Archive for the ‘ Interviews ’ Category

À chaque nouvelle livraison, Silence régale les amateurs d'AOR par sa musique qui sait se faire aussi bien élégante qu'énergique. Après quatre ans d'attente à la suite d'Open Road, le duo moteur de Silence, Ben Venet et Bruno Levesque a répondu à nos questions à propos de ce nouvel opus, le très réussi City. 

Metalchroniques. Quatre ans ont séparé votre nouvel album de votre disque précédent, Open Road. C'est à peu près la même durée que vous avez prise pour enregistrer cet album après Nostalgia (2005). Pourquoi un tel délai ? N'avez-vous pas peur de de risquer à chaque fois d'être perdu de vue ?
 
Bruno. Non, les fans de Melodic Rock et AOR sont très fidèles ! Pour ma part, j'aime prendre le temps qu'il faut pour aboutir au meilleur résultat possible. Slience n'a jamais vraiment de contraintes de temps, alors j'en profite. Cela me permet de travailler comme un « artisan », sans pression extérieure. C'est un privilège, même si au bout d'un certain délai, il faut savoir dire : « stop, là, c'est bon ! ». Bien sûr, nous pourrions sortir un album tous les ans, mais ce serait prendre le risque d'être moins satisfaits du résultat global, de faire du « remplissage » coûte que coûte,  et ça, nous ne le voulons pas. Et puis bon, 2 albums d'un coup, on se rattrape ! (rires)
 
 
 
 
Ben. Il ne faut pas oublier non plus que le délai entre Nostalgia et Open Road est aussi dû au départ de Jérôme Cazard, l'ancien chanteur pour lequel Bruno a du trouver un remplaçant… moi en l'occurrence (rires). Bruno et moi nous sommes rencontrés fin 2006. Comme il vit à Nantes et moi à Bruxelles, nous travaillons principalement à distance, ce qui allonge fortement le processus créatif.  Pour Open Road nous nous sommes immédiatement mis au boulot et l'album était prêt dès l'été 2007. Ensuite il a fallu trouver un label, négocier etc., ce qui a pris de nombreux mois avant que l'album ne sorte, si ma mémoire est bonne entre mars et juin 2008. 
Suite aux nombreux soucis rencontrés avec le label de l'époque, Kivel Records, qui nous a purement et simplement escroqués, nous avons fait une pause de quelques mois avant de nous remettre au boulot pour Silence. 
Nous avons également bossé à deux sur une commande de single en français et anglais pour une chanteuse anglaise connue qui devait sortir un album de duos en français avec des grands noms de la chanson française. Malheureusement ce projet qui nous aurait permis de nous faire connaitre du « grand public » n'a finalement pas abouti, pour des raisons financières uniquement liées au label, qui est pourtant une major…mais le marché du cd actuel est malheureusement ce qu'il est… Parmi les nombreux titres composés pour ce projet, plusieurs ont été gardés et réadaptés pour Silence. 
Nous ne nous sommes donc pas tourné les pouces pendant quatre ans, loin de là, même si nous bossons réellement sur les titres de City depuis fin 2009. L'enregistrement de l'album était initialement prévu pour juillet 2010 mais a du être reporté vu nos emplois du temps respectifs très chargés. A cette époque nous avions déjà une quinzaine de titres en chantier mais Bruno a continué à composer et, même après avoir laissé de nombreuses idées de côté, nous nous sommes finalement retrouvés avec 22 titres définitifs après la session d'enregistrement au studio de Bruno à Nantes en juin 2011. 
Si certains titres étaient déjà presque totalement terminés depuis 2010 comme « Lift Me Up », « Drifting Away » ou « Brand New Start », dont les vocaux ont été enregistrés dans mon home studio en 2010, la plupart des autres titres étaient uniquement instrumentaux ou, pour certains comme « Ghosts » et « Insomnia », de simples ébauches encore à l'état de « chantiers ». Il a donc fallu, en une semaine, finaliser des structures, composer des lignes de voix et écrire des paroles pour une quinzaine de titres. Nous ne pensions vraiment pas arriver à en enregistrer autant dans un délai aussi court mais cette semaine a été tellement intense que l'inspiration est restée constante. Autant dire que ce fut un travail très intensif et que nous avons très peu dormi cette semaine là, enchaînant les nuits d'écriture et de mixage aux journées d'enregistrement, ou l'inverse… Bruno étant extrêmement perfectionniste, les titres ont encore connu plusieurs modifications et améliorations après cette session pour arriver au résultat final. 
 
Comment est venue l'idée de ne pas faire un album, mais deux, ou plus exactement un album en deux parties ? 
Bruno. Ben et moi n'avons pas toujours pu être raccord avec nos emplois du temps respectifs. Pendant de longs mois, j'étais dispo mais pas lui, et vice versa. Au bout d'un certain temps, les titres ce sont accumulés… et on s'est vite retrouvé avec une trentaine de morceaux. Le temps passant, on s'y était attaché ! On a commencé à se prendre la tête à faire des playlists de 13 ou 14 titres, avec des bonus tracks, etc. Mais à chaque fois ça finissait toujours par « des "ah non non non, on ne peut pas virer celui-là ! » (rires) Bref. L'idée d'un double album a alors germé, tout en pensant qu'aucun label n'accepterait (vue la conjoncture actuelle). Cela s'est finalement concrétisé lors des pourparlers avec Tom Mathers de Perris.
 
Ben. L'idée d'appeler l'album City, par opposition au précédent (Open Road) date de 2009. L'idée des deux albums s'est imposée d'elle même dans la mesure où nous ne parvenions absolument pas à nous mettre d'accord sur une tracklist limitée à une douzaine de titres. Nous avons donc envoyé les vingt-deux titres aux labels en leur laissant le choix (un album avec titres à déterminer, un double, deux sorties espacées, etc.). Plusieurs labels étaient intéressés mais ne voulaient sortir qu'un seul album… Ceci explique entre-autres le long délai entre la finalisation de l'album vers septembre 2011 et sa sortie en mai 2012. Quand Tom de chez Perris Records nous a dit qu'il était emballé par une sortie double nous n'avons pas hésité un seul instant et avons signé les yeux fermés, trop heureux de ne plus avoir à choisir parmi nos « bébés » (rires). Nous avons alors trouvé l'idée de séparer City en deux: d'une part « Days », globalement plus positif et, d'autre part « Nights », plus sombre et légèrement plus orienté hard rock que son jumeau AOR. 
 
Le titre et l'artwork de l'album évoquent explicitement le monde urbain, la ville. Y a-t-il une forme de concept album derrière tout cela ?
 
Bruno. Pas de concept en tant que tel, mais plutôt une sorte de réponse au précédent album Open Road. Le « quand on arrive en ville » de Starmania m'avait traversé l'esprit. Le concept visuel d'Open Road était assez « country » et « grands espaces ». Alors l'aventure continue en ville, dans toute la complexité qui la caractérise, notamment son côté sombre (« Jenny », « Insomnia »…), mais tous les titres ne parlent pas de ce thème, loin s'en faut, même si un morceau comme « Business » peut s'y rattacher.

Ben. Au départ je voulais écrire des histoires avec des personnages récurrents qui allaient se croiser et interagir au cours de l'album. Ces personnages existent mais leurs identités et leurs liens ne sont finalement pas explicites pour ne pas limiter la portée des textes et laisser une certaine place à l'interprétation. J'aime les textes « ouverts » dans lesquels chaque auditeur pourra trouver une signification différente selon son vécu, son humeur… Un « vrai » concept album aurait limité Bruno dans son travail de composition… la musique aurait du « coller » à l'histoire alors que nous travaillons exactement en sens inverse puisque mes textes sont écrits sur une base de musiques et structures déjà établies par Bruno.

 

Une des grandes forces de l'album tient aux paroles. Si certaines sont plutôt légères, d'autres sont dotées d'une vraie force évocatrice (« Footprints », « Jenny »). Cela tranche par rapport aux habitudes de l'AOR, où les paroles sont rarement soignées…
 
Ben. Merci ! Ce commentaire me fait énormément plaisir dans la mesure où j'attache beaucoup d'importance aux textes même s'il est vrai que dans ce genre musical ils passent souvent au second plan, loin derrière la musique. J'essaye d'évoquer certaines choses sans les imposer à l'auditeur… de garder ce côté « ouvert » qui laisse de la place à l'imagination de celui qui écoute et le fait, d'une certaine manière, participer au morceau. Cela rend sans doute certains textes un peu moins « terre à terre », même si ca ne fonctionne pas à tous les coups. 
 
Comment avez-vous organisé vos chansons pour obtenir deux albums – City (Days) et City (Nights) ? Vous n'avez pas procédé au hasard… Avez-vous chercher à créer des ambiances différentes ?
 
Bruno. On a essayé de dispatcher les titres le mieux possible, afin d'éviter tout déséquilibre, trop « cool » ou trop « rock »… Des titres comme « Drifting Away » ou « Beggars Day » se sont vite imposés comme les titres d'ouverture. Au final, « Nights » est un peu plus rock et sombre que « Days », ce qui est tout à fait légitime. (clin d'œil)
 
Ben. Placer tout le rock d'un côté et tout le calme de l'autre aurait effectivement abouti à deux setlists ennuyeuses. Nous avons fait le découpage en fonction des ambiances et des thèmes abordés mais comme tout n'est jamais tout blanc ou tout noir, « Days » renferme quelques titres plus sombres et « Nights » quelques titres plus doux, le tout étant mélangé comme le yin et le yang.
 
Comment se passent la composition et l'enregistrement lorsque la moitié du groupe vit en Belgique et l'autre en France ? Je vous imagine par ailleurs bien occupés à côté…
 
Ben. Bruno bosse sur les instrumentaux seul chez lui puis me les envoie dans leur version quasi définitive. De mon côté je bosse (dès que je peux) sur les mélodies vocales, que nous retravaillons ensuite à deux et j'écris la totalité des textes. Après ces nombreux échanges de fichiers qui nous permettent de faire évoluer nos démos, nous essayons de nous voir au même endroit pour enregistrer les prises de voix définitives. 

Bruno. A notre époque, internet réduit beaucoup les problèmes de distances. Les premières démos peuvent se faire par webcam, on s'envoie les idées par mp3, notamment différentes idées de mélodies vocales que l'on compare avant de choisir la meilleure, la plus efficace… Mais pour l'enregistrement final, on se voit toujours. Ben est venu une semaine chez moi pour finaliser. Ce fut intensif ! Mais une grande part du travail étant faite en amont, cela s'est bien passé. Au final, même si certains titres ont néanmoins été enregistrés chacun de notre côté, c'est quand même plus sympa de se voir ! (sourire)

Ben. Non seulement c'est plus sympa mais c'est également nettement plus productif… J'ai tendance à remettre au lendemain ce que j'aurais du faire la veille ou 6 mois auparavant, ce qui n'est plus possible quand Bruno est à côté de moi dans la même pièce et que ca fait des mois que je lui fais croire que les titres sont « presque terminés » alors que je n'ai encore rien fait… C'est là que la magie opère et que tout vient à peu près instantanément, mélodies et textes. Je ne travaille bien que sous pression contrairement à Bruno qui prend son temps mais a toujours vingt titres d'avance sur moi (rire)

 

Bruno. Exact ! Enfin des aveux publics ! (rires) On a d'ailleurs comme prochain projet de sortir un « best of », avec des anciens titres réarrangés de fond en combles. Promis, on le sortira avant 5 ans ! (rires).
 
Malgré l'importance du matériau composé, on trouve deux titres apportés par des compositeurs extérieurs sur City : Frédéric Slama et Mark Spiro. Pourquoi avoir fait appel à eux ? 
 
Bruno. Nous sommes de grands fans de Mark Spiro depuis de nombreuses années. Il y a longtemps que je voulais réaliser une cover de l'une de ses meilleures chansons (il y en a tant !). Nous avons donc opté pour « Guardian Angel ». Il a d'ailleurs beaucoup aimé notre version.
Quant à Frédéric Slama, c'est un ami, et nous ne pouvions que collaborer un jour ou l'autre ! Il m'a proposé la démo de « Just One Kiss » en me laissant carte blanche quant aux arrangements. Au final, cette chanson figure sur nos derniers albums respectifs, la version d'AOR étant interprétée par Philip Bardowell.
 
Bruno, tu joues de tous les instruments sur l'album… Sans remettre en cause ce choix, n'as-tu jamais été tenté de faire appel à des invités ponctuellement sur certains titres pour leur donner des couleurs plus variées ? 
 
Bruno. J'invite ponctuellement des amis guitaristes à se lâcher sur des solos ici ou là. Notamment Eric Dupré, avec qui j'ai sorti l'album instrumental Premonition sous le nom de L.D.FUSION il y a quelque temps. Mais aussi Denis Paufique, guitariste du groupe Stratagème. Tommy Denander fait également une apparition solo sur le titre « Drifting Away ». J'aime ce genre de collaboration. Mais pour le reste, il est vrai que j'aime m'occuper de tout. J'ai la chance de pouvoir jouer de plusieurs instruments, ce qui rend la chose possible. Néanmoins, la carrière de SILENCE est assez atypique et les couleurs sont radicalement différentes selon les époques. Je compose en fonction de mes envies, avec une couleur dominante, mais il n'y a pas de carcan véritable. Selon le feeling du moment, je compose aussi bien sur guitare (électrique ou acoustique) que sur claviers. Certains titres peuvent même naître d'un simple loop de batterie.
 
Bruno, tu es un musicien plus qu'expérimenté. Même si avec Silence, tu ne t'imposes pas de limite car tu n'a pas de contraintes commerciales, n'y a-t-il des contraintes musicales qui fait que tu serais incité à t'exprimer aussi à côté du groupe ? 
 
Bruno. Tu as tout à fait raison. Même si Silence reste mon projet principal, il ne me suffit pas ! (sourire) En parallèle, je poursuis mon travail instrumental, (je prépare un second album solo), je fais de l'habillage sonore, j'écris aussi des chansons pour ma femme (dans un registre plus pop), j'ai également mixé et arrangé le récent album solo Cocoon de mon ami Vince Vercaigne (Amartia)… et pas mal d'autres projets en cours ou dans les tuyaux… Même si tout musicien a un style de prédilection, il est important de ne pas s'enfermer dans celui-ci. Il faut s'aérer les tympans ! La conjoncture actuelle est de plus en plus difficile, surtout pour les indés, les financements ne sont plus ce qu'ils furent, les projets plus longs à aboutir, cela force donc de toute façon à se diversifier, sans perdre « son âme », dans la mesure du possible.
Le piratage fait beaucoup de dégâts, surtout chez les indés, bien sûr. Il est difficile à quantifier, mais probablement divise-t-il les ventes par deux, ce qui est considérable. On vit une époque de transition. En d'autres temps, on est passé du vinyle au CD. Ok. Parfait. Mais à l'heure actuelle, on passe du CD à rien, car le mp3 n'est rien. Un truc virtuel que l'on peut anéantir en un clic. Tout tombe en rade un jour ou l'autre. Si vous plantez votre disque dur ou votre Ipod, vous perdez tout. Alors quand je regarde ma collec de vinyles ou mes 3000 CD's, c'est presque jouissif ! (rires)
 
Sur l'album City (Days), il y a un très joli duo avec la soeur de Ben Venet, « Lift Me Up ». Comment est survenue cette idée de duo ?
 
Ben. Ce titre est totalement atypique par son côté très pop. Je ne suis pas certain qu'il était prévu à l'origine pour être un duo, ca s'est fait par hasard. Un jour Bruno était de passage chez moi à Bruxelles et je lui ai présenté ma soeur Justine qui est comédienne. Comme elle chante aussi, nous avons décidé de lui faire faire un essai sur ce titre. L'essai a été concluant et nous avons gardé le tout. 
 
Sur « Lift Me Up », Justine chante à certains moments en français et je trouve que cela passe très bien. Ben n'a jamais été tenté de chanter, même ponctuellement en français ?
 
Ben. Les paroles de ce titre ont été écrites dans le cadre de la commande de single bilingue dont j'ai parlée plus tôt. Cela collait plutôt bien avec ce duo avec ma soeur qui chante habituellement en français. Chanter en français ne me dérange pas du tout. Je suis un grand fan des premiers albums de Goldman qui a réussi à allier rock et langue française avec talent. Nous avons d'ailleurs sérieusement songé, à l'époque d'Open Road, à sortir quelques titres bonus traduits en français. Nous n'avons finalement jamais eu le temps d'y travailler. Il n'est pas impossible que nous sortions un jour un album totalement en français… peut-être sous un autre nom… nous avons déjà quelques titres en chantier.
 
Même si le groupe est un duo, n'est-il pas envisageable de vous voir vous produire en live un jour ? Silence est-il condamné à rester un projet de studio ?
Bruno. Aaah, la question qui fâche ! (rires) Les portes ne sont jamais fermées, mais il est vrai que Silence est avant tout un projet « studio ». Je mets toute mon énergie à cela et ne pense que très peu au « live », je le confesse. Je suis avant tout songwriter, arrangeur et producteur. C'est ce que j'aime dans mon travail. Etre « de ce côté de la caméra ». Mais qui sait… Avec SILENCE ou un autre projet plus « basique »… car ne composant pas en fonction du « live », je n'ai aucune limite quant aux arrangements. Un grand nombre de titres contiennent par exemple de nombreuses pistes de guitares simultanées (disto, clean, acoustiques)… ce qui rend les titres difficilement jouables en live à moins de tout réadapter, et n'étant pas fan de concerts « acoustiques » (trop frustrants à mon goût)…

Ben. J'espère un jour arriver à convaincre Bruno (rires). J'ai d'autres projets musicaux qui, eux, sont essentiellement live. Je pourrais donc facilement monter un groupe pour jouer du Silence, même ponctuellement, mais je me vois mal faire ca sans Bruno…

Entretien croisé par courriel réalisé par Baptiste, le 12 jullet 2012

Interview par mail de Douglas R. Docker

(DOCKER'S GUILD – claviers/chant), 25 juin 2012

 

 

01. Quel est ton état d’esprit quelques jours après la sortie de The Mystic Technocracy (Season 1: The Age Of Ignorance) ?

Confus ! Cela fait 22 ans que je travaille sur ce projet, et je n’y crois pas encore d’être finalement arrivé à sa conclusion ! Très heureux, mais je ne réalise pas encore très bien. En plus ce weekend on tourne un le court métrage « Darwin’s Tears » avec l’équipe de « 011 An Adventure with Therion » donc je suis vraiment dépassé par les évènements.

 

02. Pourrais-tu te présenter et nous parler de ton parcours avant ce disque ? Pourquoi as-tu souhaité te lancer dans un projet aussi ambitieux ?

Je suis moitié français e moitié américain, mais j’habite en Italie. J’ai débuté comme pianiste classique au conservatoire avant d’être possédé par le métal années ’80, surtout AOR, glam, métal classique (IRON MAIDEN, OZZY, etc). J’ai donc déménagé aux USA en 1992 où j’ai fréquenté le Musicians Intitute pour entrer dans le groupe BILOXI tout de suite après. J’ai ensuite eu de gros problèmes de santé et je suis disparu du monde de la musique pour me retrouver en Thaïlande comme formateur de profs d’anglais en 2001. J’ai ensuite repris mes études à la Sorbonne. Je suis ethnomusicologue, spécialisé en musique traditionnelle thaïlandaises et la vénération de divinités et démons de la part des musiciens thaïs. Tout cela est très intéressant et très métal ! En ce qui concerne le projet DOCKER'S GUILD, J’ai écrit 90% des chansons, des textes et de l’histoire du premier album au début des années ’90. On m’a pris pour un fou un peu partout et on m’a finalement convaincu que tout cela était ridicule. J’ai néanmoins continué à y travailler. Il a 4 ans, en regardant mon certificat de baptême, j’ai décidé que le moment était venu de terminer cette interminable souffrance, en n’écoutant personne, j’ai donc repris tout en main et nous voici avec le projet terminé (du moins la première partie)

03. Que peux-tu nous dire des sessions d’enregistrement ? Tout s’est fait par échange de mp3 via internet ?

Avec les special guests oui. Mais toute la pré-production, tous les claviers, mes voix, les voix parlées, les sax et la clarinette de mon père ont été enregistrées ici au Planet of Freedom Studio, où tout a été assemblé l’année dernière. Le mixage final a été fait à Londres et le mastering en Suède.

 

04. Comment as- réussi à convaincre la crème de la scène métal/rock progressif de contribuer à ton projet ?

Cela pourra surprendre, mais essentiellement par la force de la musique. Je connaissais déjà Tony Franklin et Magnus Jacobson qui m’a introduit à Göran Edman, mais le reste a été un long travail de correspondance. J’ai eu la chance d’avoir presque toute ma liste initiale sur l’album. Biloxi est aussi encore très connus dans le milieu, et ça a facilité la tâche. Les seuls qui n’ont pas pu à cause d’autres activités sont Ted Poley (DANGER DANGER) et Joe Lynn Turner. Peut-être la prochaine fois ?

 

05. Quelle ont été tes principales difficultés ?

La distance. A chaque changement, surtout pour le mix, il faut tout renvoyer, attendre des jours, c’est franchement extrêmement frustrant, une vraie torture. J’étais arrivé au point d’attendre 2 jours avant d’ouvrir les fichiers par peur de ne pas aimer. Heureusement, chaque special guest a donné vraiment le maximum, et cela s’entend. Je suis très fier d’avoir eu la chance de travailler avec ces stars, qui sont en plus des personnes splendides.

 

06. Quelles sont tes principales influences ? Le choix des chanteurs a-t-il influé pendant la phase de composition ?

Trop nombreuses ! Mais il y trois filons principaux. L’AOR / melodic rock d’abords, et j’ai choisi les chanteurs et musiciens spécifiquement sortis di ce genre. Je voulais voir si cela aurait donné un album prog avec un ton un peu diffèrent. Puis il y a le prog rock et métal, surtout ELP, YES, les premiers DREAM THEATER, THRESHOLD. Enfin des influences bizarres pour un musicien rock/métal, comme David BOWIE (mon artiste préféré sur tous les autres, le maître en toutes choses), le groupe français LES ROCKETS, DURAN DURAN, JM. JARRE. Puis il y a la musique classique.. il y en a partout dans l’album, des petites citations cachés et amusantes à découvrir…

 

07. Sur la bio transmise avec l’album, il est écrit que JM. Jarre et Les Rockets font partie de tes influences. Tu aimes la musique électro des origines (Kraftwerk, Klaus Schulze, Tangerine Dream…) ?

Oui beaucoup. LES ROCKETS en particulier, qui étaient inconnus en France mais vendait des millions d’album ne Italie, ont profondément marqué mon style musical, ma passion pour la science-fiction et l’aspect théâtral à la Kiss. Il y aura une chanson des ROCKETS dans chaque album. Dans celui-ci, c’est "Prophecy". En vrai chef-d’œuvre.

 

08. Comment travailles-tu ? On t’imagines passer des heures devant tes claviers à expérimenter pour trouver de nouveaux sons…

Oui un peu ! Mais aussi devant le clavier de l’ordinateur pour développer l’histoire, mais surtout des heures à faire de la recherche sur Internet et dans ma bibliothèque personnelle. Tous ce qu’il y a de vrai dans l’album est historiquement et scientifiquement correct, du moins je crois ! Évidemment la partie sci-fi est inventée.

 

09. Cette aventure évoque forcément les réalisations d’Arjen Lucassen par son ambition et le nombre d’invités. Est-ce un modèle pour toi ?

Alors là il faut que je fasse le point très clairement. Je ne lis rien d’autre dans toutes le chroniques, parfois étant critiqué d’avoir copié. Comme j’ai dit plus en haut, j’ai écrit presque tout cet album vers 1991. Lucassen n’était pas encore sur la scène. Je sais que cela semble ridicule, mais je n’avais jamais entendu parler de lui jusqu’à il y a trois ans quand on a commencé à me faire noter la similitude. J’ai acheté un CD, découvert un grand artiste, qui entre parenthèse est ami avec mon agent Alessandro Del Vecchio, mais il n’a eu aucune influence sur quoi que ce soit.

 

10. Tu as décidé de développer un concept autour des religions. Pourquoi ce choix, est-ce un sujet d’intérêt personnel ?

Oui, c’était le temps de la première guerre d’Iraq et j’étais encore très jeune. J’ai écrit une chanson, "The Mystic Technocracy", pour essayer de donner une explication de tous ces massacres commis au nom de Dieu par tous, arabes, juifs, occidentaux, et cela dure depuis 4000 ans. Évidement j’ai été accusé d’être sataniste, un fou New Age, an athée, etc. Il ne s’agit de rien de tout cela, je ne suis pas contre un parcours spirituel sincère, on serait tous des personnes meilleures. Il s’agit de comprendre cette violence inouïe à cause d’un livre. Il n’y a pas de justification à ça.

 

11. Ou es-tu de l’écriture et de l’enregistrement de la deuxième saison de la pentalogie ?

Ah ! Alors là je vais être cryptique. Je viens de commencer le deuxième album de la série et le matériel est déjà « écrit », mais il ne s’agit pas de « Season 2 ». Il faudra attendre le pourquoi de cela, mais il y a une très bonne raison, est une fois le projet terminé tout cela aura un sens très logique. Patientez ! En ce qui concerne « Season 2 » j’ai environs 70% de la musique prête, l’histoire est écrite, il reste à écrire les textes.

 

12. Pouvons-nous espérer voir ce concept développé un jour sur scène ?

On parle de faire un showcase cet hiver ici en Italie pour présenter l’album, les vidéos, peut-être avec des masterclass en plus. Il y aura environs la moitié des special guests, plus quelques surprises. Mais pour l’instant pas de plans définitifs, il est encore trop tôt.

 

13. Tu proposes un premier opus gavé de musique (79 minutes) et cela devient de plus en plus rare. N’as-tu pas voulu réduire et en garder pour le deuxième album ?

Effectivement il y a trop de musique, mais je n’ai pas pu faire autrement. Au début ce projet consistait en un album seul. Puis je l’ai développé est cela est devenu deux albums. « Season 1 » est essentiellement ce qui reste de cette première version courte de l’histoire, la « face A » de ce premier album à l’origine. J’ai pensé d’éliminer quelques chansons, ma l’histoire ne me l’a pas permis. Personne n’a en effet encore remarqué que l’histoire est conçue comme une série de science-fiction ou comme un serial années ’20. Il y a en effet marqué « Episode » avant chaque chanson. Chaque album finit par un « cliffhanger » qui se résout dans la prochaine saison. Donc il n’était pas possible de couper sans devoir réécrire complétement le début de l’histoire et la moitié des chansons.

 

14. Tradition oblige, on te laisse le mot de la fin …

merci à Métal Chroniques pour la super chronique et pour l’opportunité de faire cette interview. C’est la première ! Et un grand ciao à tous les fans qui soutiennent DOCKER'S GUILD. Il y en a déjà beaucoup est cela me rend très content

 

Et enfin "Le Quizz De Metal Chroniques Quizz" pour terminer cette interview:

01. Quelle est ta chanson préférée (tous artistes, époques,…)?

"Come Undone" de DURAN DURAN

 

02. Premier album acheté ?

Grease !

 

03. Dernier album acheté ?

Nightwish – Imaginaerum

 

04. Quel son ou bruit aimes-tu ?

Les synthés analogiques années ‘70s

 

05. Quel son ou bruit détestes-tu ?

Je ne suis pas trop fan du growl et du scream

 

Chronique de l'album ici

 

 

 

 

 

 

 

Crédit photos: © Massimo Milanese 2011 

Rhapsody – Luca Turilli (2012)

 

 
Après l'apparition de deux RHAPSODY, chacun dirigé par les co-fondateurs de RHAPSODY (pas encore OF FIRE) et avec les changements de personnel que ça impose, on ne peut pas dire que l'on soit à court de questions à poser à Luca Turilli, un de ces deux co-fondateurs. Mais il est bavard le Luca. Très bavard. Notre liste de question, initialement longue comme le bras, s'est donc réduite comme peau de chagrin… d'un autre côté, ça permet de se concentrer sur l'essentiel!

Metalchroniques: Officiellement ce nouvel opus n’est pas ton quatrième album solo, ce n’est pas non plus le nouvel album de RHAPSODY OF FIRE. Il est qualifié de « onzième album de RHAPSODY ». Difficile de s’y retrouver… Pourrais-tu nous préciser ton point de vue ?
Luca Turilli: En réalité il s’agit d’une séparation amicale entre Alex (Staropoli) et moi. Nous en parlions déjà depuis 3 ou 4 ans à cause de nombreux problèmes extérieurs qui ont rendu les choses plus difficiles dans le groupe. Mais ce qui est génial, et que les gens doivent comprendre, c’est que tout a été fait sur une base amicale. Nous nous connaissons depuis plus de vingt ans, tu imagines donc que nous sommes de grands amis. Mais la collaboration professionnelle ne fonctionnait plus: quand tu composes composes avec quelqu'un et que ça te donne l'impression d'aller chez le dentiste… En tant qu’artistes, nous exprimons une partie de notre âme, de notre personnalité à travers nos compositions, il faut donc que chacun soit satisfait par le travail commun. Cette idée trottait dans nos têtes depuis un certain temps mais pour moi il était très important de conclure la saga avant de nous séparer. C'est fréquent dans la vie quotidienne: nous sommes très amis, sauf au travail! C’était difficile, nous avons vécu des moments de tension… Et maintenant il y a deux incarnations de RHAPSODY.

Pour répondre à ta question, je parle du onzième album de RHAPSODY parce que je ne voulais pas qu’il y ait d'incompréhension: certains ont cru que j’avais quitté le groupe, et rien n’est plus faux ! Parce que j'aurais très bien pu continuer sous le nom RHAPSODY of FIRE pendant qu'Alex aurait pris RHAPSODY of ICE ! (rires…) Mais la situation actuelle est plus logique car Fabio [Lione, chanteur] accompagne Alex dans cette nouvelle aventure et qu'il représente l’image du groupe, il était normal qu’ils conservent le nom RHAPSODY of FIRE. Ce fut un accord très simple à trouver. C'est pour ça qu'il est important pour moi de dire que ce disque est le onzième album de RHAPSODY, comme Alex et Fabio proposeront aussi leur onzième album de RHAPSODY quand ils seront prêts. Je craignais que les gens pensent qu’il s’agit de mon quatrième album solo. Le numéro de l’album n’a pas d’importance. Ce qui est clair c’est que j’ai arrêté ma carrière solo.

De la même manière, la conservation du logo par les deux entités montre l’esprit amical qui nous a animés dans cette séparation. D’habitude c’est la guerre entre les anciens membres pour des problèmes de droits et il faut faire face à des actions en justice… Ici tout a été facile, je garde aussi le nom mais j’ajoute « Luca Turilli’s » pour éviter les problèmes de droits que nous avons dû affronter dans le passé, ainsi tout le monde reste ami. Du fait de notre amitié, aucun de nous n’aurait osé demander à l’autre de renoncer au logo. Parce qu'aujourd'hui si tu renonces à ton logo, tu es mort. Lors de nos problèmes dans le passé, j’ai investi tellement de mon argent personnel et celui de ma famille pour sauver RHAPSODY, que RHAPSODY continue à exister, et pareil pour Alex, ça n’était pas pour tout perdre maintenant.

M.: Ce nouvel opus sonne beaucoup plus moderne et moins orienté « fantasy » que les précédents albums de RHAPSODY of FIRE. Etait-ce une orientation que tu ne pouvais pas explorer avec le groupe avant la séparation ?
L. T.: Non pas du tout. Parce que j'ai écrit ces sagas, comme un journaliste, tout au long des différents albums [The Emerald Sword Saga puis The Dark Secret Saga]. C’est comme pour Harry Potter, il y a beaucoup de romans et de films mais tu dois rester dans un univers défini, tu ne peux pas introduire des éléments de Science-Fiction par exemple. C'est pour ça que, d'une certaine manière, j'ai été contraint de faire des albums solo, parce que j'avais décidé d'écrire une saga pour RHAPSODY OF FIRE. Et tout le monde aimait ça en plus ! Alex, et même Fabio qui n’était pas très enthousiaste au début car il a un héritage plus typé hard rock. Ce monde fantastique lui semblait étrange, mais petit à petit il a vu que les gens aimaient ça et il a commencé à l'apprécier lui-même. Il vient plutôt de WHITESNAKE, ce genre de groupes. Même avec Alex, je veux dire que moi j'écoute plus volontiers HELLOWEEN, NIGHTWISH, alors que lui sera plutôt dans le hard-rock américain, il préfèrera des artistes comme SAMMY HAGGAR ou ALTERBRIDGE. Mais avec le temps, nous avons su marier nos approches pour obtenir ce résultat incroyable, je trouve.

Au final, ces dix albums de RHAPSODY représentent pour moi la saga parfaite, au même titre que Harry Potter ou le Seigneur des Anneaux. C'est pour ça que je tenais à terminer ce chapitre avant de faire autre chose. Maintenant je ne sais pas ce que RHAPSODY of FIRE va choisir de faire. C’est amusant car désormais je vais donner mon Cd à Alex et lui me donnera le sien quand il sera prêt.

De mon côté je voulais pouvoir aborder tous les sujets sur un même album. Donc si je veux une chanson orientée « fantasy », je fais une chanson « fantasy ». Par exemple, sur cet album, quatre titres sont liés par un concept de science-fiction (« Quantum X », « Ascending To Infinity », « Dark Fate Of Atlantis » & « Of Michael The Archangel And Lucifer's Fall ») où j’aborde des sujets comme les portes des étoiles, le multivers, les dimensions parallèles et la théorie quantique. Et puis il y a aussi « Excalibur », une chanson plus spirituelle, plus historique, un peu « fantasy » disons, que l’on peut rapprocher des anciennes compositions. Mais après avoir évolué dans un univers uniquement fantastique, je voulais absolument avoir la liberté, comme NIGHTWISH par exemple, d’écrire un album avec une chanson sur un thème particulier, la chanson suivante sur un thème différent etc. Maintenant, c'est grâce à ça que je peux mettre un terme à ma carrière solo, car je n’ai plus besoin d’un espace en dehors de RHAPSODY pour exprimer toutes ces idées.

M.: Donc tu ne proposeras plus d'album-concept traitant uniquement d’un sujet ou d’une histoire ?
L. T.: Non, je proposerai des mini-concepts comme ces 4 chansons sur Ascending To Infinity mais plus un album complet. J’ai tellement travaillé à partir de ça, maintenant j’ai besoin de liberté!

M.: Tu avais fait appel à un très bon chanteur sur tes deux premiers albums solo [Olaf Hayer] et beaucoup s’attendaient à le voir officier aussi au sein de ce « nouveau » RHAPSODY. Pourquoi as-tu recruté un autre artiste ?
L. T.: Avec Olaf je n’aurais pas pu obtenir l'impact d'un ténor, qui est essentiel pour moi. Comme quand j’ai écrit « Lamento Erioco » pour Fabio, je savais que je pouvais écrire des chansons différentes. Même quand il était dans LABYRINTH il est très bon dans un timbre particulier [« le registre métal classique »], mais ça n'est qu’une dimension de sa voix. Mais avec RHAPSODY, avec des chansons comme « REIGN OF TERROR » ou « LAMENTO EROICO », nous avons pu mettre en valeur toutes les nuances, toutes les couleurs de sa voix. Je considère Fabio comme un des cinq meilleurs chanteurs au monde, et par rapport à ça c'était une vraie souffrance pour moi de l'abandonner. Et pour lui aussi je le sais.

Olaf ne pouvait pas m’offrir cette variété dans le timbre de voix donc il fallait que je trouve un autre chanteur. C’est Fabio qui m’a parlé d’Alessandro [Conti], quand il a commencé à être question de séparation. Parce qu'il s'est passé quelques mois sont passés entre la décision et la concrétisation en deux entités. Entre-temps, j’avais reçu différentes propositions hors métal comme travailler sur des bandes-originales de film, ou même un projet similaire à Avantasia pour un autre label : je ne cherchais pas encore sérieusement un chanteur, car je ne savais pas ce que j'allais faire. Je cherchais donc un chanteur, de loin, et j'en ai discuté avec Fabio pendant notre dernière tournée en Europe. Il m’a conseillé de m’intéresser à un certain Alessandro en me présentant des vidéos YouTube. Et j’ai apprécié ce que j’ai vu, mais ça n'était qu'un timbre, ça n'était pas suffisant pour le juger. Alors je lui ai envoyé quelques chansons, comme « One Heart » de Céline Dion… vraiment! C'est après avoir entendu ce qu'il en faisait que j'ai décidé qu'il serait un bon chanteur pour moi. Mais il ne savait pas qu’il allait devenir le nouveau chanteur de RHAPSODY, tout simplement parce que moi-même je n'avais pas encore décidé de continuer avec Rhapsody! Nous avons pris cette décision avec Alex seulement 3 semaines avant l’annonce du label. Je lui ai annoncé la nouvelle une semaine avant l’officialisation et il ne pouvait pas y croire, parce qu'il pensait que nous allions collaborer pour un projet parallèle.

 

M.: Dans les derniers albums de RHAPSODY of FIRE, certains titres ou passages sont chantées en italiens. Dans ton esprit, fallait-il donc que le nouveau chanteur soit italien ?
L. T.: Oui absolument ! Un chanteur allemand n’aurait pas fait l’affaire. A l’époque, quand l’idée de proposer des chansons en italien m'est venue, Alex n’y était pas très favorable. Finalement, il a adoré ça! Le premier exemple est « Lamento Eroico », de nombreuses autres ont suivi. J’aimais beaucoup le lien entre notre musique, d'un groupe italien, et la langue italienne. Après, de nombreux autres groupes italiens ont fait comme nous et finalement cette démarche est devenue assez commune.

 

M.: N’avais-tu pas peur de désorienter les fans en multipliant l’utilisation de langues différentes, avec l'anglais, l'italien et le latin ? Surtout sur ce dernier album, où je ne suis pas sûre qu'il y ait même une chanson utilisant une seule langue !
L. T.: (Rires…) Tu as peut-être raison, je n’y ai jamais vraiment pensé ! Mais je ne crains pas vraiment que mon message se perde en route, parce que même en anglais, les gens ne comprennent pas toujours très bien. (Rires…) Au début, quand on a commencé à être en contact avec les gens de Nuclear Blast USA, ils nous disaient qu’il était parfois difficile de nous comprendre… Nous n’avons jamais travaillé la prononciation ou l’accent, et les gens dont c'était la langue maternelle nous disaient que c'était parfois étrange à leurs oreilles. Pour d'autres labels, ça nous donnait quelque chose d' « exotique ». Mais je ne peux pas juger, l’anglais n’étant pas ma langue maternelle.

M.: Mais comment décides-tu que tel passage va être en anglais, tel autre en italien, etc. ?
L. T.: Ca c'est important. Ca dépend surtout des mots, en fait. Quand le texte est en italien, je pars du texte pour créer car c’est ma langue maternelle, c'est donc avec elle que je peux donner ce que j'ai de meilleur. D’où la part grandissante de l'italien dans RHAPSODY of FIRE. Même Fabio préfère largement chanter en italien: il arrive à chanter beaucoup plus rapidement, il passe donc moins de temps en studio… et c’est génial ! Si tu demandes à Fabio, il te dira immédiatement qu’il préfère largement chanter en italien.

Mais donc : parfois, dans ta langue maternelle, tu penses à une bonne phrase avant d'avoir la musique. C'est pareil pour certains anglais ou américains, ils composent comme ça. Mais moi, quand je compose en anglais, je chantonne quelques mots, qu'il faut perfectionner ensuite. Ce sont des mots idiots, enfin parfois ils sont bons mais ça n'est pas le plus fréquent, parce que ça n'est pas ce que je crée immédiatement puisque ça n'est pas ma langue maternelle. Après on réunit le tout, on perfectionne ici et là, et on créé une phrase. Mais ça, ça vient après la musique, je dirais. Alors que les parties en italien me viennent avant.

Au final, ça dépend beaucoup des chansons. Par exemple pour « Dark Fate Of Atlantis » je voulais vraiment utiliser plusieurs langues ne serait-ce que pour refléter la signification universelle de cette chanson. Atlantis représente la naissance, la croissance et la chute de toute civilisation, pour des raisons anthropologiques: pour moi, c'était plus facile de lier ça à du grec, du latin,  de l'italien, de l'hébreu, et de l'anglais évidemment, toutes ces langues ensemble. Et là il ne s'agissait pas de savoir si telle partie sonnerait mieux en italien ou en anglais, ça découlait du concept. Dans certains cas comme celui-ci, je décide que je vais utiliser quatre langues, par rapport au concept universel qui relie les mots de la chanson. Dans d'autres cas ça aura été décidé avant, pendant que je composais au piano et que je suis parti en italien. Pour « Tormente E Passione » par exemple, j'étais assis au piano en train de chanter les paroles [en italien], ça n'aurait pas donné la même chose avec de l'anglais… et ça vient spontanément, ce qui n'est jamais le cas avec de l'anglais.

Ca dépend des chansons en fait. Si je compose au piano, c'est plus facile de commencer en italien, si je compose à la guitare j'ai plutôt tendance à partir sur du mauvais anglais, que je perfectionne après, petit à petit. Pour le latin c'est plus compliqué, donc ça vient toujours à la fin. Parce que c'est quelque chose que j'ai appris à l'école, et le plus souvent je ne m'en souviens pas: je dois réétudier certains points, les déclinaisons… ça me donne l'impression de retourner à l'école!

 

M.: Pour l'«artwork » de ce nouvel album, tu as travaillé avec Felipe Machado Franco, qui a déjà collaboré avec RHAPSODY OF FIRE par le passé. De manière générale, comment travailles-tu avec l'artiste chargé du visuel de l'album ?
L. T.: Pour ça, j'ai une manière de travailler bien précise. Avec Alex nous commencions par faire quelques arrangements orchestraux basiques, je lui disais ce qui allait se passer dans la saga, nous finissions de travailler sur les chansons, et pendant qu'il terminait les arrangements orchestraux je travaillais sur la couverture et le livret. Ce qui m'amenait à passer de nombreuses nuits sans dormir, parce que c'est quelque chose que l'on fait généralement à la fin, quand la date limite arrive à grands pas. En particulier le livret, on peut commencer la couverture longtemps avant. Et travailler avec Felipe n'arrange pas les choses: quand je suis debout il dort, et vice-versa! Ca demande beaucoup de travail parce que je dois donner beaucoup de détails aussi. Il m'a dit que la plupart des groupes ne lui en disent pas autant, je suis celui qui lui apporte le plus d'information, avec Blind Guardian. Au final, cette couverture nous fait perdre beaucoup de temps ! Pour Frozen Tears Of Angels par exemple, je crois que j'ai reçu 45 mises à jour. Si tu voyais la première version, ça n'avait rien à voir: il a fallu débattre de la position de ceci, la position de celà, trop de lumière, et puis machin… et ça devient interminable !  C'est pour ça qu'à un moment il faut savoir s'arrêter.

M.: C'est peut-être une question idiote, mais j'ai déjà vu Alessandro deux fois sur scène [avec Secret Sphere, où il faisait un remplacement, et avec Trick Or Treat], et… on ne peut pas vraiment dire qu'il était le sérieux incarné?
L. T.: Oui, c'était un problème pour moi au début, et je m'y suis opposé. Quand Fabio m'a montré ces vidéos, il a dû m'expliquer que son groupe avait un état d'esprit à faire des blagues [« trick or treat » = « la bourse ou la vie » le soir de Halloween, à savoir des enfants qui demandent des bonbons, et littéralement « une blague ou une sympathie » (en gros)… à savoir que, dès le nom du groupe, les blagues sont annoncées] Si bien qu'une des premières choses que je lui ai dites quand je l'ai contacté, c'est que je n'arrivais pas à le regarder! Mais il m'a répondu qu'il a aussi fait une tournée avec un groupe appelé Secret Sphere, où il était sérieux.
M.: Oui, c'est la première fois que je l'ai vu.
L. T.: Et il n'était pas sérieux?!
M.: Il n'était pas sérieux, je confirme!
L. T.: Je dois le le lui dire! Parce qu'il m'a raconté qu'il avait dû se préparer à partir en tournée avec eux, donc apprendre les chansons, en une semaine seulement, parce que leur chanteur habituel était malade: il n'y avait pas eu de temps pour préparer des âneries. Si bien qu'avec eux il était sérieux, m'a-t-il dit…
M.: Non, enfin, certes, il a moins fait le fou que dans Trick Or Treat, mais… [de mémoire on avait eu droit au gant de Mickey, la blague sur Carla Bruni (un peu censurée quelques mois après avec Trick Or Treat, il avait dû se faire tapper sur les doigts!), et autres petites broutilles… loin du sérieux légendaire d’un Luca Turilli sur scène en tout cas!]
L. T.: Non, non, non, il sait qu'avec moi c'est pas possible ces choses-là! Je lui en parlerai, ne t'en fais pas! [mais euh, justement j’aime bien l’Alessandro tout fou moi! Bon, certes, ça n’est pas compatible avec un Luca Turilli ultra sérieux dans son Rhapsody… mais je ne veux pas qu’il ait des ennuis à cause de moi non plus le petit, sniff! Il va se retrouver au pain sec et à l’eau jusqu’à ce que toute envie de blague débile lui passe à cause de cette interview, si c’est pas malheureux…]

 

M.: Un petit retour vers le futur à présent : Quand tu as créé Thundercross en 1995, est-ce que tu t'imaginais sortir des albums et partir en tournée dans le monde entier presque 20 ans après ?
L. T.: Tu sais, quand tu es jeune tu as cette vision idiote où tout est facile. Alors quand on a commencé avec Alex, et plus tard avec Fabio, on s'imaginait vendre 1 million d'albums dès notre première sortie, sans problème! Si bien que quand on nous a dit: « Vous avez vendu 100 000 albums en une semaine, c'est fantastique ! », nous étions presque déçus. A l'époque dans les magazines tous les groupes racontaient qu'ils vendaient 600 000 copies, que sais-je, et après nous avons découvert que ces chiffres étaient inventés! [enfin, parfois les groupes confondent aussi « nombre de copies pressées » et « nombre de copies vendues »… en dehors de ceux qui veulent simplement faire monter la mousse, forcément.] Alors quand nous avons découvert la réalité des chiffres et que notre maison de disques sabrait presque le champagne en nous annonçant 100 000 albums vendus… Ca n'est même pas une question d'argent d'ailleurs, parce que le premier contrat est toujours mauvais pour les artistes: nous n'étions pas vraiment vernis d'un point de vue bancaire, et ça aurait été pareil en vendant 300 000 ou 400 000 albums. Evidemment quand tu es jeune tu te vois conquérir le monde, tu es un peu fou, pas vraiment réaliste, et au bout du compte nous avons plutôt de la chance de voir tout ça se réaliser. En même temps, rien n'aurait pu arriver sans l'espoir. Dans le fond, si tu travailles toute la journée sur quelque chose, 24h/24h, sans arrêt, et que tu sais communiquer à ce sujet, les choses finissent par arriver. Ou au moins, il y a plus de chances pour que quelque chose se passe!

 

M.: Maintenant que Rhapsody est divisé en deux entités, est-ce que tu pourras t'assurer que la qualité reste bel et bien présente dans « les deux Rhapsody », et si oui comment ?
L. T.: Disons que maintenant que nous avons atteint un certain âge, l'important n'est plus d'atteindre un certain succès mais de se sentir bien. Et en ce qui me concerne, avec Dominique [Leurquin, guitares] et Patrice [Guers, basse], ils font presque partie de la famille pour moi. Avec Alessandro évidemment c'est un peu différent, je ne le connais que depuis trois mois ! L'autre Alex [Landenburg, batterie] est très sympa aussi mais nous nous sommes connus il y a deux mois. Mais avec Patrice et Dominique, la « partie française du groupe » et un peu ma famille, c'est très agréable de partir en tournée, nous amuser. Surtout après tous les problèmes que nous avons traversés, en plus de la crise du marché elle-même [Rhapsody a eu beaucoup de problèmes avec leur maison de disques précédente, ça a fini en procès, ils ont failli ne plus pouvoir utiliser le nom du groupe… de longs moins très difficiles.] Si nous n'avions pas investi tout cet argent, moi et Alex… Rhapsody aurait arrêté il y a longtemps déjà. Mais nous nous sommes fait confiance! Après, je ne peux pas vraiment interférer dans ce qu'ils vont faire, je ne sais même pas quel style ils vont adopter.

De notre côté, tout ce qui importe est de prendre du plaisir et de « remplir notre mission », d'une certaine manière: si tu lis les paroles de Rhapsody, depuis le début, il y a toujours un message positif. Même la réaction des fans peut être spectaculaire parfois: à chaque fois que je reçois un message où un fan explique comment notre musique l'a sorti d'une mauvaise passe… c'est quelque chose de très profond. C'est une satisfaction plus importante que 10 000€. Et tant qu'il y aura ce genre de choses, ça aura un sens pour nous d'exister.

M.: Avez-vous déjà prévu de faire une tournée, ou vous ne vous êtes pas encore penchés sur la question ? (*)
L. T.: Nous sommes en train de négocier ça avec l'agence qui se charge de nos tournées. Evidemment il y a eu ce problème avec notre batteur, qui était Alex Holzwarth au départ. Il était ami avec les deux groupes, et voulait continuer avec les deux… mais on a vite compris que ça ne serait pas possible. Alors comme son frère [Oliver, bassiste de son état] est avec RHAPSODY OF FIRE, c'était normal qu'il aille avec eux, il est plus heureux comme ça. Comme ça nous pouvons être totalement indépendants aussi, et chacun peut suivre son chemin sans causer le moindre problème à l'autre. Comme nous faisions une séparation amicale, c'était important de ne pas créer de problème l'un à l'autre.

M.: Un dernier mot pour les lecteurs, ou quelque chose que tu souhaites dire mais que l'on n'a pas demandé ?
L. T.: Eh bien, nous avons parlé de beaucoup de choses? Je veux juste ajouter que cette fois la production a été très particulière, très intense. C'était même certainement la plus intense depuis Symphony [Of The Enchanted Lands] Part 1. D'autant que c'était la première fois que nous ne travaillions pas avec Sascha Paeth, après toutes ces années, mais avec Sebastian Roeder, qui s'occupait aussi de la sonorisation des concerts de RHAPSODY OF FIRE, et évidemment pour nous maintenant. Je ne sais pas s'il continuera à travailler avec eux, mais je suppose que ça sera le cas. Nous n'avons pas arrêté avec Sascha parce qu'il n'est pas bon, c'est un excellent ami de toute manière, mais… ça commençait à le fatiguer je pense. RHAPSODY n'est pas vraiment son style de prédilection après tout; au départ c'était une bonne chose d'avoir quelqu'un comme ça avec nous parce qu'un point de vue extérieur peut toujours apporter une meilleure production, mais petit à petit avec Alex nous avons commencé à produire les albums nous-mêmes et il avait de moins en moins de choses à faire. Au final il n'était plus tellement impliqué, et il nous a fait comprendre qu'il n'était plus tellement chaud pour ça, et nous avons compris que ça serait mieux comme ça. Sebastian adore notre musique après tout, il aime aussi NIGHTWISH et ce genre de groupes, tandis que Sascha préfèrera Frank Zappa, ce genre de musique. C'est une personne extraordinaire en tout cas, et il n'est pas question de ne plus être en contact avec lui !

J'ai aussi demandé à Dominique de m'aider cette fois, sans ça nous n'aurions jamais pu fournir le produit fini à Nuclear Blast avant la date limite. Nous avons travaillé jour et nuit pendant trois jours avec Sebastian, parce que nous n'avions pas le temps de dormir, c'était assez incroyable. Dominique a donc enregistré les parties de guitare rythmique, ici en France, ainsi qu'un dénommé Arnaud Ménard de Hiroshima Studio. En fait nous faisons beaucoup de choses en France maintenant, puisque qu'une partie de l'album a été enregistrée en France, nous répétons en France, etc.

(*) Depuis cet entretien, le début d'une tournée française a été annoncé, dont trois dates en France :
10.11.2012 BE Charleroi – Coliseum
12.11.2012 UK London – O2 Islington
14.11.2012 ES Bilbao – Sala Santana 27
15.11.2012 ES Madrid – Caracol
16.11.2012 ES Barcelona – Sala Bikini
22.11.2012 IT Bologna – Estragon
23.11.2012 IT Milan – Live Club
24.11.2012 IT Rome – Orion
25.11.2012 IT Treviso – New Age
26.11.2012 FR Lyon – Le Transbordeur
09.12.2012 FR Paris – Le Trabendo
10.12.2012 FR Strasbourg – La Laiterie

– Propos receuillis par Oshyrya et Polochon, en mai 2012.
Chronique d'Ascending To Infinity (Luca Turilli's Rhapsody). –