Tous les goûts sont dans la nature mais RAPTOR KING semble tout faire pour ne pas mettre l’auditeur dans de bonnes dispositions. La pochette de cet EP dessert franchement le groupe et donne envie d’assez rapidement reposer le cd chez le disquaire. Nous vous encourageons cependant à ne pas céder à cette tentation et à donner sa chance au trio de Boulogne-Billancourt. La suite vous appartient mais il serait dommage de ne pas écouter ces chansons à cause de ce visuel.
Surprenant de lire qu’ils se qualifient eux-mêmes de groupe de sludge. Ce sont eux les spécialistes mais les cinq titres rapides et rentre-dedans présentés ici semblent difficilement rentrer dans cette catégorie. RAPTOR KING distille un heavy métal bourrin gavé de testostérone et enrichi de touches multiples entre punk, hardcore ou thrash. La musique reste assez accessible mais le power trio se démarque des autres par ses options au niveau du chant. Un chant clair, puissant et grave, est utilisé en alternance avec une voix beaucoup plus extrême, tantôt « growlée » tantôt hurlée et criarde. Cela peut avoir un certain charme mais le résultat laisse ici particulièrement dubitatif. RAPTOR KING se transforme en joli rouleau compresseur mais les titres s’enchaînent sans grâce ni charme. « Da Fuck Where I Just Lend » ouvre l’EP et laisse apparaître quelques jolies promesses avant que la suite ne se gâte. Au moins le trio semble faire preuve d’un bel humour et vit à fond son concept dinosaure.
Dinocracy reste bourrin du début à la fin et ne parvient pas à complètement convaincre. Quelques riffs pourront susciter un peu d’intérêt ici ou là mais sur la longueur, ces quelques éléments restent bien maigrelets. L’envie d’y retourner peine à émerger après chaque écoute. RAPTOR KING a raté sa cible.
Depuis dix-huit ans maintenant, les britanniques de SKINDRED poursuivent leur aventure et se plaisent à diffuser sur le monde leur musique libre et éclectique, un melting-pot d’influences variées et touffues. Moins de deux ans après Kill the Power, les voici déjà de retour avec un nouvel opus, Volume, sous le bras. Pour tous ceux qui ont déjà eu l’occasion de voir les gallois sur scène, difficile de résister au charisme et à l’énergie de son leader Benji Webbe. Une grande responsabilité repose sur ses épaules, avec l’aide de ses camarades, il insuffle une âme à ce groupe et possède le grain de folie qui marquera durablement les auditeurs.
Volume propose onze nouvelles chansons (complété de trois courts interludes) et s’inscrit dans la continuité d’albums marquant du passé du groupe comme Babylon (2002) ou Union Black (2011 – chronique ici). Ce brassage très large et sans frontière entre Metal, Rock, Reggae, Dancehall & Electronica constitue la patte du son des britanniques et ils font encore une fois feu de tout bois. Les compositions se veulent courtes et directes, en trois ou quatre minutes la messe est dite et on passe rapidement au titre suivant. Cela finit par donner une vraie couleur, un rythme, un groove assez jouissif à l’album au complet. « Under Attack » ouvre les hostilités avec ce riff lancinant et hypnotique digne d’un RAGE AGAINST THE MACHINE avant que Webbe n’y ajoute sa patte entre rock et reggae. Il s’avère difficile de résister et de ne pas rapidement taper du pied et secouer la tête en rythme. « Volume » poursuit sur la même lancée en durcissant un peu le ton mais en n’oubliant pas d’afficher une certaine excentricité sur le refrain. Cela étonne tout en ce manquant pas de charme. Tous n’adhéreront pas à ces excentricités mais cela fait partie de l’identité SKINDRED. Rien à redire du côté du son, la production est propre et met parfaitement en valeur le travail des musiciens.
Avec ce sixième opus, SKINDRED enfonce le clou et continue de battre le fer tant qu’il est chaud après Kill the Power. Encore plus que sur album, les britanniques offrent un spectacle très réjouissant, haut en couleur sur scène. En tournée ou en festival, vous auriez tort de vous en priver si l’occasion se présente. Volume reste en tout cas un disque tout à fait recommendable.
Tracklist (43:12 mn) 01. Under Attack 02. Volume 03. Hit The Ground 04. Shut Ya Mouth 05. I 06. The Healing 07. Sound The Siren 08. Saying It Now 09. II 10. Straight Jacket 11. III 12. No Justice 13. Stand Up 14. Three Words
Au petit jeu des ressemblances, quel est le point commun entre SERENITY, DELAIN et EVERON ? Sur le papier les approches présentent des similitudes puisque les uns et les autres évoluent dans une veine mélodique, progressive avec divers niveaux d’intensité (entre rock et métal). Mais désormais, ce nouveau projet appelé PHANTASMA unit les trois groupes. En effet, The Deviant Hearts associe le talent et la créativité de Georg Neuhauser (SERENITY), Oliver Philipps (EVERON) et Charlotte Wessels (DELAIN). Cette dernière s’est chargée de l’histoire, du concept de l’album, alors que les deux autres ont composé surtout la musique et les arrangements.
Comme bien souvent, un album concept implique une histoire fouillée avec de multiples personnages. Plusieurs invités de prestige ont donc prêté leur talent à ce projet en plus des trois géniteurs. Citons en quelques-uns comme Tom S. Englund (EVERGREY), Dennis Schunke (VAN CANTO) ou Chloe Lowery (TSO). La musique proposée se veut très mélodique et facilement accessible. Les orchestrations sont nombreuses, elles adoucissent le propos et le tranchant des guitares. Chaque titre se veut être accrocheur et tente de séduire l’auditeur dès la première écoute. Et reconnaissons que cela fonctionne plutôt bien dans l’ensemble. La chanson titre fera son petit effet et les fans de SERENITY ou de DELAIN retrouveront rapidement leurs petits. Les titres épiques (« Crimson Course » ou « Novaturient ») alternent avec les balades (« Try » et « The Lotus And The Willow ») dans un format assez court qui dépasse rarement les quatre minutes. PHANTASMA évite grâce à cela le piège des développements fastidieux qui tendent à gâcher le plaisir de certains de ces albums concepts qui n’n finissent pas. Les chansons les plus rapides restent les plus réussies, les balades tombant assez rapidement dans le mièvre. Au niveau du chant, Wessels et Neuhauser se taillent assez naturellement la part du lion mais ils offrent tous les deux une solide performance. Leur savoir-faire avec leur groupe n’est plus à démontrer.
Les trois têtes pensantes du projet PHANTASMA semblent avoir pris de plaisir lors de la conception de ce The Deviant Hearts. Ils se sont lancés un défi et ont su le relever haut la main. L’album s’avère riche et coloré, les fans des artistes et donc de leur groupe respectifs adhéreront sans problème. Séduire les autres sera plus ardu car malgré ses nombreuses qualités, PHANTASMA manque des quelques titres incontournables, des hits qui pourraient lui permettre de toucher un plus large public. Cette collaboration entre Neuhauser, Philipps et Wessels a su être fructueuse et pousse à espérer qu’elle se reproduira à l’avenir.
Tracklist (60:33 mn) 01. Incomplete 02. The Deviant Hearts 03. Runaway Grey 04. Try 05. Enter Dreamscape 06. Miserable Me 07. The Lotus And The Willow 08. Crimson Course 09. Carry Me Home 10. The Sound Of Fear 11. Novaturient 12. Let It Die