Author Archive

Snakecharmer – Snakecharmer

snakecharmercd2012Il est des nostalgiques du Serpent blanc première époque, époque hard bluesy (et parfois boogie), très loin de l'exhubérance américaine de 1987. Ces fans reprocheront toujours à Whitesnake d'avoir troqué la musique de Ready 'n' Willing et Saints & Sinners pour les dollars amassés par David Coverdale à la fin des années 80. Je ne suis pas de ceux là car j'aime les deux périodes de Whitesnake, voire même la troisième qui a vu Doug Aldritch collaborer de manière durable avec Coverdale pour des albums de qualité. Micky Moody avec ce nouveau projet, Snakecharmer, joue évidemment à fond sur cette image de continuité avec Whitesnake. L'ex-guitariste du groupe jusqu'à Slide It In s'est entouré de Neil Murray, ex-Whitesnake lui aussi, à la basse et quelques pointures du milieu hard british pour un premier album qui veut jouer la carte du hard bluesy pratiqué par le groupe de Coverdale au début des années 80. 

Il y a toutefois un « mais ». Au chant ce n'est absolument pas la voix chaude et sensuelle de Coverdale mais Chris Ousey ex Heartland et ex Virginia Wolf, soit un chanteur typé très hard mélodique à la voix posée plus haut. De facto la musique lorgne ici fréquemment vers un hard mélodique de bonne facture, doté de quelques touches commerciales (« My Angel » par exemple ou « Turn Of The Screw »). Pourquoi pas puisque l'ensemble est très bien fait. Il est difficile de rester insensible à des chansons très accrocheuses et à la qualité constante. On évite au passage la critique de « plagiat » ce qui est toujours ça de pris.

Toute juste déplorera t-on que Adam Wakeman aux claviers ne soit pas un peu plus mis en avant et qu'il se contente de parties rythmiques. Surtout qu'en solo ni Micky Moody ni Laurie Wisefield ne sont étourdissants, ne quittant pas la bonne vieille pentatonique des familles et s'avérant bien incapables d'atteindre la double croche. Par contre le feeling est là comme à la grande époque. Mais cette remarque est très secondaire car Snakecharmer reste avant tout un groupe de compositions. Et elles sont fichtrement au rendez-vous. 

Baptiste (7/10)

 

Site officiel

Teaser ici

Frontiers / 2012

Tracklist : 1. My Angel 2. Accident Prone 3. To The Rescue 4. Falling Leaves 5. A Little Rock & Roll 6. Turn Of The Screw 7. Smoking Gun 8. Stand Up 9. Guilty As Charged 10. Nothing To Lose 11. Cover Me In You 12

genethewerewolf_rocknrollanimal

Frontiers n'est pas qu'un label de necromanciens faisant revivre les combos morts et décédés ou d'entretemetteuses réussissant à former des groupes de toute pièce grâce à un peu de diplomatie (et d'argent car tout s'achète ici bas). C'est aussi (parfois) une bonne fée qui se penche sur les berceaux pour donner ses chances à quelques combos encore très jeunes. C'est le cas de Gene The Werewolf, groupe de jeunes gandins de Pittsburgh constitué autour du leader/compositeur/chanteur/ guitariste/pianiste Jon Belan. Le « loup garou » c'est lui et on le voit ainsi afficher fièrement entre deux jouvencelles son torse poilu et bestial dans une photo intérieure du CD. Voilà qui dissuadera de ne se contenter que du Mp3. Les autre musiciens semblent surtout être des faire-valoirs qui d'ailleurs ne jouent pas sur toutes les compositions. Les solos ont été pris en charge par Mike Ofca, qui a participé à l'enregistrement et donc manifestement le second guitariste du groupe ne sert à rien. Voilà pour les défauts du nouveau-né. Passons aux qualités.

Car pour une fois la fée Frontiers a plutôt été avisée : Gene The Werewolf vaut le coup. Ce Rock 'N' Roll Animal est un premier essai certes juvénil mais très concluant. Œuvrant dans un genre hard rock mélodique, à la croisée de Kiss, AC/DC, Aerosmith voire Def Leppard époque Pyromania, le groupe de Jon Belan accroche instantanément l'auditeur par un propos certes classique mais très prenant. « I Only Wanna Rock 'N' Roll », « Heart Of Steel », « Light Me Up » ont un potentiel de tubes indéniable avec leurs guitares catchy et leurs refrains immédiats. Il y a de quoi taper du pied toute la nuit ici. Une mention est à faire pour l'excellent « Superhero » dont un clip a d'ailleurs été tiré : on peut le voir ici

Le propos est évidemment souvent assez « second degré » à l'image du clip sans prétention de « I Only Wanna Rock 'N' Roll ». Mais quand on pratique une musique si balisée, on ne peut prétendre à une démarche très intellectualisée. Rien de neuf mais du bon pour les esgourdes, surtout dans le cadre d'un week end « bière et barbecue ». Par les temps assez moroses qui courent, il faut se montrer modeste parfois. 

Baptiste (7/10)

 

Frontiers / 2012

Tracklist (38:51) : 1. Wicked Love 2. I Only Wanna Rock N' Roll 3. Superhero 4. Heart of Steel 5. Rock N' Roll Animal 6. I've Got the Love 7. Ruffneck Woman 8. Light Me Up 9. Firecracker 10. Give It Up 11. The Ballad of Gene

Gamma Ray – Heading For Tomorrow

album_610Kai Hansen était attendu au tournant en 1990. Après avoir quitté à la surprise générale l'année précédente Helloween, fatigué des problèmes d'égos au sein du groupe et lassé du caractère de plus en plus imposant de l'organisation de ce dernier, le guitariste s'était remis très vite à la tâche. Et il avait sans doute beaucoup à prouver, notamment qu'il constituait bien la colonne vertébrale créatrice d'Helloween. Après avoir recontacté Ralph Scheepers qu'il avait déjà démarché pour intégrer Helloween en 1986, Kai Hansen put obtenir l'accord de l'ex Tyrant Pace et ainsi constituer un nouveau groupe intitulé Gamma Ray. Aussitôt signé par l'ancien label d'Helloween, Noise, trop content de damner le pion aux citrouilles avec lesquelles il était en conflit juridique, Gamma Ray put profiter pour son premier essai, Heading For Tomorrow, d'un gros soutien. Il n'est ainsi pas surprenant de trouver directement le visage de Kai Hansen sur le premier disque du nouveau combo. La réputation du guitariste était un atout sur lequel Noise avait décidé de miser. Toutefois, plus que le nom de Kai Hansen c'est bien le contenu de Heading For Tomorrow qui explique l'excellent écho qu'il eut alors. 

Une nouvelle recrue exemplaire

D'emblée le groupe se posait comme un gros rival à Helloween dans le genre, Kai Hansen ayant réussi à placer la barre très haut. Et ce notamment grâce à l'apport de Ralf Scheepers. Dès les premiers paroles de « Lust For Life », les capacités vocales et la classe du chanteur éclatent à l'oreille de l'auditeur. Voici bien un chanteur presque inconnu qui dévoilait une tessiture vocale digne d'un Michael Kiske tout en possédant un timbre très personnel, mais aussi la capacité à forcer sur voix dans un sens bien plus agressif que ne pouvait s'autoriser le chanteur d'Helloween.

La comparaison s'impose car les compositions de Hansen avaient largement été construitres dans la perspective d'être chantées par Kiske. Scheepers a signalé plus tard que la hauteur des notes imposées par les compositions du guitariste n'étaient pas naturelles pour lui et qu'il fut poussé jusqu'à ses plus extrêmes limites durant l'enregistrement pour interpréter des refrains comme ceux du single « Space Eater » ou de « Lust For Life ». Pourtant à l'entendre, on n'en perçoit strictement rien. On constate même une grande aisance notamment sur la somptueuse ballade « The Silence », à la construction à tiroirs très riche, et aux harmonisations vocales somptueuses. C'est qu'il y avait un gros travail de composition effectué par Hansen manifestement désireux de faire ses preuves et de surclasser ses anciens acolytes d'Helloween.

La troisième partie de Keeper Of The Seven Keys ? 

Même si Hansen s'en est défendu, la composition et la construction d'Heading For Tomorrow incitent fortement à établir un parallèle avec Helloween et notamment avec les deux Keepers Of The Seven Keys. C'est dire qu'il n'y a aucun retour au speed thrashy de Walls Of Jericho ici. S'ouvrant sur une introduction orchestrale, « Welcome », évoquant évidemment les « Invitation » et « Initiation » des Keepers, le disque culmine sur une très longue pièce éponyme de quatorze minutes placée en avant dernière positition, à la manière de « Halloween » et de « Keeper Of The Seven Keys ». Plus généralement, dans son orientation globale, Heading For Tomorrow apparaît comme un croisement entre les deux Keepers, hargneux comme le premier mais aussi enjoué et accessible comme le second. On trouve donc ici des titres de speed mélodique de haute tenue, comme « Lust For Life » ou « Hold Your Ground », sur lesquels un gros travail au niveau des guitares et des solos a été fait. Mais l'on trouve aussi des influences plus joyeuses à la manière des « Future World » et « I Want Out » de jadis : « Heaven Can Wait » et son refrain immédiat, ou l'hilarant « Money » et son duo au chant entre Scheepers et Hansen qui se montre du meilleur effet. Il n'y a bien que le titre Scheepers, « Free Time », un hard mélodique enjoué mais un peu facile, qui ne convainc pas totalement. La reprise d'Uriah Heep, « Look At Yourself » est elle plus réussie et s'avère parfaitement seoir à Gamma Ray. 

Heading For Tomorrow n'est pourtant pas un plagiat éhonté : la ballade « The Silence » révèle les influences de Queen d'Hansen et la structure de « Heading For Tomorrow », comprenant un long break lent à la Gilmour, interdisent de confondre totalement le disque avec les deux magnum opus d'Helloween. Par ailleurs, la voix très personnelle de Scheepers donne une touche très spécifique au premier disque de Gamma Ray. 

À l'époque ce premier essai m'avait totalement acquis à la cause de Kai Hanse et la médiocrité de Pink Bubbles Go Ape finit de me convaincre que l'âme créatrice d'Helloween se trouvait maintenant dans Gamma Ray. Je n'ai pas tant que ça changé d'avis depuis tant Heading For Tomorrow reste une incontestable réussite dans le genre. Et un des tous meilleurs disques de Gamma Ray. Couplé avec quelques compositions de Weikath, il aurait été proprement monstrueux. Mais il ne s'agit que de conjectures. De vrai Keeper Of The Seven Keys part III, il n'y en a pas et il n'y en aura pas. C'est ce que compris d'ailleurs vite Kai Hansen qui imposera pour le disque suivant de Gamma Ray, Sigh No More, un tournant musical finalement bienvenu. Il n'en reste pas moins que ce premier essai est assurément un des grands classiques du speed mélodique.

Baptiste (8,5/10)

 

Noise / 1990

Tracklist (54:18) : 1. Welcome 2. Lust For Life 3. Heaven Can Wait 4. Space Eater 5. Money 6. The Silence 7. Hold Your Ground 8. Free Time 9. Heading For Tomorrow 10. Look At Yourself