Avec une jolie régularité des allemands d’ORDEN OGAN reviennent nous voir avec un nouvel album sous le bras. Tous les deux ans, ils font apparaître de nouvelles chansons et ouvrent un nouveau chapitre de leur histoire. Ravenhead avait, en 2015, confirmé les promesses inaugurées par To the End (2012) montrant des musiciens sûrs de leur fait, à l’aise avec une identité musicale patiemment façonner. Avec Gunmen, les teutons reprennent le chemin exactement là où ils l’avaient laissé. Le Power métal mélodique est désormais gravé dans le marbre avec une patte assez vite reconnaissable. Les nappes de claviers ne manquent pas, la mélodie est mise en avant à travers des compositions aux refrains souvent imparables et le chant de Sebastian « Seeb » Levermann est devenu, au fil des années, un étendard bien reconnaissable.
En ouvrant le disque avec « Gunman », ORDEN OGAN veut frapper d’emblée vite et fort. Hyper accrocheur à la façon d’un « The Things We Believe In » ou d’un « Ravenhead », ce titre va vite devenir un titre majeur du groupe sur scène. Avec son intro grandiloquente et sa mélodie toute simple, vous n’y échapperez pas et cela vous restera dans la tête un bon moment. Fini les plans gothiques ou horreurs des marais, de façon assez inattendue, ORDEN OGAN se la joue western sur ce nouvel album. Bien sûr le surnaturel malsain reste présent mais cette fois-ci le tout se voit transposé dans les grands espaces nord-américains. Cette première chanson fait mouche mais un peu à l’image d’un SABATON, on ne peut pas échapper à cette impression persistante de déjà entendue. Les allemands se renouvellent pas et recycle bien souvent la même recette à deux trois différences près.
Les chansons s’enchaînent rapidement et l’auditeur ne verra pas le temps passer. La maîtrise et le professionnalisme du quatuor n’est plus à démontrer et la machine fonctionne à plein. Aucune faute de goût à signaler, le travail est sérieux et les standards d’ORDEN OGAN restent assez élevés. Cela n’empêche pas de naître petit à petit un sentiment de lassitude face à des chansons qui affichent toutes les mêmes caractéristiques. Les allemands peinent à se renouveler sur la longueur. Signalons quand même « Come With Me To The Other Side » avec l’apparition de Liv Kristine en guest. Après une introduction calme et douce, le titre monte crescendo en intensité. Les deux voix féminine et masculine se marrie harmonieusement et apporte un vrai plus à cette composition.
« Pourquoi changer une recette qui fonctionne ? » semble penser ORDEN OGAN. Si vous aimez Ravenhead et To the End, vous tomberez également sous le charme de Gunmen. Sur le fond comme sur la forme (pochette signée Andreas Marshall), les allemands livrent la marchandise attendue. La qualité reste au rendez-vous mais pas sûr que cette démarche puisse encore durer des années et des années. A force, ils risquent d’épuiser leur filon. Un homme averti en vaut deux.
Oshyrya (07/10)
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AFM Records / 2017
Tracklist (56:50 mn) 01. Gunman 02. Fields Of Sorrow 03. Forlorn And Forsaken 04. Vampire In Ghost Town 05. Come With Me To The Other Side (feat. Liv Kristine) 06. The Face Of Silence 07. Ashen Rain 08. Down Here (Wanted: Dead Or Alive) 09. One Last Chance 10. Finis Coronat Opus
Que faire quand votre groupe est en perte de vitesse, sans nouvel album (Novum Initium en 2013) depuis plus de quatre ans et sans dynamisme collectif ? Autant essayer de rallumer la flamme en faisant appel à un glorieux passé histoire de rappeler que son groupe bouge (encore) un peu. C’est la stratégie adoptée par Roland Grapow et ses camarades de MASTERPLAN avec un PumpKings consistant en une série de reprises de chansons composées par le guitariste allemand pour HELLOWEEN.
Ce disque retrace la période de Pink Bubbles Go Ape (1991) à The Dark Ride (2000) et fait l’effet d’une patchwork nostalgique. Grapow a su apporter sa contribution à l’édifice HELLOWEEN mais, à quelques exceptions près, il n’a pas été le compositeur ni le plus doué ni le plus prolifique des power métalleux allemands. Et le voir presque vingt ans plus tard devoir retaper dans ses archives pour avoir une actualité avec MASTERPLAN a de quoi rendre triste.
Dans le détail, tout un chacun prendra du plaisir à réécouter certains de ces titres. Sans conteste, la petite merveille de Grapow dans HELLOWEEN reste « The Time Of The Oath », un long titre à la fois puissant et majestueux. Comme toutes les chansons de PumpKings, cette version est très très très fidèle à l’originale avec quelques nappes de claviers en plus peut-être ici et là. Le guitariste annonce avoir durci le ton sur ces chansons mais ce n’est pas évident partout. Andi Deris a bien des détracteurs et il est intéressant de comparer sa prestation avec elle de Rick Altzi qui officie ici. Ce dernier reste un professionnel accompli et il offre ici une solide prestation. Deris met plus de cœur et de conviction dans son chant mais cette version 2017 est loin d’être ridicule. « The Dark Ride » reste une autre pépite de Grapow et prend naturellement sa place sur ce disque. L’intro s’avère être très légèrement modifiée (avec le All aboard de « Crazy Train » d’Ozzy Osbourne en bonus). Encore une fois Altzi fait le boulot mais son chant plus grave et monotone tranche avec la patte Deris.
À part ces deux joyaux, le reste est déjà beaucoup moins intéressant et ne figure pas dans les inoubliables d’HELLOWEEN. « Mr Ego », « The Chance » et « Escalation 666 » tirent leur épingle du jeu quand même, mais ne resteront quand même pas dans les annales. Les reprises sont très fidèles et peinent à apporter une valeur ajoutée évidente. C’est sans doute un peu plus lourd ici et là mais pas de quoi casser trois pattes à un canard.
MASTERPLAN et son leader Roland Grapow ont d’évidence perdu le feu sacré créatif. Ses activités de production doivent lui suffire tant l’envie de sortir un nouvel album du groupe semble ne pas exister. Les heures lumineuses et prometteuses avec Jorn Lande semblent lointaines à présent et l’avenir du groupe s’inscrit en pointillé. Pumpkins apparaît être un recyclage sans grand intérêt et ne passionnera ni les fans de MASTERPLAN ni ceux d’HELLOWEEN. Un joli gâchis.
Oshyrya (05/10)
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AFM Records / 2017
Tracklist (63:25 mn) 01. The Chance 02. Someone’s Crying 03. Mankind 04. Step Out Of Hell 05. Mr. Ego 06. Still We Go 07. Escalation 666 08. The Time Of The Oath 09. Music 10. The Dark Ride 11. Take Me Home
Les finlandais de WINTERSUN semblent prendre un malin plaisir à se compliquer la vie. Le premier album éponyme sort en 2004 et fait son petit effet sans non plus déchaîné la passion des foules. Après de multiples péripéties, la suite arrive en 2012 sous la forme de l’album Time I (chronique ici). Ce dernier s’avère être une totale surprise, une petite merveille death metal mélodique / symphonique inspirée comme jamais. On dit que la musique se bonifie comme le bon vin et c’est le cas de cet album que votre serviteur continue encore et encore d’écouter avec un plaisir non dissimulé. On se dit que la carrière du groupe est enfin lancée et que la deuxième partie Time II doit arriver rapidement.
Ce serait mal connaître Jari Mäenpää & co qui multiplient les erreurs et se mettent un paquet de monde à dos. Ils se brouillent avec leur label Nuclear Blast et les échanges acides par presse interposée s’enchaînent, ils créent la polémique en lançant une campagne de financement participatif osée pour se construire un studio particulier, bref la recette du désastre. On en vient à se demander si la groupe va survivre alors que Kai Hahto fait une longue pige chez NIGHTWISH. Finalement le groupe annonce un nouvel album mais pas Time II. Le nouvel opus arrive près de cinq ans après le précédent et se comme The Forest Seasons.
WINTERSUN semble être adepte de l’expression « plus c’est long, plus c’est bon » avec quatre titres consacrés à l’une des saisons et oscillant entre douze et quatorze minutes. C’était déjà le cas sur Time I mais la maestria et l’inventivité affichée rendait l’expérience très agréable. Autant Time I se positionnait sur un segment musique de film, très mélodique et symphonique, autant The Forest Seasons se veut plus classique et affiche un retour à des bases plus sombres, folk, une touche d’agressivité en plus. La marque de fabrique de Mäenpää et son talent évident surgissent à nouveau immédiatement mais WINTERSUN rappelle ici que cela reste un groupe extrême et qu’ils savent y faire dans le sombre et le violent malgré les orchestrations et toutes les fioritures disponibles. « Eternal Darkness (Autumn) » en particulier remet les pendules à l’heure entre les rythmiques très typées et le chant extrême à tous les étages. Mais la majorité des mélodies font mouche, les chœurs se mêlent à merveille avec la musique, WINTERSUN reste une horlogerie fine et complexe. A chaque nouvelle écoute, de nouvelles dimensions se dévoilent et l’auditeur ne peut être qu’impressionné face au travail de composition et de mise en place réalisé. Rien à redire concernant la production de The Forest Seasons, elle est excellente avec un son à la fois puissant et limpide.
Avec ce troisième album, WINTERSUN rentre dans le rang et revient à ses racines. Les ressemblances avec ENSIFERUM sont beaucoup plus évidentes qu’avec Time I. Printemps et été sont de petites merveilles qui nécessiteront du temps pour dévoiler tous leurs charmes. Automne et Hiver sont un peu moins convaincants, soit très bourrin (on croirait alors entendre CRADLE OF FILTH) soit un peu trop lent et presque ennuyeux. The Forest Seasons reste un disque de très grande qualité mais renouveler l’exploit de Time I était presque impossible. Rendez-vous dans de nombreuses années pour la suite des aventures des finlandais, Time II ou un autre album, impossible de faire des plans sur la comète.
Oshyrya (08/10)
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Nuclear Blast / 2017
Tracklist (54:01 mn) 01. Awaken from the Dark Slumber (Spring) 02. The Forest That Weeps (Summer) 03. Eternal Darkness (Autumn) 04. Loneliness (Winter)