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Deep Purple – Now What ?!

deep_purple_now_what_640_80Les vieux groupes encore fringuants sont rares. Et encore plus les très vieux groupes. Et Deep Purple est, en fait, de ceux là, tout comme Yes, Uriah Heep ou Bad Company. Car après quarante cinq ans de carrière et huit formations différentes, le groupe de Ian Gillan et des siens est rentré dans le grand âge. Il faudrait le classer parmi les « seniors » d'un genre, le hard rock, certes fécond mais ancien. Pourtant, à la différence des autres groupes cités, Deep Purple reste crédible. Sur scène évidemment, car le groupe sillonne le monde et notamment l'Europe dans tous les sens sans décevoir. Mais ce n'est le plus significatif : la plupart des dinosaures du hard rock se contentent de donner des concerts avec un savoir-faire qui comble la plupart des afficionados venus entendre les classiques des classiques.

Non : la crédibilité est celle d'albums que Deep Purple ne rechigne pas à défendre sur scène puisqu'il n'est pas rare d'entendre lors d'un concert du Pourpre Profond un « The Battle Rages On » ou « Rapture Of The Deep » à côté d'un titre culte ou d'une vieillerie judicieusement exhumée comme « Into The Fire » ou « Hard Lovin' Man ». On envisage un nouveau disque de Purple non avec la commisération due aux vieillards jadis méritants mais comme un groupe standard, avec ses atouts et ses travers.

Il a fallu attendre huit ans pour les musiciens de Purple se retrouvent de nouveau en studio, à Nashville cette fois, pour donner un successeur à un Rapture Of The Deep honnête mais inférieur à Abandon (1998) et surtout au meilleur disque de l'époque Steve Morse, Purpendicular (1996). Or avec ce Now What ?! capiteux nous avons sans doute un disque du calibre de Perpendicular. C'est dire… 

Inspiration au beau fixe

Rarement l'inspiration a tant été au beau fixe. Car sur Abandon ou Bananas, certains titres péchaient clairement à côté de chansons d'un très bon niveau. Ici je ne vois pas grand chose à jeter. Même le bonus track, la reprise du « I'll Will Be There » de Jack Clement, dans un registre rock hard bluesy musclé et classieux, sonne très bien et, à vrai dire, mérite mieux que son statut. Le reste est constitué de hard rock accrocheur (« Weirdistan » ou « Hell To Pay » et son refrain catchy), de ballades aussi simples que majestueuses (« All The Time In The World » très dépouillée ou « Blood From Stone » avec une belle montée en puissance lors du refrain) et surtout de titres renouant avec des aspects complexes et progressifs que le groupe avait largement abandonnés depuis sa reformation en 1984. Ian Gillan et Ian Paice ont confié en conférence de presse que le groupe avait cette fois-ci débuté le processus de composition à partir d'une base instrumentale, quitte à élargir les plages musicales. 

On le réalise dès l'entrée en matière : sur « A Simple Song », le raffinement de l'introduction amène parfaitement la montée en puissance électrique. Plus tard, ce sont « Above And Beyond » et surtout « Uncommon Man » qui multiplient les parties instrumentales de bon aloi, les chorus de clavier et de guitare, à l'unisson rappelant sur de nombreux points le rock progressif « simplifié » du Genesis de l'époque Duke et Abacab.

Cela impliquait de laisser une vraie marge d'expression à Don Airey. C'est le cas avec non seulement les passages citées mais aussi à l'occasion de solo aussi nombreux qu'inspirés. Avec ce Now What ?!, Airey prouve qu'il est bien plus que le « remplaçant de » tout en conservant l'esprit des interventions de Lord à l'époque bénie des In Rock et Machine Head. Comme Steve Morse est toujours aussi bon, cela donne des solos de haute volée notamment sur « Out Of Hand » ou « Hell To Pay » où les accélérations en aller-retour au médiator sont profondément étourdissantes de maîtrise et de qualité dans le phrasé. Dans un genre mélodique beau à pleurer, on peut citer le solo de Morse sur « All The Time In The World » et ses tirés somptueux. Voici pour le bilan impeccable des (relatifs) nouveaux venus.

Les plus anciens ne sont pas les moins méritants

Les plus anciens n'ont pas démérité pour autant. Roger Glover est irréprochable à la basse et il ne m'étonnerait pas qu'il ait beaucoup composé de riffs sur l'album, tant certains font penser à In Rock, un album qui est largement son œuvre. Ian Paice reste un des meilleurs batteurs de hard rock en activité, le poids des ans ne se faisant pas sentir quant à la qualité de sa frappe de de sa technicité. Les rythmes groovy qu'il adopte avec la plus parfaite aisance sur « Body Line » sont là pour le rappeler.

Quant à Ian Gillan, le résultat est surprenant, surtout de la part d'un chanteur qui n'a jamais arrêté franchement de fumer. Certes il se montre plus à l'aise sur les passage les plus lents et on remarquera que sa voix chevrotte à certains passages exigeants mais ce n'est pas nouveau. Ce n'est plus le vocaliste impétueux et brillant du début des années 70. Une fois ceci acté, on ne peut que reconnaître son gros savoir-faire et son sens de la mélodie qui fait que le disque accouche d'excellentes lignes vocales et d'un lot de bons refrains inespérés. En outre, on retrouve l'humour légèrement décalé de Gillan sur un morceau dédié à un des acteurs cultes de la Hammer : « Vincent Price » qui a donné lieu à un clip humoristique. Tout comme dans le clin d'œil à la langue française d'« Après Vous » aux paroles un soupçon grivoises. Cela sied parfaitement à un album au titre assez incongru par ailleurs.

En parlant d'« anciens », c'est à un producteur de leur génération que les musiciens de Deep Purple ont fait appel : Bob Erzin. Assurément, s'il fallait aller à Nashville pour travailler avec Ezrin, le jeu en valait la chandelle. Chaude, dynamique, très respectueuse de l'équilibre des instruments, la production d'Ezrin est merveilleuse. Depuis les années 70, le groupe n'avait mieux sonné. 

Toutefois Ezrin n'a pas fait d'une citrouille un carosse : la qualité des compositions et des musiciens pavaient d'emblée la voie à une réussite aussi intempestive qu'éclatante. Finalement le départ de Blackmore est sans doute ce qui pouvait arriver de mieux à Gillan et les siens. Et ils viennent encore une fois de le montrer. La chose est d'autant plus importante qu'il est très possible que Now What ?! soit le dernier disque du groupe anglais tant on imagine mal Gillan, Glover et Paice remettre le couvert à soixante dix ans passés, si le groupe s'en tient à son rythme de croisière. Cela serait alors une parfaite conclusion à une carrière remarquable. 

Baptiste (8,5/10)

 

Site officiel

Verycords / 2013

Tracklist (60 minutes) : 01. A Simple Song 02. Weirdistan 03. Out Of Hand 04. Hell To Pay 05. Body Line 06. Above And Beyond 07. Blood From A Stone 08. Uncommon Man 09. Après Vous 10. All The Time In The World 11. Vincent Price 12. It Will Be Me (bonus track)

Laneslide – Flying High

laneslide-flyinghighL'Italie semble être devenue une grande fournisseuse d'AOR et de Hard FM. Après les disques réussis de Lionville et de Charming Grace, voici débarquer Laneslide emmené par le guitariste et compositeur Bruno Kraler (Brunorock mais aussi Darkside) et une pléiade d'invités plus ou moins compétents. Il doit donc y avoir un marché pour l'AOR « traditionnel » et d'une certaine manière la chose est rassurante, n'étaient les risques de stagnation évidents à l'horizon. 

Ce Flying High en est un bon témoignage. L'implication et la motivation de Bruno Kraler ne sont pas à remettre en cause, ni les efforts d'Alessandro Del Vecchio aux claviers, ni même le chant de Franck (Vestry) globalement convaincant. Et, de facto, Laneslide arrive à enchaîner quelques combos plutôt accrocheuses : le vigoureux « Flying High » en ouverture ou le plus groovy « Dancing Girls » un peu plus loin sur le disque. Et l'idée de faire une reprise du « Self Control » de Laura Branigan n'est pas si mauvaise (soyons indulgent).

Le problème est le formatage généralisé, renforcé par une production vieillote et aseptisée. En cherchant les influences de Laneslide pour mieux caractériser ce Flying High, je me suis rendu compte qu'on pouvait citer un peu de tout (Foreigner, Europe, Strangeways, Journey…) de telle sorte que l'absence de personnalité devient aveuglante. Rajouter à cela quelques compositions bien fadasses comme « You Can Make It » au refrain indigent ou « Understand » et son riff palôt et vous n'avez pas franchement un cocktail gagnant. Mais un disque de plus dans le genre. C'est tout.

Baptiste (5/10)

 

Avenus Of Allies – GerMusica / 2013

Tracklist (47:00) : 01. Flying High 02. Hangin’ Out Here 03. You Can Make It 04. River Of Love 05. Dancing Girls 06. Understand 07. Self Control 08. Look The Other Way 09. Your Fight 10. Washed Away

Vulcain – V8

vulcainRien n’a changé. Pour Vulcain en tout cas. Car après un split qui aura duré une dizaine d’année, les ancêtres du hard rock français (Trust ne fait plus du hard rock et ADX reste assez fragile) sont de retour. Présent au Hellfest en 2010, le groupe réduit (malheureusement) à un trio, produit donc un successeur au bien-nommé Stoppe la machine (1998), après un nouvel album live, En revenant. Mais l’enjeu en valait-il la chandelle ? Cela valait-il la peine de « revenir » ?

Alors que la double grosse caisse relance la machine sur « Avec vous » et que la basse de Vincent Puzion vrombit, on se prend le sentiment d’être renvoyé aux meilleurs temps du groupe, à Rock ‘n’ Roll Secours (1984) ou à Desperados (1985). Réduit à un trio, l’influence de Motörhead est toujours aussi présente, mais elle a été tellement intégrée dans le son du groupe que tout cela sonne comme du pur « Vulcain ». Et du bon plutôt.

Car Vulcain lâche quand même une salve de morceaux tout à fait irrésistibles si on est réceptif à la démarche. « Sur la ligne », « Limite », « Sale temps pour les cons » sont de franches réussites dans le genre hard rock’n’roll couillu, gras et speedé qui a fait les plus gros succès du groupe. On déplorera toutefois l’absence d’un deuxième guitariste aux lead. Daniel Puzio a bien progressé depuis qu’il a commencé à prendre dans les années 90 en charge les solos, mais cela reste en deçà des attentes, surtout eût égard à la qualité de V8. Qu’importe : au chant, sa gouaille bien de chez nous passe toujours aussi bien.

Vulcain fait fort : apparaître frais et dynamique alors que le groupe lâche ici sa huitième salve. Ce n’est pas donné à tous…

Baptiste (7/10)

 

Site officiel

Replica Promotion / 2003

Tracklist (40:03) : 01 Avec vous (2:55) 02 Sur la ligne (3:21) 03. Call of duty (3:16) 04. Limite (3:59) 05. Lâchez-nous (3:27) 06. Go fast (4:08) 07. Croix de bois (4:20) 08. L’arrivée du tour (reprise Alain Bashung) (3:56) 09. Sale temps pour les cons (3:45) 10 Rien à voir (3:17) 11. Dans mes rèves (3:55)