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Marduk – Those Of The Unlight

J’avoue que je ne me replonge pas assez souvent dans les grands classiques, à plus forte raison quand il s’agit de Marduk, un groupe majeur à mes yeux, celui qui m’a fait découvrir le Black Metal par l’intermédiaire d’un pote qui m’avait prêté Heaven Shall Burn… When We Are Gathered (un coup de foudre immédiat). Je persiste à dire que le premier âge d’or de Marduk débute par Heaven Shall Burn (et l’arrivée de Legion), j’estime toujours que l’arrivée de Mortuus en 2004 a permis de relancer un groupe en perte de vitesse… mais merde quoi, il y a eu un Marduk avant Legion, et ce Marduk-là n’a pas grand-chose à envier à son successeur.

Those Of The Unlight, donc, sort en 1993, un an après Dark Endless et à la veille du millésime 1994 (l’année de tous les chefs-d’œuvre du Metal noir). À l’époque, c’est Joakim Av Gravf (alias Jocke Göthberg, frontman de Dimension Zero) qui assurait à la fois le chant et la batterie, accompagnés de B.War à la basse et du tandem Devo/Morgan à la guitare. Et à l’époque, Marduk n’était pas encore la machine de guerre qui a (trop ?) souvent tendance à surenchérir dans la brutalité et la rapidité. Those Of The Unlight (et Opus Nocturne, dans une certaine mesure) dévoile une facette de Marduk trop peu souvent utilisée. Le travail de composition sur cet album est vraiment incroyable. Il suffit de réécouter cet album après un Panzer Division Marduk pour se rendre compte à quel point cet album est pointu.

Pas de course à la vitesse, pas de Black Metal pur et dur, Marduk donne l’impression d’un groupe qui se cherche encore un peu, avec une base Black Metal marquée agrémentée ici et là de quelques éléments « étrangers » (une touche de Death, un petit feeling heavy, un ou deux riffs presque thrashisants…). Mais il est aussi – et surtout – un groupe qui ose, avec notamment l’instrumental « Echoes From The Past » et son final doomesque et épique à souhait. Et puis, ce son ! Cette prod’ signée Dan Swanö !

En 1993, Marduk n’était pas encore le monstre sacré qu’il est aujourd’hui. Those Of The Unlight forme, avec Opus Nocturne, une époque-charnière pour le groupe, s’affranchissant de ses premiers amours, mais pas encore ancré dans le Black Metal radical qu’il allait adopter quelques années plus tard. Avec ses quelques morceaux devenus entre-temps incontournables en concert et ses moments de bravoure, Those Of The Unlight permettait déjà au groupe d’afficher ses ambitions…

Mister Patate (8/10)

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Osmose Productions / 1993
Tracklist (37:29) 1. Darkness Breeds Immortality 2. Those of the Unlight 3. Wolves 4. On Darkened Wings 5. Burn My Coffin 6. A Sculpture of the Night 7. Echoes From The Past 8. Stone Stands Its Silent Vigil

 

Voici l'album de Death Metal de l'année. Voire même de la décennie. Voici peut-être l'album de l'année tout court. Voici un groupe qui a su, en l'espace d'un double EP, dévoiler deux facettes antinomiques de son talent avec une réussite insolente. Un groupe qui a su scinder les deux éléments de son succès pour encore les magnifier. 

D'un côté, il y a Disposal Of The Dead. La brutalité. Rugueux, violent, bas de plafond (ils qualifient d'ailleurs cet ep de "caveman death metal"), ce premier EP dévoile Defeated Sanity sous son jour le plus primaire. En guise de cadeau d'adieu, Konstantin Lühring (qui officiait déjà sur Passages Into Deformity) livre une prestation dantesque, gutturale à souhait, et ses compères s'en donnent à coeur joie pour jouer plus fort, plus vite, plus lourd. Aux limites du slam, Defeated Sanity annihile tout sur son passage et tutoie les poids lourds du genre.

De l'autre côté, il y a Dharmata. Changement de décor radical. Ici, le fil conducteur est la technicité. Les musiciens livrent ici un véritable travail d'orfèvre, que ce soit au niveau des rythmiques (tout en finesse), de la guitare ou de la basse (qui joue ici un rôle énorme et apporte une rondeur parfaite au propos). Et pour accompagner ce petit bijou musical, Max Phelps (Cynic, Death To All). Un choix judicieux, tant Defeated Sanity s'éloigne de ses terres brutales d'origine pour venir chasser sur un territoire plus proche de celui des derniers Death. 

Plutôt que de vouloir jouer simultanément sur deux tableaux, Defeated Sanity a fait le choix risqué de scinder ses ambitions en deux et de livrer deux copies "pures" plutôt qu'une copie mixte. Le résultat est époustouflant. À l'écoute des deux EP, il est difficile de croire que ce sont les mêmes compositeurs. Une véritable leçon de maîtrise. Chapeau. Je ne vois pas vraiment qui pourra faire mieux que Defeated Sanity cette année…

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Mister Patate (10/10)

Willowtip Records / 2016
Tracklist (47:52) 1. Remotio Mortuorum 2. Into the Soil 3. Consuming Grief 4. Generosity of the Deceased 5. Suttee 6. The Bell 7. Dharmata 8. The Mesmerizing Light 9. At One with Wrath 10. The Quest for Non-Existence 11. Return to Samsara

Forteresse – Thèmes pour la Rébellion

10 ans au compteur. Déjà quelques albums sous le bras. Un des instigateurs du Metal Noir Québécois. Et pourtant, il aura fallu attendre 2016 et la sortie de Thèmes pour la Rébellion pour que je découvre enfin Forteresse. Lacune coupable dans ma culture générale ? En quelque sorte, oui, du moins si le reste de la discographie du groupe est du même niveau que cet album.

Passé une intro presque anecdotique, les choses sérieuses commencent avec « Spectre de la rébellion ». Quelle fougue ! Quelle hargne ! L’étiquette Black ambient collée au groupe m’avait préparé à un album contemplatif, je me retrouve saisi dans un tourbillon Black Metal épique et grandiose. Le riffing est précis, acéré tout en restant mélodique, presque lumineux. La section rythmique imprime un tempo effréné à la galette sans pour autant tomber dans le linéaire. La finesse du jeu de cymbales, les roulements de toms, les variations dans le jeu… Ils sont rares, les groupes de Black capables d’une telle performance à la batterie ! Je n’en vois que deux, à vrai dire : Mgla sur son dernier album, et Behemoth (Inferno est implacable dans tous les registres). Sur un plan musical, Forteresse frappe très, très fort. Les compos ont beau être menées tambour battant, les lignes de guitare ajoutent un apport mélodique et épique qui rend le tout digeste, accrocheur. Avec l’ajout judicieux, ici et là, de quelques samples de vent et un ou deux spoken words, Forteresse équilibre le tout et construit un album bien né.

On en oublierait presque de parler du chant. Un peu comme pour Cobalt (l’autre énorme de Black Metal de l’année), je lui reproche un peu sa linéarité. Et pourtant, quel autre chant pourrait mieux coller à cet album ? Il s’intègre parfaitement au paysage musical pour ne faire qu’un avec lui, mais quelques variations, ici et là, auraient peut-être encore plus transcendé l’album.

Mis à part quelques petits défauts (si je devais pinailler, je soulignerai la valeur ajoutée très limitée de l’outro « Le dernier voyage » qui finit l’album en mineur alors qu’il aurait pu finir sur une touche épique avec « Vespérales »), Forteresse livre un album majestueux. Avec Slow Forever de Cobalt, il fait partie des incontournables de cette année pour tout fan de Black Metal qui se respecte.

Mister Patate (9,5/10)

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Sepulchral Productions / 2016
Tracklist (42:47) 1. Aube de 1837 2. Spectre de la rébellion 3. Là où nous allons 4. Par la bouche de mes canons 5. Le Sang des héros 6. Forêt d'automne 7. Vespérales 8. Le dernier voyage