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Édito Été 2022 – Tout ça pour quoi ?

Tout ça pour quoi ?

Vous l’aurez remarqué (ou pas) : le zine fonctionne au ralenti depuis maintenant quelques mois / années. Et sans la ténacité de quelques indécrottables, Metalchroniques aurait rejoint la longue liste de webzines disparus trop tôt (ou trop tard, selon la ligne éditoriale).

Et au final, est-ce une surprise ? À l’heure où Youtube, Spotify, Bandcamp et consorts permettent à tout un chacun de se faire une idée rapide, légale et gratuite de la qualité d’une sortie, à quoi bon s’échiner à rédiger une chronique ? Qui suis-je, qui sommes-nous pour dicter ce qui est bon, ce qui est digne d’une écoute ?

Des passionnés. Qui n’ont pas la prétention d’avoir le bon goût ultime. La preuve, Nico a aimé le dernier Gojira. Et si, par chance, une de nos chroniques permet à un lecteur de découvrir ne fût-ce qu’un groupe dans l’énorme chiée de sorties qui défilent chaque vendredi, cela aura servi à quelque chose. Dans les semaines à venir, nous essayerons donc d’être un peu plus présents. De prendre le temps de parler musique. Parce que, nichés dans la masse d’albums hebdomadaires, il subsiste quelques pépites. Des albums qui méritent le détour, parfois bien dissimulés derrière les épouvantails survendus par la majorité. Et ça mérite un avis certes subjectif, mais jamais guidé par une volonté de publireportage.

 

Plasmodulated – Plasmodulated

Initialement sorti il y a quelques mois sur Bandcamp et en K7, la première démo de Plasmodulated, side-project de Myk Colby (qui est en quelque sorte l’homme à tout faire de Wharflurch, groupe de death/doom de qualité straight outta Florida) sort désormais en CD chez Personal Records. Profitons de l’occasion pour parler un peu de ce mariage intercontinental entre death finlandais et moiteur floridienne.

Soyons honnêtes, cette démo n’est pas à marquer d’une pierre blanche dans le calendrier des sorties de l’année 2022. Sinon, je vous en aurais parlé en mars dès sa première sortie. Et pourtant, ces 5 titres ont un petit je-ne-sais-quoi qui me titille les esgourdes. Il faut dire que la filiation avec Wharflurch est assez marquée : du death gras, lourd, avec un chant d’outre-tombe. Une recette simple, éprouvée et rudement efficace. Mais dans le cas de Plasmodulated, Myk s’est affranchi de la touche « psychédélique » de Wharflurch et axe davantage son propos sur le Death, le vrai, sans trop de chichis (même si le final du titre éponyme et ses lignes de guitare m’évoquent du Vital Remains sans que j’arrive véritablement à mettre exactement le doigt sur le pourquoi de ce ressenti).

Alors, Plasmodulated, simple escapade entre deux sorties dans une discographie de Wharflurch en développement rapide (déjà 14 sorties en à peine 3 ans) ou projet à part entière ? Difficile à dire pour l’heure, mais si vous aimez votre death gras et simple, cette démo vous fera passer un bon quart d’heure.

6,5/10

Bandcamp officiel

Personal Records – 2022
Tracklist (16:51) 1. Intolerable Stench Place 2. Gross Cave 3. Microscopic Horror 4. Plasmodulated 5. Protoplasmic Transformation

Imperial Triumphant – Spirit Of Ecstasy

Il y a deux ans presque jour pour jour, entre deux confinements, Imperial Triumphant sortait Alphaville, un album marquant qui, si j’avais pris le temps d’établir mon top 10 de l’année, aurait certainement trusté le podium en très belle compagnie. Et aujourd’hui, alors que le coronavirus a laissé place à la guerre en Ukraine, les New-Yorkais se rappellent à notre bon souvenir avec une nouvelle plaque qui se dévoile presque à contre-cœur.

Lors de la première écoute, mon impatience s’est rapidement muée en sentiments mitigés. Moins direct qu’Alphaville, plus ardu à suivre, Spirit Of Ecstasy accapare l’attention de son auditeur. Pas question de mettre l’album en musique de fond et de le suivre distraitement tout en vaquant à d’autres occupations ! Spirit Of Ecstasy est exigeant, touffu, et chaque morceau mériterait d’être écouté encore et encore individuellement avant de passer au suivant plutôt que de s’enfourner la galette d’une traite.

Spirit Of Ecstasy n’est pas une simple évolution d’Alphaville, loin de là. Le groupe conserve certes sa recette éprouvée, mais en déplaçant tous les curseurs vers le haut. Un peu comme ces jeux vidéo qui vous proposent un premier niveau d’entrainement très simple avant de passer très rapidement à la vitesse supérieure et vous laissant l’air con et la manette en main alors que votre personnage est en train de se prendre une turbo-branlée. L’exemple le plus flagrant : « In The Pleasure Of Their Company ». Pas un mot, 6 minutes et 43 secondes où la chaleur du jazz et la froideur du Black cohabitent, s’enlacent, se magnifient. C’est difficile à suivre, certes, mais ce mariage entre genres si opposés tient la route. On retiendra aussi, dans les incontournables de cet album, le terrifiant « Bezumnaya », véritable ode à la folie, ou encore « Merkurius Gilded » et son guest improbable en la personne de Kenny G.

Il y a deux ans, lors de la sortie d’Alphaville, j’avais été tenté de dire qu’Imperial Triumphant redéfinissait un genre. J’avais tort. Imperial Triumphant est en train de façonner un genre. Sans sombrer dans la facilité, le trio nous livre un album qui se mérite. À une époque où tellement de sorties se succèdent chaque semaine, le pari est risqué, mais la qualité est telle qu’il serait dommage de passer à côté d’un tel chef-d’œuvre.

9,5/10

Facebook officiel

Century Media Records – 2022
Tracklist (54:43) 1. Chump Change 2. Metrovertigo 3. Tower of Glory, City of Shame 4. Merkurius Gilded 5. Death on a Highway 6. In the Pleasure of their Company 7. Bezumnaya 8. Maximalist Scream