Archive for the ‘ Chroniques ’ Category

Ghost – Skeletá

Tobias Forge est ambitieux. Avec Ghost, le chanteur suédois veut tout simplement dominer le monde. Depuis Opus Eponymous (2010), son groupe a fait un sacré chemin. Sa musique pop et metal enrobée d’un visuel pseudo satanique, plaît au plus grand nombre ; les albums et E.P s’enchaînent à un rythme régulier et se vendent bien ; les salles de concerts affichent complet… Bref, la petite entreprise Ghost ne connaît surtout pas la crise.

Soyons direct, Skeletá n’est pas le chef d’œuvre annoncé par tous (comprendre médias généralistes et influenceurs venant de découvrir le groupe). Ce sixième opus est la suite logique d’Impera qui était la suite logique de Prequelle qui était… Bref, vous connaissez la suite… Mais voilà, qu’on l’aime où qu’on le déteste, Ghost réussit encore son coup grâce à cette évidence mélodique, cette facilité avec laquelle Tobias Forge enchaîne les « bangers » pop/metal.

Moins immédiat qu’Impera, Skeletá nécessite quelques écoutes (quatre/cinq environ) avant assimilation. Puis c’est la révélation. Tout devient logique. C’est peut-être un peu putassier, mais ça fonctionne une fois de plus ; que ce soit la petite intro typique, les refrains addictifs (« Satanized », « De Profundis Borealis » …), les morceaux nous ramenant quelques années en arrière (« Lachryma » n’aurait pas choqué sur Meliora), les ballades dégoulinantes de guimauve (« Guiding lights »), les influences demi avouées (« Peacefield » fortement influencé par le « Separate ways » de Journey), les synthés et la cowbell de « Umbra »…

Une conclusion s’impose : Forge s’en tire encore plutôt bien et continue inexorablement sa montée vers les cieux du succès. Un comble pour ce sataniste en carton. Mais attention, le pilotage automatique n’est pas très loin.

Nico (8/10)

Site Officiel : https://ghost-official.com/

Loma Vista Recordings / Concord / Universal /2025

01. Peacefield 02. Lachryma 03. Satanized 04. Guiding Lights 05. De Profundis Borealis 06. Cenotaph 07. Missilia Amori 08. Marks Of The Evil One 09. Umbra 10. Excelsis

Machine Head – Unatoned

J’avais lâché l’affaire Machine Head en 2018 avec la déception Catharsis. Enfin, je dis « déception », j’aurais plutôt dû dire « explosion en plein vol suivi d’un back flip dans le fossé le plus proche ». Et en 2022, à la sortie d’Of Kingdom And Crown, j’avais poliment ignoré l’album. Merde, on sortait de 2 ans de confinement, ma santé mentale remontait péniblement la pente, j’allais pas me saborder en me cognant 70 minutes de Robb Flynn (un bref coup d’œil à un de ses lives confinés avait suffi). Et aujourd’hui, alléché par la durée raisonnable de la galette (on est sous la barre des 45 minutes, une première dans l’histoire du groupe), je me suis penché sur Unatoned.

This house of gold is crumbling.

Robb, tu crois pas si bien dire.

Oui, je sais, je recycle une de mes ficelles de rédaction utilisée dans la chronique de Catharsis mais, une fois de plus, Robb trouve les mots justes pour décrire l’album, que dis-je, la carrière de Machine Head. Putain que c’est pauvre. Putain que c’est MOU. On assiste en direct et au ralenti à la chute vertigineuse d’un groupe qui, au fil des ans, avait su surmonter l’adversité (on se souvient des difficultés rencontrées par le groupe après Supercharger) pour devenir un poids lourd incontournable du Metal énervé.

J’ai beau essayer d’être indulgent, mais aucun titre ne décolle réellement. Le chant manque de mordant (vous aussi, vous trouvez que la voix de Robb semble émoussée sur « Atomic Revelations » ? Adressez-vous à votre organisme de protection des consommateurs pour obtenir une indemnisation)… Et les refrains ? BORDEL, Y’A MOYEN D’AVOIR UN PEU D’AGRESSIVITÉ DANS LES REFRAINS SVP ?

Au niveau des compos, on touche le fond. Machine Head a inventé « le morceau qui dure 4 minutes mais semble en durer 10 ». Un exemple ? « Unbound ». Même pas besoin de lancer un circle pit, s’il y a bien un truc qui tourne en rond, c’est ce morceau. Ça tourne tellement en rond, on dirait un single de Gojira époque L’Enfant Sauvage, mais en moins bien (vous saluerez la performance). Et le plus moche, dans cette histoire, c’est que le groupe parvient, lors de ses trop rares fulgurances fugaces et frustrantes, à entretenir l’illusion que le groupe en a encore sous le pied. Qu’il suffirait d’une étincelle pour que Robb et sa bande reviennent botter des fiacs par paquets de 12 comme à la belle époque. Le fan qui est en moi veut encore y croire. Mais le fan qui est en moi croit aussi que Slayer reviendra un jour pour de vrai. Quel con, ce fan intérieur.

Machine Head ? Machine Dead, plutôt. Ou peut-être une évolution du groupe vers des morceaux plus taillés comme une enfilade de singles pour répondre aux tendances sur le marché du streaming. L’avenir nous dira si ce pari est payant, mais il peine à me convaincre.

3/10

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Nuclear Blast Records / 2025
Tracklist (41:42) 1. Landscape of Thorns 2. Atomic Revelations 3. Unbound 4. Outsider 5. Not Long for This World 6. These Scars Won’t Define Us 7. Dustmaker 8. Bonescraper 9. Addicted to Pain 10. Bleeding Me Dry 11. Shards of Shattered Dreams 12. Scorn

Dormant Ordeal – Tooth And Nail

En ce printemps 2025, si l’on évoque l’actualité musicale à tendance extrême en provenance de Pologne, le troupeau bêle invariablement un nom. Celui de Behemoth qui, dans 13 jours, nous proposera un nouvel opus dans la droite ligne (descendante) de ses prédécesseurs toujours moins mémorables. Et tandis que tous ces regards ébahis sont tournés vers la bande à Nergal, Dormant Ordeal, autre formation polonaise sort son quatrième album dans l’indifférence presque générale.

Et pourtant, dès la première écoute, un petit je-ne-sais-quoi m’a accroché. Est-ce l’intensité presque contre-productive de l’album ? Ses influences très polonaises (un mix équilibré entre l’énergie d’un Behemoth bonne époque, la technique de Decapitated et une petite touche de Mgla, principalement au niveau de la finesse du jeu de cymbales sur certaines pistes et de cette capacité d’avoir des morceaux longs, presque entêtants mais jamais ennuyants) sans pour autant tomber dans le copycat d’un des grands frères de la scène locale (oui, je parle de toi, Hate, le Behemoth du Wish) ? Ou peut-être simplement le fait que le groupe a su digérer le départ d’un de ses membres fondateurs tout en optant pour une approche plus directe que sur son dernier effort sorti il y a quatre ans…

Plus direct, certes, mais pas pour autant simple, voire simpliste. Tooth And Nail, du haut de ses 47 minutes, reste un album exigeant qui s’écoute de préférence au casque pour profiter au mieux de ses finesses (le jeu de batteur de Chason Westmoreland – qui a notamment joué pour Hate Eternal et Equipoise – est un régal à suivre sur des morceaux comme « Everything That Isn’t Silence Is Trivial »).

Ses deux seuls défauts ? Tout d’abord, certains reprocheront peut-être au frontman un chant qui ne brille pas par sa versatilité. Personnellement, cela ne me dérange pas (et j’ai même envie de faire un nouveau parallèle avec Mgla, dont le frontman aussi a un registre limité mais maîtrisé).

Ensuite, et surtout, Dormant Ordeal n’a pas eu la chance de tirer le gros lot et d’attirer l’œil d’un gros label il y a une dizaine d’années. Avec leur arrivée chez Willowtip (label de niche, certes, mais déjà plus connu que Selfmadegod Records), on ne peut qu’espérer que ce duo polonais pourra, enfin, bénéficier de l’attention qu’il mérite. Mais quand on sait que, chaque jour, pas moins de 120.000 nouveaux morceaux sont ajoutés sur les plateformes de streaming, ces 9 plages risquent de sombrer dans l’oubli pendant que d’autres formations pourront capitaliser sur leur nom pour nous servir une soupe de plus en plus fade…

8,5/10

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Willowtip Records / 2025
Tracklist (47:11) 1.
Wije i mary, Pt. 1 2. Halo of Bones 3. Horse Eater 4. Orphans 5. Solvent 6. Dust Crown 7. Against the Dying of the Light 8. Everything That Isn’t Silence Is Trivial 9. Wije i mary, Pt. 2