Ça fait sept albums que nous tournons autour de Soen, soit quinze années où nous avons été charmés par le metal/prog des Suédois au potentiel énorme, mais jamais complètement subjugués. Le groupe a délivré des albums sympathiques (Lykaia, Imperial) mais, pour la bonne grosse raclée, masochistes que nous sommes, le groupe de Martin Lopez pointait aux abonnés absents. Et puis est arrivé Reliance.
Dès « Primal », l’ambiance est posée. La compo et la rythmique sont efficaces et solides. Les riffs sont lourds, une vraie usine à headbanger. La suite est du même tonneau. Moins progressif qu’auparavant, plus rock metal. Mais la grande force de Soen est cette capacité de passer d’une ambiance à l’autre tout en restant cohérent. Le tout oscille constamment entre le calme, une relative dissonance et des mélodies accrocheuses (« Mercenary », « Discordia »). Le summum de l’album reste le très beau « Indifferent », une balade pleine d’émotion où le groupe montre qu’il sait composer de belles chansons qui resterons dans les mémoires.
Soen nous enchante donc au fur et à mesure de l’écoute. Les musiciens sont aguerris et délivrent une prestation de haut niveau. Petit bémol concernant le chant de Cody Ford. S’il est très bon, nous aimerions qu’il soit plus affirmé sur les morceaux plus énergiques.
Soen se rapproche donc de l’excellence. Et de nous offrir avec Reliance son meilleur album à ce jour.
Mine de rien, Hooded Menace en est à son septième album. Et comme à l’habitude, c’est toujours un bonheur de retrouver nos Finlandais préférés. Le groupe, désormais reconnu comme une valeur sûre du death doom, a pris son temps pour accoucher de Lachrymose Monuments of Obscuration. Tant mieux, le boulot n’a pas été bâclé.
Dès que résonne « Twilight passages » dans nos oreilles, un constat s’impose. Lasse Pyykkö avoue son amour pour les eighties avec cette intro qui pourrait être celle de n’importe quel album de hard-rock sorti entre 1985 et 1989. Une fois ce clin d’œil effectué, le trio passe la seconde avec « Pale masquerade ». Nous sommes en terrain connu, certes, mais ce second morceau s’avère sémillant. Bien loin du death écrasant de Effigies of evil, Hooded Menace nous fait moins patauger dans la fange. Il est plus accessible et intéressant qu’auparavant. Pourquoi ? Et bien parce que le trio semble décomplexé avec quelques touches gothiques bienvenues, des riffs 100 % heavy-metal et un tempo plus alerte qu’à l’habitude (« Lugubrious Dance »).
N’oublions pas la formidable reprise de Duran Duran « Save a prayer »où Pyykkö se fait visiblement plaisir. Transposer cette ritournelle pop en death metal sans en perdre la substance originelle est sacrément culotté. C’est un sacré tour de force.
Lachrymose Monuments of Obscuration est donc une franche réussite qui va s’installer dans une discographie impeccable.
01 – Twilight Passages 02 – Pale Masquerade 03 – Portrait without a Face 04 – Daughters of Lingering Pain 05 – Lugubrious Dance 06 – Save a Prayer 07 – Into Haunted Oblivion
2025. Conflits, pauvreté, montée des extrêmes… Le monde va mal. Et alors que certains groupes puisent dans l’adversité pour en sortir des hymnes, des brûlots, des appels à la révolution (oui, cette intro me sert uniquement à citer Trespasser qui sortira un nouvel album en février 2026 et que je ne peux que vous recommander chaudement), d’autres formations prennent le contrepied en se vautrant dans le slam puéril. Et à ce petit jeu, il semblerait que l’on puisse couronner aujourd’hui les rois de la discipline : Infectious Jelqing.
Infectious Jelqing est au slam ce que le brainrot est aux internets : un patchwork insolite, célébrant la stupidité, ne reculant devant rien pour attirer l’attention comme un gamin de 8 ans en pleine montée de sucre. Et comme un gamin de 8 ans, ça peut rapidement courir sur les nerfs.
« Thank God it’s just an EP », lancé en boutade lors d’une des nombreuses spoken parts (feat. la voix de Tetragrammaton des Bataves de The Monolith Deathcult), pourrait presque servir de note. Jonglant avec des riffs d’hommes des cavernes, du hip hop, de l’électro et des monologues moquant ouvertement la qualité du produit, NUCLEAR SLAM DIVISION n’est pas un simple EP : c’est le produit d’une époque, un reflet musical de tout ce qui va mal sur cette Terre et de la légèreté adoptée face à cette période troublée. « Gen Z is making memes while missiles are flying ». Ou du slam, en l’occurrence.
Camo Hoodlum Records / 2025 Tracklist (23:31) 1. Rate Your Music Diss Track 2. Fried Out the Game 3. Nuclear Slam Division (Interlude) 4. Dumb & Ignorant 5. Shadow Gang Weed Luv Casting Thuggery 6. Geeked Up Playing Xbox All Day