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Terry Brock – Diamond Blue

Terrybrock_dbLe cahier des charges de Terry Brock devait être extrêmement précis à l'entame de ce second album solo. On sait que Frontiers n'aime pas trop les sorties hors des sentiers battus et on se doute qu'ici le label napolitain s'est encore gardé de toute excentricité : le chanteur de Strangeways et (depuis peu) de Giant devait, sur ce Diamond Blue, faire de l'AOR, un point c'est tout. Pas d'expérimentation à l'horizon ni d'influences autres que ce qui se faisait il y vingt ans sur les radios US.

On imagine que, vues les prédilections de Terry Brock pour ce genre musical, de telles exigences n'étaient pas pour le froisser. Depuis Strangeways mais aussi le disque solo de Mike Slamer et le dernier essai de Giant, on sait que Terry Brock excelle particulièrement dans ce type de musique. Et l'écoute de ce Diamond Blue confirmera qu'il est un des meilleurs chanteurs du genre actuel et, probablement, un des plus belles voix du hard rock tout court. 

Pour ne rien gâcher, Terry Brock a conçu et réalisé ce deuxième disque solo avec l'aide de Mike Slamer. Il s'agit peut-être d'un échange de bons procédés puisque Brock avait chanté sur la dernière réalisation solo de Slamer, effectuant une prestation par ailleurs très remarquable. On sent d'ailleurs « la patte » de Slamer ici, à la fois à la guitare et à la production. Les deux tutoient l'excellence et nul ne pourra reprocher à Brock de présenter à son public un disque « bon marché ». Si tous les disques de hard mélodique proposaient de telles qualités d'interprétation, de réalisation et de production, le genre serait sans doute loin de la confidentialité qui est la sienne sur le vieux continent.

Le disque s'ouvre en effet sur un trio de chansons de hautes tenues et extrêmement accrocheuses : « Diamond Blue », le tubesque « It's You » et l'entraînant « Jessie's Gone ». La tension retombe un peu sur un titre d'un hard rock eigties un peu plus banal, « No More Mr Nice Guy » au refrain un peu plat (sans rapport avec la chanson d'Alice Cooper) mais ne va pas tarder à remonter par la suite. Ainsi la ballade « Rain » s'avère très élégante et sensible, alors qu'un titre plus rock comme « Face in The Crowd », malgré sa simplicité apparente, révèle des trésors d'intelligence dans la composition (un peu à la manière de ce que sait si bien faire Journey). Et comme la qualité se maintiendra sur le somptueux « Why » ou l'émouvante « Face The Night », on arrivera à la conclusion que Terry Brock et Slamer ont réussi à réaliser un disque de très belle tenue, malgré – seuls bémols, mais fâcheux toutefois – son formatage et quelques inconstances, notamment sur les derniers titres. 

Diamond Blue restera donc à conseiller avant tout aux amateurs d'AOR ou aux curieux désirant savoir quelle excellence peuvent atteindre les musiciens du genre. Les fans d'expérimentations passeront donc leur chemin. 
 
Baptiste (07,5/10)

 

Frontiers / 2010

Tracklist (49:57) : 1. Diamond Blue 2. It's You 3. Jessie's Gone 4. No More Mr. Nice Guy 5. The Rain 6. Broken 7. Face in the Crowd 8. Why 9. Too Young 10. Soldier Falls 11. Face The Night

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Avantasia serait-il en train de prendre le pas sur le groupe officiel de Tobbias Sammet, Edguy ? À écouter ces deux disques sortis coup sur coup et constitués de vingt-deux titres dont certains frôlent les dix minutes, on pourrait croire que le projet solo du leader d'Edguy lui accapare plus de temps et d'attention que le groupe qui l'a pourtant jadis promu comme un des meilleurs chanteurs et compositeurs du metal actuel. Le déséquilibre est d'autant plus étrange que Sammet reste le principal compositeur dans tous les cas. La réponse à nos interrogations se trouve peut-être dans la question des concerts, puisque la musique d'Avantasia, articulée autour de guest-stars extrêmement prestigieuses (et occupées), est difficile à reproduire sur scène, du moins dans sa configuration originelle (Avantasia a toutefois réussi à fouler les planches il y a deux ans).

Or, la difficulté de réellement monter sur scène a au moins une retombée positive : Tobbias Sammet est ici totalement libre de laisser courir son imagination et sa créativité. Au final, ces deux nouveaux disques attesteront que, sur le fond, Avantasia est plus créatif qu'un Edguy toujours sympathique – comme sur son dernier opus – mais, à mon avis, désormais très loin de ces réussites totales qu'étaient Theater of Salvation et Vain Glory Opera.

Revenons à ce diptyque, The Wicked Sympony et Angel of Babylon, qui se propose de clore la saga lancée par Avantasia sur l'excellent The Scarecrow, achevant l'histoire de cet homme épouvantail – allégorie de la solitude, en pleine quête existentielle. La première remarque est que ces deux nouveaux disques ne renouent que ponctuellement avec le metal symphonique des deux premiers essais d'Avantasia et que la musique reste toujours aussi accessible ; il est d'ailleurs significatif que Michael Kiske ait moins de place qu'un chanteur très typé hard rock classique comme Jorn Lande. Comme Jorn Lande a rarement aussi bien chanté qu'ici, on ne regrettera pas ce choix.

Sans complètement renier cette veine du heavy symphonique qui reste ainsi présente sur un bon tiers des morceaux, l'Avantasia actuel reste indéféctiblement varié. Sammet alterne donc les morceaux de metal speedés (« Scales of Justice » qui accueille un Tim « Ripper » Owen, excellent ici) ; les grandes fresques heavy symphonique (« The Wicked Symphony » et « Stargazers », tous les deux en ouverture de disque) ; les morceaux de hard mélodique très orientés radio (écouter le duo avec Klaus Meine, « Dying For Angel » qu'envirait bien le Scorpions actuel ou l'excellent « Your Love Is Evil », avec des chœurs somptueux à la Journey) ; et les morceaux relevant en fait d'un « pomp hard rock » de très bon acabit (« Death Is Just A Feeling », qui nous voit surpris par un Jon Oliva renouant avec les meilleures heures de Savatage). Avantasia touche aussi au metal gothique à chanteuse grâce à Claudy Yang, qui transcende un « Symphony of Life » de haute tenue.

À la croisée de ces orientations, Avantasia propose aussi des titres combinant avec bonheur les influences, comme ce « Runaway Train » de très belle facture, qui s'inspire un peu de ce que pourrait faire de meilleur un Meat Loaf en pleine forme. Le majestueux « Journey To Arcadia » au refrain entêtant chanté par un Bob Catley ici incontournable, relève un peu de la même direction.

Ne serait-ce l'alternance toujours aussi prononcée (et, il faut le dire, remarquablement agencée) des chanteurs, on ne serait en effet souvent pas loin d'un Meat Loaf, en, évidemment, beaucoup plus heavy et délesté de ses ballades (même si elles ne sont pas totalement absentes – écouter la plutôt réussie « Blowing Out The Flame »). La comparaison ferait peut-être sursauter Tobbias Sammet qui se pose souvent en parangon du metal classique, mais il est sûr que cette nouvelle trilogie l'en a, sur certains points, peut-être un peu éloigné… pour mieux le réinventer. Et avec quel brio !

Baptiste (9/10)

 

Site Officiel: http://www.tobiassammet.com/

Nuclear Blast / 2010

The Wicked Symphony – Tracklist (60:38) : 01. The Wicked Symphony 02. Wastelands 03. Scales Of Justice 04. Dying For An Angel 05. Blizzard On A Broken Mirror 06. Runaway Train 07. Crestfallen 08. Forever Is A Long Time 09. Black Wings 10. States Of Matter 11. The Edge

Angel Of Babylon – Tracklist (58:59) : 01. Stargazers 02. Angel Of Babylon 03. Your Love Is Evil 04. Death I Just A Feeling 05. Rat Race 06. Down In The Dark 07. Blowing Out The Flame 08. Symphony Of Life 09. Alone I Remember 10. Promised Land 11. Journey To Arcadia

Que vient faire un disque live d'Alan Parsons sur les rivages de Metalchroniques ? Le disque d'Alan Parsons peut sembler complè-tement égaré sur le site tant l'on sait que le compositeur/producteur n'a jamais, au grand jamais, flirté avec le hard rock. Toutefois, Alan Parsons Project a touché, à une époque, au rock progressif malgré l'orientation rock/pop/électro globalement dominante du combo à deux têtes. Et malgré une optique musicale généralement dépouillée et des formats de chanson assez compacts, les volontés d'expérimentation, notamment sonore, ont caractérisé une majorité des disques d'Alan Parsons Project, tout particulièrement les premiers opus (I Robot ou Tales Of Mystery & Imagination). Cela explique peut-être le fait que Frontiers ait signé Alan Parsons, alors que les horizons du label napolitain relèvent plutôt de l'AOR, du sleaze ou du hard mélodique. 

Ne boudons pas notre plaisir puisque Alan Parsons livre ici une prestation de très bonne qualité. Certes Eric Woolfson a déserté les rangs depuis bientôt depuis vingt ans et Alan Parsons a pris en charge 80 % des parties chantées tout en s'entourant d'un backband très solide bien que constitué de personnalités médiocrement connues. Même si la voix de Parsons – déjà présente sporadiquement sur certains albums d'Alan Parsons Project – est moins riche de nuances que celle de Woolfson, elle joue très bien son office. Par ailleurs, la plupart des musiciens sont capables de prendre le micro sur ce Eye 2 Eye Live in Madrid avec succès. 

Quant à la setlist, les connaisseurs remarqueront qu'elle contient quasiment tous les hits du groupe (et ils furent nombreux dans les années 80), dont évidemment « Don't Answer Me », « Damned If I Do » avec son clavier toujours aussi pompeux, et inévitablement le classique « Sirius/Eye In The Sky » dont l'intro fera frissonner la plupart d'entre vous. Les aspects progressifs de la musique d'Alan Parsons sont peu représentés ici au détriment des titres les plus pops. On ne se délectera d'autant plus de la présence de « The Raven » (intégré à « Breakdown »), de la fine ballade « Time » et évidemment de « The System Of Dr Tarr And Professor Fether », et on déplorera qu'Alan Parsons n'ait pas cherché à allonger ses titres en concert et permis à ses musiciens quelques explorations un peu novatrices. Remarquons que les conditions du live ont légèrement alourdi la musique d'Alan Parsons qui se montre parfois ici plus rock que d'habitude (« Psychobabble » est plus vigoureux tout comme « Game People Play ») ; peu le regretteront.

Au final, ce live n'amène rien de neuf à une carrière riche de plus d'une trentaine d'années de succès musicaux et commerciaux. Il s'écoutera avec plaisir parmi les amateurs. Les curieux, habitués avant tout aux productions souvent un peu trop formatées de Frontiers, devraient se pencher dessus avec plus d'intérêt.  Et peut-être aller jeter un œil à tout ça sur scène en juin, à l'Olympia, malgré le prix de la place quasiment indécent. 

Baptiste [8/10]

 

Site Officiel

Frontiers / 2010

Tracklist (60:13) : 01. I Robot 02. Can't take It With You 03. Don't Answer Me 04. Breakdown/The Raven 05. Time 06. Psychobabble 07. I Wouldn't Want To Be Like You 08. Damned if I Do 09. More Lost Without You 10. Don't Let It Show 11. Prime Time 12. Sirius/Eye In The Sky 13. The System Of DR Tarr And Professor Fether 14. Games People Play