Author Archive

Dare – Beneath The Shining Water

Dès les premières notes de « Sea of Roses » et les lignes de voix posées délicatement par Darren Wharton sur ce nouvel opus de Dare, un sentiment double saisit l’auditeur. Tout d’abord l’émotion, tant la justesse du ton et des mélodies de Wharton s’écoule abondamment, avec une touchante sincérité, sitôt les premières secondes de l’écoute. Mais aussi, de manière plus raisonnée, la conviction que, si preuve en était nécessaire, la page est bel et bien tournée pour l’ancien claviériste de Thin Lizzy.

Les débuts hard rock de Dare, des disques Out Of The Silence et Blood From Stone, ont été définitivement dépassés au profit d’un rock mélodique, doux et mélancolique. Ici la saturation et l’agitation ne sont que quelques scories d’une époque révolue. L’inspiration est directement celle des deux prédécesseurs, Calme Before The Storm et Belief, en peut-être en encore plus apaisée. Les guitares sont lointaines ou légères, caressantes mais jamais abrasives ni acérées. Les paroles joignent avec bonheur la romance sentimentale avec le goût des grands espaces naturels (« Silent Hills » très beau ou « Beneath The Shining Water »). Ces thématiques s’inspirent, nolens volens, à proprement parler du romantisme du XIXe siècle qui alliait le goût nouveau pour les paysages et les évocations tourmentées des mouvements de l’âme de l’artiste.

Je suis en général très goguenard devant les sujets amoureux, qui combinent le plus souvent le banal et le niais dans la musique rock. Mais ici, l’émotion et la sincérité qui guident Wharton sont tellement palpables qu’on ne peut s’empêcher d’être touché par cette démarche si vraie. La justesse du sentiment vrai est ce qu’exprime Wharton sur son disque et c’est elle qui maintient l’attention tout le long de Beneath the Shining Water, malgré une certaine linéarité et la lenteur clairement adoptée sur la grande majorité des morceaux.

D’autres artistes auraient pu facilement sombrer dans l’insipide ou le banal, mais Darren Wharton a transcendé son matériau musical d’une si belle manière qu’il a fait de chacune de ces caractéristiques, des atouts pour mieux exprimer une émotion à la beauté ici si expressive.

Baptiste (8/10)

 

MTM / 2004

Tracklist : 1. Sea Of Roses 2. Days Gone By 3. Silent Hills 4. Beneath The Shining Water 5. The Battles That You’ve Won 6. Allowed To Fall 7. I’ll Be The Wind 8. Where Darkness Ends 9. Storm Wind 10. Last Train 

Eclipse – Second To None

Eclipse est une jeune formation suédoise se traçant une voie personnelle entre Hard FM et Rock moderne en empruntant au premier style une maîtrise instrumentale incontestable – c'est un bien beau talent que l'on découvre avec le guitariste Magnus Henriksson – et un soin de la mélodie avec les aspects pop et accrocheurs du second. Et avec ce Second To None, elle met au monde un métis musical à la physionomie très habilement et élégamment proportionnée. 

Les premiers morceaux déboulent avec une fougue rafraîchissante, témoignant parfaitement de cet équilibre : les refrains de « Always Standing » ou « All I Do » sont tout joliment accrocheurs, largement construits autour de la belle voix du guitariste-chanteur et fondateur Erik Martensson dont à chaque fois les lignes vocales sont très soignées. On le retrouve logiquement très à l'aise sur le plus lent « I'll Ask For You » et en posant sa voix dans un registre moins élevé, sur « Road To Forever », il excelle tout autant. « Better World », la ballade de clôture de disque – un exercice convenu et mille fois accompli –, prend, notamment grâce à lui, un intérêt a priori tout sauf évident. 

La guitare est, elle, toujours légère, optant pour une saturation discrète mais sait se faire très volubile : voire les soli de « All I Do » réellement impressionnants, ou de « Nothing Between Us », avec dans ce dernier cas un duo avec le claviériste d'Yngwie Malmsteen, Mats Olausson. Elle est parfois plus agressive comme sur « Nothing Between Us » ou « Light Of Day » , alors que les riffs se font plus métal-liques et que les influences originelles du groupe se perçoivent mieux (« Season of Life »). Sur « Season of Life » se discerne clairement l'apport du Pourpre Profond, les sonorités de claviers lorgnant notamment sur celles de John Lord. 

On retrouvera toute cette foule de qualités tout au long de Second To None, mais on insistera particulièrement sur la capacité du groupe à soigner ses refrains et ses mélodies en les rendant très facilement indentifiables (« All I Do » ou « Body And Soul » viennent en exemple très vite, mais cette caractéristique peut être étendue à l'entièreté du disque en fait). Ce Second To None mariant avec tant de réussite modernité et continuité musicale est une vraie bouffée d'air pure pour l'amateur. Un achat à recommander pour découvrir un groupe très prometteur.

Baptiste (8/10)

 

Site officiel

Frontiers / 2004

Tracklist : 1. Always Standing 2. All I Do 3. Second to None 4. Streets of Gold 5. I'll ask for You 6. Nothing Between Us 7. Road to Forever 8. Body and Soul 9. Light of Day 10. Season of Life 11. Better World

Seventh Key – The Raging Fire

Entre les interminables tournées de Kansas aux USA, dont le dessein semble surtout de ravir quelques vieux fans encore fidèles, Bill Greer (qui n'a jamais pu trouver sa place de compositeur dans Kansas) s'adonne avec bonheur à des escapades solo prenant le nom de Seventh Key. Dans cette nouvelle réalisation de ce projet, il se retrouve toujours accompagné du guitariste originel de Streets (groupe formé avec Steve Walsh au début des années 80 et par lequel transita lui aussi Bill Greer avant de participer à la remise sur pied de Kansas avec Steve Morse), Mike Slammer, et persévère dans une optique FM, très travaillée, mais néanmoins traditionnelle. Si les titres avoisinent ici plus régulièrement les six minutes (voir les nombreuses parties finement composées de « You Cross The Line » aux relents progressifs nets) que les quatre minutes de rigueur dans le hard mélodique, les longues digressions instrumentales sont cependant absentes. 

Notre disque s'ouvre donc avec fougue sur le hard rock « The Sun Will Rise », Greer ayant ici manifestement privilégié l'efficacité à l'originalité : le riff mis en avant n'est pas bien neuf mais s'impose aisément. « Always From The Heart » s'inscrit dans la même démarche et convainc tout autant. Puis les choses se modifient plus sensiblement, lorsque s'installent « You Cross the Line », diablement bien construit (une petite influence de Steve Walsh est par ailleurs perceptible dans la ligne vocale) ou « An Ocean Away », structuré autour d'un thème entêtant et réussi. Le tempo reste lent sur « Raging Fire », dont les parties vocales tiennent parfaitement la route. Toujours de manière heureuse et en rien envahissante, l'influence de Kansas se fera sentir encore en certains passages de « Wind of Wars », en clôture de disque. 

Il me semble que justement en fin de parcours Raging Fire perde un peu de qualité. Ainsi « Sin City » est à l'image de son titre, c'est-à-dire très convenu, dans un registre hard-rock classique bien senti, mais en rien novateur. « Run » affiche quelques accents hard US, au demeurant plaisant mais un peu datés ; « Pyramid Princess » est doté d'un refrain par trop proche de celui de « Thunder and Lighting » de Giant pour être pleinement satisfaisant. 

Quelles que soient ces réticences (somme toute mesurées), un certain nombre de points forts fait de ce Raging Fire un disque dans tous les cas toujours intéressant et de qualité. Le groupe sait surprendre par quelques traits inventifs d'emblée bien accueillis : le break orientalisant de « Pyramid Princess » relève par exemple fort bien la saveur de la chanson. Mike Slammer est indispensable et incontournable, tant à la production – inattaquable –, qu'en tant que guitariste, à la fois plein de retenue mais incontestablement présent voire inspiré (le beau solo de « Raging Fire » et surtout le thème répété de l'élégant titre FM « It Should Have Been You »). Et enfin Seventh Key jouit de bout en bout de l'aisance de Bill Greer, au chant d'une grande justesse et aux idées abondant. Sans établir de parallèle inopportun, on admettra qu'une place plus significative dans Kansas pourrait lui être accordée, au vue des dernières prestations de Steve Walsh s'entend. 

Nous avons donc ici plus qu'un projet de « requins » expérimentés manifestant une certaine dose de savoir-faire, mais une tentative riche et travaillée, aux qualités si manifestes, que l'on ne peut espérer que l'auditoire de Seventh Key s'élargisse au-delà de celui de Kansas (fort estimable par ailleurs).

Baptiste (07,5/10)

 

Frontiers / 2004

Tracklist : 1. The Sun Will Rise 2. Always From The Heart 3. You Cross The Line 4. An Ocean Away 5. The Raging Fire 6. Sin City 7. It Should Have Been You 8. Run 9. Pyramid Princess 10. Winds of War + Always From The Heart (video)