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Au risque de se répéter, rappelons un fait : Armored Saint n’a jamais connu le succès public qu’il mérite. Les deux leaders Joey Vera et John Bush ont pourtant gravé dans la cire plusieurs chefs d’œuvre du genre (Symbol of salvation, March of the saints). Le talent et la carrière de ces artisans du heavy metal sont quand même reconnus par leur pairs. A la suite de son dernier coup de maître (Win hands down), le groupe nous propose le témoignage audio de sa dernière tournée, Carpe noctum.

Pas de surprise au rendez-vous et c’est tant mieux. Armored Saint nous prouve une fois de plus qu’il sait toujours faire parler la poudre. « March of the saint », « Mess », « Reign of fire », tubes évidents, sont présents et le plaisir à les réécouter est là. Toujours aussi véloces, les Californiens sont en excellente forme et peuvent tenir tête à n’importe quel prétendant au trône. Mais alors que Carpe Noctum nous présente le groupe à son meilleur, pourquoi ne nous propose-t-il que HUIT titres à se mettre sous la dent ?! Nous en attendions beaucoup plus.

Carpe Noctum est plutôt à considérer comme un appendice de Win hands down que comme un réel album live. S’il est d’une grande qualité musicale, il est bien trop court pour nous rassasier.

Nico (8/10 pour le fond – 3/10 pour la forme)

Site Officiel : http://www.armoredsaint.com/

Metal Blade / 2017

1. Win Hands Down 2. March of the Saint 3. Stricken by Fate 4. Last Train Home 5. Mess 6. Aftermath 7. Left Hook from Right Field 8. Reign of Fire

Body Count – Bloodlust

L’amateur de symboles pourra longuement gloser sur le fait que ce sixième opus soit aussi le plus métal. Body Count est de retour, et ce n’est pas un hasard au regard de l’actualité politique des Etats-Unis. Il ne faut pas chercher loin pourquoi ce 11 titres a des accents aussi Black, comme la colère de la même couleur. Ice T se dévoile plus conscient que jamais, enragé mais engagé. 

Mais parlons d’abord de musique. Ice pose le cadre en rendant hommage, à mi-parcours, à ses influences en matière de heavy. Comme de juste, Tracy Marrow salue Suicidal Tendancies, que Body Count a repris dans son précédent effort Manslaughter. Il paie son tribut à Black Sabbath et, enfin, à Slayer. Les plus vieux se souviennent qu’Ice et le groupe de trash ont composé ensemble un bouillant Disorder sur le bande original de Judgement night. En 1993.

De Civil War, avec Dave Mustaine en invité de poids, jusqu’au final Black Hoodie, Body Count délivre un métal furieux, trash solide, avec quelques restes de son hardcore des débuts pour ne pas trop dérouter le fan fidèle. Mais la présence de Max Cavalera et celle de Randy Blythe, en invité vedette, témoignent que l’inflexion trash black n’est pas de circonstance. 

Ce long format sonne comme le marteau sur l’enclume forgeant l’ensemble plus cohérent que le combo ait jamais délivré. Si le premier titre donne le ton – option encastrage de tête dans les enceintes Marshall -, le rythme prend un tournant plus noir avec All Love Is Lost, avec un Max inspiré, et surtout Walk With Me avec Randy "Lamb Of God". Il ne faudrait pas oublier l’évident premier single No Lives Matter ni, surtout, le définitif Bloodlust, qui constitue, à mon humble avis, le climax de cet opus.
Ce n’est sûrement pas un hasard puisque ce titre, brutal et noir, tout de ruptures, voit Ice dépeindre le goût du sang qui, selon lui, caractérise l’humanité parmi les autres espèces animales. Signe des temps, l’ancien gang member se montre singulièrement préoccupé par son environnement. Et pour cause, à 59 ans, il est papa d’une petite Chanel, âgée d’un an à la sortie de cet album. Sa fille est née après les meurtres de plusieurs Afro-américains par des policiers blancs mais aussi pendant une campagne électorale qui s’est soldée par l’élection de Donald Trump à la tête des Etats-Unis d’Amérique. Il n’est pas difficile de voir que la reprise de Raining Blood aurait bien pu être renommée Reign In Blood en pensant au nouvel occupant de la Maison blanche.  

Cela a de quoi perturber celui qui, dans le plus grand secret, a négocié une trêve entre Bloods et Creeps, les deux gangs les plus puissants et meurtriers de Los Angeles, dans les années 90. Ice T, derrière ses poses de gangster viril, a depuis longtemps mis les mains dans le cambouis pour tenter de prévenir les violences de rue. Désormais, il intègre dans sa réflexion et ses textes une approche plus orientée vers la lutte des classes (cherche dans l’histoire que ce n’est pas un gros mot) sans nier le racisme qui marque, depuis sa création, la culture de son pays.
C’est d’ailleurs le fond de l’emblématique No Lives Matter. Refusant de noyer la réalité xénophobe sous couvert d’un « all lives matter », il rappelle définitivement que « lorsqu’il s’agit des pauvres, aucune vie ne compte ». Au bout du sixième, Ice a choisi : ce sera Malcolm X dernière période. Et le métal dont est fait ce Bloodlust ressemble fort à celui de balles. 

Nathanaël Uhl (2 864 980/306) – (09/10)

facebook.com/bodycountofficial

Century Media 2017

Tracklisting : 1. Civil War, 2. The Ski Mask Way, 3. This is why we ride, 4. All love is lost, 5. Raining Blood, 6. God please belive Me, 7. Walk with me, 8. Here I go again, 9. No Live Matter, 10. Bloodlust, 11. Black Hoodie
 

Wolve – Lazare (EP)

WOLVE avait su très favorablement nous impressionner en 2014 avec la sortie de Sleepwalker (chronique ici), un disque abouti et maîtrisé. Deux ans plus tard, les voici qui se rappellent à notre bon souvenir avec un nouvel EP sous le bras, Lazare.

L’aura de mystère dont le groupe aime se parer est bien au rendez-vous et la première chanson éponyme prend le temps de poser une ambiance, une atmosphère, entre douceur et recueillement. Julien Sournac chante mais la voix sonne en retrait, en arrière-plan du paysage musical tissé par la guitare et les rythmiques basse-batterie. Une montée soudaine de l’intensité, une agressivité et une violence inattendues déchire ce voile atmosphérique et donnent une orientation beaucoup plus rock à coup de riffs distordus. Le trio semble prendre un malin plaisir à alterner les rythmes et montre un visage beaucoup plus direct et brut de leur musique. Cela vient sans doute de la démarche adoptée puisque WOLVE a voulu enregistrer au maximum en condition live pour retrouver cette fraicheur et cette énergie originelle. « Porcelain » se veut plus posé, plus classique du son WOLVE avant qu’une fureur aussi folle que soudaine ne s’exprime dans l’interlude « Inferno ». « Far » repart sur les mêmes bases que « Lazare » et déploie cet univers sombre, tantôt tout en douceur et en mélancolie tantôt beaucoup hostile et violent.

L’ombre de la scène rock anglo-saxonne plane sur cet album, entre Jeff Buckley, Beck et RADIOHEAD. Mais WOLVE a su intelligemment digérer toutes ces courants et Sournac a su développé sa propre patte musicale. Comme Sleepwalker, Lazare démontre la maîtrise du trio parisien mais nous en voudrions plus, un véritable album long et ambitieux. Espérons que cet EP annonce la sortie dans les mois qui viennent d’un véritable deuxième album.

Oshyrya (07/10)

 

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Autoproduction / 2016

Tracklist (17:59 mn) 01. Lazare, 02. Porcelain, 03. Inferno, 04. Far