L’amateur intéressé par Glenn Hughes aura remarqué que l’acronyme formé par le titre du dernier disque du chanteur/bassiste annonce la couleur : FUNK. Alors que ses dernières œuvres officiaient dans un hard groovy typiquement 70′, le nouveau disque de la « voix du rock » est fermement ancré dans la funk. Plus exactement dans un funk rock qui renvoie évidemment bien plus à Funkadelic qu’à Earth Wind and Fire : ici les soli de guitare sont abrasifs, les rythmes enlevés et le son des instruments jusque ce qu’il faut de sale pour éviter la mièvrerie. Le titre éponyme assez furieux pour faire taper du pied à un cul-de-jatte combine parfaitement toutes ces caractéristiques.
Quant à la voix, elle conserve sa magie, d’un bout à l’autre du disque que ce soit sur le rock versatile que forme « Crave » ou sur le titre phare « Love Communion » aux rythmes assez irrésistibles. Située plus haut perché que de coutume et plus nasillarde que jamais, elle adopte tous les tics du genre musical pratiqué ici ; que les plus allergiques passent donc leur chemin.
On pourra reprocher à Glenn Hughes de ne pas s’assagir et de rester fidèle à ses amours, quitte à paraître un peu dépassé. Il n’empêche : instiller autant de fraîcheur dans sa musique alors qu’on dépasse la cinquantaine est une gageure que Hughes a réussi à réaliser.
Baptiste (8/10)
Frontiers / 2008
Tracklist : 1. Crave 2. First Underground Nuclear Kitchen 3. Satellite 4. Love Communion 5. We Shall Be Free 6. Imperfection 7. Never Say Never 8. We Go To War 9. Oil And Water 10. Too Late To Save The World 11. Where There’s A Will

Statut étrange que celui de Jimi Jamison : la voix de Survivor n'est pas celle qui fut posée sur le plus grand single du groupe « Eye Of The Tiger ». Il n'en reste pas moins que que le succès de Vital Signs et, à une moindre échelle, de When Minutes Count ont bien fait de Jamison le chanteur aussitôt identifiable du combo de Sullivan et Peterik. À ce jour, Surivor n'est plus que l'ombre de lui-même, après le départ de Jim Peterik parti fondé Pride Of Lion et la réalisation d'un disque malheureusement poussif : Reach. Alors que Survivor a contacté Mc Auley pour remplacer Jamison, ce dernier a repris une carrière solo très honorable, qui ne se réduit d'ailleurs pas à l'hymne de Baywatch, « I'm Always Here ». Et – pied de nez à Sullivan –, il a fait appel à Jim Peterik pour la composition de son nouvel opus. On peut concevoir que la voix et le claviériste de de Survivor se soient attachés à faire revivre une flamme vacillante. Et que les responsables de Frontiers aient tout fait pour les inciter dans cette voie.
Et le résultat est, ma foi, très probant. Il pourrait être décrit comme un croisement entre Survivor et Pride of Lions. La voix de Jamison, bien qu'un peu plus qu'éraillée que jadis, renvoie évidemment à ce premier contexte musical. Quant à la musique de Jim Peterik, les efforts de compositions, la musicalité globale et le bel entremêlement des claviers, des parties guitares et des nombreux backing vocals, nous signalent que son style s'est beaucoup enrichie avec la fondation de Pride Of Lions.
La direction musicale est ici donc celle d'une AOR assez ambitieuse, recelant de belles mélodies (« Crossroads Moment »), de refrains classieux (« Bittersweet »), mais aussi d'une énergie non négligeable (« When Rock Was King »). Seule faille à l'ensemble : la prolixité de Jim Peterik : si ses chansons sont nombreuses et globalement d'une écoute très agréable, certaines relèvent plutôt de la face B que d'autre chose. Un disque concentré sur dix à onze titres aurait été peut-être plus ramassé mais sans doute encore plus éclatant.
Baptiste (7,5/10)
Frontiers / 2008
Tracklist : 1. Battersea 2. Can't Look Away 3. Make Me A Believer 4. Crossroads Moment 5. Bittersweet 6. Behind The Music 7. Lost 8. Love The World Away 9. She's Nothing To Me 10. As Is 11. Till The Morning Comes 12. That's What I Sing 13. Friends We Never Met 14. When Rock Was King
Effrayant… Comment devenir la caricature d'une caricature. C'est bien à cela que semble s'atteler Malmsteen depuis quelques temps. La carrière du suédois avait déjà perdu beaucoup de sa crédibilité au cours des années malgré quelques retours en grâce (The Seventh Sign ou Alchemy). Depuis War To End All Wars notre virtuose ne pouvait que pouvoir remonter la pente. On ne pourra dire ici que c'est vraiment le cas, nonobstant l'homme lui-même qui avance dans les interviews avoir été d'une créativité renversante durant l'enregistrement du disque en mettant en boîte trente-quatre chansons. Comme seules les douze meilleures ont été conservées pour cette « Flamme perpétuelle », il y a de quoi s'effrayer quant à la qualité des autres.
Pourtant la production est ici un peu meilleure que celle de War… (Yngwie semble avoir en partie abandonné les manettes) mais rien n'y fait. Car les compositions se révèlent d'un manque de saveur impensable : outre une absence d'inspiration réelle et la linéarité de plus en plus insoutenable de la section rythmique, le sentiment de replagiat est dominant. L'auto-citation atteint des sommets si fait que l'on ne peut même plus parler de redondance. Même les instrumentaux sont navrants (« Capricio Di Diablo » – parmi ce que le guitariste a fait de pire), alors que Malmsteen a réussi à mettre la main sur Derek Sherinian (outrageusement sous-employé il est vrai) aux claviers.
Il n'y a bien qu'à quelques moments que l'intérêt s'éveille (« Priest Of The Unholy » et son introduction aux claviers), intérêt d'ailleurs vite dispersé par les vocalises d'un Tim Ripper Owen dont le grain de chant, plus agressif qu'il n'est de coutume chez les chanteurs de Malmsteen, ne convainc pas. Il semble d'ailleurs que l'homme ait fait pire en live en massacrant abondamment en concert les anciens titres du répertoire d'Yngwie.
Comme dit le dicton : « en creusant encore un peu plus profond, il va peut-être trouver du pétrole ». On ne sait encore si l'or noir est au rendez-vous mais le fond paraît bel et bien atteint.
Baptiste (3/10)
Rising Force / 2008
Tracklist : 1. Death Dealer 2. Damnation Game 3. Live To Fight (Another Day) 4. Red Evil 5. Four Horsemen (Of Apocalypse) 6. Priest Of The Unholy 7. Be Careful What You Wish For 8. Capricio Di Diablo 9. Lament 10. Magic City 11. Eleventh Hour 12. Heavy Heart