Dubcore. Voilà, c’était dans l’air du temps, ce n’était plus qu’une question de temps avant que ce genre, mariage improbable du Metalcore/Deathcore et du Dubstep ne voie le jour. Korn avait déjà levé un coin du rideau en alliant ses forces à Skrillex et d’autres trublions dubstep, les suédois de Beyond All Recognition vont encore plus loin en proposant un album entier et « fait maison » de ce nouveau genre. Les Mayas n’auraient-ils pas finalement raison ?
Au menu, donc, une grosse louche de Deathcore de base. Vous savez, ce bon gros Deathcore aux riffs tectoniques, aux breakdowns/moshparts pesantes, au chant mi hurlé, mi ours en rut. Oui, ce Deathcore-là, le Deathcore que les méchus adorent et qui donnent des nausées aux puristes. Ajoutez-y une belle pincée de dubstep. Vous savez, ce bon vieux dubstep, tout en rythmiques apocalyptiques, en grincements de ferraille et autres gémissements érotiques de robots s’accouplant dans une usine de vuvuzelas. Secouez le tout et vous avez Drop=Dead. Des robots à mèches qui s’enculent allègrement dans une entreprise de recyclage des déchets, en quelque sorte.
Je te vois venir, petit méchu à casquette et aux oreilles trouées par des jantes alu de 14 pouces, tu te planteras devant moi, bras tatoués multicolor croisés sur ta frêle poitrine d’adolescent à peine pubère et tu me traiteras de tous les noms d’oiseau qui te passent par l’esprit, me taxant de fermeture d’esprit et de passéisme. Enfin, non, tu n’utiliseras pas ces mots compliqués, tu me diras plutôt « oua hé, l’aut’ vieux con, il est has been, c’est tro Br00tal pour lui ». Eh bien non. Ce n’est pas « tro Br00tal », comme tu l’évoques si naïvement. Malgré sa débauche d’effets sonores électro et ses rythmiques dubstep, Beyond All Recognition n’est pas vraiment brutal. Au contraire, il est presque catchy, pop à certains égards. Et puis, il souffre de ses inévitables fautes de goût, comme ce refrain gayzor au chant clair aussi déplacé qu’un « Je t’aime » dans un film porno fétichiste allemand. Je ne peux certes pas nier que le tout est bien né, en quelque sorte : les différents éléments se raccordent bien (sauf cet affreux chant clair. Bordel, ça sonne comme un pet pendant un enterrement), on sent un travail acharné derrière cet album pour donner un produit final cohérent… Mais ça ne me touche pas.
Peut-être sommes-nous arrivés à un tournant. Peut-être que Beyond All Recognition sera le Black Sabbath, le Bathory, le Death de son genre : un précurseur, un pionnier d’un genre nouveau qui survivra au premier effet de mode et aux critiques acerbes. Peut-être pas. Seul l’avenir pourra nous le dire… mais une chose est sûre : quitte à passer pour un vieux con, je resterai plus que certainement du côté des critiques.
Mister Patate (4/10)
Napalm Records – 2012
Tracklist 1. Characters 2. What We'll Die to Defend 3. True Story (feat. Dennis Andersson from The Drake Equation) 4. Drop = Dead 5. Arriving With the Sun 6. Brace Yourself (feat. Bjorn Strid from Soilwork) 7. Smoke and Mirrors 8. Bitch Please 9. Legends 10. End of Recognition 11. Smoke and Mirrors (Dirty & Twisted Remix)
En 6 ans, depuis son excellent Eschaton, la paire infernale Dave Hunt – Mick Kenney nous aura donc inondé les conduits auditifs d’un flot de haine subdivisé en 5 chapitres, 5 albums dont le dénominateur commun est la folie. Une folie traduite en musique, une déferlante de négativité sur fond de riffs vicieux, de rythmiques démentes et d’une multitude de hurlements. Par ailleurs, non contents de nous en mettre plein les dents sur chaque album, ce furieux duo a toujours su progresser, se surpasser pour mieux nous surprendre, mieux nous subjuguer, mieux nous écraser. Passion, le petit dernier en date, avait d’ailleurs fait l’effet d’un sacré pavé dans la mare. Anaal Nathrakh avait-il atteint ses limites ? Vanitas serait-il à la hauteur de nos attentes ? Cet album repoussera-t-il encore les limites du combo ? Autant de questions qui me torturaient et qui ont trouvé une réponse presque évidente après quelques écoutes de ce nouvel effort Thrakhien.
Je le savais. J’aurais dû m’en douter. C’était trop beau pour être vrai, il fallait que, tôt ou tard, mes espoirs se cassent la gueule. C’est moche. The Powerless Rise, dernier véritable méfait d’AILD en date (si l’on oublie Decas, la compilation inutile) avait laissé miroiter un certain potentiel terni par une production un peu faiblarde et j’avais espéré que le groupe saurait capitaliser sur cette base encourageante et évoluerait dans le bon sens, malgré ses quelques défauts (le chant clair étant, bien entendu, un défaut. Si tu veux du chant clair, retourne écouter Epica). Hélas, il semble qu’il existe une règle tacite selon laquelle tout groupe ricain de Metalcore finira toujours, invariablement, par se laisser séduire par les sirènes du grand public… et ça ne se passe jamais sans grincements de dents.