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Deicide – In The Minds Of Evil

387763D'aucuns s'accordent à le dire : Glen Benton est un connard de première. Ceci dit, si l'on fait abstraction du personnage, il faut reconnaître que Deicide fait partie de ces premiers couteaux du Death ricain, au même titre qu'un Cannibal Corpse, qu'un Immolation ou qu'un Obituary. Mieux encore, là où certains commencent lentement mais sûrement à marquer le pas, la bande à Glen semble retrouver un second souffle depuis quelque temps déjà, et ce In The Minds Of Evil, sans être exceptionnel, devrait ravir ceux qui aiment leur Death brutal et blasphématoire.

Au niveau du line-up, on notera le départ de Ralph Santolla qui laisse sa place à Kevin Quirion (qui avait déjà fait l'intérim par le passé lors des précédentes absences de Ralph), mais cela n'entame en rien la force de frappe du groupe. Le tandem Quirion-Owen aux guitares fait des étincelles, tant au niveau du riffing que des soli, et ce travail d'orfèvre de la gratte est mis en avant par une prod' solide sans tomber dans le chirurgical. La section rythmique, quant à elle, cogne toujours aussi juste, menée de main de maître par un Steve Asheim qui joue pleinement son rôle de métronome. Et Glen ? Eh bien, Glen nous prouve qu'on peut faire du Death Metal qui tient la route sans la moindre variation de timbre. On connaissait son chant plus aigu tirant sur le Black Metal (non seulement chez Deicide, mais aussi avec Vital Remains), mais il a cette fois clairement opté pour son chant Death typique, intelligible et passe-partout. Une prise de risque, peut-être, mais elle est gagnante. 

En 11 morceaux et presque 37 minutes , Deicide nous prouve que le groupe a encore de beaux restes. Sans être l'album de l'année, In The Minds Of Evil fait partie des sorties de l'année qui méritent une attention accrue. Pas mal, quand on sait que, d'après Metal-Archives, pas moins de 11 273 albums sont déjà sortis cette année…

Mister Patate (8/10)

 

Facebook officiel 

Century Media Records / 2013

Tracklist (36:50) : 1. In the Minds of Evil 2. Thou Begone 3. Godkill 4. Beyond Salvation 5. Misery of One 6. Between the Flesh and the Void 7. Even the Gods Can Bleed 8. Trample the Cross 9. Fallen to Silence 10. Kill the Light of Christ 11. End the Wrath of God

 

Et voilà, le Hellfest, la grand-messe du Metal en France, vient de dévoiler la majeure partie de son affiche. 159 groupes, 6 scènes, le Paradis sur Terre pour tous les chevelus qui viendront se secouer la tignasse pendant trois jours à Clisson. Il y en aura pour tous les goûts, pour les jeunes, les vieux, les brutes, les amateurs de mélodies, les grindeux végétariens…

… Mais tout ça a un prix : 180 euros. Et ce genre de tarif se généralise : Wacken Open Air, Sweden Rock, Download, Sonisphere… tous ont majoré leurs prix au fil des ans, sans pour autant voir leur public diminuer, au contraire. Et qu'on ne vienne pas me parler d'inflation, svp : si mon salaire avait suivi la même courbe ascendante que le prix des grands festivals, je serais un homme plus qu'heureux.

Tant qu'il y aura des moutons personnes prêtes à mettre la main au portefeuille pour assouvir leur soif de décibels, ces orgas ne changeront pas leur fusil d'épaule. Remarquez, vu les exigences financières parfois irréalistes des groupes, elles aussi sont coincées. Les groupes demandent plus (pas étonnant, vu que les bénéfices liés à leurs ventes de disques se cassent la gueule depuis des années, il faut bien récupérer la caillasse là où elle est), les orgas doivent rentrer dans leurs frais (et dégager un bénéfice, quand même, Ben Barbaud, c'est pas Mère Teresa) et répercutent ces cachets sur le prix des tickets, les fans doivent payer plus pour voir leurs idoles, les autres groupes s'alignent vers le haut : une belle spirale, quoi, qui fonctionne comme une bulle spéculative… 

Et parallèlement, les petites orgas composées de vrais passionnés se mettent dans le rouge pour faire jouer des groupes moins réputés. Certains finissent même par abandonner : Death Feast Open Air en 2011, Extremefest cette année, pour ne citer que ces deux festivals qui avaient pourtant su garder une échelle humaine et un tarif correct, ont mis la clé sous le paillasson. Certes, le genre est moins fédérateur, mais la tendance actuelle semble bien être celle du festival hétéroclite de masse, la quantité primant sur la qualité. Si vous avez le malheur d'avoir des goûts éclectiques, le programme du Hellfest est une source de frustration immense. Et malgré tout, vous y serez. Parce que c'est le Hellfest, et un vrai Metalleux doit aller au Hellfest.

Pour une orga comme celle du Hellfest / Graspop / Wacken, il y a une chiée de passionnés qui essaient tant bien que mal de vous proposer des groupes de qualité à des prix démocratiques, tout au long de l'année. Et les ventes sont désastreuses. La crise ? Elle a bon dos. Rendez-vous au Hellfest, pendant Iron Maiden. Mettez-vous suffisamment loin de la scène et comptez tous ceux qui filmeront des extraits du concert avec leur iPhone dernier cri. C'est Cofidis qui doit se frotter les mains. Pour mettre 180 boules + transport + bouffe + boissons + merch, on trouve toujours 60.000 personnes. Par contre, 12 EUR pour une date en province, c'est "du vol". Et plutôt que d'aider ces petites orgas, vous gardez votre budget "concerts" pour 3 jours où vous raterez la moitié des groupes que vous vouliez voir… Ne venez pas pleurer quand plus aucun groupe ne passera par chez vous. Vous aurez largement eu l'occasion de soutenir ceux qui vont au charbon. 

Faire un sold out au Hellfest n'est plus un exploit : le nom et la réputation du festival suffisent. Atteindre l'équilibre budgétaire sur une date en province un soir de semaine, voilà le véritable défi aujourd'hui. Au rythme où vont les choses, deux scénarios sont possibles : soit les grands festivals seront les seuls à survivre et un week-end de son coûtera plus cher qu'une semaine au soleil, soit ces colosses aux pieds d'argile se casseront la gueule et nous passerons du "caviar" au "toast au pâté"… à condition qu'il reste alors encore suffisamment de petites orgas pour mettre sur pied des alternatives bon marché à ces machines à sous.

Quel que soit le scénario, une chose est sûre : personne n'en sortira gagnant…

Au lendemain du Mass Deathtruction 2013, une discussion s'est invitée dans les impressions post-festival : "depuis quand ne peut-on plus slammer dans un festival de Death Metal ?" (1). Ho mon Dieu, ma pauvre Lucette, c'est bien une question qui nous turlupine, pas vrai ? Une pratique honteuse, cette interdiction, une infraction à notre liberté individuelle, celle de monter sur la gueule des premiers rangs pour se rapprocher un instant de nos idoles ! 

Quels connards, ces slammeurs.

Déjà, il faut se mettre dans sa tête, au slammeur. Le gars se fait porter vers la scène. Il y va même pas à pied, il a besoin de porteurs. Au début, il se fait soulever par ses potes. C'est cool, l'amitié, porte-moi, je te porterai, mais rapidement, les potes balancent le slammeur vers les premiers rangs. Qui eux, n'avaient rien demandé et veulent simplement profiter du concert dans de bonnes conditions. Et là, bam, ils se prennent un poilu moyen sur le râble, et il a rarement un gabarit de grive. Avec du pot, tu prends ses fesses dans la nuque. Si t'as moins de chance, c'est le coude, voire même le pied. Et ce connard porte rarement du léger : metalleux oblige, il porte le genre de bottines orthopédiques que portaient les malades de la polio. Dans la nuque, ça fait pas du bien, je parle d'expérience.

Et ce con arrive encore à se plaindre quand il se vautre. C'est normal que tu sois tombé : c'est la gravité. Et plus t'es lourd, plus tu risques de te viander. Et il cherche un fautif à sa chute, par dessus le marché : le public qui ne l'a pas porté (il est pas là pour te porter, non plus), la sécu qui ne l'a pas réceptionné et/ou a essayé de le repousser (beh ouais, ils ont que ça à foutre, réceptionner des lourdauds comme toi)… 

Le slammeur est un égoïste de première, prêt à marcher sur la tête des autres. Il se laisse porter vers la scène, sourire béat aux lèvres et bras écartés. Si j'étais sound tech, je couperais la musique et je foutrais "I Believe I Can Fly" de R Kelly à pleins tubes dès que j'en vois un. Ils comprendraient peut-être, à force, qu'ils nous cassent les couilles et qu'ils sont tout aussi dangereux, voire plus dangereux (tant pour eux que pour leur entourage) que ceux qui se bousculent dans la fosse. 

 

(1) La réponse est : au moins depuis 2010 au Neurotic Deathfest, le plus gros fest Death Metal indoor d'Europe.