Mon regretté collègue Ymishima avait loué à qui voulait bien l’entendre les qualités du premier effort de Glaciation, l’EP 1994 et nous annonçait, en guise de cadeau d’adieu avant de s’envoler vers les States, que le groupe reviendrait avec un premier opus… Quelques mois après, Glaciation, désormais signé chez le légendaire label Osmose Productions, nous propose enfin ce premier album, 6 titres, un peu moins de 45 minutes qui, à en croire le discours promotionnel, rendent hommage au vrai Black Metal et comprendraient quelques éléments susceptibles de troubler l’auditeur lambda.
Voilà qui suscite des attentes.
Coupons court au suspense : Sur Les Falaises de Marbre, dès la première écoute, démontre tout son potentiel d’album exceptionnel sans pour autant dévoiler immédiatement tous ses secrets. Le premier contact est prenant, intriguant, on se prend au jeu de suivre les textes tout en se laissant guider par la musique… Ha, la musique ! Ceux qui s’attendaient à un festival de blast ininterrompu sur fond de riff lancinant et monotone en seront pour les frais. Le travail au niveau de la batterie, par exemple, est vraiment remarquable : les rythmiques sont variées, riches, et les passages de blast sont habilement contrebalancées par d’autres plages plus mid-tempo, plus compliquées, plus apaisées.
Cette variation, on la retrouve à tous les niveaux. Prenez « Le Soleil Et l’Acier », son intro presque décalée avant le départ dans une folle sarabande Black Metal qui s’interrompt soudain l’espace d’un instant, d’une respiration sur fond de guitare sèche avant de reprendre de plus belle avec ces deux chants qui, plutôt que de s’opposer, s’allient, se marient pour nous tirer toujours plus haut, toujours plus loin… pour mieux rechuter sur « Kaputt », le dernier assaut avant un final apaisé, « Cinq » et surtout « Sur Les Falaises de Marbre » et son petit feeling à la Alcest (une sensation due à ce son de guitare accompagné de quelques lignes de chant éthéré).
Et pourtant, au final, ce n’est pas la musique qui m’a le plus touché. La vraie « star » de cet album est Rose Hreidmarr, ce chant fier, cette rage, ces quelques passages presque en « spoken word » dont certaines inflexions renvoient à du Diapsiquir sur les deux premières plages… C’est bien simple, le dernier chanteur à m’avoir autant bousculé était justement Damien de Diapsiquir, dans un tout autre registre hallucinant et halluciné, bien entendu.
Sur Les Falaises De Marbre tient ses promesses. Mieux : il captive, et ce don n’est pas donné à tous, loin s’en faut. Sur Les Falaises De Marbre prend aux tripes. Sur Les Falaises De Marbre se vit. Nous sommes le 5 février et je vois mal qui pourra faire mieux dans le genre d’ici la fin de l’année.
Mister Porn (9/10)
Osmose Productions / 2015
Tracklist (42 :51) 1. Les Fiancées Sont Froides 2. La Mer, La Ruine 3. Le Soleil Et l’Acier 4. Kaputt 5. Cinq 6. Sur Les Falaises De Marbre
Strynn est une jeune formation de Black Metal originaire de la région bordelaise et née sur les cendres de feu Black Storm entre 2011 et 2012. J’ai découvert leur musique dans le courant de l’année 2013 lors de la sortie de leur premier album Decadence. Cet album m'avait bien plu et à ce titre, j'ai eu l'occasion de les programmer à plusieurs reprises dans mon émission pour Radio Kaos Caribou. Strynn y pratiquait un Black Metal que l'on pouvait qualifier de conventionnel / true. Il y faisait cependant souffler un vent très « epic » sur la quasi totalité de ses compositions qui se révélaient du coup très catchy avec un lyrisme saisissant de tous les instants.
