Archive for the ‘ Chroniques ’ Category

Kraanium – Chronicles Of Perversion

Voilà une constante qui m’irrite au plus haut point : celle des groupes qui clament haut et fort que leur prochain album sera le plus abouti / heavy / extrême / (insérer ici un adjectif positif). Enfonçons allègrement une porte ouverte, bombons le torse et flattons-nous avec cette affirmation aussi creuse qu’un album de Metalcore. Ce lieu commun, au fil du temps, devient de plus en plus exaspérant, et Kraanium n’a pas échappé à cette tendance dans sa fiche promo qui accompagne Chronicles Of Perversion.

Mais dans le cas présent, on est loin de la promesse vide de sens.

En effet, les frangins norvégiens et leurs acolytes semblent bien décidés à frapper un grand coup et à assommer toute concurrence avec un album pachydermique à souhait. Dès « Rock Filled Orifice », on est frappé par le son, downtuné au possible, gras comme une tartine de saindoux. Les moshparts sont ridiculement lourdes, les riffs s’abattent comme un couperet émoussé sur l’échine d’une vache agonisante. Et ce chant. Ha, ce chant, inhumain au possible, inintelligible, il dégouline des enceintes comme une carcasse restée trop longtemps au soleil. En onze titres et une bonne quarantaine de minutes, Kraanium livre un album efficace, avec juste ce qu’il faut de samples pour ajouter une petite touche dérangée à l’ensemble sans tomber dans l’excès. Du break lourdaud à l’accélération fatale, le groupe dévoile l’étendue de son talent et de sa maîtrise sans tomber un seul instant dans la facilité, se permettant même le luxe d’intégrer en milieu d’album un titre éponyme instrumental agrémenté d’un superbe solo (la preuve qu’on peut faire autre chose que du slam death bas de plafond chez Kraanium).

Chronicles Of Perversion, l’album le plus abouti de Kraanium ? J’aurais tendance à dire que oui. Sans entrer dans la course de « l’album le plus extrême au monde », il propose tout ce que les fans du genre apprécient, avec brio et un son massif qui rend justice aux compos. Chaudement recommandé !

Mister Porn (8,5/10)

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Comatose Records / 2015
Tracklist (41 :13) 1. Rock Filled Orifice 2. Human Skin Fuck Doll 3. Hung By Your Entrails 4. Destined for Surgical Defilement 5. Evisceration of Pre-Teen Cadavers 6. Chronicles of Perversion 7. Acid Cumbustion 8. Rusty Knife Defloration 9. Fermented Uteral Mastication 10. Sodomize Her Headless Corpse 11. Revisitate to Mutilate

 

Lamb Of God – VII : Sturm Und Drang

LOG-VII-sturm"Sturm und drang", dans la langue de Goethe (vous voyez pas ? Si je vous dis dans le jargon de Till Lindemann ça vous parle ?). Tempête et passion, tout un programme pour ce septième album du groupe. Oui, il s'agit bien du septième, en respectant le fait que le groupe ne tient pas à prendre en compte l'album "Burn The Priest", seuls selon eux comptent les albums sortis par le groupe sous le nom de Lamb Of God. Dont acte. Le groupe revient après un hiatus en 2014, à la suite de la crise subie par le groupe lors de l'incarcération en Tchéquie de Randy Blythe en 2012. Le procès gagné, les poches vides, et une année de repos et voilà le groupe de nouveau d'attaque.

La signature sonore du groupe n'a pas changé, pour tout amateur du groupe depuis des années, c'est l'option gros son propre qui claque qui est de mise, avec les riffs habituels et une section rythmique qui claque. Randy lui, n'a pas manqué d'évoquer dans l'album son expérience carcérale, tandis qu'en guise de fil conducteur ce sont des évènements en république Tchèque qui servent de toile de fond, que ce soit l'assassinat du dirigeant SS Reinhard Heydrich ("Anthropoid"), ou l'immolation de l'étudiant Jan Palach, en 1968 pour protester contre l'invasion des forces du Pacte de Varsovie ("Torches").

Dès l'ouverture de l'album dans un titre de facture classique, mais efficace. On retrouve ces références à la prison dans "512" (le numéro de sa cellule, ou Footprints (empreintes digitales). Musicalement; l'album se trouve dans la veine de Resolution et Ashes Of The Wake, l'épisode Wrath est laissé aux oubliettes. On pourrait headbanguer en cadence, tout heureux de retrouver une routine confortable. Mais le groupe ne se contente pas du confort. On a droit a quelques surprises, tel le titre Embers ou figure le chanteur de Deftones, Chino Moreno. Un titrte percutant qui termine en douceur. Bien ficelé. Autre invité, Greg Puciato de Dillinger Escape Plan, vient pour sa part pousser la chansonnette sur le dernier titre, "Torches". ce qui parait à l'entame être une ballade molle du fondement s'avère bien plus musclée et rageuse par la suite, une conclusion intéressante. Du côté de la furie auditive, Lamb Of God garde de beaux restes, des titres comme "Footprints", "Anthropoid", ou le dévastateur "Delusion Pandemic" sont efficaces et accrocheurs. La rage est intacte, et le groupe conserve sa capacité à aligner uppercuts avec des riffs un poils complexes dans les conduits auditifs. Mais il reste encore un titre qui détonne dans le paysage, entre fureur de l'agneau et Alice In Chains, Overlord se distingue, et tient la route, avec en cerise sur le gateau des solis mélodiques à souhait et un final massif et qui saute à la gorge. L'ensemble de l'album est solide, bati sur des fondations qui ont fait leurs preuves, ce septième effort ne fera pas tâche dans la discographie, bien au contraire. Lamb Of God a survécu à la tempête et revient plus que jamais prêt à en découdre. Du coup, dans la rédaction, un débat estival fait rage, faut il mettre en taule nos groupes de metal favoris qui se ramollissent à vue d'oeil pour qu'ils renouent avec la furie d'antan ?

Hamster (08/10)

www.lamb-of-god.com

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Epic Records – Nuclear Blast records  / 2015

Tracklist : (48:17)  01. Still Echoes 02. Erase This 03. 512 04. Embers (feat. Chino Moreno) 05. Footprints 06. Overlord 07. Anthropoid 08. Engage the Fear Machine 09. Delusion Pandemic 10. Torches (feat. Greg Puciato)

 

 

 

Cattle_Decapitation_-_The_Anthropocene_ExtinctionCattle Decapitation n’est pas un groupe comme les autres. Ainsi, de l’aveu de son leader Travis Ryan, le temps qui passe permet au groupe d’avancer avec de moins en moins de pression, car il a de moins en moins à perdre. Le résultat de cet esprit : une audace peu commune. Là où trop de groupes s’enferment dans un carcan réducteur, Cattle Decapitation a choisi la voie inverse, celle de l’expérimentation, où rien n’est exclu a priori, du moment que ces nouveaux éléments apportent un plus au propos.

Dès l’opener, Cattle Decapitation se montre ainsi sous un jour différent, posé, à la fois monolithique et mélodique, presque épique. Rien que sur le plan musical, ce morceau est captivant de par sa complexité, mais il prend tout son sens, toute son ampleur grâce au(x) chant(s) de Travis Ryan. Certes, il n’en est pas à son coup d’essai (et ses passages chez Murder Construct et Nader Sadek sont, eux aussi, d’une efficacité rare), mais l’impression que me donne cet album est que le seul chanteur qui convient pour ce groupe est Travis Ryan : la musique est renforcée par le chant, le chant est magnifié par la musique.

Tout au long de l’album, Cattle Decapitation prend un malin plaisir à brouiller les pistes, à nous mener par le bout du nez. Les cassures de rythme sont légion, certains morceaux passant ainsi d’un presque mid-tempo à une accélération radicale pour mieux lever le pied et asséner un rythme ravageur qui fera céder toute résistance. Flirtant tantôt avec le grindcore, tantôt avec le Black Metal (dans certains riffings, certaines ambiances), sans oublier une petite dose de mélodie qui vient « alléger » l’album, The Anthropocene Extinction est un album coup de poing, un réquisitoire sabre au clair contre le virus humain qui tue la Terre à petit feu. Au niveau des textes (et toujours selon Travis Ryan), il s’agit là de l’album le plus déprimant de Cattle Decapitation. Il n’y a pas d’espoir, pas de happy ending. La bande son de la fin du monde, c’est maintenant, et Travis Ryan en est la voix.

À la fois terriblement familier et pourtant si différent : Cattle Decapitation a de nouveau réussi la prouesse de sortir un album qui suscite des sentiments opposés. Les fans de l’opus précédent apprécieront. Les détracteurs de l’opus précédent pourraient aussi apprécier. Tout fan de Metal brutal qui se respecte devrait apprécier.

Mister Porn (9,5/10)

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Metal Blade Records / 2015
Tracklist (46:09) 1. Manufactured Extinct 2. The Prophets of Loss 3. Plagueborne 4. Clandestine Ways (Krokodil Rot) 5. Circo Inhumanitas 6. The Burden of Seven Billion 7. Mammals in Babylon 8. Mutual Assured Destruction 9. Not Suitable For Life 10. Apex Blasphemy 11. Ave Exitium 12. Pacific Grim