Archive for juillet, 2012

À chaque nouvelle livraison, Silence régale les amateurs d'AOR par sa musique qui sait se faire aussi bien élégante qu'énergique. Après quatre ans d'attente à la suite d'Open Road, le duo moteur de Silence, Ben Venet et Bruno Levesque a répondu à nos questions à propos de ce nouvel opus, le très réussi City

Metalchroniques. Quatre ans ont séparé votre nouvel album de votre disque précédent, Open Road. C'est à peu près la même durée que vous avez prise pour enregistrer cet album après Nostalgia (2005). Pourquoi un tel délai ? N'avez-vous pas peur de de risquer à chaque fois d'être perdu de vue ?
 
Bruno. Non, les fans de Melodic Rock et AOR sont très fidèles ! Pour ma part, j'aime prendre le temps qu'il faut pour aboutir au meilleur résultat possible. Slience n'a jamais vraiment de contraintes de temps, alors j'en profite. Cela me permet de travailler comme un « artisan », sans pression extérieure. C'est un privilège, même si au bout d'un certain délai, il faut savoir dire : « stop, là, c'est bon ! ». Bien sûr, nous pourrions sortir un album tous les ans, mais ce serait prendre le risque d'être moins satisfaits du résultat global, de faire du « remplissage » coûte que coûte,  et ça, nous ne le voulons pas. Et puis bon, 2 albums d'un coup, on se rattrape ! (rires)
 
 
 
 
Ben. Il ne faut pas oublier non plus que le délai entre Nostalgia et Open Road est aussi dû au départ de Jérôme Cazard, l'ancien chanteur pour lequel Bruno a du trouver un remplaçant… moi en l'occurrence (rires). Bruno et moi nous sommes rencontrés fin 2006. Comme il vit à Nantes et moi à Bruxelles, nous travaillons principalement à distance, ce qui allonge fortement le processus créatif.  Pour Open Road nous nous sommes immédiatement mis au boulot et l'album était prêt dès l'été 2007. Ensuite il a fallu trouver un label, négocier etc., ce qui a pris de nombreux mois avant que l'album ne sorte, si ma mémoire est bonne entre mars et juin 2008. 
Suite aux nombreux soucis rencontrés avec le label de l'époque, Kivel Records, qui nous a purement et simplement escroqués, nous avons fait une pause de quelques mois avant de nous remettre au boulot pour Silence
Nous avons également bossé à deux sur une commande de single en français et anglais pour une chanteuse anglaise connue qui devait sortir un album de duos en français avec des grands noms de la chanson française. Malheureusement ce projet qui nous aurait permis de nous faire connaitre du « grand public » n'a finalement pas abouti, pour des raisons financières uniquement liées au label, qui est pourtant une major…mais le marché du cd actuel est malheureusement ce qu'il est… Parmi les nombreux titres composés pour ce projet, plusieurs ont été gardés et réadaptés pour Silence. 
Nous ne nous sommes donc pas tourné les pouces pendant quatre ans, loin de là, même si nous bossons réellement sur les titres de City depuis fin 2009. L'enregistrement de l'album était initialement prévu pour juillet 2010 mais a du être reporté vu nos emplois du temps respectifs très chargés. A cette époque nous avions déjà une quinzaine de titres en chantier mais Bruno a continué à composer et, même après avoir laissé de nombreuses idées de côté, nous nous sommes finalement retrouvés avec 22 titres définitifs après la session d'enregistrement au studio de Bruno à Nantes en juin 2011. 
Si certains titres étaient déjà presque totalement terminés depuis 2010 comme « Lift Me Up », « Drifting Away » ou « Brand New Start », dont les vocaux ont été enregistrés dans mon home studio en 2010, la plupart des autres titres étaient uniquement instrumentaux ou, pour certains comme « Ghosts » et « Insomnia », de simples ébauches encore à l'état de « chantiers ». Il a donc fallu, en une semaine, finaliser des structures, composer des lignes de voix et écrire des paroles pour une quinzaine de titres. Nous ne pensions vraiment pas arriver à en enregistrer autant dans un délai aussi court mais cette semaine a été tellement intense que l'inspiration est restée constante. Autant dire que ce fut un travail très intensif et que nous avons très peu dormi cette semaine là, enchaînant les nuits d'écriture et de mixage aux journées d'enregistrement, ou l'inverse… Bruno étant extrêmement perfectionniste, les titres ont encore connu plusieurs modifications et améliorations après cette session pour arriver au résultat final. 
 
Comment est venue l'idée de ne pas faire un album, mais deux, ou plus exactement un album en deux parties ? 
Bruno. Ben et moi n'avons pas toujours pu être raccord avec nos emplois du temps respectifs. Pendant de longs mois, j'étais dispo mais pas lui, et vice versa. Au bout d'un certain temps, les titres ce sont accumulés… et on s'est vite retrouvé avec une trentaine de morceaux. Le temps passant, on s'y était attaché ! On a commencé à se prendre la tête à faire des playlists de 13 ou 14 titres, avec des bonus tracks, etc. Mais à chaque fois ça finissait toujours par « des "ah non non non, on ne peut pas virer celui-là ! » (rires) Bref. L'idée d'un double album a alors germé, tout en pensant qu'aucun label n'accepterait (vue la conjoncture actuelle). Cela s'est finalement concrétisé lors des pourparlers avec Tom Mathers de Perris.
 
Ben. L'idée d'appeler l'album City, par opposition au précédent (Open Road) date de 2009. L'idée des deux albums s'est imposée d'elle même dans la mesure où nous ne parvenions absolument pas à nous mettre d'accord sur une tracklist limitée à une douzaine de titres. Nous avons donc envoyé les vingt-deux titres aux labels en leur laissant le choix (un album avec titres à déterminer, un double, deux sorties espacées, etc.). Plusieurs labels étaient intéressés mais ne voulaient sortir qu'un seul album… Ceci explique entre-autres le long délai entre la finalisation de l'album vers septembre 2011 et sa sortie en mai 2012. Quand Tom de chez Perris Records nous a dit qu'il était emballé par une sortie double nous n'avons pas hésité un seul instant et avons signé les yeux fermés, trop heureux de ne plus avoir à choisir parmi nos « bébés » (rires). Nous avons alors trouvé l'idée de séparer City en deux: d'une part « Days », globalement plus positif et, d'autre part « Nights », plus sombre et légèrement plus orienté hard rock que son jumeau AOR. 
 
Le titre et l'artwork de l'album évoquent explicitement le monde urbain, la ville. Y a-t-il une forme de concept album derrière tout cela ?
 
Bruno. Pas de concept en tant que tel, mais plutôt une sorte de réponse au précédent album Open Road. Le « quand on arrive en ville » de Starmania m'avait traversé l'esprit. Le concept visuel d'Open Road était assez « country » et « grands espaces ». Alors l'aventure continue en ville, dans toute la complexité qui la caractérise, notamment son côté sombre (« Jenny », « Insomnia »…), mais tous les titres ne parlent pas de ce thème, loin s'en faut, même si un morceau comme « Business » peut s'y rattacher.

Ben. Au départ je voulais écrire des histoires avec des personnages récurrents qui allaient se croiser et interagir au cours de l'album. Ces personnages existent mais leurs identités et leurs liens ne sont finalement pas explicites pour ne pas limiter la portée des textes et laisser une certaine place à l'interprétation. J'aime les textes « ouverts » dans lesquels chaque auditeur pourra trouver une signification différente selon son vécu, son humeur… Un « vrai » concept album aurait limité Bruno dans son travail de composition… la musique aurait du « coller » à l'histoire alors que nous travaillons exactement en sens inverse puisque mes textes sont écrits sur une base de musiques et structures déjà établies par Bruno.

 

Une des grandes forces de l'album tient aux paroles. Si certaines sont plutôt légères, d'autres sont dotées d'une vraie force évocatrice (« Footprints », « Jenny »). Cela tranche par rapport aux habitudes de l'AOR, où les paroles sont rarement soignées…
 
Ben. Merci ! Ce commentaire me fait énormément plaisir dans la mesure où j'attache beaucoup d'importance aux textes même s'il est vrai que dans ce genre musical ils passent souvent au second plan, loin derrière la musique. J'essaye d'évoquer certaines choses sans les imposer à l'auditeur… de garder ce côté « ouvert » qui laisse de la place à l'imagination de celui qui écoute et le fait, d'une certaine manière, participer au morceau. Cela rend sans doute certains textes un peu moins « terre à terre », même si ca ne fonctionne pas à tous les coups. 
 
Comment avez-vous organisé vos chansons pour obtenir deux albums – City (Days) et City (Nights) ? Vous n'avez pas procédé au hasard… Avez-vous chercher à créer des ambiances différentes ?
 
Bruno. On a essayé de dispatcher les titres le mieux possible, afin d'éviter tout déséquilibre, trop « cool » ou trop « rock »… Des titres comme « Drifting Away » ou « Beggars Day » se sont vite imposés comme les titres d'ouverture. Au final, « Nights » est un peu plus rock et sombre que « Days », ce qui est tout à fait légitime. (clin d'œil)
 
Ben. Placer tout le rock d'un côté et tout le calme de l'autre aurait effectivement abouti à deux setlists ennuyeuses. Nous avons fait le découpage en fonction des ambiances et des thèmes abordés mais comme tout n'est jamais tout blanc ou tout noir, « Days » renferme quelques titres plus sombres et « Nights » quelques titres plus doux, le tout étant mélangé comme le yin et le yang.
 
Comment se passent la composition et l'enregistrement lorsque la moitié du groupe vit en Belgique et l'autre en France ? Je vous imagine par ailleurs bien occupés à côté…
 
Ben. Bruno bosse sur les instrumentaux seul chez lui puis me les envoie dans leur version quasi définitive. De mon côté je bosse (dès que je peux) sur les mélodies vocales, que nous retravaillons ensuite à deux et j'écris la totalité des textes. Après ces nombreux échanges de fichiers qui nous permettent de faire évoluer nos démos, nous essayons de nous voir au même endroit pour enregistrer les prises de voix définitives. 

Bruno. A notre époque, internet réduit beaucoup les problèmes de distances. Les premières démos peuvent se faire par webcam, on s'envoie les idées par mp3, notamment différentes idées de mélodies vocales que l'on compare avant de choisir la meilleure, la plus efficace… Mais pour l'enregistrement final, on se voit toujours. Ben est venu une semaine chez moi pour finaliser. Ce fut intensif ! Mais une grande part du travail étant faite en amont, cela s'est bien passé. Au final, même si certains titres ont néanmoins été enregistrés chacun de notre côté, c'est quand même plus sympa de se voir ! (sourire)

Ben. Non seulement c'est plus sympa mais c'est également nettement plus productif… J'ai tendance à remettre au lendemain ce que j'aurais du faire la veille ou 6 mois auparavant, ce qui n'est plus possible quand Bruno est à côté de moi dans la même pièce et que ca fait des mois que je lui fais croire que les titres sont « presque terminés » alors que je n'ai encore rien fait… C'est là que la magie opère et que tout vient à peu près instantanément, mélodies et textes. Je ne travaille bien que sous pression contrairement à Bruno qui prend son temps mais a toujours vingt titres d'avance sur moi (rire)

 

Bruno. Exact ! Enfin des aveux publics ! (rires) On a d'ailleurs comme prochain projet de sortir un « best of », avec des anciens titres réarrangés de fond en combles. Promis, on le sortira avant 5 ans ! (rires).
 
Malgré l'importance du matériau composé, on trouve deux titres apportés par des compositeurs extérieurs sur City : Frédéric Slama et Mark Spiro. Pourquoi avoir fait appel à eux ? 
 
Bruno. Nous sommes de grands fans de Mark Spiro depuis de nombreuses années. Il y a longtemps que je voulais réaliser une cover de l'une de ses meilleures chansons (il y en a tant !). Nous avons donc opté pour « Guardian Angel ». Il a d'ailleurs beaucoup aimé notre version.
Quant à Frédéric Slama, c'est un ami, et nous ne pouvions que collaborer un jour ou l'autre ! Il m'a proposé la démo de « Just One Kiss » en me laissant carte blanche quant aux arrangements. Au final, cette chanson figure sur nos derniers albums respectifs, la version d'AOR étant interprétée par Philip Bardowell.
 
Bruno, tu joues de tous les instruments sur l'album… Sans remettre en cause ce choix, n'as-tu jamais été tenté de faire appel à des invités ponctuellement sur certains titres pour leur donner des couleurs plus variées ? 
 
Bruno. J'invite ponctuellement des amis guitaristes à se lâcher sur des solos ici ou là. Notamment Eric Dupré, avec qui j'ai sorti l'album instrumental Premonition sous le nom de L.D.FUSION il y a quelque temps. Mais aussi Denis Paufique, guitariste du groupe Stratagème. Tommy Denander fait également une apparition solo sur le titre « Drifting Away ». J'aime ce genre de collaboration. Mais pour le reste, il est vrai que j'aime m'occuper de tout. J'ai la chance de pouvoir jouer de plusieurs instruments, ce qui rend la chose possible. Néanmoins, la carrière de SILENCE est assez atypique et les couleurs sont radicalement différentes selon les époques. Je compose en fonction de mes envies, avec une couleur dominante, mais il n'y a pas de carcan véritable. Selon le feeling du moment, je compose aussi bien sur guitare (électrique ou acoustique) que sur claviers. Certains titres peuvent même naître d'un simple loop de batterie.
 
Bruno, tu es un musicien plus qu'expérimenté. Même si avec Silence, tu ne t'imposes pas de limite car tu n'a pas de contraintes commerciales, n'y a-t-il des contraintes musicales qui fait que tu serais incité à t'exprimer aussi à côté du groupe ? 
 
Bruno. Tu as tout à fait raison. Même si Silence reste mon projet principal, il ne me suffit pas ! (sourire) En parallèle, je poursuis mon travail instrumental, (je prépare un second album solo), je fais de l'habillage sonore, j'écris aussi des chansons pour ma femme (dans un registre plus pop), j'ai également mixé et arrangé le récent album solo Cocoon de mon ami Vince Vercaigne (Amartia)… et pas mal d'autres projets en cours ou dans les tuyaux… Même si tout musicien a un style de prédilection, il est important de ne pas s'enfermer dans celui-ci. Il faut s'aérer les tympans ! La conjoncture actuelle est de plus en plus difficile, surtout pour les indés, les financements ne sont plus ce qu'ils furent, les projets plus longs à aboutir, cela force donc de toute façon à se diversifier, sans perdre « son âme », dans la mesure du possible.
Le piratage fait beaucoup de dégâts, surtout chez les indés, bien sûr. Il est difficile à quantifier, mais probablement divise-t-il les ventes par deux, ce qui est considérable. On vit une époque de transition. En d'autres temps, on est passé du vinyle au CD. Ok. Parfait. Mais à l'heure actuelle, on passe du CD à rien, car le mp3 n'est rien. Un truc virtuel que l'on peut anéantir en un clic. Tout tombe en rade un jour ou l'autre. Si vous plantez votre disque dur ou votre Ipod, vous perdez tout. Alors quand je regarde ma collec de vinyles ou mes 3000 CD's, c'est presque jouissif ! (rires)
 
Sur l'album City (Days), il y a un très joli duo avec la soeur de Ben Venet, « Lift Me Up ». Comment est survenue cette idée de duo ?
 
Ben. Ce titre est totalement atypique par son côté très pop. Je ne suis pas certain qu'il était prévu à l'origine pour être un duo, ca s'est fait par hasard. Un jour Bruno était de passage chez moi à Bruxelles et je lui ai présenté ma soeur Justine qui est comédienne. Comme elle chante aussi, nous avons décidé de lui faire faire un essai sur ce titre. L'essai a été concluant et nous avons gardé le tout. 
 
Sur « Lift Me Up », Justine chante à certains moments en français et je trouve que cela passe très bien. Ben n'a jamais été tenté de chanter, même ponctuellement en français ?
 
Ben. Les paroles de ce titre ont été écrites dans le cadre de la commande de single bilingue dont j'ai parlée plus tôt. Cela collait plutôt bien avec ce duo avec ma soeur qui chante habituellement en français. Chanter en français ne me dérange pas du tout. Je suis un grand fan des premiers albums de Goldman qui a réussi à allier rock et langue française avec talent. Nous avons d'ailleurs sérieusement songé, à l'époque d'Open Road, à sortir quelques titres bonus traduits en français. Nous n'avons finalement jamais eu le temps d'y travailler. Il n'est pas impossible que nous sortions un jour un album totalement en français… peut-être sous un autre nom… nous avons déjà quelques titres en chantier.
 
Même si le groupe est un duo, n'est-il pas envisageable de vous voir vous produire en live un jour ? Silence est-il condamné à rester un projet de studio ?
Bruno. Aaah, la question qui fâche ! (rires) Les portes ne sont jamais fermées, mais il est vrai que Silence est avant tout un projet « studio ». Je mets toute mon énergie à cela et ne pense que très peu au « live », je le confesse. Je suis avant tout songwriter, arrangeur et producteur. C'est ce que j'aime dans mon travail. Etre « de ce côté de la caméra ». Mais qui sait… Avec SILENCE ou un autre projet plus « basique »… car ne composant pas en fonction du « live », je n'ai aucune limite quant aux arrangements. Un grand nombre de titres contiennent par exemple de nombreuses pistes de guitares simultanées (disto, clean, acoustiques)… ce qui rend les titres difficilement jouables en live à moins de tout réadapter, et n'étant pas fan de concerts « acoustiques » (trop frustrants à mon goût)…

Ben. J'espère un jour arriver à convaincre Bruno (rires). J'ai d'autres projets musicaux qui, eux, sont essentiellement live. Je pourrais donc facilement monter un groupe pour jouer du Silence, même ponctuellement, mais je me vois mal faire ca sans Bruno…

Entretien croisé par courriel réalisé par Baptiste, le 12 jullet 2012

Son: Correct dans l'ensemble
Lumières: Open air. Le soir, pas toujours top.
Affluence: Moins qu'au DFOA
Ambiance: assez bonne, mais moins bonne qu'au DFOA
Moments forts: Marduk, Benighted, Aborted et les nombreux apéros

L’année passée, le Death Feast Open Air disparaissait en pleine gloire : 5 éditions, un des fests open air les plus agréables, des affiches solides à un prix abordable, une ambiance magique… malgré tous ces atouts, ce festival n’était pas rentable, et sans l’intervention de Rockthenation, il serait disparu pour de bon. Cette année, Hünxe a accueilli l’Extremefest, premier du nom. Au menu, un fest itinérant partagé entre la Suisse, l’Autriche et l’Allemagne. Le DFOA est mort, vive l’Extremefest ?

Jeudi
La route se passe sans encombres, on arrive sur place vers 1h du mat’, la sécu (un des points noirs du fest, on est loin de la sécu sympa de l’année passée) fouille rapidos la caisse (on aurait pu cacher une Roumaine dans le coffre et passer sans embrouilles) et nous installe sur le camping. Ouais, pas moyen de choisir son spot, on te pose à un endroit et tu dois y rester. J’ai même dû bouger ma caisse trois fois pour qu’elle soit à l’endroit voulu par le gars de la sécu. On balance les Quechua, on sort les binouzes et le rhum, petit apéro nocturne, puis dodo à 4h du mat’ pour être d’attaque le lendemain… 4 heures plus tard, le bruit des générateurs et des festivaliers nous réveille. Encore 5 heures avant le premier groupe. C’est long. Très long même… On tue le temps en faisant le tour du camping, on passe par la Party Tent pour le petit déj’ et là, stupeur, une scène. Dans la Party Tent. C’est donc ça, la deuxième scène ? Dans le camping ? Et des putains de groupe comme Condemned, Severe Torture et DNS vont jouer là ? Fouettez-moi les burnes avec des barbelés, ça doit être une erreur ! Hélas, c’est bien vrai. Des conditions limites à mes yeux pour des groupes qui, l’année passée, auraient joué sur la Mainstage (la seule scène, à l’époque) et sur le site du fest à proprement parler.

13h et des poussières, on ouvre les hostilités avec Wormrot, qui monte sur scène et balance son grind à toute allure, sans temps mort, ni blabla, les compos se succèdent avec ce petit sentiment d’urgence grindesque et je grince des dents… Ouais, je grince des dents en voyant un groupe du calibre de Wormrot jouer en premier devant un parterre vraiment dégarni. Les gars ont fait la route depuis Singapour pour si peu ? Et dire que Trollfest joue 2 heures plus tard sur la même scène… Ça me met les couilles à l’envers, ça. Petit passage au merch avant Ingested, du gros deathcore made in UK qui envoie le steak avec efficacité mais sans originalité. Pas mal, mais sans plus, et le temps se couvre. Retour donc au camping pour choper le k-way avant l’enchaînement Nexus Inferis (putain que c’est nul, en live !) – Trollfest (je n’ai rien contre le groupe, mais à part le taux d’alcoolémie de certains fans, rien n’est extrême chez eux)…

À ce moment, une nostalgie à la Francis Cabrel m’envahit : le DFOA, c’était mieux avant. Je retourne au camping voir des potes et ne revient au site que pour voir Suicidal Angels vite fait (correct, le set). Tant pis pour le reste. Et de toute façon, notre ami le Tom Cruise allemand est arrivé au bar à cocktails. Time for some booze avant Origin qui délivrera le set de la journée. Jason assure vachement comme frontman d’Origin, mine de rien, et chaque compo semble tout droit sortie de l’album tant le rendu en live est carré. Mention spéciale au bassiste qui joue la moitié du temps les yeux fermés, ce gars doit avoir des rétines au bout des doigts. Il est 20h, je suis confus par tant de brutalité technique, je repars au camping m’hydrater avant Suffocation …sans Frank The Tank. Ça fait drôle. Il manque quelque chose. Et pourtant, Dieu sait que Frank me les brise avec ses speechs à la con entre les morceaux. L’énergie y est, la setlist est bonne, mais ce n’est pas « mon » Suffo. Je repars vers la Party Tent d’un pas hésitant, juste à temps pour voir la fin de Eis (sacré son, grosse énergie, j’aurais dû aller les voir plutôt que Suffo) et me placer pour les Colombiens d’Inquisition, la déception du jour pour moi tant le son était mauvais où je m’étais placé. Mes potes avaient trouvé une meilleure place, les chanceux ! Asphyx (et les Long Island Ice Tea) me donneront le coup de grâce, je finis étendu par terre, tapant du pied en rythme en attendant Exodus… que je raterai honteusement. Je me suis réveillé sur le site, sous la pluie, au moment de leur dernier morceau. Putain, où j’ai mis ma tente ?

Vendredi
Réveil en fanfare et comme une fleur fanée à 8h du mat’, il fait une chaleur de scrotum dans la tente, ma bouche est tellement sèche que j’ai l’impression d’avoir bouffé du plâtre. Petit déj’, un bon café pour faire passer le tout et on part prendre l’apéro chez nos amis du 5-9 avant une bonne journée de musique qui commence « fort » avec Suffelicious, des Allemands bizarres habillés en blanc, tout barbouillés et un gars qui file des verres à l’œil. Musicalement, c’est plutôt à chier. Visuellement, ça donne envie de gerber. Mais qu’est-ce que je fous là, moi, à part reprendre l’apéro ? Je pars vers la Mainstage, je shoote Lay Down Rotten (déjà un peu plus sérieux, ça), Onheil (coup de mou, le premier morceau est sympa, le deuxième déjà moins, puis on tombe dans la monotonie) et, enfin, le premier bon concert du jour : BENIGHTED !

Ils me surprendront toujours, les petits gars de Benighted. De nouveau, on ouvre avec « Slut », suivi de « Let The Blood… », Kevin joue encore plus fort et encore plus vite que d’habitude, Adrien Guerin (le nouveau gratteux) est intenable et saute dans tous les coins, Julien est en voix et visiblement ravi d’être là… Et là aussi, comme pour Wormrot, il y a des regrets. Des regrets de les voir si bas sur l’affiche, deux places sous Arafel (qui attirera bien moins de monde, ceci dit), des regrets que ce soit si court. Le gars qui a fait le running order mérite des coups de pied au cul. Honte sur vous, Extremefest (ainsi que tous ces autres festivals qui font jouer Benighted à des heures ridicules, ces gars méritent bien plus).

Résultat de cette « mauvaise humeur » : on file au bar et on ne revient que pour se prendre une bonne tranche de gras avec Spasm. Spasm, c’est une cagoule de cuir, un mankini, un batteur en string, un bassiste et un chanteur ventripotent qui grogne comme un porc… mais une ambiance, mes amis, une ambiance ! Tout le monde sautille, les fausses bites tournoient dans les airs (oui, le fan de Spasm a une belle collection de jouets sexuels), le chanteur meuble les pauses entre les morceaux en nous dévoilant sa connaissance de l’allemand, rayon « vocabulaire très sexuel » à la « Ich will deinen Arsch ficken, du alte Schlampe ». Pas fin, j’avoue, mais j’ai passé un bon moment avec le cerveau sur OFF et une bière à la main. Ensuite, le dilemme : Forgotten Tomb ou Cephalic Carnage ? Au final, ce sera 50/50, et une victoire pour les Italiens (ça change de l’Euro, n’est-ce pas) qui délivrent un set très très bon, même si le medley en final était un peu longuet. Cephalic, par contre, n’aura pas fait l’unanimité (j’étais d’ailleurs surpris par le peu de monde devant la scène). Et puis, pourquoi traîner là alors qu’Internal Suffering va monter sur la petite scène (la grande étant réservée à All Shall Perish… une nouvelle fois une hérésie made in Extremefest, Internal Suffering méritait amplement la Mainstage) pour livrer un set explosif, presque contre-productif au vu de la déferlante proposée par le groupe. Pour un retour, nos amis cognent très fort, mais je ne resterai pas jusqu’à la fin, étant donné que Belphegor a pris un peu d’avance et va monter sur la Mainstage. Et Belphegor, ça frappe fort !

Helmuth a eu chaud, très chaud même quand on y pense, le typhus qu’il a chopé en tournée il y a quelque temps a laissé des traces (opération au cœur, etc.). D’ailleurs, pour ce comeback, il n’assurera que la gratte, le chant étant laissé à un autre chanteur assez impressionnant dans son style. Faux sang, corpsepaint, blastbeats au taquet, la machine Belphegor est de retour dans une forme olympique. Un show carré, sans compromis, et une setlist axée sur la destruction auditive. Depuis 2011, les Autrichiens sont parvenus à trouver leurs marques sur scène et impressionnent par leur rendu en live (contrairement à certains shows dans les années 2006-2007 où le groupe chiait abondamment dans la colle et était aussi carré qu’un cylindre). Il faudra du lourd pour faire mieux ce soir… Ça tombe bien, Nasum est le suivant sur la Mainstage. Toujours pas de couple masqué en intro, mais une vraie déferlante de grind comme on l’aime. Un Tsunasum, comme on dit par chez nous (oui, je sens déjà arriver la vague de protestations sur ce jeu de mots pourri). Enfin, pour finir la soirée, direction la Party Tent pour Ketzer. Oui, parce que le headliner du vendredi sur la Mainstage, c’est Suicide Silence. Et Suicide Silence, c’est de la merde (et il fait toujours la même gueule, voir ci-dessous, une photo du Hellfest, je vous parie une bière qu'il nous a fait la même pause à l'Extremefest), tandis que Ketzer, sur album, du moins, ça envoie. C’était d’ailleurs marrant à voir, le contraste entre les deux : gros moyens pour Suicide Silence, lights, fumée, etc. versus un show low cost pour Ketzer (le chanteur a même dû balancer deux poignées de poussière en l’air au moment de monter sur scène pour faire le petit fumigène fait maison). Un show au taquet, une grosse patate qui déboîte, mais la fatigue se fait sentir et je partirai avant la fin vers le camping pour une expédition nocturne assez sympathique.

Samedi
Ca sent déjà la fin de fest, les premiers festivaliers replient déjà les tentes, les mines se creusent, certains ont du mal à se remettre en route le matin. Pour ma part, ma journée ne commencera pas avant 14h et Dawn Of Disease qui délivre un bon show devant un public clairsemé (mais pas autant qu’en Suisse : un des gratteux me confiera plus tard sur le camping qu’ils ont joué devant une poignée de personnes au Z7 et que l’édition suisse avait été catastrophique en termes d’audience… Lui aussi regrette la grande époque du DFOA dont il avait fait toutes les éditions soit en spectateur, soit avec son groupe) et Rectal Smegma qui écopera de la seule grosse averse du week-end… Cela ne refroidira pourtant pas les Westland Goregrinders qui chaufferont idéalement le public avant le moment sympa du week-end : Rompeprop.

L’espace d’un instant, j’ai eu l’impression d’être au DFOA : une fosse tout sourire, du monde, des circle pits, un groupe qui prend son pied sur scène malgré les gros soucis au niveau du son (bonjour la coupure totale en plein milieu de morceau), des confettis, une grosse déconnade… Voilà, c’était ça, l’esprit DFOA, une franche rigolade. Merci Rompeprop, d’avoir permis, l’espace d’un instant, de retrouver cet esprit qui faisait cruellement défaut jusque là. Et merci pour « Pelikanenlul »… Par contre, pour les petits gars de Gama Bomb, pas évident de passer après ce rouleau compresseur. C’est donc devant un public clairsemé (les autres font le plein avant Aborted) qu’ils délivreront leur Thrash énergique… Dommage pour eux.

Au niveau « fierté nationale », notre petit Sven aura encore fait fort en délivrant avec Aborted un show survitaminé. Quelle violence, quelle setlist, quel panard ! À l’instar de Benighted, la bande à Svencho s’y connaît pour mettre un bordel sans nom sur scène, et tous les morceaux, qu’ils soient récents ou anciens, sont exécutés de main de maître. Là aussi, on ne peut que regretter qu’ils n’aient pas joué à la place d’Arkona (parachuté on ne sait comment en sous-sous-headliner)… Après cette claque, petit passage devant Condemned qui sortira le grand jeu (épais, le son, très épais) et retour au camping pour ranger tout le matos avant qu’il ne fasse tout noir… d’autant plus que la fin de soirée s’annonce chargée. Les groupes étant à l’avance, on se grouille, dernier petit apéro avec les potes et on plonge vers la Party Tent pour voir DNS… qui a annulé. Fuck. Il ne nous reste plus qu’à aller voir Arkona et ainsi assister à la déchéance de ce festival. Putain quoi, Arkona. À 21h15. La fosse est à moitié vide, les fans font la farandole. LA FARANDOLE MERDE ! Ha ouais, c’est extrême pour mon petit cœur de Metalleux. Heureusement que Marduk viendra remettre les pendules à l’heure avec un show qui sent le soufre et la haine.

« Enough Folk Music », comme dirait Mortuus, Marduk ouvre sur un « On Darkened Wings » ravageur, suivi de « Serpent Sermon », le superbe « The Black Tormentor Of Satan », « Baptism By Fire », « Souls For Belial », le mid-tempo ravageur « Materialized In Stone » et bien d’autres avant de finir sur un « Panzer Division Marduk » fédérateur. Le show du week-end pour ma part. Cannibal Corpse, enfin, me décevra un peu avec un show linéaire au possible. Castor hurlera certainement à l’hérésie en lisant ces lignes, mais après un tel set de Marduk, plus rien ne pouvait véritablement m’impressionner.

Que dire de cet Extremefest ? Certes, l’affiche valait le détour dans les grandes lignes, mais en voulant faire plus grand et plus varié, Rockthenation a tué le Death Feast Open Air et son esprit. Par ailleurs, si le nombre de groupes a doublé, on ne peut pas en dire autant du nombre de festivaliers, bien au contraire. Je reste donc mitigé. Si je parvenais à faire abstraction du DFOA, peut-être pourrais-je davantage apprécier l’Extremefest… mais comment oublier toutes les qualités de feu le Death Feast ? Rendez-nous le DFOA, bordel, revenez à une formule avec une seule scène, recentrez-vous sur une affiche vraiment Death !

Natron – Grindermeister

Et dire que j’ai mordu à l’hameçon comme un bel idiot, je n’en reviens toujours pas ! « Ca fait déjà trois ans que Natron n’a rien sorti de nouveau, il était temps », me suis-je dit en découvrant Grindermeister, leur dernière offrande à la pochette si alléchante pour un fan de Jägermeister comme moi. Bernique ! En guise de « nouvel opus », Natron a gratté les fonds de tiroir, exhumant ainsi sept morceaux figurant sur des sorties antérieures (les gars sont actifs depuis le début des nineties, ils ont donc des réserves) pour les remettre au goût du jour, ainsi qu’un bonus sous la forme d’une reprise d’un morceau de Terrorizer. Bonjour la sortie en carton.

Musicalement, tout fan de Natron sera donc satisfait : de vieux morceaux réenregistrés et, dès lors, bien plus efficaces grâce à une production bien massive, un peu comme l’avait fait Vader avec son XXV. Les nostalgiques pourront ainsi, à moindre frais, remplacer leurs démos usées jusqu’à la corde à moindre prix, et les fans plus récents découvriront les premiers pas du groupe en version 2.0. Par ailleurs, la reprise de Terrorizer est agréable, ma foi, sans pour autant atteindre le niveau de l’original (mais bon, merde, Terrorizer, quoi, c’est pas la bande à Coco).

Au final, même si je suis quelque peu déçu (je m’attendais à de véritables inédits), je dois reconnaître que cette initiative est louable, car j’imagine que retrouver des éditions originales de ces sorties ne doit pas être une partie de plaisir. Après 3 ans d’attente, ça peut sembler léger, mais ça pourra toujours faire passer le temps avant un hypothétique futur album.

[7/10] Mister Patate

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Southern Brigade Records – 2012
Tracklist 1. Morgue Feast 2. Leechlord 3. Quarantine of Leprosy 4. Flesh of a Sick Virgin 5. The Stake Crawlers 6. Undead Awake 7. Elmer the Exhumer 8. Dead Shall Rise (Terrorizer cover)