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Behemoth – I Loved You At Your Darkest

I shall not forget

Je n’oublierai pas “mon” Behemoth. Ce groupe (enfin, peut-on parler de groupe, ou devons-nous plutôt parler de Nergal qui, au fil des années, s’est entouré de musiciens pour nous partager sa vision du Metal et a conservé, depuis quelques albums déjà, un line-up stable ?) qui a commencé par un Black Metal « pur » avant, petit à petit, de faire des infidélités à ses premiers amours pour y ajouter une touche Morbid Angelienne et aligner des albums de Black-Death toujours plus violents, toujours plus asphyxiants. Demigod, The Apostasy, Evangelion : chaque album repoussait les limites.

Puis vint la maladie de Nergal, sa guérison, et The Satanist. L’album de la rupture. Des années après sa sortie, il reste à mes yeux un soufflé qui serait trop vite retombé et, mis à part quelques détails, mon avis est inchangé. The Satanist était un pas en arrière, et Behemoth donnait l’impression de vouloir tisser des ambiances avec un métier à tisser faussé. Je ne donnais pas cher de la peau du groupe, à plus forte raison lorsque Nergal a ouvert la parenthèse Me And That Man (et espérons qu’elle soit refermée à jamais). Et pourtant, voilà un nouvel album de Behemoth. Et je ne sais pas quoi en penser.

I shall not forgive

Enfin, si, je vois où le bât blesse. Nergal a voulu transformer Behemoth en une « expérience totale », à l’instar d’un Rammstein. Behemoth n’est plus uniquement un groupe de musique : il mise également sur divers artifices (au niveau de l’imagerie, des shows, de la provoc’ plus ou moins facile, voire du merchandising à la con avec notamment son propre café et ses croquettes pour chien) pour faire parler de lui. Cependant, le propos musical semble être passé au second plan. Piochant ici des plans qui sonnent étrangement familiers (« Wolves Ov Siberia » à partir de 1:30, c’est presque de l’auto-plagiat), proposant là des morceaux plutôt expérimentaux selon les normes de Behemoth mais hors-sujet (« Bartzabel » avec le cul coincé entre deux chaises), Nergal brouille les pistes, se disperse allègrement en « artiste libre ». Prenez « God = Dog » : des accoutrements pseudo-religieux, des chœurs un poil mystiques… Sans l’ajout des enfants de chœur en fin de morceau, on avait presque un morceau de Batushka à la sauce Behemoth !

Nergal se moque de notre avis. Nergal se moque de ce que diront les chroniqueurs. Tant qu’on parle de son groupe, il existe. Je me réjouis certes de cette liberté d’un artiste en mesure de faire ce qu’il lui plait, mais cela ne signifie pas pour autant que je dois aimer cette évolution à mes yeux mal maîtrisée. Sans parvenir à s’affranchir de ses origines, Behemoth livre un album plutôt décousu et faussement brutal. Evangelion exsudait la violence, I Loved You At Your Darkest sonne creux, parfois faux même. Espérons que le groupe parviendra un jour à vraiment franchir le pas et à redevenir une entité cohérente…

Mister Patate (3,5/10)

Facebook officiel 

Nuclear Blast Records / 2018
Tracklist (46:32) 1. Solve 2. Wolves ov Siberia 3. God = Dog 4. Ecclesia Diabolica Catholica 5. Bartzabel 6. If Crucifixion Was Not Enough… 7. Angelvs XIII 8. Sabbath Mater 9. Havohej Pantocrator 10. Rom 5:8 11. We Are the Next 1000 Years 12. Coagvla

Malgré une discographie faite de hauts et de bas, Lofofora a toujours inspiré le respect. Grâce à des textes engagés, une attitude positive à en faire pâlir Mass Hysteria et des prestations musicales musclées. Gros point positif, les dernières productions du groupe (Monstre ordinaire, L’épreuve du contraire) le montrent adulte et accompli. Frondeur, il se lance un nouveau défi : Simple appareil, un album acoustique.

Reuno, Phil et Daniel, épaulés ici par Kevin Foley, sortent de leur zone de confort. Alors que la plupart auraient cédé à la facilité en proposant des relectures de répertoire, le quatuor n’a pas hésité à composer onze nouvelles chansons. Reuno Wangermez se met à nu : il nous parle d’amour déchu, d’amis tombés au combat (le joli « Les anges ») et rend hommage à Sven de Parabellum. Cet ensemble paraît idyllique, mais la formule montre rapidement ses limites. L’introductif « Les boîtes » déroule une base qui se répète tout au long de l’album : intro crépusculaire + voix grave + textes profonds. Malgré quelques chansons honnêtes, on s’ennuie. « Histoire ancienne » ressemble à un mauvais pastiche de Christophe Miossec. C’est décevant.

Considérons donc Simple Appareil comme une parenthèse dans la carrière de Lofofora. Même si l’exercice est raté sur la longueur, notons la courageuse prise de risque de Lofofora. Simple Appareil aurait pu faire un formidable E.P.

Nico (5/10)

Site Officiel : http://www.lofofora.com/

@thome/2018

1. Les boîtes 2. L’appétit 3. La splendeur 4. Théorème 5. Troubadour 6. Les anges 7. La dose 8. Sven 9. L’histoire ancienne 10. Day Off 11. Le Martyr

Mass Hysteria – Maniac

Dans le marasme actuel du marché du disque, certains groupes, par talent et passion parviennent quand même à tirer leur épingle du jeu. Comme le bon vin, MASS HYSTERIA se bonifie avec le temps et se rappelle à notre bon souvenir en cette fin d’année avec un nouvel album sous le bras, Maniac. Après vingt-cinq années de carrière, nos compatriotes poursuivent sur leur lancée dans leur style savamment peaufiné par l’expérience et les centaines de concerts assurés dans toutes les contrées possibles et imaginables.

Après l’intégration de Frédéric Duquesne à la guitare pour Matière noire (chronique ici), le groupe enregistre un nouveau changement de line-up avec l’arrivée de Jamie Ryan à la basse. Mais les têtes pensantes du groupe, Mouss Kelai & Yann Heurtaux, continuent de présider aux destinées du groupe. Dans la continuité des deux précédents opus, MASS HYSTERIA nous distille une nouvelle fois, sur Maniac, un breuvage mélangeant subtilement douceurs sucrées et touches épicées. Dès les premières secondes de « Reprendre Mes Esprits » l’auditeur sent bien que l’orage gronde et que l’offensive ne tardera pas. Les guitaristes déclenchent les hostilités, toujours légèrement rééquilibrée par une ligne plus mélodique, sur les fondations en béton armé construites par la section rythmique. Manque alors l’aiguillon du chant, un Mouss très en forme, hargneux comme à son habitude.

MASS HYSTERIA ne fait pas de remplissage, ils enchaînent les brûlots les uns après les autres dans véritable temps morts. En trois, quatre minutes, la messe est dite et le quintet passe déjà à l’étape suivante. Le groupe n’a jamais été timide pour s’engager et dénoncer haut et fort ses indignations sur les dérives de notre société et de la vie moderne. Maniac enfonce ce clou avec la conviction et l’énergie dont est capable le chanteur. « Partager les ombres », « L’antre ciel ether » ou encore « Arôme complexe » font mouche par leurs riffs ciselés et leur refrains accrocheurs. D’autres titres, par contre, s’avèrent moins convaincants et plus classiques. Sur la longueur, ce neuvième opus, connait quelques faiblesses, l’intensité reste constamment très élevée mais une certaine lassitude s’installe progressivement. Il manque des pépites à la hauteur d’un « Positif à bloc », « Chien de la casse » ou « Vae soli ! ».

MASS HYSTERIA prenant un malin plaisir à faire ce qui lui plait, quitte à dérouter, l’album se termine sur un titre assez étrange, très électro / indus, hypnotique et puissant à la manière d’un COMBICHRIST teinté de RAMMSTEIN. Cela fonctionne très bien et cela rappellera à tous que le groupe compte bien des atouts dans son jeu et sait varier les plaisirs. Rien à redire sur la forme avec une production à la fois limpide et puissante une nouvelle fois assurée par Frédéric Duquesne et des visuels forts, fruits du travail d’Eric Canto (https://www.ericcanto.com/).

Le quintet continue d’exiger des standards de qualité très élevés et Maniac répond bien à ce cahier des charges. L’album contient son lot de très bonnes chansons même s’il n’atteint pas l’excellence de l’Armée des ombres (2012) et de Matière noire (2015). Cependant, MASS HYSTERIA n’a pas à rougir du travail accompli et possède de nouvelles armes pour mettre lors de tous les concerts de la tournée qui s’annonce fin 2018 et 2019. Les dates à venir lors du Hellfest en juin et surtout au Zénith de Paris le 6 décembre 2019 font déjà saliver les fans et s’annoncent apocalyptiques. Y serez-vous ?

Oshyrya (7,5/10)

 

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Verycords / 2018
Tracklist (39 mn) 01. Reprendre mes esprits 02. Ma niaque 03. Partager nos ombres 04. L’antre ciel ether 05. Chaman acide 06. Se brûler sûrement 07. Nerf de bœuf 08. Arômes complexes 09. Derrière la foudre 10. We Came To Hold Up Your Mind