4. Canvas of Flesh 5. Born of Pain 6. The Beast Awakened 7. Decimated 8. Bleed Us Free 9. Knife at Hand 10. Trapped Inside 11. Release the Soul