Nos compatriotes de BENIGHTED SOUL ont bien des choses à offrir aux fans de métal symphonique comme ils ont déjà pu le prouver à travers le deux premières sorties appréciés de cette rédaction: Anesidora (chronique ici) en 2008 puis surtout Start From Scratch (chronique là) paru en 2011. Mais les autres auront au moins la satisfaction d’avoir appris un mot et ainsi enrichi leur vocabulaire grâce à de deuxième album, Kenotic. Le terme français « kénotique » est un adjectif emprunté au vocabulaire théologique pour parler d’un phénomène relatif à la kénose c’est à dire au mouvement d’abaissement par lequel Jésus-Christ quitta ses attributs divins pour rejoindre l’humanité (merci Wikipédia). Bref, l’écoute de cet album touche au divin et mérite doc une écoute attentive de chacun d’entre vous.
En effet, après trois années de silence, les français n’ont pas fait les choses à moitié et nous reviennent inspirés et ambitieux. Saluons déjà la très belle pochette à la fois belle, subtile et complexe. Un grand bravo au groupe bien sûr mais surtout à Pierre-Alain D. de 3mmi Design (site ici). Mais la forme ne serait rien s’il n’y avait pas de fond et c’est dans le meilleur état d’esprit possible que l’auditeur s’émergera dans cette musique. BENIGHTED SOUL n’a jamais succomber à la tentation de tomber dans une démonstration technique stérile a toujours su intelligemment favoriser le feeling et la mélodie. Pour autant, Kenotic ne manque pas de complexité, les lignes mélodiques se mêlent et se démêlent avec grâce subtilement enrichis de nappes de claviers, d’orchestrations et de choeurs. La dimension visuelle du groupe n’a jamais été aussi prégnante, tout auditeur normalement constitué verra surgir devant lui des paysages et des scènes invoquées par des chansons de caractère comme « Halcyon Days » ou « Too Far Gone ». Ce petit goût d’Orient sombre et mystérieux ajoute encore aux charmes de ce disque qui nous invite à voyager à travers les mythes et les religions qui imprègnent notre culture moderne.
Comme sur Start from Scratch, comment ne pas être impressionné par le savoir-faire et la subtilité de la musique proposée ? Le groupe a encore su progresser pour offrir des chansons complexes mais toujours attrayantes. Le chant de Géraldine Gadaut prend une nouvelle ampleur et elle évoque de plus en plus Charlotte Wessels (DELAIN) voir Anneke van Giersbergen (ex-THE GATHERING), surtout quand elle double sa propre voix. Les touches de chant extrême masculin apportent une épaisseur supplémentaire de bon aloi. A l’écoute de Kenotic j’ai pensé tout à tout à l’Into the Electric Castle d’AYREON et au V: The New Mythology Suite de SYMPHONY X, deux albums absolument monstrueux. Sans atteindre la maestria du néerlandais et des américains, BENIGHTED SOUL s’en rapproche et ce n’est pas un petit exploit. Saluons également le travail de production très professionnel et tout à fait au standards européens.
Finalement, Kenotic montre un groupe au meilleur de sa forme et la performance est un quasi sans faute. A l'image de Start from Scratch, il me semble que l’album souffre de quelques longueurs et aurait été encore plus compact et efficace en retirant deux titres (les deux derniers et surtout « Bound » aux envolées disons maladroites). Mais pour le reste c’est du tout bon et il faut maintenant espérer que BENIGHTED SOUL puisse, grâce à Kenotic, se faire un nom au niveau européen et toucher un beaucoup plus large public. En comparaison des albums de DELAIN, WITHIN TEMPTATION, DIABULUS IN MUSICA, AMBERIAN DAWN… sortis cette année, nos compatriotes n’ont plus de complexe à faire.
Oshyrya (08/10)
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Savage Prod – Season of Mist / 2014
Tracklist (68:04 mn) 01. Halcyon Days 02. Too Far Gone 03. Si Se Non Noverit 04. Only Make-Believe 05. Martingale 06. Pent-up 07. Enlightenment 08. The Shallow and The Deep 09. Let You Win 10. Threshold Exceeded 11. Bound 12. One Last Harvest
SEASON OF GHOST où l’alliance improbable entre la Grèce, l’Italie et le Japon. En effet, les gens de bons goûts avaient eu l’occasion de découvrir le talent et surtout le joli brin de voix de Sophia Aslanidou via sa participation à l’album εpsilon (chronique ici) des BLOOD STAIN CHILD. C’était la voix féminine qui répondait et contrebalançait le chant extrême masculin de RYO. L’aventure n’a duré malheureusement que deux ans mais la belle hellène (drôle non ?) n’aura pas chômé depuis en prenant part à différents projets du label italien Coroner Records (comme ZOMBIE SAM ou Imaginary Flying Machines) Mais voici la pièce maîtresse du retour de Sophia sur le devant de la scène sous la forme de ce premier disque de son nouveau groupe SEASON OF GHOSTS.
The Human Paradox est une entreprise artistique née en octobre 2013 et qui regroupe Sophia donc ainsi que la crème des artistes transalpins de son label Coroner Records: Ettore Rigotti (DISARMONIA MUNDI), Zombie Sam et Neroargento. SEASON OF GHOSTS a été imaginé comme le réceptacle d’une musique inventive et originale mélangeant allégrement musique extrême, sons électroniques, et lignes vocales enivrantes, le tout dans un contexte mêlant science-fiction et film d’horreur. Je devine que cela peut sembler bien brumeux mais tout fait sens à l’écoute de ces douze nouvelles compositions. Le travail de la chanteuse au sein des japonais de BLOOD STAIN CHILD apporte déjà bien des clés pour saisir la démarche mise en œuvre ici.
La continuité entre les deux groupes est évidente. L’approche est assez similaire même si le chant clair féminin a nettement pris le pas sur les quelques touches extrêmes masculines. La musique de SEASON OF GHOST ressemble à un jaillissement de couleurs et d’énergie, la dose d’adrénaline est impressionnante. Des riffs puissants et rapides s’enchainent à haute vitesse, très efficacement soutenus par une section rythmique endiablée et enrichis de boucles et sonorités typiquement électro. Si vous ajoutez au mélange la voix chaude et riche de Sophia Aslanidou, vous obtenez une boisson énergisante qui ferait pâlir le taureau rouge. Sans pouvoir vraiment l’expliquer, The Human Paradox contient encore une belle touche nippone malgré l’origine européenne de ses géniteurs. Le côté bande-originale est très présent, la musique proposée possède une dimension très visuelle et a rappelé à votre serviteur les superbes BOF de mangas. N’y voyez surtout pas là une critique tant l’animation japonaise recèle de trésors musicaux (l’œuvre de Yoko Kanno pour citer une référence géniale). Le groupe excelle aussi dans une approche plus douce et subtile comme le prouve la chanson titre ou le presque techno « [NE]: MESIS – The Kiss Of Justice ».
Franchement, SEASON OF GHOST apporte un vent de fraicheur salvateur par son côté lumineux, ébouriffant. Tout n’est pas parfait avec quelques chansons un peu en deçà mais l’impression générale reste très très très positive. Cela faisait longtemps que je n’avais pas reçu une telle claque, une dose d’adrénaline directement dans le cœur.
Oshyrya (08/10)
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Coroner Records / 2014
Tracklist (48:31 mn) 01. Nothing Disappears Without A Trace 02. Genesis – The Phoenix Syndrome 03. Time Travellers 04. Dream; Paralysis 05. The Human Paradox 06. [NE]: MESIS – The Kiss Of Justice 07. Beautiful Eternal Things 08. Dreaming In The Gray Lands 09. The Road To Acheron 10. Quantum – Through The Looking Glass 11. Reincarnation 12. There And Back Again
L’habit fait le moine affirme le dicton populaire. En ce qui concerne les suédois de NITRODIVE, il suffit de voir la pochette de ce disque pour se faire une (très bonne) idée de ce que propose le groupe. Et nos amis ont d’entrée mis tous les atouts de leur côté pour percer puis faire un carton sur le marché scandinave avec leur Alternative Rock / Punk Rock fédérateur. Une bonne fée semble s’être penchée sur leur berceau, jugez plutôt :
NITRODIVE a vu le jour début 2009 en publiant un premier EP titré Breaking the Silence produit par Henryk Lipp (HELLACOPTERS, DAD). Ils signent alors rapidement avec Gain Music Entertainment (HARDCORE SUPERSTAR, MUSTASCH et CRASHDIET) et tournent un clip avec Patric Ullaeus. Un album devenait indispensable ce qui sera fait avec la sortie de Survival of the Fittest en 2011. Le disque a été mis en boite aux In Flames Studios de Göteborg sous la houlette de Roberto Laghi avec la présence de Danko Jones en invité spécial. Et ce qui devait arriver arriva et les NITRODIVE se voient alors propulser en tête des charts rock suédois. Suit naturellement une tournée avant de se remettre au boulot. Voici la suite de leurs aventures avec un deuxième album, Re-Evolution.
La musique proposée est sans conteste diablement efficace mais ce côté très construit, formaté, marketé pour plaire au grand public laisse une certaine amertume dans la bouche. Le trio possède un vrai talent pour pondre à la chaîne des tubes punk rock bourrés d’énergie et d’adrénaline mais on peut désespérément chercher une once d’originalité et même de personnalité là-dedans. En lisant l’histoire du groupe narrée ci-dessus vous vous rendez bien compte que tout ceci est trop beau et qu’une belle dose d’opportunisme est à l’œuvre ici. Toutes les chansons tournent autour des trois minutes et sont construites sur exactement le même moule. Ensuite tout le savoir-faire est de pouvoir varier les tempi, les refrains et les mélodies pour accoucher de dix nouvelles chansons. Re-Evolution s’avère être une entreprise menée tambour battant, sans temps mort, et qui se termine très rapidement après un peu plus d’une demi-heure. Cela fait bien chiche à mon goût. Rien à redire par contre du côté de la production, limpide et puissante signé du célèbre producteur suédois Thomas ”Plec” Johansson.
Donc si on résume, avec Re-Evolution, NITRODIVE fait le boulot et livre la marchandise attendue avec l’énergie et les paillettes nécessaires. C’est le carton (presque) assuré au moins en Suède. Mission accomplie, mesdames et messieurs. Maintenant sur le fond, il est tentant de tomber dans le panneau à l’écoute de quelques-unes de ces chansons d’une redoutable efficacité. Par contre, la lassitude arrive vite ainsi que l’impression d’être un peu pris pour un pigeon. Re-Evolution a de quoi apporter un certain plaisir (fugace), l’essentiel est de ne pas être dupe.
Oshyrya (5,5/10)
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Gain Music / 2014
Tracklist (32:27 mn) 01. Re-Evolution 02. Dance 03. Back To Stay 04. Dead Or Alive 05. Someday 06. Woman 07. Wake Up 08. Bad Blood 09. Because Of You 10. Dying To Live