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Imperial Triumphant – Goldstar

Lorsque je déambule dans les rues d’une ville où je n’ai jamais posé les pieds, une de mes marottes favorites est la recherche de la beauté architecturale. Une devanture Art Déco, une pierre commémorative témoignant du passé d’un édifice, un grillage de fer forgé… La pierre se faisait volute, le verre se faisait vitrail… Autant de souvenirs d’une époque révolue où l’architecture n’était pas purement fonctionnelle, ou le « beau » (concept tellement subjectif) était encore un point incontournable dans le cahier des charges. Aujourd’hui noyés dans un océan de béton où chaque tour est un clone de sa voisine, ces pépites visuelles n’en brillent que plus fort.

Et aujourd’hui, alors qu’ils fêtent leurs 20 ans de carrière avec un sixième album, les ricains d’Imperial Triumphant font, eux aussi, figure d’accroche-o(r)eil(le), de formation qui cherche à se démarquer dans un océan de sorties qui semble de plus en plus s’uniformiser avec le temps. Pour un Imperial Triumphant / Oranssi Pazuzu / (ajouter l’artiste hors catégorie de votre choix), il y a 100, que dis-je, 1.000 clones de groupes vus et revus.

Et pourtant, si on le compare à son prédécesseur, l’excellent Spirit Of Ecstasy, le trio masqué a quelque peu réajusté certains curseurs, rendant l’album un peu moins exigeant à la première écoute. À l’instar d’un Alphaville, Goldstar semble dévoiler plus facilement ses atours. L’accroche est plus immédiate. Mais cette simplicité est toute relative. Les écoutes se succèdent et, petit à petit, on plonge le nez dans le détail, on décortique les couches, on saisit enfin, le casque rivé sur les oreilles, ces petits je-ne-sais-quoi qui attiraient vaguement l’attention sans que l’on puisse mettre le doigt dessus.

L’album se déguste d’une traite, presque maniaquement, sans qu’un seul titre ne sorte du lot. Et c’est peut-être là son talon d’Achille. Goldstar n’a pas un titre tubesque. Imperial Triumphant ne fonctionne pas au single. Les limites ? Connait pas ! En plein cœur de l’album, on passe d’une réinterprétation géniale de la Sarabande de Händel (« Hotel Sphinx ») à une explosion presque grindcore (« NEWYORKCITY ») et, ensuite, à une fausse publicité délicieusement vintage pour des cigarettes (« Goldstar »)… le tout en l’espace de moins de 6 minutes. Envie d’ajouter un zeste de folie dans les percus ? On invite Mister Haake sur deux morceaux. Ça ne suffit pas ? Ajoutons Dave Lombardo dans l’équation.

À l’image de New York, la musique d’Imperial Triumphant pourrait se résumer en 5 mots : The Sky Is The Limit. De l’entrée en matière fracassante sur « Eye of Mars » (ces cuivres, bon sang !) à la spirale finale d’un « Industry Of Misery » qui semble fondre et se disloquer petit à petit à partir de 4:55 comme certaines compos du terrifiant Everywhere at the end of time de The Caretaker, Goldstar est un nouveau chef d’œuvre incontestable du trio de la Grosse Pomme.

9/10

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Century Media Records / 2025
Tracklist (38:15) 1. Eye of Mars 2. Gomorrah Nouveaux 3. Lexington Delirium 4. Hotel Sphinx 5. NEWYORKCITY 6. Goldstar 7. Rot Moderne 8. Pleasuredome 9. Industry of Misery

Dans la série « il aurait pu tout rafler mais il ne s’est contenté que des miettes », Ginger le leader des Wildhearts se pose là. Le Britannique est un perdant magnifique. Que ce soit avec les Quireboys ou encore Brides of destruction, il n’est pas devenu LA superstar qu’il aurait mérité d’être. Pourtant, le début de carrière des Wildhearts était prometteur (The Earth vs The Wildhearts, P.H.U.Q, Endless Nameless), mais un line-up à géométrie variable, puis deux/trois séparations et reformations ont empêché la gloire de s’installer.

The Satanic Rites of The Wildhearts est la preuve que Ginger continue de s’accrocher à ses rêves de rock’n’roll. Si l’on passe « Eventually » (trop tapageur pour être honnête), le reste de la galette s’avère très attachant. Mélodiques et facilement mémorisables, « Sacred of glass » et « Troubadour moon » prouvent une aisance de composition. Ginger sait y faire et ça s’entend.

Si certains titres ratent leur cible, nous y trouvons toujours un gimmick qui accroche l’oreille, un refrain imparable (« Fire in the cheap seats ») ou encore quelques mélodies dont il est difficile de se défaire (« Failure Is The Mother Of Success »). Cette imperfection s’avère au final séduisante. Le groupe est particulièrement bon quand il s’éloigne du hard-rock basique qui a fait sa réputation (le très punk « Kunce », les très pop « Blue Moon Over Brinkburn » et « Hurt people hurt people »).

Alors oui, The Satanic Rites of The Wildhearts est loin d’être le meilleur album des Wildhearts, mais il contient assez d’arguments musicaux pour que l’on s’y intéresse.

Nico (7/10)

Site Officiel : https://www.facebook.com/TheWildhearts

Snakefarm /2025

01. Eventually 02. Scared Of Glass 03. Troubadour Moon 04. Fire In The Cheap Seats 05. Kunce 06. Maintain Radio Silence 07. Blue Moon Over Brinkburn 08. Hurt People Hurt People 09. I’ll Be Your Monster 10. Failure Is The Mother Of Success

Fange – Purulences

Certains groupes doivent redoubler d’efforts, des années durant, avant d’espérer pouvoir siffloter quelques mélodies qui finiront sur leur « opus magnum » à l’intérêt aussi discutable qu’un bricolage de fête des pères réalisé avec beaucoup d’amour et de maladresse par votre progéniture (le genre de réalisations qui vous ferait presque regretter de ne pas avoir visé les yeux en cette soirée funeste sur la banquette arrière de la 3008). D’autres, au contraire, bénis par une muse hyperactive, enchaînent les réussites à un rythme indécent. Parmi tout ce beau monde, une formation française vient de réaliser le hat-trick parfait en l’espace de 24 mois presque jour pour jour. Après les énormes Privation et Perdition, les Bretons de Fange enfoncent le clou avec Purulences.

Le registre est désormais connu : un mariage entre sludge et indus, mélange poisseux de la fange (oui, elle est facile, celle-là) et de la graisse qui huile les rouages d’une machine qui nous veut du mal. Une synthèse entre l’humain et la machine. Un bulldozer qui ne tournerait pas au diesel, mais au fiel. Je pourrais continuer à aligner les comparaisons visuelles douteuses ad nauseam, mais le plus simple est de se plonger tête première dans ces 7 morceaux.

À l’instar de ses prédécesseurs récents, Purulences est exigeant. La BAR impose cette sensation continue de matraquage, sentiment encore renforcé par ce son de guitare abrasif au possible et, surtout, une nouvelle prestation XXL de Matthias Jungbluth, un de ces rares frontmen qui parvient, en chantant/parlant, à susciter les mêmes sentiments viscéraux que lorsqu’il s’arrache les cordes vocales. Aucun temps mort, aucun coup de mou, les Bretons ajoutent une étoile à leur maillot de porte-étendard du genre. Si je devais pinailler, je regretterais juste l’absence d’un morceau « tubesque » comme « À La Racine » sur Privation (le retour de la guitare à 4:05, TMTC)… mais faut-il vraiment un tube quand on officie dans ce genre ? La question mérite d’être posée.

Le premier trimestre touche à sa fin, mais Fange peut, à nouveau, faire figure de candidat sérieux dans les Top 5 de toutes les bonnes boucheries auditives.

9/10

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Throatruiner Records / 2025
Tracklist (32:07) 1. Cavalier Seul 2. Sans Conviction 3. Mortes Promesses 4. Grand-Guignol 5. Juste Cruel 6. Langues Fourchues 7. Aux Abois