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oshy_27102014_Sonat_ArcticMais dans quelle galère se sont embarqués les finlandais de SONATA ARTICA ? Qui a eu l’idée saugrenue de vouloir réenregistrer quinze ans après le premier album ? D’après les interviews, cette divine initiative viendrait du label japonais qui aurait mieux fait de la fermer ce jour-là. Revenir sur le passé, tenter de refaire les choses quinze ans plus tard n’est jamais une bonne idée. La nostalgie est amusante deux minutes mais la déception est souvent présente au bout du chemin. Allez, je vois deux scénario pour lequels cette démarche pourrait faire un peu sens : une production d’époque pourrie ou inadaptée ou encore un bouleversement complet de style qui justifierait une relecture selon les standards contemporains du groupe. Et encore cette deuxième hypothèse est un peu capillotractée.

Donc nous voici avec un Ecliptica réenregistré et franchement on s’en serait bien passé. C’est assez simple, tout sonne moins bien. Il semble que les finlandais aient voulu trop en faire et cela s’entend. Le disque d’origine tient franchement bien la route et cette resucée 2014 ne vient finalement que souligner que le meilleur du groupe est passé depuis longtemps. Oui je peux être taxé de vieux con mais l’apogée du groupe se situent (selon moi) entre 1999 et 2003 avec Ecliptica, Silence et Winterheart's Guild. Depuis les finlandais se cherchent et peinent à convaincre malgré un gros travail et des standards de qualité élevés.

Ecliptica en 1999 était d’une fraicheur admirable, un nouveau groupe enthousiaste qui en voulait et qui faisait ce qui lui plaisait s’en s’inquiéter des contraintes du music business. En 2014, cette magie s’est envolée et on sent un groupe plus clinique, cette brise rafraichissante a disparue. Les compositions restent bien sûr excellentes mais quelle est la valeur ajoutée de ces réinterprétation cuvée 2014 ? Si ces chansons avaient été totalement bouleversées pourquoi pas mais ici seuls quelques détails ont été modifiés et pas forcément pour le meilleur. Tony Kakko en fait des tonnes derrière le micro et gâche en peu le plaisir. Il ne peut plus monter aussi haut dans les aigus et compense avec une certaine agressivité. Bof si vous voulez mon avis. Cela apparait bien plus poussif à l'oreille. Certains soli de guitares ont été légèrement modifiés ainsi que le son de certains claviers. Oui cela fait un peu moins bontempi mais cela perd autant en charme et en fraîcheur. La batterie est très avant dans le mix et cela n’apporte, là aussi, pas grand-chose. Des merveilles comme « Replica » perdent un peu de leur lustre et c’est dommage de toucher ainsi à des idoles. Terminons par cette reprise de GENESIS sans aucun intérêt dont on se demande ce qu’elle fout là.

Vous l’aurez compris cette resucée 2014 d’Ecliptica aura déplu et même froissé le fan des débuts que je suis. On ne touche pas impunément au passé surtout si la valeur artistique des reprises s’approche du zéro absolu (il faudra m’expliquer l’étiquette « revisited »). Les fans conserveront précieusement leur album d’origine et regarderont avec dédain cette mauvaise plaisanterie. Je crains le pire si Silence & Winterheart's Guild subissent le même traitement.

Oshyrya (triste nostalgie/10)

 

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Nuclear Blast / 2014

Tracklist (51:41 mn) 01. Blank File 02. My Land 03. 8th Commandment 04. Replica 05. Kingdom For A Heart 06. Fullmoon 07. Letter To Dana 08. UnOpened 09. Picturing The Past 10. Destruction Preventer 11. I Can’t Dance (Bonus – Genesis cover)

oshy_24102014_Nic_Bor_HomelanDans la famille BACKYARD BABIES, après le guitariste, je voudrais le chanteur. Nous avions déjà eu droit l’année dernière à un album solo de DREGEN (chronique ici) et voici donc le nouvel album en solo de Nicke Borg membre fondateur du groupe suédois. Il n’est pas à son premier essai car pendant les pauses que s’accordaient BACKYARD BABIES, Borg a travaillé de son côté et monté son projet appelé NICKE BORG HOMELAND. Sous cette forme, il a déjà publié un EP, Chapter 1 puis un album complet, Chapter 2, en 2012. Cet opus, deuxième album solo, Ruins of a Riot, a été publié l’année dernière en Suède.

On ne fera pas de remarques désobligeantes sur la pochette franchement ridicule de ce disque pour se concentrer sur la musique proposée. Nicke Borg a clairement fait le choix de revenir en solo à ses racines hard rock. La musique se doit d’être inspirée, « couillue », mélodique et bien produite. Pour cela, le suédois s’en entouré d’une fine équipe avec Mats Valentin aux guitares, à la production et au mixage et Jojo Borg Larsson comme parolier. Borg parle lui-même d’une version américaine des BACKYARD BABIES.

Malgré ses airs de bad boy, couvert de tatouages, les chansons savamment distillées tout au long de ce Ruins Of a Riot restent gentilles et accessibles à un large public. D’ailleurs Borg atteint souvent le sommet des charts dans son pays. Cela laisse rêveur vu de de l’hexagone. Les compositions ne tombent pas dans le superflu, tout est dit entre trois et quatre minutes. Le suédois animant lui-même une émission de radio dans son pays, il connait bien toutes les ficelles pour passer sur les ondes et a su calibrer les chansons dans cet esprit-là. Sa voix assez nasillarde pourrait en rebuter certains mais il compense en mettant dans ses prestations beaucoup d’énergie et de conviction.

Ruins Of a Riot passe comme une lettre à la Poste, sans fausse note ni faute de goût. Le souvenir qu’il en reste n’est pas impérissable même si ces dix titres rock ne déméritent pas. Il faudra attendre « Borrowed Feathers » pour un peu s’enthousiasmer avant que le disque ne retombe dans une sympathique routine sans grand relief. NICKE BORG HOMELAND joue la sécurité et livre la marchandise (trop) attendue. Ruins Of a Riot s’avère être un peu trop sage et calibré pour remporter notre adhésion.

Oshyrya (06/10)

 

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Gain Music / 2014

Tracklist (35:14 mn) 01. This Army 02. Makin´ Out With Chaos 03. Midsummer Mad 04. End Of The Rainbow 05. Borrowed Feathers 06. Out Of Line 07. Revolution 08. Heartless Hooligan 09. Ruins Of A Riot 10. Devil Angel Mother

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01. Dans quel état d’esprit es-tu vis à vis de ce nouveau chapitre dans la vie d’AT THE GATES, sept semaines avant la sortie de ce nouvel opus ?

Le mot qui me vient en tête est « excité », cela résume bien notre état d’esprit. Nous sommes excités car nous avons mis tellement de travail,de réflexion et de créativité dans ce nouvel album. Maintenant nous avons reçu beaucoup de réactions, de feedback de la part des media et c’est très positif. Comme disait l’intervieweur avant toi, vous êtes également d’abord et avant tout des fans de musique. Ces réactions positives nous permettent de ne pas être nerveux face à la sortie prochaine du disque, inquiets de la réaction des gens. La genèse et le travail sur cet album est fait désormais partie de notre histoire et nous sommes heureux du résultat.

 

02. Malgré votre expérience, pouvez-vous encore voir des doutes sur la façon dont les gens vont accueillir votre musique ?

Oui bien sûr et c’est pour cela que nous avons travaillé très dur, en plus nous avons une super-démocratie en ce moment au sein d’AT THE GATES, tout le monde doit être content dans le groupe en ce qui concerne la musique proposée. Et donc cela implique de très nombreux changements pour que tout le monde soit heureux et fier du résultat. Nous sommes très satisfaits de ces chansons que nous proposons et donc nous pouvons affronter toutes les critiques mêmes les plus négatives car cela ne nous atteint pas, nous savons que nos nouveaux titres tiennent la route. Si tu n’es pas sûr de ton coup et que tu traines toi-même des insatisfactions, là tu risques ne pas savoir affronter la controverse concernant ton travail. Et là nous sommes à l’aise, nous sommes excités et nous voulons bien entendu que les fans aiment notre nouvel album.

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03. Alors, qu’est-ce que ça fait de revenir avec un nouvel album et de devoir se plier à nouveau à tout ce cirque, au jeu des interviews… avec AT THE GATES après plus de 19 ans de silence ?

Après toutes ces années, tout est devenu différent. Et je dois bien avouer ma surprise, pour ne pas dire plus, face au niveau d’intérêt que nous suscitons. Je viens de terminer une séquence promo avec l’Australie et pour cela j’ai passé trois jours entiers au téléphone. TROIS JOURS ! Cela signifie vingt-cinq interviews et cela s’est répété durant trois jours. J’étais absolument sidéré de constater que tant de média pouvaient avoir un intérêt pour nous. C’est une sensation très agréable, tu peux l’imaginer mais nous étions loin de pouvoir imaginer cela.

 

04. Honnêtement, si tu devais présenter AT THE GATES à une personne qui n’a jamais entendu ce groupe, recommanderais-tu ce nouvel album ?

Cela peut sembler cliché mais en tant que musicien et en tant que groupe tu penses toujours que ton dernier album est le meilleur. Je sais que cela peut ressembler à une démarche purement marketing mais si ce n’était pas le cas je ne serai pas dans ce groupe et je ne pourrais pas être en face de toi aujourd’hui. Si nous n’avions eu comme ambition que de faire un disque aussi bon que Slaughter of the Soul nous n’aurions pas fait ce disque. Et donc en un sens ce nouvel album pourrait constituer une bonne introduction à notre univers car tu y trouveras de nombreux aspects de tous nos autres disques, pas de façon intentionnelle sans doute. Nous avons commencé à travailler sur ce disque en essayant de penser sérieusement vers où nous voulions aller et nous nous sommes vites rendus compte qu’à vouloir trop intellectualiser les choses et ne pas faire confiance à son instinct, nous allions nulle part. La meilleure chose était de laisser parler son cœur et composer directement.

Nous pensions au début travailler uniquement à l’instinct mais nous nous vite rendus compte que ce n’était pas le cas, que nous étions en train de beaucoup trop réfléchir et intellectualiser notre démarche. Nous avons été très méticuleux, faisant attention à tous les détails tout au long du processus mais à la fin si ton instinct te dit que le résultat est bon, le résultat est bon. Et pour revenir à ta question initiale, oui ce disque pourrait être une bonne introduction à notre univers car tu y trouveras un peu de chacun de nos précédentes réalisations, la mélancolie, les passages plus abstraits avec des arrangements inhabituels, la puissance, même parfois l’esprit d’un Slaughter of the Soul. Si je le pouvais je ferais comme Georges Lucas et j’irais dans le passé pour changer les choses. Il me semble qu’At War with Reality se positionnerais alors parfaitement juste avant Slaughter of the Soul dans notre discographie.

Je le pense vraiment car Slaughter of the Soul a été un album composé en réaction car nous étions alors des jeunes gens frustrés et nous avons laissés beaucoup de choses derrière nous avec ce disque, au niveau des harmonies et de la mélancolie. Slaughter of the Soul a été un moment de notre carrière et cela n’arrivera plus. Ce n’a pas été difficile de composer un successeur à Slaughter of the Soul car nous ne l’avons pas fait, il faut plus le prendre comme une suite à Terminal Spirit Disease… Je ne suis pas sûr que cela ait vraiment du sens (rires)

 

05. Honnêtement, n’aviez-vous pas plus à perdre qu’à gagner en revenant, au risque de « casser » le mythe d’AT THE GATES et de sortir l’album de trop ?

Oui bien sûr que nous y avons pensé et la première fois qu’Anders (NDLR : Anders Björler – Guitare) nous a présenté de nouvelles compositions, que nous avons commencé à travailler dessus et que nous étions tous d’accord pour tenter le coup, nous nous sommes réunis tous ensemble et nous en avons parlé de façon très ouverte. Si nous allions au bout, nous pouvions peut-être tuer le statut de légende acquis par le groupe au cours des années. Si nous faisons cet album, et nous avions envie de le faire, nous serions simplement un groupe de plus parmi tant d’autres, à nouveau en compétition avec tous les groupes contemporains. Mais nous avions tellement envie de le faire, nous étions fiers de ces chansons.

Il est difficile de résister à cette vague de créativité, nous ressentions un besoin, une urgence de sortie de nous cet album. La pire des choses est de garder cela en soit simplement par peur de l’impact sur ta carrière. Nous ne nous sommes jamais vraiment considérés comme un groupe carriériste, dans nos têtes, nous sommes toujours un groupe de death-metal underground. Nous pourrions jouer ici dans cette petite cave voutée devant quelques dizaines de personnes. Et si nous jouons au Venezuela, ce sera le cas. Cela ne nous empêchera pas de dormir si notre popularité décroit car nous croyons en ce que nous faisons et c’est important pour nous.

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06. Avez-vous pensé changer de nom même si personne n’aurait été dupe mais pour ne pas porter ombrage la légende ?

Oui nous aurions pu, et cela aurait été surement le cas si tout le monde n’avait pas été de l’aventure, mais comme tout le monde dans le groupe voulait mener à bien se nouveau projet…. Je l’ai déjà dit mais le groupe est une super-démocratie et tout le monde doit être d’accord sur tout pour que nous puissions avancer. Et quand Anders m’a présenté la première fois les chansons, avec Jonas (NDLR : Jonas Björler – Basse) pour vérifier que j’étais ok et que cela correspondait à notre envie, si quelqu’un avait dit non cela ne me convient pas nous aurions dû réfléchir pour définir ce que nous allions faire et cela aurait pu se terminer par un nouveau groupe.

Mais tout le monde a été d’accord pour poursuivre sur ce chemin et essayer d’aller au bout de ce disque, tout le monde ressentait une certaine excitation et alors pourquoi n'aurions nous pas utiliser le patronyme AT THE GATES ? Parce que nous avons sorti un bon disque en 1995 ou 1996 ? Pourquoi ? (rires). C'est à mes yeux la preuve que nous croyons en ce que nous faisons en 2014. Nous n’avons pas peur de détruire notre supposé statut car cela n’a finalement que peu d’importance à nos yeux. Tu y penses un moment et ensuite tu fais ce que ton instinct te dicte.

Tu sais… Je suis un fan de musique moi-même et je vois bien tous ces groupes qui sortent des albums de comeback. Tu peux craindre que les groupes changent trop et que tu n’adhères pas à leur nouvelles orientations. Et cela m’est arrivé souvent de constater que des albums de comeback ne me convenaient pas du tout. Par exemple NASTY SAVAGE a fait ce disque appelé Psycho Psycho qui est quand même une belle m** mais malgré cela j’apprécie toujours autant leurs deux premiers albums. Par exemple aimes-tu Master of Puppets ? Oui bien sûr ! Et que penses-tu de Reload ? C’est moins la fête… Ok mais aimes-tu moins Master of Puppets parce que Reload existe ? Non. Non exactement. Tu vois ce que je veux dire. Ce nouvel album ne ternira pas la qualité de nos précédentes réalisations. Nous y avons mis tout notre cœur mais si tu ne l’apprécies pas ce n’est pas si grave. Si tu aimes Slaughter of the Soul, celui-ci reste gravé définitivement dans le marbre.

 

07. Aviez-vous un sentiment de trop peu, d’inachevé ? Si oui, comment peut-on avoir ce sentiment quand on a sorti une discographie aussi bonne ? Et pourquoi avoir attendu si longtemps ?

Je pense… et cela va encore sonner comme un mec en train de blâmer d’autres personnes mais bon tant pis… les changements les plus importants dans la carrière d’AT THE GATES ont toujours été le fait d’Anders. Si tu as un compositeur prenant de telles proportions, spécial en tant que personne et en tant que compositeur, un mec hyper talentueux et ultra doué, tu ne peux pas le remplacer et il se doit se sentir à l’aise artistiquement et dans sa vie. Il a quitté le groupe en 1995, non 1996, nous aurions pu le remplacer, nous y avons pensé pendant quelques semaines, nous avions trois noms en tête et nous avons même presque répéter avec l’un d’eux mais nous avons vite compris que ce n’était pas bon. Nous nous sommes donc séparés.

Nous avions déjà perdu Alf Svensson mais Anders était parvenu a intégré dans ses compositions l’influence d’Alf, beaucoup de ses harmonies et Anders compose parfois presque comme un hommage à Alf. Et puis en 2008, nous avons relancé la machine parce qu’Anders nous a demandé de le faire, il voulait vraiment faire cette tournée de réunion et ainsi clore ce chapitre car nous avions tous, comme tu le dis, un sentiment d’inachevé. Anders nous a dit nous avions besoin de cette tournée pour véritablement mettre un point final à ce chapitre de notre carrière à notre manière, selon notre agenda. Nous voulions avoir un contrôle total sur notre final. Et puis cela a continué en 2011 et là ce n’était pas seulement Anders, tout le monde a trouvé que tout cela était trop bon pour tout abandonner.

Mais pour ce disque, pour confirmer notre décision de commencer à travailler en 2013 sur ce projet, il fallait d’abord bien sûr qu’Anders me fasse écouter des riffs. Cela devient plus traditionnel, le guitariste et le chanteur se rencontrent, constatent que la musique plait à tout le monde et je commence alors à écrire des paroles. C’est un processus finalement très naturel. J’ai fait confiance à Anders, il est très cynique en ce qui concerne ses compositions et je savais donc que si lui aimait ce qu’il avait composé, qu’il me le présentait, ce serait de très bonne qualité.

Il me l’a dit lui-même donc je peux le répéter ici, ses principales influences en tant que musicien n’ont pas changé depuis 1995. Oui bien sûr il écoute beaucoup de choses, des albums contemporains, cela l’inspire bien sûr mais ses influences prennent racines toujours au même endroit : AUTOPSY, SLAYER, KING CRIMSON, YES et des trucs suédois… le plan directeur reste le même. La continuité pour AT THE GATES est totale, ce que nous sommes profondemment, et le défi a été de composer un album, ou en tout cas essayer, qui reste cohérent avec cela tout en continuant d’avancer, être progressif à notre manière. Il nous fallait rester fidèle à notre identité : être encore et toujours un groupe de death metal, toujours old school, toujours progressif…

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08. Donc tout l’enjeu, la décision de faire ou de ne pas faire cet album, a été de voir d’abord si les nouvelles chansons allaient sonner comme du AT THE GATES, si l’identité du groupe perdurait ?

Oui et c’est pourquoi nous avons agis dans l’ombre, dans le secret, personne n’était au courant à l’exception de nos amis les plus proches. Et certains d’entre eux qui n’étaient pas dans la confidence, ont été très en colère contre nous quand nous leur avons annoncé sur quoi nous étions en train de travailler. Il n’était que cinq ou six a savoir ce que nous faisions. Et puis nous avons fait une annonce officielle quand nous avions une quinzaine de chansons prêtes sous le bras. Nous avions alors une certaine sécurité, nous savions que nous ne serions pas bloqués avec seulement quelques titres et rien d’autres à présenter.

Au pire si nous avions été incertains quant à la démarche utilisée, nous aurions pu ne rien annoncer publiquement et sortir cela sous un autre nom par exemple. Finalement ce fut très amusant, très fun, un mot tellement adapté au death metal n’est-ce pas… d’être à ce point inspiré et excité par cette nouvelle aventure, d’évoluer dans une atmosphère très créative que cela aurait valu le coup de vivre cette expérience même si rien n’était finalement publié. C’était comme allumer une étincelle qui mettait le feu créativement parlant à chacun d'entre nous. J’ai, au cours de ma carrière, travaillé avec beaucoup d’artistes très différents, chacun fantastique dans son genre, de Kristian Wåhlin dans GROTESQUE à Shane Embury mais je n’ai rien trouvé de comparable à la paire Anders et Jonas.

 

09. Les comebacks sont presque devenus un passage obligé maintenant, on ne compte plus le nombre de formations qui reviennent après une période plus ou moins longue et avec plus ou moins de succès… Est-ce un signe que la scène Metal ne parvient pas à se renouveler et dépend toujours trop des grands noms d’antan ?

Tu as raison et il faut vraiment se donner du mal pour trouver quelques pépites dans un océan d'albums très moyens voir carrément pourris. Si tu grattes très fort la surface tu trouveras quelques groupes qui valent la peine. Certains d’eux ne sont même pas à ranger dans la catégorie métal mais pour moi si je devais citer quelques groupes excitant pas trop éloigné du death métal je dirais OBLITERATION, un groupe norvégien, un groupe assez old school mais avec une certaine poésie presque beatnik et qui continue à progresser, citons aussi MORBUS CHRON, un groupe suédois génial dans une veine death métal "cinématique", très bizarre et étrange mais super intéressant, les groupes jumeaux TRIBULATION et STENCH, eux aussi de Suède, fantastiques, ils restent fondamentalement death metal mais ils repoussent les limites et les frontières, PORTAL un groupe australien, un des trucs les plus vicieux, étrange que j’ai jamais entendu.

Donc tu vois quelques pépites continuent de sortir. Mais si tu regardes dans le passé, en 1986 par exemple, même si ce n’est pas le meilleur choix car tous bons disques sont sortis cette année-là, mais prenons par exemple 1989, combien de bons albums de death metal sont sortis cette année-là ? Six, peut-être huit ou même cinq mais il y a avait surtout beaucoup moins d’albums qui sortaient dans les bacs chaque année. Mais maintenant, en 2014, tu auras toujours six, peut-être huit ou même cinq bons albums qui vont sortir, le nombre de disques intéressants reste identique mais tout est noyé dans la masse des sorties. Les trucs génériques et sans intérêt se sont multipliés.

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10. Dirais-tu que les techniques modernes qui permettent à tout un chacun d’enregistrer chez lui un album avec une bonne production représentent une bénédiction ou une malédiction ?

Pour moi, le bilan serait plutôt positif mais tu trouveras toujours un côté sombre à chaque bénédiction. Plus il devient facile d’enregistrer et de diffuser sa musique plus tu peux oser et te permettre d’être créatif, de donner vie à tes idées les plus bizarres. Avant, tu te censurais car les studios coûtent cher mais maintenant il n’y a plus de barrière car tu peux donner liberté à ta créativité à la maison. Donc plus les gens se donnent cette liberté plus les chances augmentent de rencontrer quelque chose de nouveau et d’intéressant. Mais en même temps il faut se préparer à faire face à beaucoup de m***. C’est le prix à payer. Il faut de bons amis, ou des magazines de qualité, pour te recommander de bons albums qu’ils ont eux-mêmes découverts.

 

11. Avec dix-neuf ans de plus, as-tu dû adapter certaines choses au niveau de l’enregistrement, des concerts, etc. ? As-tu prévu d’être « plus sage » après les concerts quand tu partiras en tournée avec TRIPTYKON et MORBUS CRON en fin d’année ? Certains dans notre rédaction se souvienne d'un Neuro bien arrosé…

Absolument, et même si je ne voulais pas, je devrais me calmer car je suis plus vieux maintenant et que cela me tuerait. Je dois faire attention au niveau de l’alcool, des cigarettes… afin de pouvoir assurer un concert tous les jours ou tous les deux jours. Je dois faire attention à mon sommeil, à mon alimentation. Je me dois d'être plus sage et pour être honnête cela ne m’intéresse plus tant que ça de me mettre minable en tournée. J’aime boire une bonne bière car j’aime la bière mais je n’ai plus envie d’être fou et de mettre la tête à l’envers. Bien sûr à l’occasion je peux me lâcher.

Tu mentionnes un Neurofest ou j’ai bien profité, c’était spécial, la première fois que LOCK UP s’y produisait si je me souviens bien ou peut-être que c’était avec AT THE GATES aux côtés d’OBITUARY, NAPALM DEATH, MISERY INDEX… bref cinq ou six groupes qui sont de proches amis et nous en avons profité. J’avais un jour de libre le lendemain et donc je me suis fait plaisir. Donc oui à l’occasion je peux refaire les conneries du passé mais à la maison je ne fais jamais la fête, simplement un verre de vin rouge au dîner avec ma femme.

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12. Disons un mot de THE HAUNTED (avec qui AT THE GATES partage un des frères Björlen et le batteur), est-ce que la présence d’un des frangins Björlen et de Adrian ne risque pas de créer des problèmes d’agenda pour les deux groupes ?

Il faut bien dire que tous les récents changements au sein de THE HAUNTED sont plutôt en notre faveur car désormais, mais je ne veux pas trop en dire, tu peux discuter et trouver des compromis avec les membres actuels de THE HAUNTED alors que ce n’était pas possible précédemment. Et donc cela devient beaucoup plus facile de gérer les problèmes et les potentiels conflits de calendriers quand tout le monde autour de la table est raisonnable. Nous sommes tous amis et donc nous pouvons parler et discuter entre nous. Si un show se présente pour un groupe alors que l’autre a aussi une opportunité, il n’y aura pas d’amertume entre nous, les problèmes d’ego ne rentrent pas en compte. Sans que j’en dise beaucoup plus, dans le passé ce n’était pas si simple mais je ne veux me créer des problèmes (rires). Tu liras entre les lignes…

 

13. Est-ce que le retour d’AT THE GATES porte atteinte à tes autres projets (DISFEAR et LOCK UP par exemple) ?

En ce moment il reste principalement deux autres groupes, LOCK UP et DISFEAR. Le premier a toujours été actif ou en sommeil selon les agendas de chacun de ses membres. NAPALM DEATH doit faire face à un sacré programme, ils sont en studio pour proposer un nouvel album et donc je ne sais pas trop ce qui va se passer dans les temps à venir. Pour DISFEAR, tout avait été un peu mis en sommeil et nous avons déjà donné récemment un show pour se rappeler au bon souvenir de chacun. Là aussi reste un gros point d’interrogation, le futur s'avère assez brumeux et ce n’est pas un groupe qui est très chronophage. Nous faisons les choses quand tous les membres le peuvent et le veulent. Cela reste un processus très naturel et doit le rester.

Mais même avec AT THE GATES, nous n’allons pas faire une tournée mondiale avec des centaines de dates. Nous allons nous produire autant que possible. Nous avons vieillis, nous avons mûris et nous savons désormais faire la part des choses et trouver la meilleure solution pour nous tous en cohérence avec nos autres projets.

 

14. En lisant Wikipédia, j’ai été impressionné par le nombre d’albums auxquels tu as pris part: j’en ai compté près de trente en vingt-cinq ans de carrière. Es-tu un bourreau de travail et comptes-tu poursuivre sur le même rythme dans le futur ?

Une partie de ces sorties ne sont que des EPs, pas des albums complets. Mais cela reste très plaisant et amusant d’interagir ainsi avec d’autres musiciens. Je suis le type de personne qui ne sait pas vraiment dire non, ce mot n’existe pas dans mon vocabulaire. J’ai essayé de continuer mon développement en tant que chanteur, je me suis confronté à de nouvelles musiques ou de nouveaux styles. Mais je pense peut-être freiner dans les années à venir même si je prends beaucoup de plaisir à chaque fois. On verra bien.

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Et enfin "Le Quizz De Métal Chroniques Quizz" pour terminer cette interview:

1. Quelle est votre chanson préférée (tous artistes, époques…) ?

En ce moment j’écoute beaucoup SWANS et mon titre préféré reste « I Was a Prisoner in Your Skull » extrait de l’album Soundtracks for the Blind. Album fantastique !

 

2. Premier album rock acheté ?

Un disque de Chuck Berry, un best of je pense.

 

3. Dernier album acheté ?

Il s’agit d’un EP, la dernière sortie des suisses de BÖLTZER, juste deux chansons pour trente minutes de musique, absolument génial.

 

Tous nos remerciements à Valérie. 

 

Chronique de l'album ici

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