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Au fil des ans, Napalm Death a sensiblement fait évoluer son propos, quitte à s’aliéner une partie de sa fanbase initiale. Il est loin, le temps de Scum, de From Enslavement To Obliteration ! Depuis quelques albums, cette mouture de Napalm Death (j’ai presque envie de l’appeler le Napalm Death 2.0) semble s’être stabilisée, proposant un grind fortement empreint de Death avec, ici et là, quelques innovations ou expérimentations, et cet Apex Predator – Easy Meat s’inscrit lui aussi dans cette logique.

Une fois passée l’intro presque martiale, « Smash A Single Digit » nous plonge immédiatement dans le bain avec un morceau rentre-dedans à la « Sink Fast Let Go » : c’est bourrin, efficace tout en étant quelque peu convenu… Napalm Death ne réinvente pas sa conception de la roue et enchaîne avec quelques brûlots dans la plus pure tradition des derniers albums, et il faut attendre « Dear Slum Landlord » pour pouvoir se mettre quelque chose de différent sous la dent, avec cette mise en marche plus lente et le ton presque incantatoire de Barney.

Apex Predator – Easy Meat reprend les codes des trois albums précédents : un album résolument agressif, revendicateur, avec un ou deux petits écarts, histoire de briser la monotonie. Ceux qui avaient espéré un changement de cap au regard de l’artwork plutôt atypique (et que j’apprécie beaucoup, d’ailleurs) en seront pour leurs frais : Napalm Death s’est trouvé une voie et il ne s’en écarte plus (pour l’instant ?). Ceux qui ont porté aux nues Utilitarian ou Time Waits For No Slave se réjouiront donc de retrouver le groupe en pleine forme. Par contre, cet album ne viendra probablement pas apporter le moindre réconfort aux vieux de la vieille qui ne jurent que par Scum. Et c’est dommage, parce que Napalm Death est un de ces groupes qui a su évoluer intelligemment, sans tout à fait renier son héritage mais en gardant le regard bien devant lui.

Mister Porn (8,5/10)

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Century Media Records / 2015
Tracklist (39:57) 1. Apex Predator – Easy Meat 2. Smash a Single Digit 3. Metaphorically Screw You 4. How the Years Condemn 5. Stubborn Stains 6. Timeless Flogging 7. Dear Slum Landlord… 8. Cesspits 9. Bloodless Coup 10. Beyond the Pale 11. Stunt Your Growth 12. Hierarchies 13. One-Eyed 14. Adversarial / Copulating Snakes

 

 

One-Way Mirror – Capture

Je ne devrais pas perdre mon temps avec One Way Mirror, un des bébés de ce bon vieux Guimauve Bideau, aka « Mister Cavaillon » au vu du melon de l’individu. Je devrais m’intéresser à de vrais bons groupes, qui en bavent, qui vivotent sans label et redoublent de démarches pour être signés. Des groupes qui méritent que l’on s’intéresse à eux. Et pourtant, je suis derrière mon écran, en train de pianoter ces quelques lignes sur Capture, troisième (et dernier, espérons-le) effort poussif de One-Way Mirror.

Ouais, je ne perds pas de temps en politesses, parce qu’il arrive un moment où il faut être direct : One-Way Mirror est un groupe médiocre, faussement énervé et qui ne doit l’attention des labels qu’au CV bien fourni de ses membres. Mettez cinq inconnus dans un studio à la place des gus de OWM et vous n’aurez JAMAIS un label qui sera prêt à investir dans ce groupe. C’est mou, putain, c’est mou, le groupe donne clairement l’impression de faire un album à la va-vite, un truc facile à écouter, édulcoré au possible, et (si si c’est possible) encore moins inspiré et inspirant que son prédécesseur.

Et puis, il y a la reprise de « Lady Marmalade », et on touche le fond quand Guillaume, après la ligne de chant « Voulez-vous coucher avec moi ce soir ? » (putain, j’en reviens pas que j’écris ça pour un zine de METAL) ajoute un « j’espère bien ». ALERTE AU BEAUF ! Putain, Guimauve, tu essaies de détrôner Patrick Sébastien au panthéon de la beaufitude franchouillarde ? Tu nous fais la danse des Sardines quand tu passes en Belgique ? Allez, steuplé…

C’est décidé, je vais lancer une campagne Kickstarter. « Pour que One Way Mirror splitte ». En leur payant un aller simple pour la Corée du Nord, on devrait enfin en être débarrassés, et une place se libèrerait chez un label pour un groupe qui en vaut vraiment la peine.

Mister Porn (NO WAY Mirror/10)

Pavement Music / 2015
Tracklist (jour:sans pain) 1. Stinkin’ Of Gold 2. Neglected Skies 3. The Clock is Ticking 4. Speculations 5. Warnings 6. Confusion Core 7. Cliffs 8. Screenshot 9. Lady Marmalade 10. Fuck Your Autotune 11. Tomorrow Comes Fast 12. We Love to Complain

 

Qu’on le veuille ou non, le crowdfunding fait maintenant partie des pratiques utilisées par les groupes pour réaliser leurs projets. Ventes d’albums décevantes, labels frileux… Il ne faut pas chercher loin pour comprendre les raisons de cette évolution. En quelque sorte, le crowdfunding est une planche de salut pour bon nombre de groupes, mais voir certains récupérer cette démarche à des fins parfois questionnables me laisse perplexe.

Et pourtant, à la base, le crowdfunding en tant que mode de financement de l’enregistrement d’un nouvel album est séducteur sur le papier : le fan permet au groupe de partager – dans un premier temps avec les participants au projet de financement, et ensuite avec le monde – la musique qu’il a créée. The Project Hate fonctionne de la sorte depuis deux albums, en toute indépendance, et au final, cette démarche leur convient parfaitement. Le hic, c’est qu’un tel projet est voué à l’échec si le groupe en question n’est pas connu. Vous en connaissez beaucoup, vous, des personnes qui miseraient 20 euros sur un groupe inconnu ? Même les labels ne misent plus un kopek sur les jeunes talents ! Le crowdfunding n’est donc, en quelque sorte, qu’une solution pour les groupes établis qui, pour une raison X ou Y, souhaiteraient supprimer quelques intermédiaires… Et encore, des gros poissons comme Exivious (chez Season Of Mist) et Obituary (pourtant signé chez Relapse) ont eu recours au crowdfunding pour leur nouvel album… de là à dire que la pratique, un jour, se généralisera et que les labels se contenteront de promouvoir les albums que « leurs » groupes auront composés/enregistrés sans la moindre intervention financière du label, il n’y a qu’un pas que je ne franchirai pas.

Cependant, d’aucuns ont vite compris que le fan, à condition d’être correctement amadoué, est une vache à lait en puissance, bien plus généreuse qu’un label. Vous avez vu les montants dépensés par certains lors des enchères organisées par Megadeth quand Dave a vidé son grenier ? Apparemment, dépenser 50 euros pour une setlist signée (un bout de papier, quoi) n’est pas choquant pour un fan… mais revenons au crowdfunding…

Comme premier exemple (le plus récent en date), je pourrais citer celui de Loudblast, un « pilier du Death Metal français » (c’est pas moi qui le dis, d’où les guillemets) qui, en deux jours, a récolté 4.000 euros en vendant des goodies à ses fanboys pour aller faire la bamboche sur la route avec Death To All. « Partir en tournée » n’a jamais aussi bien rimé avec « mendicité », d’autant plus que le groupe en question laisse la campagne courir malgré l’objectif déjà atteint, histoire d’ajouter du pognon pour des « projets ultérieurs ». « Soutenons le groupe, donnons-lui de l’argent, il le mérite bien ». Il faut vraiment vous rappeler que le dernier album vraiment intéressant de Loudblast remonte au siècle dernier ?

Mais il y a bien pire.

Il y a ainsi le Kickstarter à 1.000.000 de dollars mené par Sepultura pour pouvoir sortir un documentaire sur les 30 ans du groupe. Un putain de million de dollars. Il va être réalisé par Michael Bay ? Il fallait acheter le silence de la femme de Max Cavalera ? Là aussi, mission accomplie, des fans du monde entier ont mis la main à la poche pour récolter ce montant. Dans un monde où on préfère laisser un clodo crever de faim dans la rue, voir des personnes du monde entier amasser un million pour un documentaire retraçant l’histoire d’un groupe qui vivote depuis des années (qui a dit « bientôt 20 ans » ?) me laisse songeur. Ou plutôt nauséeux.

EDIT (23/01) : Il faut savoir reconnaître quand on s'est planté. Le Kickstarter pour le documentaire sur les 30 ans de Sepultura visait à récolter 100.000 $ et il a échoué. Violemment échoué. Pour cette erreur, j'ai été fouetté 15 fois. Et j'ai aimé ça, grrrrr !

Il y a aussi – et c’est certainement le projet plus ridicule – la volonté de Wintersun de récolter des fonds auprès de ses fans pour construire son propre studio. Et pas un studio en carton, hein, non, le studio cosy, avec toutes les commodités, dont l’indispensable (ouais, ils sont finlandais) SAUNA ! Oui, vous ne rêvez pas. En précommandant l’album Time II au format MP3 (sortira-t-il un jour, d’ailleurs ?), le fan de Wintersun participe aux frais de construction d’un studio avec lequel le groupe pourra récupérer ses billes (en le louant à d’autres groupes, par exemple). Si quelqu’un a l’adresse du frontman de Wintersun, qu’il me la fasse parvenir et je lui enverrai deux briques. Ou un sac de ciment.

Alors, le crowdfunding, remède miracle ou attrape-nigauds ? Chacun se forgera sa propre opinion. En quelque sorte, certains pourraient considérer cette démarche comme du chantage. « Filez-nous votre caillasse, sinon vous n’aurez pas de nouvel album / de tournée qui passe dans votre pays ». Chacun est libre de faire ce qu’il veut de son argent, et s’il s’y retrouve au final, pourquoi pas ? Personnellement, je reste plus que mitigé. On peut être fan et soutenir un groupe sans pour autant lui payer tous ses caprices.