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Wovenwar – Wovenwar

L’incarcération de Tim Lambesis sonnait le glas d’As I Lay Dying. Et j’ai envie de dire merci à la justice américaine. Parce qu’As I Lay Dying, à mes yeux, avait entamé une lente et pénible agonie, diluant de plus en plus son propos pour plaire au grand public, et avec Tim Lambesis en cabane, AILD disparaissait de facto.

Ouf.

Mais un ouf de courte durée, parce que les musiciens, orphelins de leur frontman accro aux hormones, ont décidé de ne pas baisser les bras et de monter leur propre projet avec un nouveau chanteur. Et j’en vois déjà dans le fond qui se frottent les mains. Parce que c’est Patate qui va s’occuper de leur cas et que ça va être dégueulasse.

Bande de petits polissons. Pas cette fois. Parce que Wovenwar a beau être une version encore plus édulcorée d’AILD, le groupe n’en a pas moins compris que l’homogénéité était la clé. Laissez-moi vous expliquer.

As I Lay Dying souffrait d’une double personnalité mal vécue. L’alliance Tim Lambesis et des musiciens ne collait pas vraiment. AILD était un gars qui gueulait JE SUIS UN TOUGH GUY AVEC DES BICEPS EN BÉTON et je m’endors tous les soirs avec son nounours qui sent bon le parfum de ma maman chérie JE FAIS DU CROSSFIT ET JE T’ARRACHE TA GUEULE sauf si t’as un chaton sur ton t-shirt, parce que les chatons, c’est trop mignon, ça me fait sangloter. Et cette fêlure rendait le tout difficilement appréciable. AILD était un patchwork rouge sang et rose bonbon.

Wovenwar, par contre, assume tout à fait son virage plus soft et ne cherche pas à tout prix à y ajouter des éléments plus brutaux. Bon, ok, l’album a la force de frappe d’un moustique si on le compare à de nombreuses autres formations Metalcore, mais curieusement, la sauce prend. Contrairement à AILD, One Way Mirror et tous ces groupes schizos, Wovenwar adopte une démarche cohérente. Ça ne plaira pas forcément à tout le monde, mais ça a le mérite de ne pas vouloir bouffer à tous les râteliers, quitte à s’aliéner une (grosse) frange de la fanbase de leur ancienne formation. Des mauviettes avec une paire de burnes bien accrochées, donc.

Wovenwar est incontestablement l’album de Metalcore « soft » le plus abouti depuis des années à mes yeux. C’est loin d’être l’album de l’année, c’est assez convenu (tout en évitant quelques écueils du genre), mais ça se laisse écouter à plusieurs reprises et les morceaux ont suffisamment de catchiness pour valoir le détour. Une excellente surprise.

Mister Patate (8/10)

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Metal Blade Records / 2014
Tracklist (xx:xx) 1. Foreword 2. All Rise 3. Death To Rights 4. Tempest 5. The Mason 6. Moving Up 7. Sight Of Shore 8. Father/Son 9. Profane 10. Archers 11. Ruined Ends 12. Identity 13. Matter Of Time 14. Prophets 15. Onward

 

 

Son : bon
Lights : sympa
Affluence : sold out
Ambiance : chaude. Une chaleur de trou de balle
Moment fort : ça a dû commencer vers "Imperium"… jusqu'à "Halo".

"Oui, nous avons décidé de faire une tournée dans les petits clubs, dans des villes où nous  n'avons pas été depuis longtemps, pour nos fans, les vrais". Ouais Robb. Pour les fans. Et ton portefeuille aussi, non ? Avouons quand même que cette mini-tournée quelques mois avant la sortie de l'album, juste pour le fun, sent aussi l'opération Marketing bien rôdée. Mais bon, ne boudons pas notre plaisir, Machine Head en live, c'est toujours une fête.

"- C'est qui, la première partie ?
– Un groupe qui a payé très cher pour être là"

C'est moche à dire, mais je crains qu'il y ait un fond de vérité dans cette phrase. Dead Man's Curse n'était pas vraiment à sa place. Ajoutez à cela une file colossale à la caisse des tickets boissons et vous comprendrez pourquoi nous n'avons pas du tout suivi la prestation de ce groupe. Et puis, on est venus pour Machine Head, pas pour eux.

Machine Head, donc, qui revient pour la première fois en Europe avec son nouveau bassiste et avec une setlist sans la moindre prise de risque. On pioche dans tous les albums, avec de temps en temps une petite surprise (du genre "Bite The Bullet") ou une vieillerie qui fait toujours son petit effet ("Old" parmi les trois morceaux du rappel). Et y'a pas à tortiller du cul, tournée "remplissage de caisses" ou pas, Machine Head a su nous en mettre plein la gueule, en démarrant pied au plancher avec un "Imperium" ravageur. La salle chante avec Robb, que dis-je, hurle avec Robb, j'en ai les oreilles qui sifflent après un morceau, le pit s'ébranle immédiatement et tourne en joyeux bordel. On enchaîne sur un "Beautiful Mourning" où les majeurs se dressent vers le ciel, le groupe est on fire. Je les ai vus 5 fois et mis à part un concert mémorable à l'Ancienne Belgique avec Lamb Of God, je ne les ai jamais vus aussi affûtés, aussi efficaces. Les morceaux récents cognent juste, les anciens sont toujours aussi efficaces… On regrettera juste l'intro de Darkness Within tirée en longueur, Robb ayant a priori envie de taper un peu la discute avec les fans. C'est sympa, Robb, mais on est venus pour s'en prendre plein la gueule, alors envoie la mousse !

Bon, au risque de me répéter, cette tournée fleurait quelque peu l'opération mercantile, à plus forte raison lorsque l'on sait que le groupe reviendra en fin d'année pour promouvoir son futur album. Ajoutez à cela les prix du merch (30 EUR pour un t-shirt, vous avez vu la Vierge ou quoi, les gars ?) et vous comprendrez mon petit sentiment d'être pris pour une vache à lait. "T'étais pas obligé d'y aller", me direz-vous. Certes. Mais malgré tout, Machine Head m'a rappelé à quel point ce groupe est important à mes yeux. Pour la première fois en des années, j'ai passé ma soirée à gueuler tous les refrains. Parfois même des morceaux entiers, à m'en faire péter les cordes vocales. On est dimanche, le concert était jeudi, je parle encore comme Yoda. C'était épique. On pourrait pinailler sur la setlist, échanger un "Locust" contre un "Take My Scars", ajouter un "Block" au lieu de "Bulldozer" (qui est pourtant tiré d'un de mes albums préférés du groupe), voire remplacer un "Darkness Within" par un "Descend The Shades Of Night"… mais cela prouve aussi, à quel point ce groupe a su aligner des albums de qualité et qu'il pourrait jouer trois heures en nous proposant une setlist en béton armé.

Merci, Machine Head, rendez-vous en fin d'année !

Setlist
Imperium
Beautiful Mourning
Locust
The Blood, the Sweat, the Tears
Bite the Bullet
Ten Ton Hammer
Darkness Within
Declaration@Tape
Bulldozer
Killers & Kings
Davidian
(rappel)
Aesthetics of Hate
Old
Halo

Opeth – Pale Communion

Au risque d’en surprendre plus d’un parmi vous, sous mes dehors de brute épaisse, je suis fan d’Opeth. Bon, certainement pas autant que notre très peu regretté confrère qui, à l’heure actuelle, doit être en train de se masturber frénétiquement dans la région de St-Ulrich en susurrant Mikael, Mikaeeeeeeel, mais tout de même, Opeth était un de ces groupes plus « softs » – avec Tiamat et Anathema – qui avaient su me séduire. Son plus grand atout, à mes yeux, était justement ce bon vieux Mikael Åkerfeldt, et plus particulièrement sa capacité à me coller des frissons quand il prenait place derrière un micro. Raah, ses oppositions chant clair/growl ! « The Drapery Falls », putain, 10 minutes qui frôlent la perfection ! Deliverance, les 62 minutes les plus emballantes que le groupe ait pondues !

Il fut un temps où Opeth savait combiner le meilleur de deux mondes, où la mélancolie et la brutalité vivaient main dans la main. Une époque où Opeth n’avait pas banni ses influences Death de son répertoire. Parfois, je réécoute Deliverance et je me pose invariablement une seule question : What happened ?

En 12 ans et une poignée d’albums, Opeth s’est radicalement détourné de ses influences les plus extrêmes, adoucissant le propos au fil des années, le diluant de plus en plus pour nous laisser, au final, avec un mix de hard rock et de prog des 70’s qui, s’il est très bien exécuté, s’avère aussi bien moins passionnant que les premiers efforts du groupe. Sur Pale Communion, l’approche est résolument passéiste, à croire que le groupe avait établi un cahier des charges à suivre à la lettre. J’imagine presque Mikael, une checklist à la main, cocher petit à petit les éléments à intégrer : « Orgue Hammond ? Check ! Et faut que ça sonne seventies, bordel ! ». Le pire dans tout ça : le groupe a beau aligner des compos complexes, le tout semble malgré tout convenu, presque prévisible. Alors oui, c’est beau, c’est très bien exécuté (cela aurait été un comble si ce n’avait pas été le cas), mais pour ce qui est de l’émotion, on repassera. Là où Deliverance (oui, je sais, j’insiste sur cet album) me collait la chair de poule, Pale Communion ne m’accroche pas un instant. C’est lisse, et les quelques rares moments plus convaincants (j’aurais envie de mettre en avant « Cusp Of Eternity ») sont contrecarrés par d’autres passages franchement inutiles (l’interlude « Goblin » à la valeur ajoutée nulle).

Les fans du groupe me reprocheront certainement d’être un vieux con passéiste, accroché à Deliverance comme un coquillage à un rocher. Ce serait assez ironique, tant leur groupe favori a lui aussi opté pour la nostalgie (des 70’s, eux). Je n’ai rien contre les groupes qui, en cours de route, font évoluer leur son, leur identité, mais ce que nous propose Opeth depuis deux albums n’est pas une évolution. C’est une régression. Certaines formations ont un plan de carrière clair (à savoir se trouver un style et ne plus le lâcher, et les exemples sont nombreux), d’autres abordent leur reconversion avec plus ou moins de bonheur, mais Opeth a fait un choix curieux… et ceux qui nous invitent à oublier tout ce qu’Opeth a pu sortir avant Heritage pour pouvoir mieux cerner cet album, pour pouvoir mieux l’apprécier, démontrent justement que l’Opeth d’aujourd’hui n’a plus rien à voir avec l’Opeth qui me faisait vibrer. Pale Communion n’est pas un album d’Opeth. Opeth est mort.

Mister Patate (4,5/10)

 

Facebook officiel

Roadrunner Records / 2014

Tracklist (55:53) : 1. Eternal Rains Will Come 2. Cusp of Eternity 3. Moon Above, Sun Below 4. Elysian Woes 5. Goblin 6. River 7. Voice of Treason 8. Faith in Others