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Megadeth – Th1rt3en

Treize albums… Si le titre du dernier Megadeth a bien un mérite, c'est de rappeler la longueur de la carrière du groupe du désormais quadragénaire Dave Mustaine… Je suis un amateur de la seconde heure, celle de la sortie des météorites qu'étaient en leur temps Rust In Peace et – un peu moins – Countdown To Extinction. À l'époque Megadeth, doté de son meilleur line up avec Marty Friedman et Nick Menza en plus des incontournables Dave Mustaine et Dave Ellefson, était une force montante en terme d'inspiration et de créativité. Même si certains avaient pu rechigner devant le ralentissement de plus en plus patent sur Youthanasia ou Cryptic Writings, il fallait reconnaître que la qualité de l'interprétation et de la production s'alliait à une capacité, hélas disparue, à créer des tubes qui faisaient des concerts de Megadeth de grandes réussites. L'accentuation du tournant entamé avec Risk (1999) allait sonner la fin des heures de gloire du combo, le reniement des racines thrash allant cette fois trop loin pour les fans.

Pourtant le pire allait être à venir puisque plus jamais Megadeth ne décrochera de disques d'or aux États-Unis – ce qui avait été le cas même de Risk – et que les problèmes de line up que l'on pensait réglés allaient s'accumuler. Ainsi Marty Friedman et Nick Menza furent écartés en deux temps avant que Dave Ellefson ne quitte le groupe après un The World Needs A Hero très audible mais sans flamme.  

Depuis Megadeth se cherche alternant le très bon, l'assez réussi, le franchement passable voire le vraiment le raté. Si United Abominations a fait l'objet d'une recension favorable dans nos pages, le dernier disque en date – Endgame – a été l'objet d'une critique de notre Webhamster aussi destructive que les obus des orgues de Staline tombant sur le bunker du Fürher. Plus généralement on remarquera que les avis divergent totalement selon les fans, certains rejettant tout en bloc alors que d'autres plébiscitent The System Has Failed (c'est mon cas) ou Endgame (les amateurs de speederies). 

Le retour du fils prodigue

Revenons à Thirteen. S'il y a bien un élément qui lui permet de sortir du lot c'est le retour de Dave Ellefson qu'on n'attendait plus. Je suis d'avis que même si Ellefson n'avait jamais beaucoup composé pour le groupe – moins que Friedman par exemple – le bassiste jouait un rôle positif dans son fonctionnement et participait à l'identité de ce qui doit être un plus que simplement le groupe de Dave Mustaine pour fonctionner. C'est d'ailleurs dans ce travers qu'était tombé le groupe récemment. On remarquera qu'il n'y a pas de révolution sur ce plan là avec Thirteen puisque Dave Ellefson n'a strictement rien composé ici et que le pourtant très talentueux Chris Broderick se contente encore une fois après Endgame de poser ses solos sur la musique de Mustaine. C'est dommage. Cela d'ailleurs empêche la complémentarité des deux guitares de jouer à plein et, malgré quelques duels bienvenus (notamment sur le titre d'ouverture « Sudden Death »), on peut dire que le couple de solistes formé par Mustaine et Broderick est une paire inférieure à la paire Mustaine / Poland ou Mustaine / Friedman. Cette remarque n'est pas une critique globale toutefois et il faut souffrir d'un énorme acouphène pour ne pas réaliser que ce Thirteen est quand même très bien interprété et produit. Mais ce n'est pas neuf pour Megadeth.

Exhumer les vieilleries a du bon… 

La grosse attente se trouve au niveau des compositions. Le temps des Peace Sells… et des So Far, So Good, So What ? ne contenant que huit titres et aucune chute de studios est bien révolu puisque, depuis plusieurs années, les disques de Megadeth sont non seulement bien remplis mais donnent toujours lieu à du matériel inédit. Ici il y a une nouveauté : c'est grâce à ce matériel plus ou moins inédit que le treizième disque de Megadeth contient treize morceaux. En effet deux titres à l'origine destinés à des jeux vidéos ont été intégrés (« Sudden Death » et « Neverland »), deux vieilleries issues des sessions de Countdown To Extinction et Youthanasia (« New Word Order » et « Millenium of The Blind ») ont été réenregistrées et un titre inachevé envisagé pour United Abominations a été fini pour ce disque (« Black Swan »).

Cela donnera une occasion aux grincheux de râler et de faire remarquer que l'inspiration ne devait pas être au beau fixe pour que Mustaine en soit réduit à farfouiller dans ses fonds de tirroir. Je ne fais pas partie de ces grincheux et j'estime qu'il est toujours triste qu'un excellent titre en puissance reste à l'état de démo crasseuse aboutissant dans un best of confidentiel. Car ces titres dénichés sont majoritairement très bons à l'instar de ce « Black Swan » doté d'un riff mémorable ou du survitaminé « Neverland » qui aurait tout à fait pu trouver sa place sur Rust In Peace. Quant à « The New World Order » il rappelera aux nostalgiques à quel point le groupe actuel est inférieur à celui de l'époque Countdown To Extinction : ce qui est une des meilleures chansons de ce Thirteen n'avait pas été considéré comme d'un assez bon niveau pour le disque auquel elle était destinée.  

C'est inquiétant surtout si l'on compare la qualité de ce morceau à quelques autres titres cette fois récents et pas franchement engageants  : « Guns, Drugs And Money » très banal, « Fast Lane » déjà entendu… Par ailleurs « Millenium Of The Blind » ne méritait peut-être pas cette résurrection, car s'il s'agit d'un assez bonne composition, elle est dotée toutefois d'un refrain un peu pénible et a tendance à se traîner en longueur. En tant que ballade sombre, elle a cependant le mérite de participer à un panachage des styles clairement voulu ici et qui fait de ce disque un bon résumé de la carrière du groupe depuis Rust In Peace.  

Tenir la longueur est dur avec l'âge

Par ailleurs, Thirteen regorge d'autres compositions allant du bon – « Public Ennemy N° 1», « We The People », « Wrecker » – au  franchement excellent comme ce  « Deadly Nightshade » et son riff détonnant ou « Whose Life (Is It Anyway) qui surprend au premier abord par son riff hardcore avant de prendre une tournure plus classique pour du Megadeth. Malgré la contrainte que s'est imposé Dave Mustaine de tenir la longueur des treize titres, le défi est donc globalement relevé malgré quelques hauts et bas en terme d'inspiration.

On sait qu'il est très dur de passer les cap des quatre-cinq albums en maintenant une même constante dans la qualité de composition. Certains groupes comme Deep Purple ont cherché la solution à ce problème en organisant le turn over du line up alors que d'autres groupes ont choisi de se saborder au bon moment (Led Zeppelin par exemple). Il semble que Megadeth ait alterné les deux démarches, puisque Mustaine après avoir annoncé un split il y a quelques années, a choisi multiplier les allers et venues des musiciens. Espérons qu'avec le retour de Dave Ellefson et les qualités de composition retouvées sur ce disque, Megadeth retrouve le statut de groupe de thrash et de metal parmi les créatifs de sa génération.

Baptiste (7,5/10)

 

Roadrunner Records / 2011

Tracklist (57:36) : 1. Sudden Death 2. Public Enemy No. 1 3. Whose Life (Is Irt Anyways?) 4. We The People 5. Guns, Drugs & Money 6. Never Dead 7. New World Order 8. Fast Lane 9. Black Swan 10. Wrecker 11. Millennium Of The Blind 12. Deadly Nightshades 13. 13 

   

Sunstorm – Emotional Fire

Joe Lynn Turner est un homme manifestement très occupé puisqu'il se partage entre son tribute band à Rainbow, Over The Rainbow, sa carrière solo plus ou moins passionnante et ce side project typé AOR, intitulé Sunstorm. Il est vrai que de nos jours les joies d'internet permettent de composer un album par dessus les océans sans aucun soucis. Et pour ce troisième disque de Sunstorm, c'est le le même « topo », puisque cet Emotional Fire a été enregistré par Turner chez lui aux États-Unis, par Denis Ward toujours à la production en Allemagne avec quelques autres musiciens de la même contrée tout en ayant conçu par les éminences grises de Frontiers en Italie. 

Il n'y a pas de grandes nouveautés ici par rapport à l'essai précédent de Sunstorm et l'on pourrait reconduire une grande partie des critiques et des éloges : le Hard mélodique présenté ici et composé par quelques membres de l'écurie Frontiers (Soren Kronkvist de Crash the System, Tom and James Martin ayant déjà œuvre pour Vega et… Sunstorm,  et Daniel Palmqvist – Xorigin, The Murder of My Sweet) est fort agréable et à la qualité homogène. Il est bien interprété bien que de manière un peu classique et Turner chante franchement bien sur ce disque, délaissant la voix un peu rauque de ses disques solo pour chercher plus de mélodie. C'est très bien ainsi. Franchement, je ne vois pas pourquoi les amateurs du genre (les seuls qui sont concernés ici), pourraient faire la fine bouche sur « Never Give Up », sur « Wish You Were Here » ou « Follow Your Heart ». 

Toutefois, pour épicer le tout, Frontiers a eu l'idée de faire réenregister à Turner des chansons sur lesquelles il avait effectué les chœurs dans les années quatre vingt. Franchement : quelle idée douteuse… Faire réenregister à un artiste ses propres chansons est une pratique souvent incertaine. Mais lui faire réenregistrer des chansons sur lesquelles il n'a posé que des chœurs démontre bien une volonté d'aguicher à tout prix l'acheteur. Mais passons… Il s'agit ici de trois chansons composées par Michael Bolton : « Emotional Fire » à l'origine chantée par Cher, « Gina » et « You Wouldn't Know Love ».

Ces titres, qui n'ont rien des ballades larmoyantes que nous gratifie depuis plus de vingt ans Bolton, sont très bons et sans doute supérieurs aux autres chansons de l'album ce qui est un peu inquiétant. Elles sont proposées dans des versions légèrement plus puissantes que les originales ce qui n'est pas pour déplaire évidemment. Le problème de taille est que le chant de Turner s'avère un cran en deçà de celui de Bolton. C'est patent sur « Gina » qui perd ainsi pas mal de son attrait. Ce dernier Sunstorm tourne ainsi à l'hommage involontaire au Michael Bolton des années 80 ! S'il pouvait donner envie à ce dernier de cesser ses roucoulades pour reprendre sa guitare, ça serait au moins un succès. Mais n'y croyons pas trop… 

Baptiste (7/10)

 

Frontiers / 2012

Tracklist : 1. Never Give Up 2. Emotional Fire 3. Lay Down Your Arms 4. You Wouldn't Know Love 5. Wish You Were Here 6. Torn In Half 7. Gina 8. The Higher You Rise 9. Emily 10. Follow Your Heart 11. All I Am

On est quelque peu surpris de voir The Answer, après une tournée en première partie d'AC/DC et un formidable troisième disque, Revival, fouler les planches de la Maroquinerie, une salle de format « club » qui ne peut pas accueillir  plus de 300 à 400 personnes. Le groupe de Cormac Neeson et de Paul Mahon n'en avait cure ce soir là et a joué pour ce concert comme s'il était à Bercy. Entamant les hostilités par un toniturant « New Day Rising » puis enfonçant le clou par un excellent « Come Follow Me », The Answer affichait d'emblée une forme exceptionnelle, à l'image d'un Cormac Neeson toujours aussi possédé sur une scène, qu'elle soit exiguë comme ce soir ou d'un plus grand format. 

Il est vrai que si l'ambiance était nécessairement intimiste ce soir, le public présent n'était composé que d'aficionados totalement acquis au groupe irlandais. Que d'enthousiasme affiché ce soir là ! Habitué des publics de die hard le groupe a quand même semblé très touché par un accueil aussi délirant. Ce fut l'occasion d'entendre Cormac Neeson nous révéler que son premier concert en France avait déjà eu lieu… à la Maroquinerie ! Et surtout de le voir descendre dans la fosse pour chanter avec les fans, après leur avoir demandé gentiment de s'asseoir à ses côté ! On imagine le succès de la démarche ! 

Quant au plus réservé mais tout aussi charismatique, bien que d'une autre manière, Paul Mahon, il faut reconnaître que dans le genre affiché – le hard seventies – il est un des tout meilleur actuellement en activité, son feeling étant ce soir parfaitement retranscrit par un son excellent et très clair. On reprochera juste à la balance d'avoir mis autant en valeur la guitare que la basse ce soir là. Non que le vaillant Micky Waters soit déméritant, mais tout simplement car la musique a perdu un peu en puissance. Mais il est vrai que l'énergie du groupe a largement compensé ce travers.  

On eut tout le loisir de le constater lors des deux rappels qui clorent en trombe ce très grand moment de (classic) hard rock : « Evil Way » et « Wasted Your Tears » étaient encore dans les oreilles du public quittant la salle doucement. Un public qui, vu son enthousiasme et la brieveté du set (13 titres), aurait sans doute apprécié un ou deux titres de plus. Cela aurait une occasion d'entendre des extraits du premier et du second album, un peu escamoté par un groupe qui a choisi en priorité d'interpréter des morceaux de son nouvel opus.

Mais ce sont des réserves de chipoteurs : qui aime bien, châtie bien ! 

Baptiste 

 

Son : Très bon mais manquant un peu de puissance, notamment au niveau des guitares
Lumière : Intimiste évidemment : ce n'est pas Kiss ce soir ! 
Affluence : Très bonne pour la Maroquinerie même si le concert n'affichait pas officiellement « complet »
Ambiance : Communion totale
Moments forts : sans doute « Nowhere Freeway » mais surtout le moment ou Cormac Neeson est descendu dans la foule pour chanter avec le public


Setlist : 

1. New Day Rising

2. Come Follow Me

3. Under The Sky

4. Vida (I Want You)

5. Faith Gone Down

6. Rock 'N Roll Outlaw (Rose Tattoo),

7. Trouble

8. Nowhere Freeway

9. Tornado

10. Too Far Gone

11.  One More Revival 

Rappel :

12. Evil Man

13. Waste Your Tears