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Marduk (juillet 2012)

Tout d’abord, félicitations pour ce nouvel album ! Je l’écoute régulièrement depuis que le label me l’a envoyé et je ne m’en lasse pas ! As-tu déjà reçu des réactions de la part des différents médias ? Quelle est la teneur générale de ces réactions ?
Jusqu’à présent, les réactions sont géniales. L’album est maintenant sorti depuis quelque temps et les réactions des fans sur la route sont excellentes ! Par ailleurs, nos nouveaux hymnes passent très bien auprès de nos légions dans le monde entier !

Comment s’est déroulé le processus d’écriture de ce nouvel album ? Comme d’habitude ? 
Nous n’arrêtons pas de changer de méthode, nous changeons toujours notre manière de travailler pour chaque chanson. Il s’agit d’un processus de changement perpétuel pour atteindre de nouveaux territoires encore plus sombres.

Il s’agit du premier album avec Century Media Records. Est-ce que votre relation avec ce nouveau label est fort différente de celle avec Regain Records (tout en sachant que tu as ta propre structure, Blooddawn Productions) ?
J’ai toujours Blooddawn. Le seul changement réside dans le fait que je bosse maintenant avec Century Media et plus avec Regain. C’est une grande évolution, car Century media est bien plus sérieux et plus rapide quand il s’agit de faire les choses. Jusqu’à présent, toutes mes impressions sont positives. Nous travaillons dur, le label aussi, et ensemble, ça fait des étincelles ! Dès le début, le label savait comment nous travaillons, ils savent que nous n’acceptons aucune ingérence au niveau de la musique, des paroles, de l’artwork. Nous avons besoin d’une liberté absolue… et c’est justement un point primordial pour nous quand il s’agit de bosser avec un label.

Le fait de travailler avec un label non suédois implique-t-il des difficultés (moins proche, par exemple) ?
Non, au contraire. Comme je te le disais, ils travaillent vite et sont motivés. C’est vraiment génial d’avoir un label qui travaille dur.

Corrige-moi si je me trouve, mais j’ai l’impression que l’arrivée de Mortuus dans le groupe marque aussi le retour à des chansons plus lentes, qui insistent plus sur les ambiances (comme « World of Blades » ou « Temple of Decay » sur cet album, mais aussi « Seven Angels, Seven Trumpets » sur Plague Angel ou « Accuser, Opposer » sur Rom 5:12). Qu’en penses-tu ? Est-ce une coïncidence, ou est-ce que Mortuus pousse le groupe dans cette direction ? 
Je pense que nous avions déjà quelques morceaux plus lourds par le passé. Regarde sur les albums La Grande Danse Macabre ou World Funeral, par exemple. Nos morceaux sont variés. Cependant, je dois reconnaître que l’arrivée de Mortuus a eu un impact clair sur le groupe.
Je suis très heureux d’avoir pu trouver un chanteur qui a une telle personnalité, une telle force, un tel enthousiasme. C’est génial de bosser avec un gars comme lui, de développer les vues que nous partageons et d’amener le groupe à un niveau encore plus sombre… et nous sommes prêts à de nouveaux assauts musicaux dans les années à venir !

Iron Dawn est sorti l’année passée, et il est radicalement different de Serpent Sermon. Était-ce un moyen pour le groupe de parler de la guerre sans en faire un album entier (comme Panzer Division Marduk) ?
En fait, nous bossions sur beaucoup de matériel, et nous avons eu l’impression que ces chansons ne s’intégraient pas bien dans le concept développé pour Serpent Sermon. Donc, nous avons décidé de les enregistrer en premier lieu, de les placer sur un ep que nous avons sorti alors que nous étions encore sur la route pour promouvoir Wormwood. Nous avons ainsi pu proposer des morceaux inédits entre nos deux albums.

Pour promouvoir le nouvel album, Marduk a sorti un EP en collaboration avec un mag suédois. Pourquoi avoir opté pour ce mode de distribution ? Simplement parce que cela change d’un morceau mis en ligne sur un site, ou parce que cela permettait d’avoir un support physique ?
En fait, le mag nous a contactés et voulait faire un single avec leur sortie. Nous avons trouvé qu’il s’agissait d’une bonne idée pour donner un avant-goût de notre album à nos fans… et pour choquer les lecteurs qui n’ont pas l’habitude d’entendre ce que nous faisons !

Il me semble avoir lu qu’il sera aussi sorti en LP. Sera-t-il distribué via votre e-shop ou via celui de votre label ?
En effet, ce single était uniquement disponible pour les lecteurs du mag. Nous avons décidé de le sortir en 7’ EP, parce que nous voulions le sortir en vinyl. Pour nous, il est important que chaque album sorte au format vinyl… J’ai toujours préféré les vinyls moi-même !

Iron Dawn a souvent été reporté. Finalement, il est sorti sous trois formats vinyls : noir, blanc et jaune. Était-il si important de sortir cet EP sous tellement de formes ? Ne crains-tu pas que certains pensent qu’il s’agit uniquement d’un moyen de se faire de l’argent sur le dos des fans ?
En effet, avec les changements de label, il a été retardé, mais il est finalement sorti et le résultat est très bon.
Nous avons fait plusieurs versions pour les collectionneurs. Il ne s’agit certainement pas de faire de l’argent avec cette sortie : faire des vinyls coûte cher, certainement pour les éditions limitées. Il s’agit davantage du côté esthétique, et cela permet aux fans d’avoir un pressage exclusif.

De manière plus générale, les albums de Marduk sortent sous plusieurs formats. Pourrais-tu imaginer un album de Marduk qui ne sortirait qu’en CD ou, au contraire, uniquement en LP avec une carte de téléchargement permettant d’obtenir les MP3 ?
Tout change, et je pense que le CD, en tant que format, disparaîtra d’ici quelques années. Le vinyl survivra au CD, et j’ai aussi vu que certains sortaient des vinyls avec une carte de téléchargement.
On verra comment évolueront les choses. Quoi qu’il en soit, nous allons nous concentrer sur la musique. Elle sortira sur un format ou un autre. L’important est qu’elle arrive à nos fans partout dans le monde !

Certains albums de Marduk se vendent à des montants incroyables sur le net : le 1st press de Those Of The Unlight, par exemple, part à plus de 150 EUR. Que ressens-tu quand tu vois que certains fans sont prêts à claquer une fortune pour un album qui a récemment été réédité en LP ?
J’imagine que certains veulent absolument un pressage spécifique et sont prêts à y mettre le prix. Je suis dans le même cas : j’ai déjà claqué un fric bête pour acheter des trucs rares en vinyl, et je le ferai certainement encore. C’est ça, être fanatique de ce que l’on aime… C’est un signe de passion, c’est comme ça !

Tu es dans le groupe depuis les débuts, tu es le seul membre du line-up initial. Est-ce que celui implique que tu es le boss, ou est-ce que vous bossez tous ensemble pour faire avancer le groupe ?
En effet, je suis le dernier rescapé des débuts, mais nous travaillons en équipe. Nous sommes un groupe de quatre personnes qui partagent les memes passions et croyances. On est donc toujours d’accord… mais c’est vrai que j’ai le dernier mot, et apparemment, tout le monde trouve que c’est la meilleure manière de travailler. En gros, c’est un mix de démocratie et de dictature, ha ha ! Du moment que la machine continue à avancer et que les choses se font, tout va bien !

En 2003, tu avais enregistré des chansons pour un EP appelé Porträtt Av Döda Barn qui n’a finalement jamais vu le jour. Qu’est-il advenu de ces chansons ? Ont-elles été recyclées dans d’autres sorties ?
En effet, nous avions enregistré quelques morceaux, mais nous n’avions rien finalisé, le résultat était très primitive et brut. Nous n’avons pas utilisé ces morceaux, sauf peut-être un riff ou deux. Je devrais peut-être récupérer ces morceaux, les finaliser et les sortir ! Je vais fouiller dans mes archives et voir comment ça sonnait ! Je pense que nous avions enregistré quatre morceaux à l’époque.

Quels sont les projets de Marduk à court terme ? Une tournée européenne ? Un nouveau DVD live ?
Depuis la sortie de Serpent Sermon, nous avons tourné en Russie (jusqu’en Sibérie), aux States, à Puerto Rico, au Canada, au Mexique, et nous avons fait quelques fests européens. Ensuite, fin août, nous allons commencer une tournée européenne de 44 dates, suivie par une tournée en Scandinavie en novembre. Ensuite, ce sera un nouveau tour aux States, ainsi qu’une tournée en Asie et en Australie. Comme tu le vois, nous allons à la conquête du monde, pas de quartier ! 

Si tu pouvais changer quoi que ce soit dans ta carrière au sein de Marduk, que changerais-tu ? Tu as des regrets ? Ou des choses dont tu es particulièrement fier ?
Je ne changerais rien. J’ai tiré des leçons de mes erreurs et j’essaierai de ne pas les répéter. Aucun regret, on continuera à aller de l’avant !

Merci beaucoup !
Merci aussi, c’était un plaisir !

 

 

 

À chaque nouvelle livraison, Silence régale les amateurs d'AOR par sa musique qui sait se faire aussi bien élégante qu'énergique. Après quatre ans d'attente à la suite d'Open Road, le duo moteur de Silence, Ben Venet et Bruno Levesque a répondu à nos questions à propos de ce nouvel opus, le très réussi City

Metalchroniques. Quatre ans ont séparé votre nouvel album de votre disque précédent, Open Road. C'est à peu près la même durée que vous avez prise pour enregistrer cet album après Nostalgia (2005). Pourquoi un tel délai ? N'avez-vous pas peur de de risquer à chaque fois d'être perdu de vue ?
 
Bruno. Non, les fans de Melodic Rock et AOR sont très fidèles ! Pour ma part, j'aime prendre le temps qu'il faut pour aboutir au meilleur résultat possible. Slience n'a jamais vraiment de contraintes de temps, alors j'en profite. Cela me permet de travailler comme un « artisan », sans pression extérieure. C'est un privilège, même si au bout d'un certain délai, il faut savoir dire : « stop, là, c'est bon ! ». Bien sûr, nous pourrions sortir un album tous les ans, mais ce serait prendre le risque d'être moins satisfaits du résultat global, de faire du « remplissage » coûte que coûte,  et ça, nous ne le voulons pas. Et puis bon, 2 albums d'un coup, on se rattrape ! (rires)
 
 
 
 
Ben. Il ne faut pas oublier non plus que le délai entre Nostalgia et Open Road est aussi dû au départ de Jérôme Cazard, l'ancien chanteur pour lequel Bruno a du trouver un remplaçant… moi en l'occurrence (rires). Bruno et moi nous sommes rencontrés fin 2006. Comme il vit à Nantes et moi à Bruxelles, nous travaillons principalement à distance, ce qui allonge fortement le processus créatif.  Pour Open Road nous nous sommes immédiatement mis au boulot et l'album était prêt dès l'été 2007. Ensuite il a fallu trouver un label, négocier etc., ce qui a pris de nombreux mois avant que l'album ne sorte, si ma mémoire est bonne entre mars et juin 2008. 
Suite aux nombreux soucis rencontrés avec le label de l'époque, Kivel Records, qui nous a purement et simplement escroqués, nous avons fait une pause de quelques mois avant de nous remettre au boulot pour Silence
Nous avons également bossé à deux sur une commande de single en français et anglais pour une chanteuse anglaise connue qui devait sortir un album de duos en français avec des grands noms de la chanson française. Malheureusement ce projet qui nous aurait permis de nous faire connaitre du « grand public » n'a finalement pas abouti, pour des raisons financières uniquement liées au label, qui est pourtant une major…mais le marché du cd actuel est malheureusement ce qu'il est… Parmi les nombreux titres composés pour ce projet, plusieurs ont été gardés et réadaptés pour Silence. 
Nous ne nous sommes donc pas tourné les pouces pendant quatre ans, loin de là, même si nous bossons réellement sur les titres de City depuis fin 2009. L'enregistrement de l'album était initialement prévu pour juillet 2010 mais a du être reporté vu nos emplois du temps respectifs très chargés. A cette époque nous avions déjà une quinzaine de titres en chantier mais Bruno a continué à composer et, même après avoir laissé de nombreuses idées de côté, nous nous sommes finalement retrouvés avec 22 titres définitifs après la session d'enregistrement au studio de Bruno à Nantes en juin 2011. 
Si certains titres étaient déjà presque totalement terminés depuis 2010 comme « Lift Me Up », « Drifting Away » ou « Brand New Start », dont les vocaux ont été enregistrés dans mon home studio en 2010, la plupart des autres titres étaient uniquement instrumentaux ou, pour certains comme « Ghosts » et « Insomnia », de simples ébauches encore à l'état de « chantiers ». Il a donc fallu, en une semaine, finaliser des structures, composer des lignes de voix et écrire des paroles pour une quinzaine de titres. Nous ne pensions vraiment pas arriver à en enregistrer autant dans un délai aussi court mais cette semaine a été tellement intense que l'inspiration est restée constante. Autant dire que ce fut un travail très intensif et que nous avons très peu dormi cette semaine là, enchaînant les nuits d'écriture et de mixage aux journées d'enregistrement, ou l'inverse… Bruno étant extrêmement perfectionniste, les titres ont encore connu plusieurs modifications et améliorations après cette session pour arriver au résultat final. 
 
Comment est venue l'idée de ne pas faire un album, mais deux, ou plus exactement un album en deux parties ? 
Bruno. Ben et moi n'avons pas toujours pu être raccord avec nos emplois du temps respectifs. Pendant de longs mois, j'étais dispo mais pas lui, et vice versa. Au bout d'un certain temps, les titres ce sont accumulés… et on s'est vite retrouvé avec une trentaine de morceaux. Le temps passant, on s'y était attaché ! On a commencé à se prendre la tête à faire des playlists de 13 ou 14 titres, avec des bonus tracks, etc. Mais à chaque fois ça finissait toujours par « des "ah non non non, on ne peut pas virer celui-là ! » (rires) Bref. L'idée d'un double album a alors germé, tout en pensant qu'aucun label n'accepterait (vue la conjoncture actuelle). Cela s'est finalement concrétisé lors des pourparlers avec Tom Mathers de Perris.
 
Ben. L'idée d'appeler l'album City, par opposition au précédent (Open Road) date de 2009. L'idée des deux albums s'est imposée d'elle même dans la mesure où nous ne parvenions absolument pas à nous mettre d'accord sur une tracklist limitée à une douzaine de titres. Nous avons donc envoyé les vingt-deux titres aux labels en leur laissant le choix (un album avec titres à déterminer, un double, deux sorties espacées, etc.). Plusieurs labels étaient intéressés mais ne voulaient sortir qu'un seul album… Ceci explique entre-autres le long délai entre la finalisation de l'album vers septembre 2011 et sa sortie en mai 2012. Quand Tom de chez Perris Records nous a dit qu'il était emballé par une sortie double nous n'avons pas hésité un seul instant et avons signé les yeux fermés, trop heureux de ne plus avoir à choisir parmi nos « bébés » (rires). Nous avons alors trouvé l'idée de séparer City en deux: d'une part « Days », globalement plus positif et, d'autre part « Nights », plus sombre et légèrement plus orienté hard rock que son jumeau AOR. 
 
Le titre et l'artwork de l'album évoquent explicitement le monde urbain, la ville. Y a-t-il une forme de concept album derrière tout cela ?
 
Bruno. Pas de concept en tant que tel, mais plutôt une sorte de réponse au précédent album Open Road. Le « quand on arrive en ville » de Starmania m'avait traversé l'esprit. Le concept visuel d'Open Road était assez « country » et « grands espaces ». Alors l'aventure continue en ville, dans toute la complexité qui la caractérise, notamment son côté sombre (« Jenny », « Insomnia »…), mais tous les titres ne parlent pas de ce thème, loin s'en faut, même si un morceau comme « Business » peut s'y rattacher.

Ben. Au départ je voulais écrire des histoires avec des personnages récurrents qui allaient se croiser et interagir au cours de l'album. Ces personnages existent mais leurs identités et leurs liens ne sont finalement pas explicites pour ne pas limiter la portée des textes et laisser une certaine place à l'interprétation. J'aime les textes « ouverts » dans lesquels chaque auditeur pourra trouver une signification différente selon son vécu, son humeur… Un « vrai » concept album aurait limité Bruno dans son travail de composition… la musique aurait du « coller » à l'histoire alors que nous travaillons exactement en sens inverse puisque mes textes sont écrits sur une base de musiques et structures déjà établies par Bruno.

 

Une des grandes forces de l'album tient aux paroles. Si certaines sont plutôt légères, d'autres sont dotées d'une vraie force évocatrice (« Footprints », « Jenny »). Cela tranche par rapport aux habitudes de l'AOR, où les paroles sont rarement soignées…
 
Ben. Merci ! Ce commentaire me fait énormément plaisir dans la mesure où j'attache beaucoup d'importance aux textes même s'il est vrai que dans ce genre musical ils passent souvent au second plan, loin derrière la musique. J'essaye d'évoquer certaines choses sans les imposer à l'auditeur… de garder ce côté « ouvert » qui laisse de la place à l'imagination de celui qui écoute et le fait, d'une certaine manière, participer au morceau. Cela rend sans doute certains textes un peu moins « terre à terre », même si ca ne fonctionne pas à tous les coups. 
 
Comment avez-vous organisé vos chansons pour obtenir deux albums – City (Days) et City (Nights) ? Vous n'avez pas procédé au hasard… Avez-vous chercher à créer des ambiances différentes ?
 
Bruno. On a essayé de dispatcher les titres le mieux possible, afin d'éviter tout déséquilibre, trop « cool » ou trop « rock »… Des titres comme « Drifting Away » ou « Beggars Day » se sont vite imposés comme les titres d'ouverture. Au final, « Nights » est un peu plus rock et sombre que « Days », ce qui est tout à fait légitime. (clin d'œil)
 
Ben. Placer tout le rock d'un côté et tout le calme de l'autre aurait effectivement abouti à deux setlists ennuyeuses. Nous avons fait le découpage en fonction des ambiances et des thèmes abordés mais comme tout n'est jamais tout blanc ou tout noir, « Days » renferme quelques titres plus sombres et « Nights » quelques titres plus doux, le tout étant mélangé comme le yin et le yang.
 
Comment se passent la composition et l'enregistrement lorsque la moitié du groupe vit en Belgique et l'autre en France ? Je vous imagine par ailleurs bien occupés à côté…
 
Ben. Bruno bosse sur les instrumentaux seul chez lui puis me les envoie dans leur version quasi définitive. De mon côté je bosse (dès que je peux) sur les mélodies vocales, que nous retravaillons ensuite à deux et j'écris la totalité des textes. Après ces nombreux échanges de fichiers qui nous permettent de faire évoluer nos démos, nous essayons de nous voir au même endroit pour enregistrer les prises de voix définitives. 

Bruno. A notre époque, internet réduit beaucoup les problèmes de distances. Les premières démos peuvent se faire par webcam, on s'envoie les idées par mp3, notamment différentes idées de mélodies vocales que l'on compare avant de choisir la meilleure, la plus efficace… Mais pour l'enregistrement final, on se voit toujours. Ben est venu une semaine chez moi pour finaliser. Ce fut intensif ! Mais une grande part du travail étant faite en amont, cela s'est bien passé. Au final, même si certains titres ont néanmoins été enregistrés chacun de notre côté, c'est quand même plus sympa de se voir ! (sourire)

Ben. Non seulement c'est plus sympa mais c'est également nettement plus productif… J'ai tendance à remettre au lendemain ce que j'aurais du faire la veille ou 6 mois auparavant, ce qui n'est plus possible quand Bruno est à côté de moi dans la même pièce et que ca fait des mois que je lui fais croire que les titres sont « presque terminés » alors que je n'ai encore rien fait… C'est là que la magie opère et que tout vient à peu près instantanément, mélodies et textes. Je ne travaille bien que sous pression contrairement à Bruno qui prend son temps mais a toujours vingt titres d'avance sur moi (rire)

 

Bruno. Exact ! Enfin des aveux publics ! (rires) On a d'ailleurs comme prochain projet de sortir un « best of », avec des anciens titres réarrangés de fond en combles. Promis, on le sortira avant 5 ans ! (rires).
 
Malgré l'importance du matériau composé, on trouve deux titres apportés par des compositeurs extérieurs sur City : Frédéric Slama et Mark Spiro. Pourquoi avoir fait appel à eux ? 
 
Bruno. Nous sommes de grands fans de Mark Spiro depuis de nombreuses années. Il y a longtemps que je voulais réaliser une cover de l'une de ses meilleures chansons (il y en a tant !). Nous avons donc opté pour « Guardian Angel ». Il a d'ailleurs beaucoup aimé notre version.
Quant à Frédéric Slama, c'est un ami, et nous ne pouvions que collaborer un jour ou l'autre ! Il m'a proposé la démo de « Just One Kiss » en me laissant carte blanche quant aux arrangements. Au final, cette chanson figure sur nos derniers albums respectifs, la version d'AOR étant interprétée par Philip Bardowell.
 
Bruno, tu joues de tous les instruments sur l'album… Sans remettre en cause ce choix, n'as-tu jamais été tenté de faire appel à des invités ponctuellement sur certains titres pour leur donner des couleurs plus variées ? 
 
Bruno. J'invite ponctuellement des amis guitaristes à se lâcher sur des solos ici ou là. Notamment Eric Dupré, avec qui j'ai sorti l'album instrumental Premonition sous le nom de L.D.FUSION il y a quelque temps. Mais aussi Denis Paufique, guitariste du groupe Stratagème. Tommy Denander fait également une apparition solo sur le titre « Drifting Away ». J'aime ce genre de collaboration. Mais pour le reste, il est vrai que j'aime m'occuper de tout. J'ai la chance de pouvoir jouer de plusieurs instruments, ce qui rend la chose possible. Néanmoins, la carrière de SILENCE est assez atypique et les couleurs sont radicalement différentes selon les époques. Je compose en fonction de mes envies, avec une couleur dominante, mais il n'y a pas de carcan véritable. Selon le feeling du moment, je compose aussi bien sur guitare (électrique ou acoustique) que sur claviers. Certains titres peuvent même naître d'un simple loop de batterie.
 
Bruno, tu es un musicien plus qu'expérimenté. Même si avec Silence, tu ne t'imposes pas de limite car tu n'a pas de contraintes commerciales, n'y a-t-il des contraintes musicales qui fait que tu serais incité à t'exprimer aussi à côté du groupe ? 
 
Bruno. Tu as tout à fait raison. Même si Silence reste mon projet principal, il ne me suffit pas ! (sourire) En parallèle, je poursuis mon travail instrumental, (je prépare un second album solo), je fais de l'habillage sonore, j'écris aussi des chansons pour ma femme (dans un registre plus pop), j'ai également mixé et arrangé le récent album solo Cocoon de mon ami Vince Vercaigne (Amartia)… et pas mal d'autres projets en cours ou dans les tuyaux… Même si tout musicien a un style de prédilection, il est important de ne pas s'enfermer dans celui-ci. Il faut s'aérer les tympans ! La conjoncture actuelle est de plus en plus difficile, surtout pour les indés, les financements ne sont plus ce qu'ils furent, les projets plus longs à aboutir, cela force donc de toute façon à se diversifier, sans perdre « son âme », dans la mesure du possible.
Le piratage fait beaucoup de dégâts, surtout chez les indés, bien sûr. Il est difficile à quantifier, mais probablement divise-t-il les ventes par deux, ce qui est considérable. On vit une époque de transition. En d'autres temps, on est passé du vinyle au CD. Ok. Parfait. Mais à l'heure actuelle, on passe du CD à rien, car le mp3 n'est rien. Un truc virtuel que l'on peut anéantir en un clic. Tout tombe en rade un jour ou l'autre. Si vous plantez votre disque dur ou votre Ipod, vous perdez tout. Alors quand je regarde ma collec de vinyles ou mes 3000 CD's, c'est presque jouissif ! (rires)
 
Sur l'album City (Days), il y a un très joli duo avec la soeur de Ben Venet, « Lift Me Up ». Comment est survenue cette idée de duo ?
 
Ben. Ce titre est totalement atypique par son côté très pop. Je ne suis pas certain qu'il était prévu à l'origine pour être un duo, ca s'est fait par hasard. Un jour Bruno était de passage chez moi à Bruxelles et je lui ai présenté ma soeur Justine qui est comédienne. Comme elle chante aussi, nous avons décidé de lui faire faire un essai sur ce titre. L'essai a été concluant et nous avons gardé le tout. 
 
Sur « Lift Me Up », Justine chante à certains moments en français et je trouve que cela passe très bien. Ben n'a jamais été tenté de chanter, même ponctuellement en français ?
 
Ben. Les paroles de ce titre ont été écrites dans le cadre de la commande de single bilingue dont j'ai parlée plus tôt. Cela collait plutôt bien avec ce duo avec ma soeur qui chante habituellement en français. Chanter en français ne me dérange pas du tout. Je suis un grand fan des premiers albums de Goldman qui a réussi à allier rock et langue française avec talent. Nous avons d'ailleurs sérieusement songé, à l'époque d'Open Road, à sortir quelques titres bonus traduits en français. Nous n'avons finalement jamais eu le temps d'y travailler. Il n'est pas impossible que nous sortions un jour un album totalement en français… peut-être sous un autre nom… nous avons déjà quelques titres en chantier.
 
Même si le groupe est un duo, n'est-il pas envisageable de vous voir vous produire en live un jour ? Silence est-il condamné à rester un projet de studio ?
Bruno. Aaah, la question qui fâche ! (rires) Les portes ne sont jamais fermées, mais il est vrai que Silence est avant tout un projet « studio ». Je mets toute mon énergie à cela et ne pense que très peu au « live », je le confesse. Je suis avant tout songwriter, arrangeur et producteur. C'est ce que j'aime dans mon travail. Etre « de ce côté de la caméra ». Mais qui sait… Avec SILENCE ou un autre projet plus « basique »… car ne composant pas en fonction du « live », je n'ai aucune limite quant aux arrangements. Un grand nombre de titres contiennent par exemple de nombreuses pistes de guitares simultanées (disto, clean, acoustiques)… ce qui rend les titres difficilement jouables en live à moins de tout réadapter, et n'étant pas fan de concerts « acoustiques » (trop frustrants à mon goût)…

Ben. J'espère un jour arriver à convaincre Bruno (rires). J'ai d'autres projets musicaux qui, eux, sont essentiellement live. Je pourrais donc facilement monter un groupe pour jouer du Silence, même ponctuellement, mais je me vois mal faire ca sans Bruno…

Entretien croisé par courriel réalisé par Baptiste, le 12 jullet 2012

Interview par mail de Douglas R. Docker

(DOCKER'S GUILD – claviers/chant), 25 juin 2012

 

 

01. Quel est ton état d’esprit quelques jours après la sortie de The Mystic Technocracy (Season 1: The Age Of Ignorance) ?

Confus ! Cela fait 22 ans que je travaille sur ce projet, et je n’y crois pas encore d’être finalement arrivé à sa conclusion ! Très heureux, mais je ne réalise pas encore très bien. En plus ce weekend on tourne un le court métrage « Darwin’s Tears » avec l’équipe de « 011 An Adventure with Therion » donc je suis vraiment dépassé par les évènements.

 

02. Pourrais-tu te présenter et nous parler de ton parcours avant ce disque ? Pourquoi as-tu souhaité te lancer dans un projet aussi ambitieux ?

Je suis moitié français e moitié américain, mais j’habite en Italie. J’ai débuté comme pianiste classique au conservatoire avant d’être possédé par le métal années ’80, surtout AOR, glam, métal classique (IRON MAIDEN, OZZY, etc). J’ai donc déménagé aux USA en 1992 où j’ai fréquenté le Musicians Intitute pour entrer dans le groupe BILOXI tout de suite après. J’ai ensuite eu de gros problèmes de santé et je suis disparu du monde de la musique pour me retrouver en Thaïlande comme formateur de profs d’anglais en 2001. J’ai ensuite repris mes études à la Sorbonne. Je suis ethnomusicologue, spécialisé en musique traditionnelle thaïlandaises et la vénération de divinités et démons de la part des musiciens thaïs. Tout cela est très intéressant et très métal ! En ce qui concerne le projet DOCKER'S GUILD, J’ai écrit 90% des chansons, des textes et de l’histoire du premier album au début des années ’90. On m’a pris pour un fou un peu partout et on m’a finalement convaincu que tout cela était ridicule. J’ai néanmoins continué à y travailler. Il a 4 ans, en regardant mon certificat de baptême, j’ai décidé que le moment était venu de terminer cette interminable souffrance, en n’écoutant personne, j’ai donc repris tout en main et nous voici avec le projet terminé (du moins la première partie)

03. Que peux-tu nous dire des sessions d’enregistrement ? Tout s’est fait par échange de mp3 via internet ?

Avec les special guests oui. Mais toute la pré-production, tous les claviers, mes voix, les voix parlées, les sax et la clarinette de mon père ont été enregistrées ici au Planet of Freedom Studio, où tout a été assemblé l’année dernière. Le mixage final a été fait à Londres et le mastering en Suède.

 

04. Comment as- réussi à convaincre la crème de la scène métal/rock progressif de contribuer à ton projet ?

Cela pourra surprendre, mais essentiellement par la force de la musique. Je connaissais déjà Tony Franklin et Magnus Jacobson qui m’a introduit à Göran Edman, mais le reste a été un long travail de correspondance. J’ai eu la chance d’avoir presque toute ma liste initiale sur l’album. Biloxi est aussi encore très connus dans le milieu, et ça a facilité la tâche. Les seuls qui n’ont pas pu à cause d’autres activités sont Ted Poley (DANGER DANGER) et Joe Lynn Turner. Peut-être la prochaine fois ?

 

05. Quelle ont été tes principales difficultés ?

La distance. A chaque changement, surtout pour le mix, il faut tout renvoyer, attendre des jours, c’est franchement extrêmement frustrant, une vraie torture. J’étais arrivé au point d’attendre 2 jours avant d’ouvrir les fichiers par peur de ne pas aimer. Heureusement, chaque special guest a donné vraiment le maximum, et cela s’entend. Je suis très fier d’avoir eu la chance de travailler avec ces stars, qui sont en plus des personnes splendides.

 

06. Quelles sont tes principales influences ? Le choix des chanteurs a-t-il influé pendant la phase de composition ?

Trop nombreuses ! Mais il y trois filons principaux. L’AOR / melodic rock d’abords, et j’ai choisi les chanteurs et musiciens spécifiquement sortis di ce genre. Je voulais voir si cela aurait donné un album prog avec un ton un peu diffèrent. Puis il y a le prog rock et métal, surtout ELP, YES, les premiers DREAM THEATER, THRESHOLD. Enfin des influences bizarres pour un musicien rock/métal, comme David BOWIE (mon artiste préféré sur tous les autres, le maître en toutes choses), le groupe français LES ROCKETS, DURAN DURAN, JM. JARRE. Puis il y a la musique classique.. il y en a partout dans l’album, des petites citations cachés et amusantes à découvrir…

 

07. Sur la bio transmise avec l’album, il est écrit que JM. Jarre et Les Rockets font partie de tes influences. Tu aimes la musique électro des origines (Kraftwerk, Klaus Schulze, Tangerine Dream…) ?

Oui beaucoup. LES ROCKETS en particulier, qui étaient inconnus en France mais vendait des millions d’album ne Italie, ont profondément marqué mon style musical, ma passion pour la science-fiction et l’aspect théâtral à la Kiss. Il y aura une chanson des ROCKETS dans chaque album. Dans celui-ci, c’est "Prophecy". En vrai chef-d’œuvre.

 

08. Comment travailles-tu ? On t’imagines passer des heures devant tes claviers à expérimenter pour trouver de nouveaux sons…

Oui un peu ! Mais aussi devant le clavier de l’ordinateur pour développer l’histoire, mais surtout des heures à faire de la recherche sur Internet et dans ma bibliothèque personnelle. Tous ce qu’il y a de vrai dans l’album est historiquement et scientifiquement correct, du moins je crois ! Évidemment la partie sci-fi est inventée.

 

09. Cette aventure évoque forcément les réalisations d’Arjen Lucassen par son ambition et le nombre d’invités. Est-ce un modèle pour toi ?

Alors là il faut que je fasse le point très clairement. Je ne lis rien d’autre dans toutes le chroniques, parfois étant critiqué d’avoir copié. Comme j’ai dit plus en haut, j’ai écrit presque tout cet album vers 1991. Lucassen n’était pas encore sur la scène. Je sais que cela semble ridicule, mais je n’avais jamais entendu parler de lui jusqu’à il y a trois ans quand on a commencé à me faire noter la similitude. J’ai acheté un CD, découvert un grand artiste, qui entre parenthèse est ami avec mon agent Alessandro Del Vecchio, mais il n’a eu aucune influence sur quoi que ce soit.

 

10. Tu as décidé de développer un concept autour des religions. Pourquoi ce choix, est-ce un sujet d’intérêt personnel ?

Oui, c’était le temps de la première guerre d’Iraq et j’étais encore très jeune. J’ai écrit une chanson, "The Mystic Technocracy", pour essayer de donner une explication de tous ces massacres commis au nom de Dieu par tous, arabes, juifs, occidentaux, et cela dure depuis 4000 ans. Évidement j’ai été accusé d’être sataniste, un fou New Age, an athée, etc. Il ne s’agit de rien de tout cela, je ne suis pas contre un parcours spirituel sincère, on serait tous des personnes meilleures. Il s’agit de comprendre cette violence inouïe à cause d’un livre. Il n’y a pas de justification à ça.

 

11. Ou es-tu de l’écriture et de l’enregistrement de la deuxième saison de la pentalogie ?

Ah ! Alors là je vais être cryptique. Je viens de commencer le deuxième album de la série et le matériel est déjà « écrit », mais il ne s’agit pas de « Season 2 ». Il faudra attendre le pourquoi de cela, mais il y a une très bonne raison, est une fois le projet terminé tout cela aura un sens très logique. Patientez ! En ce qui concerne « Season 2 » j’ai environs 70% de la musique prête, l’histoire est écrite, il reste à écrire les textes.

 

12. Pouvons-nous espérer voir ce concept développé un jour sur scène ?

On parle de faire un showcase cet hiver ici en Italie pour présenter l’album, les vidéos, peut-être avec des masterclass en plus. Il y aura environs la moitié des special guests, plus quelques surprises. Mais pour l’instant pas de plans définitifs, il est encore trop tôt.

 

13. Tu proposes un premier opus gavé de musique (79 minutes) et cela devient de plus en plus rare. N’as-tu pas voulu réduire et en garder pour le deuxième album ?

Effectivement il y a trop de musique, mais je n’ai pas pu faire autrement. Au début ce projet consistait en un album seul. Puis je l’ai développé est cela est devenu deux albums. « Season 1 » est essentiellement ce qui reste de cette première version courte de l’histoire, la « face A » de ce premier album à l’origine. J’ai pensé d’éliminer quelques chansons, ma l’histoire ne me l’a pas permis. Personne n’a en effet encore remarqué que l’histoire est conçue comme une série de science-fiction ou comme un serial années ’20. Il y a en effet marqué « Episode » avant chaque chanson. Chaque album finit par un « cliffhanger » qui se résout dans la prochaine saison. Donc il n’était pas possible de couper sans devoir réécrire complétement le début de l’histoire et la moitié des chansons.

 

14. Tradition oblige, on te laisse le mot de la fin …

merci à Métal Chroniques pour la super chronique et pour l’opportunité de faire cette interview. C’est la première ! Et un grand ciao à tous les fans qui soutiennent DOCKER'S GUILD. Il y en a déjà beaucoup est cela me rend très content

 

Et enfin "Le Quizz De Metal Chroniques Quizz" pour terminer cette interview:

01. Quelle est ta chanson préférée (tous artistes, époques,…)?

"Come Undone" de DURAN DURAN

 

02. Premier album acheté ?

Grease !

 

03. Dernier album acheté ?

Nightwish – Imaginaerum

 

04. Quel son ou bruit aimes-tu ?

Les synthés analogiques années ‘70s

 

05. Quel son ou bruit détestes-tu ?

Je ne suis pas trop fan du growl et du scream

 

Chronique de l'album ici

 

 

 

 

 

 

 

Crédit photos: © Massimo Milanese 2011