Archive for the ‘ Chroniques ’ Category

Watain – Trident Wolf Eclipse

Watain semble en pleine transition, et il y a fort à parier que cet album, d’ici quelques années, constituera un tournant dans la carrière du groupe, une étape transitoire entre un Black brut et quelque chose de plus grand, de plus ambitieux.

Voilà en somme comment je concluais ma chronique de The Wild Hunt. Mouais, en termes de pronostics, j’aurais pu faire mieux.

Trident Wolf Eclipse est, en quelque sorte, une marche arrière du groupe après The Wild Hunt, leur effort le plus ambitieux depuis les débuts du groupe. Dès l’opener « Nuclear Alchemy », le groupe semble vouloir faire table rase de ce dernier album, en optant pour une explosion de violence, 3 minutes où le groupe dégueule sa haine sans discernement. C’est pas très finaud, certes, mais c’est bougrement efficace.

Ensuite, le groupe reprend ses bonnes vieilles habitudes de l’époque pré-The Wild Hunt. Tantôt explosif sans pour autant oublier la touche mélodique, tantôt mid-tempo et ambiancé, les Suédois déroulent un album maîtrisé de bout en bout. Le Black Metal du groupe, mâtiné ici et là de touches thrash et presque punk, fait mouche. Et c’est peut-être pour ça que j’aime et déteste cet album. Je l’aime parce qu’il est efficace dès la première écoute. Pas de chichis, pas de fioritures, l’album se déguste d’une traite et ravira les fans du genre.

Mais lorsque je le replace dans son contexte et dans la discographie du groupe, j’ai quelques regrets. Je m’attendais réellement à une mue du groupe, à une évolution radicale. Un peu comme Behemoth qui a su, en trois albums, passer du black pur et dur à un black/death qui propulsait le groupe dans une autre dimension (avant The Satanist).

Trident Wolf Eclipse est à la fois un beau retour aux affaires et une occasion manquée. Nous ne saurons probablement jamais ce qu’aurait donné Watain si le groupe avait persévéré dans son évolution amorcée avec The Wild Hunt. On se consolera avec un album pas forcément novateur mais terriblement efficace.

Mister Patate (7,5/10)

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Century Media Records / 2018
Tracklist (41:52) 1. Nuclear Alchemy 2. Sacred Damnation 3. Teufelsreich 4. Furor Diabolicus 5. A Throne Below 6. Ultra (Pandemoniac) 7. Towards the Sanctuary 8. The Fire of Power 9. Antikrists Mirakel*

Ghost – Prequelle

Le mystère GHOST s’est éclairci. L’aura de mystère qui entourait le groupe a désormais disparu. Tout le monde connait Tobias Forge et sait qu’il est le maître à penser artistique et musical de cette aventure. Ces révélations sur fond de procès et de règlements de compte financiers allaient-ils interrompre l’ascension des suédois ? Ce n’est pas peu dire que nos amis étaient attendus au tournant quelques années après Meliora (2015) et Popestar (2016).

Forge est malin et décide d’entamer un nouveau chapitre en recrutant de nouveaux acolytes autour de lui et en rangeant au placard les Papa Emeritus au profit d’un nouveau personnage du grand guignol GHOST, le Cardinal Copia. Sur le fond, au niveau musical, on ne change par contre pas une équipe qui gagne. Ce rock doom progressif vintage revient sur le devant de la scène avec Prequelle. Ce nouvel opus s’inscrit dans la continuité des disques précédents.

Après une petite mise en bouche destinée à faire monter l’ambiance, les hostilités débutent avec un « Rats » ayant servi de premier single. Les fans ne seront pas désorientés, ils marchent en terrain connu, entre riffs accrocheurs et nappes de claviers omniprésentes. Le refrain déçoit au premier abord mais après quelques écoutes, la mayonnaise finit par prendre et l’auditeur passera outre. Rien de bien nouveau sous le soleil, c’est du GHOST tout ce qu’il y a de plus classique mais reconnaissons encore une fois l’efficacité du savoir-faire suédois. Forge domine les débats derrière son micro et propose encore une très belle performance. « Faith » ne veut d’emblée plus lourd et plus métal. Les guitaristes s’en donnent à cœur joie et imposent implacablement leur tempo. GHOST devient quelques minutes plus malsain et plus « evil » sans la dimension mélodique ne disparaisse jamais.

Prequelle affiche un équilibre assez subtil entre compositions intenses et titres plus doux. L’auditeur passera par un large panorama d’émotions, tout en restant porté agréablement par les mélodies accrocheuses. La dimension vintage du hard rock mélodique des suédois est poussée très loin. Un « Miasma » surprend par les chemins détournés qu’il emprunte, ce titre très technique s’ancre dans les seventies. GHOST a-t-il déjà été aussi accessible et sucré que sur un « Dance Macabre » ? Toutes les générations pourraient se retrouver sur une chanson aussi fédératrice. Certains diront de Forge joue la facilité mais même dans cet exercice, il excelle. Difficile franchement de résister et de ne pas secouer la tête et taper du pied ?

Et les ballades ne sont pas non plus en reste avec des « See the Light » et « Pro Memoria » qui font mouche. Le travail sur les orchestrations s’avère très réussi et le sens de la mélodie prend ici tout son sens. Oui c’est tire-larmes, ou c’est guimauve et pourtant le plaisir est bien là. C’est nostalgique à souhait et malgré les grosses ficelles utilisées, on se laisse porter. Forge démasqué, il ne se cache plus et affiche fièrement tout son savoir-faire. Il n’hésite pas à proposer un instrumental très progressif avec « Helvetesfonster ». Ce quatrième disque se termine paisiblement par une composition pop-rock, assez grandiloquente mais qui s’oublie assez rapidement.

Prequelle laisse, à chaque écoute, une impression très positive. Ce disque invoque un foisonnement de couleurs et de rythmes à même de rassasier les plus exigeants. Tout n’est pas génial, les refrains tombent parfois à plat mais les morceaux de bravoure ne manquent pas et génèrent rapidement une irrépressible envie d’y revenir. Au niveau des albums, GHOST fait jusqu’à présent un sans-faute et ce disque lui permettra sans aucun doute de poursuivre son ascension dans le monde entier. Selon la version de l’album que vous avez acheté, vous bénéficierez de reprises en bonus, « Avalanche » de Leonard Cohen et « It’s a Sin » des PET SHOP BOYS.

Oshyrya (08/10)

 

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Caroline Records / 2018
Tracklist (50:45 mn) 01. Ashes 02. Rats 03. Faith 04. See The Light 05. Miasma 06. Dance Macabre 07. Pro Memoria 08. Witch Image 09. Helvetesfonster 10. Life Eternal 11. It’s A Sin 12. Avalanche

 

 

Funeral Mist – Hekatomb

Groupe à part entière en 2003 (année de sortie du sublime Salvation), Funeral Mist est devenu au fil du temps un « side-project » d’Arioch/Mortuus, frontman de Marduk depuis Plague Angel. Et en 15 ans, Funeral Mist ne nous aura donc gratifié que de deux albums, Maranatha en 2009 et Hekatomb, annoncé à peine deux semaines avant sa sortie cet été.

Hekatomb semble avoir aspiré toute l’énergie de Viktoria, nouvel opus de Marduk sorti quasiment au même moment. Toute la folie, toute la hargne semblent avoir été siphonnées par Mortuus et recrachées sous le nom de Funeral Mist. Sur le plan musical, Funeral Mist mise ici sur un album plus court, plus violent que ses prédécesseurs. En quelque sorte, il perd son aura occulto-mystique qui était la marque de fabrique des deux efforts précédents. Mis à part quelques chœurs ici et là, Hekatomb se veut résolument plus rentre-dedans, dès « In Nomine Domini » qui, malgré ses deux petites cassures de rythme, lance la machine à pleine vitesse. Blasts destructeurs, lignes de guitare qui sifflent comme des balles perdues (ça sent l’héritage Panzer Division Marduk)… rien ne nous est épargné. Mortuus se paie même le luxe d’ajouter un jumpscare musical (que je ne spoilerai pas) dans un de ses morceaux.

Mortuus, parlons-en, d’ailleurs. Quelle prestation vocale. Quel registre. Sur « Shedding Skin », il touche au sublime, avec une prestation littéralement habitée. Est-ce là le même frontman que celui qui officie sur Viktoria ?

Et malgré tout, ce Funeral Mist me déçoit un peu. Pas en raison de sa qualité, loin de là, mais plutôt parce qu’Hekatomb marque une évolution vers un Black Metal plus traditionnel. Comme si Funeral Mist se « mardukifiait ». Lorsque Marduk a commencé à intégrer des éléments plus « funeralmistiens » sur Rom 5:12, cette évolution m’a enchanté, car cet apport nouveau offrait une nouvelle dimension à Marduk. Ici, j’ai l’impression que Funeral Mist s’appauvrit en quelque sorte, et perd son côté unique.

Un cran au-dessus de la concurrence, un cran en-dessous des efforts précédents du groupe : voilà le paradoxe Hekatomb. S’il était sorti sous la bannière de Marduk, il serait instantanément devenu un de mes favoris du groupe. Ici, malgré ses qualités indéniables, il restera un peu dans l’ombre de son monstre de frère, l’intouchable Salvation.

Mister Patate (9/10)

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Norma Evangelium Diaboli / 2018
Tracklist (43:01) 1. In Nomine Domini 2. Naught but Death 3. Shedding Skin 4. Cockatrice 5. Metamorphosis 6. Within the Without 7. Hosanna 8. Pallor Mortis