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Prenez un des frontmen les plus emblématiques du Death Metal, associez-le à un musicien de talent, que dis-je, à un véritable homme-orchestre aussi à l’aise derrière une batterie qu’à la guitare ou à la basse et, enfin, à l’ancien batteur de The Black Dahlia Murder, secouez bien le tout et voilà le tout nouveau super-groupe qui va tous nous séduire. Simpliste, cette intro ? Certes, mais comment décrire différemment ce trio infernal Corpsegrinder – Adam Dutkiewicz – Shannon Lucas ? Sur le papier, malgré le fait que ces musiciens n’officiaient pas vraiment dans la même ligue, on se prend à se demander ce que donnera cette union… Et la première écoute de cet album éponyme a dissipé toutes mes craintes et confirmé le potentiel explosif de cette formation.

Ceux qui s’attendaient à un clone de Cannibal Corpse en seront pour leurs frais : Serpentine Dominion ne joue pas dans la même ligue. En effet, le cocktail proposé par Serpentine Dominion est plus varié, loin du « simple » Death brutal de papa que la bande à Corpsegrinder nous dégueule à la face depuis Eaten Back To Life. Certes, certains morceaux sont taillés dans la même veine (« On The Brink Of Devastation » en tête), mais le reste de l’album s’avère bien plus varié, avec passages plus typés Metalcore/Deathcore, quelques refrains en chant clair en contrepoint du chant hurlé (imaginez la collision frontale entre Killswitch Engage et Cannibal Corpse et vous aurez une bonne idée du truc) et une capacité à ralentir le tempo sans pour autant tomber dans le mid tempo poisseux des titres les plus lents de Cannibal Corpse.

Serpentine Dominion a su piocher dans les éléments des groupes d’origine de ses membres pour nous proposer une formule nouvelle et intéressante. Je n’aurais que deux reproches. Tout d’abord, sa durée, qui le classe presque dans la rubrique des « gros ep ». Enfin, et c’est peut-être plus gênant, cette question qui se pose : au vu du temps qu’il aura fallu au groupe pour se former et pour composer ensemble (les premiers contacts remontent à 2009), n’est-ce pas un feu de paille ? Ces musiciens seraient-ils prêts à consacrer moins de temps à leurs projets respectifs bien plus importants pour pérenniser Serpentine Dominion ? Personnellement, j’en doute. Pour l’heure, je me contenterai de profiter de l’instant présent et de cet album bien né.

Mister Patate (8,5/10)

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Metal Blade Records / 2016
Tracklist (25:50) 1. Intro 2. The Vengeance in Me 3. Vanquished unto Thee 4. Divide, Conquer, Burn, and Destroy 5. Sovereign Hate 6. On the Brink of Devastation 7. Jagged Cross Legion 8. Prelude 9. This Endless War

Strapping Young Lad – City

En matière d’extrémisme musical, il est amusant de voir à quel point certains groupes mettent tout en œuvre pour toujours repousser leurs limites, qui ont fait du jusqu’au-boutisme leur cheval de bataille. Et à ce petit jeu, rares sont ceux qui arrivent aujourd’hui à rivaliser à un album qui est sorti il y a près de 20 ans : City, deuxième effort des Canadiens de Strapping Young Lad.

J’ai appris à redécouvrir City il y a maintenant quelques années, à l’occasion du rangement de mes disques. Au milieu de la pile d’albums qui prenaient la poussière, il y avait cette pochette, noire, indistincte, frappée d’un logo rouge. Devin avait annoncé quelques mois auparavant la fin du groupe, et me voilà au milieu de ma chambre, City entre les mains. Alors, dans la boîte des trucs à vendre ? Histoire de n’avoir aucun regret, je le repassai une dernière fois.

Et cette dernière fois fut la première d’une très longue série, encore active aujourd’hui. À l’instar de Leprosy, il ne se passe pas une semaine sans que je réécoute City, que je m’émerveille devant une telle débauche d’énergie et que je regrette amèrement la décision de Devin Townsend d’avoir quitté le côté obscur pour faire de la pop mélodique et sucrée. Et comme Leprosy, City est un album parfait.

Son secret ? Il est difficile à expliquer. En effet, City est un bloc qui se déguste (ou se subit, tout dépend des sensibilités de l’auditeur) d’une traite, et le bougre en a dans le ventre. Que ce soit dans son diptyque d’ouverture « Velvet Kevorkian » – « All Hail The New Flesh », dans l’enchaînement ravageur « Oh My Fucking God » – « Detox » – « Home Nucleonics » ou avec son final ravageur sur le pesant « Spirituality », City ne souffre pas de la moindre faiblesse. Devin fait mouche. Même lorsqu’il expérimente sur un « Room 429 » atypique sur cet album, plus mid tempo, avec ce refrain entêtant.

À vrai dire, si Devin avait voulu sortir à l’époque un best of du groupe, il aurait pu simplement proposer une réédition de City avec les deux premiers titres de Heavy As A Really Heavy Thing en bonus. City est un pilier du Metal industriel extrême. Tous les ingrédients étaient réunis : une section rythmique basse-batterie de classe mondiale, un guitariste talentueux. Il ne manquait d’une étincelle de folie, et qui d’autre que Devin, compositeur de génie, pouvait l’apporter ? Tour à tour furieux et aérien, étouffant et lumineux, City est un cran au-dessus. Même Strapping Young Lad n’est jamais parvenu à faire aussi bien (même si le groupe s’en était rapproché avec le monstrueux album éponyme sorti en 2003).

Mister Patate (10/10)

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Century Media Records / 1997
Tracklist (39:22) 1. Velvet Kevorkian 2. All Hail the New Flesh 3. Oh, My Fucking God 4. Detox 5. Home Nucleonics 6. AAA 7. Underneath the Waves 8. Room 429 (Cop Shoot Cop cover) 9. Spirituality 

 

Meshuggah – The Violent Sleep Of Reason

Meshuggah, un groupe qui divise. Visionnaire pour les uns, cliniquement complexe pour les autres, les Suédois ne laissent personne indifférent. La preuve ? Même le site Metal-Archives rechigne à le classer dans le Metal et justifie sa présence sur ses pages par les premiers albums du groupe, catalogués en groove/thrash technique. Personnellement, ces histoires d’étiquette ne m’intéressent pas. Ce qui m’intéresse, c’est le sentiment suscité par la musique, et à ce petit jeu-là, The Violent Sleep Of Reason m’a séduit.

Son prédécesseur, Koloss, m’avait donné l’impression d’un album « light », plus accessible. Cette évolution pouvait laisser entrevoir une volonté du groupe de mettre de l’eau dans son vin, de poursuivre sa mue. Mais il n’en est rien. Sur The Violent Sleep Of Reason, Meshuggah revient à ce qui faisait son charme, à ses dissonances, ses cassures de rythme, ses structures complexes qui suscitent un sentiment continu de tension. Et c’est sous cette forme que Meshuggah est le plus efficace. Oh, on peut leur reprocher leur côté chirurgical et, surtout, un énorme manque de spontanéité. Chaque pièce du puzzle doit être parfaitement fixée à sa voisine pour que l’ensemble tienne bon. Là où certains albums, dans d’autres genres, semblent tenir avec trois bouts de ficelle et un chewing gum tout en gardant une efficacité imparable, Meshuggah fait l’effet d’une horloge atomique.

Après un interlude plus accessible, The Violent Sleep Of Reason fait l’effet d’un « retour aux sources » pour la bande d’Umea. Les parrains du Djent prouvent à nouveau qu’ils ne tolèrent aucune concurrence sur leurs terres. Pendant que 99 % des artistes se contentent de suivre les règles du jeu et de singer leurs idoles, Meshuggah reprend ses manuels, les dépoussière, les restructure et établit lui-même ses règles. Du grand art.

Mister Patate (9/10)

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Nuclear Blast Records / 2016
Tracklist (58:55) 1. Clockworks 2. Born in Dissonance 3. MonstroCity 4. By the Ton 5. Violent Sleep of Reason 6. Ivory Tower 7. Stifled 8. Nostrum 9. Our Rage Won't Die 10. Into Decay