Alors que beaucoup s’inquiète de l’avenir du rock et prédisent déjà sa mort sous les coups de boutoir marketing des maisons de disque et le recyclage généralisé de la musique des décennies précédentes, certains groupes n’ont cure de ces controverses et balancent à la gueule de ceux qui voudront bien leur rock sale et couillu.
Né en 2009, il aura fallu six ans au groupe pour franchir le Rubicon et enfin proposer une trace discographique de son existence. Mais tout ce temps n’a pas été vain, il a permis au quintet de peaufiner un son, une identité propre sui plonge directement ses racines dans le rock simple et direct des années 60 et 70. Oubliez ici tous les artifices de production ou les nappes de claviers, retour au ressource, aux origines du rock avec une section rythmique basse, batterie, deux guitares et un chanteur. Ici le riff donne corps à une musique goûteuse, soutenue par des rythmes infernaux et magnifié par un chant brut, sans concession. Ce côté old school est assumé et THE DEFIBRILLATORS tente de redonner vie à cette époque bénie du rock n’roll.
Rien de bien nouveau sous le soleil mais une passion qui fait plaisir à entendre. En quatre titre calibrés, la messe est dite on tout un chacun peut aller se reposer les cervicales douloureuses. Sympathique sur disque, le groupe prend toute sa mesure sur scène. De nombreuses dates sont annoncées en Suisse et en Rhône-Alpes. Si vous êtes dans le coin, vous savez ce qu’il vous reste à faire.
Le groupe HILLS N’PILLS fait la preuve éclatante que l’on peut créer sérieusement sans trop se prendre, justement, au sérieux. Né en 2010 à Montpellier, nos amis appliquent une démarche rafraîchissante en proposant une musique éclectique et originale, un métal fusion au carrefour de nombreuses influences artistiques et musicales, entre Orient et Occident.
En quatre titres directs et resserrés, le quintet développe son univers et va en surprendre plus d’un. Le résultat s’avère riche et touffu, des influences ska côtoient un son typiquement métal, le chant extrême se mélangent aux scratchs et aux boucles électros… Le côté fou furieux, sans limite ni frontière marque au fer rouge cet EP et divisera les métalleux. Pas de demi-mesure avec Delicious Nourriture, c’est l’adhésion ou le rejet. Les influences sont foisonnantes mais l’ombre d’un groupe comme SYSTEM OF A DOWN s’impose systématiquement. Le chant de Salim Smili est loin d’être étranger à cet état de fait, impossible de croire qu’un Serj Tankian ne fasse pas partie des chanteurs favoris de notre ami. L’EP est mené tambour battant, avec fureur, rapidité et conviction. Les quatre chansons passent à une vitesse folle et l’auditeur en ressort secoué, encore déstabilisé par cette vague de sons, d’influences et d’énergie. Tous n’adhéreront pas mais les Montpelliérains ne laisseront personne insensible. Vous allez être secoués mais le voyage en vaut la peine.
Un certain nombre de groups évoluant dans le genre doom ou stoner se plaisent à utiliser le mot de Mammoth dans leur nom. Je ne vois pas très bien ce que vient faire l’ancêtre de l’éléphant dans cette histoire mais ce terme possède peut-être une acception inconnue des non-initiés (rapport avec une drogue quelconque ?). Bref, un fois cette bizarrerie évacuée, nous voici en présence du premier album des suédois de MAMMOTH STORM, Fornjot (nom d’un personnage de la mythologie nordique). Le groupe est tout nouveau, né en 2012, et pourtant il compte dans ces rangs une figure bien connue: Daniel Arvidsson. En effet, ce dernier est surtout le guitariste de DRACONIAN. En parallèle de son groupe principal, il a monté un nouveau projet avec deux camarades. Après une démo en 2014 et un premier EP, Rite Of Ascension, en 2014, les voici prêt à jouer dans la cour des grands avec un véritable album sous le bras.
Et on pourra aisément affirmer que les suédois ne font pas dans la demi-mesure. En six titres pour plus de cinquante minutes de musique, le menu s’annonce plus de copieux. Et en effet, deux titres dépassent allégrement les dix minutes et les autres oscillent entre trois et neuf minutes. Contrairement à DRACONIAN, Arvidsson occupe ici la place de bassiste et chanteur. L’orientation doom s’impose à tous dès les premières secondes, un son lourd, lent et opprimant jaillit des enceintes et envahit progressivement tout l’espace. Sur cette base visqueuse, Arvidsson déploie son chant, renforçant encore la lourdeur général. Nous sommes souvent très proches d’une démarche à même de ravir les fans de l’orientation drone. Et comme bien souvent, ce son monotone et massif s’avère hypnotique et possède un pouvoir de séduction impressionnant. La progression au sein même de Fornjot reste particulièrement éprouvante même si quelques touches de lumière viennent éclairer ici et là la scène. La fin majestueuse de « Horns of Jura » tranche avec la noirceur générale et reste une bouffée d’air salvatrice.
Pari réussi pour MAMMOTH STORM avec un premier opus massif à souhait pour les fan de doom tendance drone. Ces chansons ne s’adressent pas à tout le monde même si l’obscurité possède ce pouvoir de séduction si puissant. Beaucoup se sont perdus a ainsi contempler l’abîme.