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Megadeth – Super Collider

Megadeth - Super ColliderVoici un album assez mal nommé. N'en déplaise à Dave Mustaine, son quatorzième album n'a rien de bien de « super ». Quant à la collision évoquée en référence à l'appareil scientifique dénommé « super collisionneur », elle n'aura rien de bien frontale. Super Collider est en effet nettemment ce que Megadeth a fait de plus soft depuis des années. La rapidité thrashy de Endgame ou la diversité de bon aloi de Th1rt3en (2012) ont été abandonnées au profit d'un heavy à glisser entre Crypting Writings ou Countdow To Extinction (1992). On trouve quelques speederies (« Built For War » ou « Kingmaker »), mais l'ensemble est franchement mid-tempo. Mais pourquoi pas ? Qui dirait que Youthanasia (1994) est moins bon qu'Endgame ?

D'ailleurs les choses commencent plutôt bien avec un « Kingmaker » en ouverture qui balance d'entrée un riff efficace pour une composition parfaite en entame de disque. Le bien plus mélodique « Super Collider » aurait été un single évident il y a quinze ans de cela et on lui imagine bien le succès de « Trust », notamment avec un refrain réussi (mais qui aurait été encore meilleur si Mustaine avait fait appel à des backing vocals de qualité). Le rythme de croisière se maintient avec un très bon « Burn » dans un genre heavy puissant et mélodique. 

Les signes de faiblesse apparaissent malheureusement à partir de « Dance In The Rain » un peu longuette mais sauvée par un super riff lors du refrain, le genre de chose que seul Mustaine arrive à produire avec tant de facilité. Le break rapide rappellera par son inventivité technique les meilleurs moments de So Far, So Good, So What ou de Rust In Peace. Après ce morceau, on perd un degré tout de suite en terme de qualité. Malgré la présence d'un banjo sur « The Blackest Crow » et du globalement réussi « Forget To Remember », la plupart des titres (« The Beginning Of Sorrow », « Don't Turn Your Back ») sont franchement anecdotiques. Ils n'auraient pas trouvé leur place sur Crypting Writings à mon avis. Quant à la chanson de Thin Lizzy très souvent reprise, « Cold Sweat », son principal mérite est de remplacer deux titres désormais confinés au statut de bonus pour l'édition deluxe (« A House Divided » et « All I Wanted »). Très moyens, ces morceaux démontrent surtout que Mustaine a encore assez de jugeote pour arriver à évaluer la valeur de ses morceaux. 

Super Collider n'est pas loin de frôler la débacle en fin de course, et ce malgré une très bonne production et une interprétation comme toujours haut de gamme. Il semble qu'avec l'âge, Mustaine ait du mal à maintenir un niveau de qualité élevée sur la longueur. C'était déjà un reproche que l'on pouvait faire à Th1rt3en. Peut-être aurait-il dû moins se presser pour enregistrer ce successeur sans doute précipité. Un an c'est peu, et il vaut mieux parfois être tortue que lièvre. Avec un an de plus de travail et de retravail, Super Collider aurait sans doute été excellent. Il n'est que correct, malheureusement. Et surtout très déséquilibré. 

Baptiste (6/10)

 

Trademark / 2013

Tracklist : 01. Kingmaker 02. Super Collider 03. Burn ! 04. Built For War 05. Off The Edge 06. Dance In The Rain 07. The Beginning Of Sorrow 08. The Blackest Crow 09. Forget To Remember 10. Don't Turn Your Back… 11. Cold Sweat

Sound Of Contact – Dimensionaut

socVoici un petit bijou. En partie attendu, mais un petit bijou quand même. « Attendu » car derrière ce nom mystérieux de Sound Of Contact, on retrouve le projet lancé par le fils de Phil Collins, Simon Collins, associé pour l'occasion au claviériste Dave Kerzner qui s'était déjà taillé une petite réputation dans le milieu progressif en travaillant avec Jon Anderson. Batteur et chanteur, Simon Collins marche sur les traces de son illustre père mais il faut reconnaître que ses disques solos n'avaient pas beaucoup convaincu. Cette fois en créant Sound Of Contact, il propose bien bien mieux. 

Veine genesisienne

Tout d'abord car Sound Of Contact œuvre dans une veine progressive qui évoquera évidemment tout de suite Genesis. À l'instar de Duke ou de The Lamb Lies On Broadway, ce Dimensionaut est un concept album, narrant les périples d'une personne voyageant entre les dimensions. Et comme son père, Simon Collins y joue de la batterie et y chante. Son timbre de voix est d'ailleurs assez proche de celui de Phil en moins aigu toutefois. Et son jeu de batterie est excellent : alliant à la fois fois intelligence de construction et d'arrangement et technicité. On y perçoit l'influence du meilleur Phil Collins : celui des années 70, alors qu'il était un des tout meilleurs batteurs de rock.

En fermant les yeux et en s'immergeant dans les premiers morceaux de ce Dimensionaut, on se prend à se dire que ce qu'aurait pu devenir Genesis après Duke, s'il n'avait pas viré « pop », aurait pu ressembler à ça. Les deux instrumentaux, « Sound Of Contact » et « Cosmic Distance Ladder », sont de petits chef d'œuvres de rock progressif plutôt atmosphérique extrêmement bien composés. Ils s'enchaînent parfaitement à l'excellent « Pale Blue Dot » qu'on aurait bien imaginé sur And Then There Were Three (1978) ou sur Duke (1980), ne serait-ce que du fait des intonations de la voix de Simon Collins. 

Touches pop

Toutefois la référence à Genesis, tout au long de ce Dimensionaut, n'est pas si envahissante. Elle est largement équilibrée par les références à Yes, au Marillion de l'époque Hogarth, à Alan Parsons Project du fait des sons électroniques, voire à Pink Floyd ou même au Space rock (« I Am Dimensionaut »). Les influences pop ne sont pas absentes et au milieu du disque on remarque une sorte de « ventre mou » qui voit les ballades se succéder. Coup de chance elles sont globalement bonnes à l'image de « Not Coming Down » qui a donné lieu à un clip, ou à « Beyond Illumination », sur laquelle s'expriment les vocalises féminines de Hannah Stobart. Il est vrai que Simon Collins se montre très à l'aise dans le genre, démontrant une capacité à trouver la mélodie, le refrain aussi simples qu'entêtants. Je vous fais grâce de la comparaison avec qui vous savez. 

Les dimensions progressives reprennent le dessus en fin de disque avec « Omega Point » et surtout le long titre à tirroir qu'est « Mobius Slip » et ses vingt minutes. Même si la durée, évoque le légendaire « Supper's Ready », on pense plutôt aux constructions en crescendo d'un Porcupine Tree ou d'un Marillion. Alors que l'ensemble de Dimensionaut est relativement calme, ici la saturation émerge franchement et l'on se dirige parfois vers un métal progressif à la Aeryon. Si on regrettera la trop grande discrétion des guitares solo sur ce titre épique, on ne peut que s'incliner devant une telle maîtrise musicale, notamment pour un premier essai.  

Le premier album de Sound Of Contact n'est pas exempt de défauts, mais il s'agit d'un très beau premier disque qui ravira tous les nostalgiques de la Genèse et tous les amateurs d'un progressif intelligemment modernisé. Totalement convaincant.

Baptiste (8,5/10)

 

Site officiel

Inside Out / 2013

Tracklist (73:41) : 01. Sound Of Contact (02:05) 02. Cosmic Distance Ladder (04:43) 03. Pale Blue Dot (04:44) 04. I Am Dimensionaut (06:24) 05. Not Coming Down (06:01) 06. Remote View (03:54) 07. Beyond Illumination (Feat. Hannah Stobart) (05:53) 08. Only Breathing Out (05:56) 09. Realm Of In-Organic Beings (02:52) 10. Closer To You (05:05) 11. Omega Point (06:29) 12. Möbius Slip (19:35) Part 1 In The Difference Engine Part 2 Perihelion Continuum Part 3 Salvation Found Part 4 All Worlds All Times

Burningrain-br23368

Avant d'intégrer Whitesnake dont il est devenu un des piliers pour épauler Coverdale, Doug Aldrich a alterné les projets, se forgeant une réputation de guitariste très compétent dans le genre hard classique : Lion, Bad Moon Rising, Dio et… Burning Rain. Mis sur pied juste avant d'intégrer Dio, le groupe et ses disques sont restés assez obscurs. Les albums sont vite devenus introuvables. Comme Doug Aldrich a réactivé Burning Rain, enregistrant Epic Obsession, le label Frontiers en profite pour rééditer, en version remasterisée, les deux premiers disques : Burning Rain et Pleasure To Burn

Allons au principal : Burning Rain n'avait rien d'essentiel en 2000 et en 2001. « Rien d'essentiel » ne signifie pas « déplorable » ou « négligeable ». Les deux premiers disques du groupe sont très bons. Dans un style très hard seventies subtilement modernisé – c'est à dire doté d'un gros son et d'une puissance actuelle – la musique de Burning Rain tient franchement la route. On pense souvent à Led Zeppelin (le riff de « Cherry Grove » par exemple), à Deep Purple, à Bad Company et à Whitesnake (« Fool No More ») évidemment.

Le style de Doug Aldrich est déjà très marqué par John Sykes et son débauchage ultérieur pour intégrer Whitesnake semble évident à l'entendre ici. On remarque quelques influences à la Van Halen qui intègrent à la musique de Burning Rain des touches de Big rock typé années 80' (« Can't Cure The Fire » sur Burning Rain). Cela explique d'ailleurs la présence de quelques titres AOR toutefois très bien fichus (« Cherie Don't Break My Heart » sur Pleasure To Burn)

Remarquons surtout l'excellent chanteur Keith St Jones : en rien originale, sa voix à la croisée de Plant et de Coverdale est toutefois excellente. Il éclabousse de sa classe deux disques assez proches et d'une qualité réelle. Peut-être qu'Epic Obsession est légèrement supérieur au premier album mais c'est une question de nuance. 

Voici donc deux rééditions « opportunes » mais bienvenues pour qui recherche ce que Doug Aldrich fait de mieux : du hard seventies légèrement bluesy et agressif très classique mais à la classe patente.  

Baptiste (7/10 pour Burning Rain et 7,5/10 pour Pleasure To Burn)

 

Site officiel

Frontiers / 2013

Tracklist Burning Rain (53:00) : 1. Smooth Locomotion 2. Superstar Train 3. Jungle Queen 4. Making My Heart Beat 5. Fool No More 6. Cherry Grove 7. Can't Cure the Fire 8. Can't Turn Your Back On Love 9. Heaven's Garden 10. Tokyo Rising 11. Seasons of Autumn 12. Smooth Locomotion (bonus acoustic version) 13. Can't Turn Your Back On Love (bonus acoustic version)

Tracklist Epic Obsession (59:40) : 1. Fireball 2. Love Emotion 3. Stone Cold n' Crazy 4. Cherie Don't Break My Heart 5. Shot Down 6. Love De Jour 7. Faithfully Yours 8. Sex Machine 9. Metal Superman 10. Judgement Day 11. Devil Money 12. Live For That Rush (unreleased demo) 13. Cherie Don't Break My Heart (acoustic version)