Peut-être encore plus qu’ailleurs, chaque nouvelle sortie d’un album rock ou métal pose, au chroniqueur que je suis, la question de ma posture fasse à l’évolution ou au renouvellement artistique (ou à son absence) présenté par les groupes. Doit-on saluer le travail d’un groupe qui ne fait finalement qu’offrir des variations, même de qualité, d’un même recette ou vouloir à tout prix être surpris à l’écoute de chaque nouvelle album. Cette question me parait centrale alors que je m’apprête à rédiger la chronique du nouvel album, le sixième, des suisses d’ELUVEITIE.
ELUVEITIE est un groupe de folk metal/death mélodique suisse créé en 2002 par Chrigel Glanzmann. Eluveitie signifie « Je suis l'helvète » en gaulois helvète. L'idée étant de mêler métal et musique celtique. Le groupe utilise des instruments de musique traditionnels: flûtes, cornemuse, violon, Vielle à roue etc. Les paroles de certaines chansons sont écrites en helvète, reconstitué ou retranscrit depuis des inscriptions d'époque.
Dans une veine parfois proche de celle d’ELUVIEITIE bien que le ton soit beaucoup moins sérieux, nous avons ici maintes fois déploré l’absence de renouvellement d’un KORPIKLAANI (chronique ici) ou plus récemment d’un ALESTORM (chronique ici). Bien que souvent très sympathiques, les derniers disques de ces groupes laissent un goût amer de redite dans la bouche. Et ce sentiment reste très prégnant alors que l’écoute d’Origins s’achève. Que l’on se comprenne bien, un travail remarquable a encore été effectué ici avec une production à la fois puissante et claire et des chansons en majorité réussies et très attrayantes. L’auditeur est véritablement immergé dans un autre monde, une saga du passé grâce à ces multiples interludes d’ambiance. Malgré toutes ces qualités, on ne peut s’empêcher de noter que la même recette déjà entrevue sur tous les albums du groupe depuis Slania est réutilisée ici ad nauseam. Le charme agit toujours, l’impact est toujours aussi jouissif mais mêmes les plus fanatiques vont commencer à s’épuiser. « Celtos » fera un malheur sur scène et pourrait plaire à un large public pas seulement métal. Les salves « The Nameless » et « From Darkness » et font mouche mais comme le faisait « Primordial Breath » ou encore « Inis Mona » en 2008. Les suisses ont encore affiné leur jeu et l’expérience est toujours appréciable mais les ressemblances commencent à faire tâche.
Bon disque sur le papier, votre serviteur commence à voir une partie de son plaisir gâché à l’écoute d’Origins par ce récurrent sentiment de déjà entendu. Il ne faut entendre des suisses qu’ils se lancent dans un concept de Science-Fiction pour le prochain opus mais le groupe semble stagner et peine à se renouveler, à sortir des recettes un peu faciles. Je suis le premier à être schizophrène, à vouloir à la fois retrouver album après album un groupe à travers un style reconnaissable et être surpris de l’évolution de ce même groupe. Disons que quand la surprise n’est plus là, il faut que la musique touche et s’adresse directement au cœur. Origins malgré bien des qualités manque sensiblement de ce supplément d’âme.
Oshyrya (06/10)
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Nuclear Blast / 2014
Tracklist (41:24 mn) 01. Origins 02. The Nameless 03. From Darkness 04. Celtos 05. Virunus 06. Nothing 07. The Call Of The Mountains 08. Sucellos 09. Inception 10. Vianna 11. The Silver Sister 12. King 13. The Day Of Strife 14. Ogmios 15. Carry The Torch 16. Eternity
Certains semblent prendre un malin plaisir à se compliquer inutilement la vie. Les autrichiens d’ASTPAI semblent faire partie de ce club select qui rassemblent divers masochistes artistiques. Si vous ne me croyez pas il vous suffira de regarder plus attentivement la petite image qui se trouve à gauche de ces quelques mots, cette horrible pochette qui donne envie d’enterrer ce disque sous des tonnes de terre pour ne jamais plus avoir à saigner des yeux à sa vue. Est-ce le résultat d’un pari stupide ou tout simplement de l’inconscience ?
Pour revenir aux racines, le groupe viennois compte déjà un joli tableau de chasse, deux démos entre 2002 et 2003 puis deux albums les années suivantes : Feeling Safe In Prgrammed Channels en 2005 et Corruption Concealed (Under Deceptive Slogans) en 2006. Ils continuent sur ce beau rythme avec un split-cd, des montagnes de concerts en Europe et outre-Atlantique et enfin deux nouveaux albums Heart To Grow en 2010, Efforts And Means en 2012 et enfin un EP, Crohnicles, l’année dernière. Il faut remarquer que le choix des visuels ne semble pas être leur fort tant on passe du moyen au très moche.
Cerise sur le gâteau, après la pochette bien laide, on découvre que ce Burden Calls cache son jeu en proposant treize compositions mais pour seulement trente-quatre minutes de musique. La musique a intérêt à être géniale si nos amis ne veulent pas faire face à une belle déconvenue dans ces pages. Malheureusement ce n’est pas la cas et le passage de ce disque sur ma platine ça s’avérer être très court. Il me semble que ces groupes punk rock pullulent particulièrement en ce moment et mêmes les meilleures choses finissent par lasser surtout que le meilleur de cette scène a déjà été fait ces trente dernières années. Quelques riffs feront mouches, ce mélange entre tendances hardcore et punk pourraient être séduisante sur le papier mais le soufflé finit par rapidement retomber. Les autrichiens ne s’attardent pas et leurs chansons peinent à passer la barre des trois minutes. Aller à l’essentiel c’est bien mais l’auditeur risque de rapidement s’ennuyer malgré la débauche d’énergie mise en œuvre par ASTPAI. Zock n’est pas très convaincant derrière le micro même si ce n’est pas le plus important dans ce genre punk rock.
Si je devais synthétiser mon propos, ASTPAI se prend très largement les pieds dans le tapis. Les chansons proposées sont assez basiques et déjà entendues des dizaines de fois, il manque un souffle pour remporter l’adhésion de l’auditeur. Ajoutez à cela une pochette hideuse et vous obtenez un repoussoir franchement efficace. Les autrichiens récoltent ce qu’ils ont semé, et Burden Calls n'est pas à la hauteur.
Oshyrya (03/10)
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Ass Card Records / 2014
Tracklist (34:19 mn) 01. Single Use 02. Dead End Talking 03. Out 04. Death Everywhere 05. After All 06. Departure 07. Ground Control 08. Down by Love 09. Resignation 10. Careers 11. Small Change 12. Oxygen 13. Emotion in the Way
Ok je ne suis pas très malin mais j’adore tomber sur un groupe originaire de Florianópolis. Je trouve ce nom génial, on dirait le nom d’une ville dans le futur, une cité sur mars ou sur Genesis la nouvelle patrie de l’humanité en 3560 dans le coin de Bételgeuse (on me dit souvent que je m’emballe parfois un peu vite). Mais non, simples terriens, Florianópolis est une ville brésilienne, capitale de l'État de Santa Catarina depuis 1823, située sur l'île de Santa Catarina et qui compte une population de presque un demi-million de personnes. Vous devinez donc qu’END OF PIPE, qui nous occupe aujourd’hui, est brésilien. Loin des ANGRA ou SEPULTURA, END OF PIPE propose depuis 2006 un punk rock mélodique que nos amis distillent album après album. Keep Running est leur deuxième EP après Don’t think Twice en 2008.
Les nostalgiques de la musique punk rock des années 90 seront ici aux anges tant nos amis nous invitent dans une plongée dans le passé. Si vous aimez les groupes comme HOT WATER MUSIC et SAMIAM et que vous ne jurez que par les sorties du label Jade Tree Records, vous serez en terrain connu et presque déjà conquis par la musique d’END OF PIPE. Les chansons proposées sont bourrées d’énergie et les musiciens ne s’économisent pas. Uirá Medeiros et Pedro Marques se partagent tous les deux le micro et les guitares et, sans faire des merveilles surtout au chant, feront plaisir à l’auditeur pour toute l’intensité et la ferveur qu’ils mettent dans leurs prestations. L’accent est assez marqué mais cela ne gâche pas l’écoute de ces six chansons. N’attendez rien de génial ni novateur ici mais le boulot est fait sérieusement. Les fans pourront être séduits pour ces bruôlots qui vont à l’essentiel en évitant toutes fioritures inutiles : guitares, chant, basse et batterie, voilà là l’essentiel dans le rock. Keep Running a été (bien) enregistré par Phil Fargnoli au Studio 44 à Sao Paulo.
Malgré une grande naïveté et un certain manque de renouvellement, les brésiliens d’END OF PIPE parviendront à émouvoir les plus courageux d’entre vous, la passion qui transpire de ce groupe fait franchement plaisir à voir.
Oshyrya (5,5/10)
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Bomber Music / 2014
Tracklist (23:43 mn) 01. Fall 02. Pollution 03. Rain feat Koala 04. Jack 05. Slow Trip 06. Keep Running