Archive for the ‘ Interviews ’ Category

                                                                                                 

Mes goûts et par conséquence ma sévérité concernant le chant sur Inner Madness n'ont visiblement pas traumatisé L. Chuck D. et c'est tant mieux. Je ne suis pas un connaisseur sur le bout des doigts de la carrière de No Return mais vu l'expérience acquise par le groupe et vu mon positionnement en tant que simple chroniqueur (fan de metal depuis vingt ans) le nouveau chanteur du groupe aurait pu l'avoir mauvaise concernant mon jugement. Il en est tout autre.
Comme dans metalchroniques nous apprécions la démarche et l'analyse en rapport avec mon écrit, il est bien évident que nous allions laissé la parole au chanteur au sein d'une interview mail. En voici le résultat…
 
1/ Bonjour L. Chuck D., j'ai été sévère quant aux parties de chant sur « Inner Madness » donc nous sommes ici pour mettre en place un droit de réponse. 
J'ai du mal à saisir pourquoi le chant me pose problème sur ce nouveau No Return car je n'ai aucun problème d'écoute sur le clip de Carnal Lust, « In the meandering deep of my anger », ou sur l'album de Yorblind, « Reflexions » auquel tu participes.
Il existe trois types de chant sur cet album, un guttural pas si fréquent, quelques parties en chant clair adéquat et des parties majoritaires où le chant est rude sans être vraiment extrême un timbre qui à mon sens montre ses limites de tonalité et qui n'est selon moi pas très adapté au thrash death mélodique de No Return. J'avoue je préférais le chant de Steeve Petit et même si Moreno possédait des accents assez similaires aux tiens, je ne ressentais pas cette gêne.
Je te laisse donc le champ libre sur ce premier point pour répondre en rapport avec ma chronique.
 
L. Chuck D. : Effectivement tu n'as pas été complaisant dans ta critique du chant sur le dernier album de No Return où j'officie au micro. Partons du principe que chacun est en droit d'aimer ou de ne pas apprécier un opus ou une composante de ce dernier, je n'ai aucune objection à apporter sur le fait que tu écrives ton avis sur ce point. D'ailleurs il me semble que c'est le rôle d'un chroniqueur, donc aucune ambiguïté ni aucune velléité de vengeance dans notre échange. Une fois ces bases posées j'ai également lu dans ton article une question qui a attirée mon attention puisque tu te demandais pourquoi nous avions majoritairement changé le timbre de voix. Il s'agit d'une volonté affirmée, décomplexée et assumée du groupe dans son intégralité. Comme tu as pu le remarquer dans les autres formations où j'ai pu officier ou dans certains passages d'Inner Madness je suis en capacité d'évoluer dans divers type de chant. Cette voix que tu entends majoritairement sur l'album est issue de 2 ans de travail auprès de David Féron, d'Inside the Scream, professeur de chant saturé qui a été élaborée uniquement pour No Return. Lors de mon intégration je n'ai pas été choisi pour ma capacité à Grawlé, mais bien au contraire pour mon aptitude à varier les plaisirs. Le chant typiquement Death Metal est une vibration mono tonal des muqueuses sans utilisation des cordes vocales. La formation ne voulait pas de ce type de chant monocorde et était désireuse d'obtenir un chant Thrash Mélodique à l'image de ses compositions. Nous avons donc énormément travaillé dans ce sens pour définir ce que tu perçois comme étant éreinté. Il s'agit donc d'une triphonie mélangeant la vibration des muqueuses, celle des cordes vocales et enfin les résonances des corps caverneux du haut du crâne. Nous savions en faisant ce choix technique et artistique qu'il s'agirait d'un changement aux critiques inévitables, mais il faudra bien que tout à chacun comprenne que No Return n'ai, n'a jamais été et ne sera jamais un groupe de Death Metal dans le sens premier du terme. Depuis la genèse du combo il n'y a eu qu'un seul chanteur typé Death, nous n'avons donc en rien perdu notre âme d'antan mais au contraire nous avons rétabli la véritable identité du groupe. Attention je ne nie pas que nous soyons une formation avec énormément de réminiscences Death Metal, mais celles-ci sont à l'image de groupes comme Death et non rien à voir avec le Brutal Death. Maintenant quand à savoir si ce timbre annihile la dynamique de l'ensemble je t'invite à venir nous voir sur scène et nous en reparlerons ensuite.
 
2/ Continuons sur l'aspect vocalise, le chant semble sous mixé par rapport à l'instrumentation qui domine largement le propos. Volonté affichée par le groupe ou bien le travail de Francis Caste est-il à l'origine de ce fait ?
 
L. Chuck D. : Encore une fois il s'agit d'un ressenti personnel qui nous étonne. En effet nous avons travaillé étroitement avec Francis et avons mis en avant les mélopées guitaristiques et la voix afin qu'elles vibrent à l'unisson sans qu'aucune ne vienne entraver l'autre. Il s'agit là également d'un choix artistique et je peux t'assurer que le chant est bien plus en avant que sur Manipulated Mind qui avait été également réalisé au studio Ste Marthe. Nous sommes très satisfaits du travail réalisé sur cet opus par le Sieur Caste et l'équilibrage de l'ensemble est tout à fait à l'image de ce que nous cherchions dès le début de l'enregistrement.
 
3/ Peux-tu nous présenter ton parcours personnel sur la scène métal avant d'être aujourd'hui le chanteur de No Return ?
 
L. Chuck D. : Là ça fait mal ! J’ai commencé en tant que bassiste en 1986 dans des groupes à tendance Punk/Metal en Allemagne où je suis resté pendant plus d’une décennie. Ensuite j’ai pris la guitare et le micro dans différentes formations comme NDNM, Beautifull Skyscrapers et Mortal Remains. J’ai effectué plusieurs tournées et enregistré diverses démos et albums avec ces combos. En 1992 j’ai pris mes quartiers en France où j’ai continué dans le milieu Metal en participant à Trachoma, Mortal Remains, ghUSa, Carnal Lust, Yorblind et enfin No Return.
 
4/ Venons en à ton intégration dans le groupe, comment est-elle intervenue ? Est-ce difficile d'être l'énième membre d'un groupe qui ne compte plus ses changements de line-up ?
 
L. Chuck D. : Les changements de line-up pour un groupe affichant 23 ans au compteur sont un impondérable. D’ailleurs il est a remarqué que ce type de mouvement ne semble déranger que pour les formations françaises. Si nous prenons Death et Annihilator par exemple, leurs diverses évolutions n’engendrent pas autant de discussion. Le plus important reste la musique, et le compositeur principal étant toujours présent depuis nos débuts il reste garant de la continuité stylistique. En partant de ce principe de fonctionnement il est en fait aisé d’intégrer une telle équipe. Elle sait ce qu’elle veut et par la même ce qu’elle ne veut pas, de ce fait son recrutement est basé sur des choix très stables ce qui m’a permis de savoir immédiatement dans quelle direction nous allions évoluer. Pour la petite histoire c’est bien Moreno qui m’a mis en contact avec Al1, la suite m’a conduit à te répondre aujourd’hui.

 

 

 

5/ Comment prépare-t-on l'écriture des paroles d'un album pour le compte d'un groupe dans lequel on va officier pour la première fois en studio. La thématique des lyrics t'a-t-elle été imposée ?  
 
L. Chuck D. : En premier lieu nous nous sommes mis d’accord sur une thématique correspondant à mes envies premières et à leur désir. Donc non rien ne m’a été imposé. Ensuite je prends en considération l’émotion que dégage une partie musicale et je propose une idée principale de texte, enfin si celle-ci est validée j’écris les textes et nous travaillons de manière collégiale sur les placés, les choix de timbre, les différents débits et la couleur du chant. Cet album a été composé alors que je traversais une période extrêmement difficile sur un plan personnel. En effet un de mes amis a été assassiné au moment de mon intégration par 5 jeunes à qui il avait refusé l’accès à son véhicule personnel. Ils se sont acharnés pendant de longues minutes et ce père de famille de trois enfants est décédé après une très longue agonie de plusieurs semaines. Les 2 principaux protagonistes, mineurs au moment des faits, ne risquent que 8 années d’emprisonnement. Comment alors ne pas se poser de questions sur l’état de notre justice ? Au travers de mes textes je n’apporte aucune réponse, je laisse tout à chacun se forger sa propre opinion, bien que la mienne soit effectivement définie. La thématique principale est donc bien la mort, mais traité sous un angle très personnel.
 
6/ Le Studio Sainte-Marthe et Francis Caste deviennent presque indissociable des groupes avec du gros son, l'expérience sur Manipulated Mind a dû être très concluante pour remettre le couvert. Combien de temps avez-vous passé pour venir à bout de l'enregistrement d'Inner Madness ?
 
L. Chuck D. : Il nous aura fallu 5 semaines tout compris. Mais l’important n’était pas le temps passé mais le résultat escompté et nous ne sommes pas déçus du résultat obtenu par ce Génie de Francis.
 
7/ No Return a du vécu niveau label, le groupe n'a-t-il eu de propositions que de Great Dane Records (petit label qui monte dans le landerneau metal français) ? Des labels comme Listenable ou Season of Mist, qui ont déjà eu le groupe dans leurs rangs,  n'étaient-ils pas intéressés ? Ou bien un label allemand, patrie qui apprécie No Return, comme Cyclone Empire.
 
L. Chuck D. : La question du label a bien entendu été abordée au sein du groupe avec un esprit analytique. La déception engendrée par la disparition de Dockyard1 nous a amené à favoriser une collaboration franco-française. Après plusieurs rencontres nous avons porté notre dévolu sur l’équipe formée par Raph et Geoff. La raison principale est leur approche de la musique qui est la même que la notre. Nous sommes entre passionnés et nous parlons donc le même langage. Pas de promesse sans fondement, pas d’immixtion dans le traitement artistique mais un seul et même objectif. Nous verrons dans quelques mois si nous entendrons encore parler de « Petit Label », la qualité des groupes signés ainsi que le travail fourni ne peut que faire monter en puissance cette structure.
 
 8/ Alain maintient le groupe en vie depuis plus de vingt ans. Comment fait-il pour garder la flamme de la passion vivace avec tous les déboires qu'a pu connaître son groupe d'autant que certains combos ont une notoriété montante au fil des ans alors que No Return a des hauts et des bas fréquents (faire partie de l'histoire du death français avec enregistrements au Morrisound, signatures sur de très gros labels avec mise en avant facilité car plus étendues, line-up et label changeant…)
 
L. Chuck D. : Et bien écoute, comme on n’est jamais mieux servi que par soi même je lui passe la main.
 
Alain : Seule la passion de la musique permet d’expliquer la longévité de NO RETURN. Au-delà des problèmes de musiciens volatiles, voire opportunistes, et de labels, tant que tu éprouves toujours ce feu sacré il faut continuer. Il faut bien sur s’investir quotidiennement, et c’est ce que je m’efforce de faire en préservant l’esprit musical Thrash de NO RETURN au fil des ans. J’ai de la chance de pouvoir faire des albums, de la scène, de partager ma musique et c’est toujours pour moi un plaisir indescriptible car cela reste l’essentiel avant tout.
 
9/ De plus le groupe a au cours des ans fait évoluer son style jusqu'à utiliser des claviers, des samples (Machinery notamment) et maintenant toujours dans le thrash/death, la musique n'a jamais été aussi mélodique et les solos n'ont jamais été aussi nombreux alors qu'actuellement il y a plutôt une économie d'énergie dans les solos concernant tous les nouveaux groupes ce qui confère à No Return un certain esprit du death des années 90. Est-ce important de conserver cet héritage tout en sonnant très actuel ?
 
L. Chuck D. : Nous ne réfléchissons pas notre musique comme étant le garant de quoique ce soit. Nous tentons avant toutes choses de nous faire plaisir. Maintenant il est certain que posséder un guitariste de la trempe d’Al1 est un atout majeur dans l’existence d’un groupe. Il était temps qu’il signe un instrumental, et quel morceau. Mais Al1 pense tu que nous sommes les héritiers d’un mouvement ?
Alain : Il est délicat de dire si nous sommes les héritiers de tout ça, mais il est clair que l’esprit musical Thrash de NO RETURN associe puissance et mélodie. Cette mélodie dans les solos permet de mieux mettre en valeur un riff brutal arrivant par la suite, et évite à mon sens une certaine linéarité. C’est une vérité de dire que les solos ont tendance à disparaître dans les groupes actuellement et c’est bien dommage car c’est un véritable plus pour un morceau en termes de relief.
 
10/ Comment se présente d'emblée les possibilités de tourner pour No Return ? En tête d'affiche avec la France pour contrée prioritaire ou avec des vues vers l'étranger en subissant les affres des premières parties. En même temps, No Return possède peut être de quoi tourner en tête d'affiche en Allemagne notamment.
 
L. Chuck D. : En fait il n’y a pas qu’une seule manière de voir les choses. Nous jouons sur tous les tableaux. Des dates One-Shot, d’autres en plateau, quelques tournées en première partie et en tête d’affiche ainsi que quelques festivals tels que Motocultor et Vouziers. Aujourd’hui nous avons beaucoup de choses en négociation et il est encore trop tôt pour pouvoir te donner plus de détails.
 
11/ Avec l'expérience acquise quel regard portes tu (portez-vous) sur la scène française ? 
 
L. Chuck D. : Nous nous rendons bien compte que la scène française est souvent réduite à deux groupes en une quarantaine d’années et pourtant…Le retour de Mercyless, le très bel album des Loudblast, les jeunes loups de Withdrawn, le talent de Destinity tout ceci me porte à croire que notre scène nationale se porte très bien. Maintenant elle se porterait encore mieux si nous n’étions pas victime de pseudos fans qui pillent allègrement nos œuvres par du téléchargement illégal. Maintenant si nous voulons terminer avec de la musique préformatée je pense que nous sommes sur la bonne voie.
 
12/ Je vous laisse les lignes de la fin pour vous exprimer librement…
 
L. Chuck D. : Merci pour ce droit de réponse, et encore une fois rendez-vous sur la route pour que nous puissions converser en direct de ton ressenti.

 

 

Chronique de "Inner Madness"

 

 

Dragonforce – Marc Hudson (2012)

Suite au départ de ZP Theart en 2010, Dragonforce a dû recruté un nouveau chanteur: Marc Hudson a été l'heureux élu. A savoir un petit jeune britannique, sans expérience professionnelle « dans le milieu » jusque là, mais avec un sacré potentiel si on en croit l'album qui vient de sortir, « The Power Within ». L'occasion donc de faire connaissance avec ce petit jeune britannique… qui parle comme une mitraillette, comme tout britannique qui se respecte, mais surtout est peut-être aussi talentueux qu'il peut être timide, même s'il est très ouvert! Apprends à être fier mon petit: tu es doué, affirme-le, vindieu d'vindieu! Il a même encore du mal à dire « nous » quand il parle du groupe qu'il vient d'intégrer… c'est mignon, et pour une fois qu'on a un musicien talentueux + tout timide, ça serait dommage de passer à côté! Mais faisons connaissance…

MetalChroniques: Puisque tu es le petit nouveau dans le groupe: que s'est-il passé avec le chanteur précédent et comment t'es-tu retrouvé dans Dragonforce?
Marc Hudson: Je ne sais pas exactement ce qui s'est passé avec le chanteur précédent, vu que j'étais pas encore avec eux, pour des raisons évidentes! Je crois qu'ils ont pris des chemins séparés pour cause de « différences musicales », quelque chose comme ça… ils ne me l'ont même pas dit! Après, comment je suis arrivé dans le groupe… J'avais lu sur leur site web qu'ils recherchaient un nouveau chanteur, alors j'ai participé à une audition à travers Youtube. Parce que ça n'était pas une candidature « privée », c'était public, pour que tout le monde puisse voir qui se présentait. J'ai reçu beaucoup de retours positifs là-dessus, ensuite Herman m'a dit qu'il aimait beaucoup ce que je faisais: j'ai fait deux autres auditions, privées cette fois, avec « Through The Fire And Flames », « Last Journey Home » et « Fury Of The Storm ». Ils sont aussi venus me voir jouer avec mon groupe, j'étais dans un groupe de rock… mais rien de génial, vraiment, on était du genre à jouer devant deux ou trois personnes! Après j'ai fait une répétition avec eux, après qu'ils aient composé pas mal de nouveaux morceaux etc. Et je me suis retrouvé à faire des demos pour le nouvel album! Et après ça, ils m'ont dit: « Enfin… tu peux rejoindre le groupe! » Ca a été assez long en fait.

M.: Mais au final, tu ne sais pas pourquoi ils t'ont choisi -toi-? Parce que je suppose qu'il y a beaucoup de gens qui ont dû postuler?
M. H.: Eh bien… je crois que Herman aime bien mon genre de voix, cette tonalité. A la première audition par exemple il m'a dit que ça sonnait comme le chanteur de Helloween, Michael Kiske… en fait c'est le seul compliment qu'il m'ait fait! Pour le reste c'est plutôt à eux d'en parler, je ne peux pas vraiment dire.

M.: Et que dirais-tu que tu amènes au groupe, musicalement ou peut-être humainement?
M. H.: Musicalement, je pense que j'ai une bonne tessiture vocale, je peux aller des graves jusqu'à des notes très aiguës. Ils ont pu utiliser ça sur les nouvelles chansons, comme la première de l'album [« Holding On »], qui commence avec un énorme cri aiguë. Et puis je suis nouveau dans tout ça, je ne sais rien du côté « professionnel » etc., si bien qu'ils doivent tous m'aider un peu avec ça, d'une certaine manière: ça leur apporte un nouveau lien entre eux, parce qu'ils doivent s'assurer que je vais bien chanter, que je bouge bien sur scène, tiens la foule en main, ce genre de choses. Ca les a soudés un peu plus je pense, parce que ça a été nécessaire pour vraiment m'intégrer dans le groupe.

M.: As-tu pris part à la création de l'album d'une manière ou d'une autre, ou est-ce que tout était déjà prêt quand tu étais arrivé: il n'y avait plus qu'à ajouter ta voix?
M. H.: Pour les paroles, j'ai aidé. Ils ont déjà écrit quatre albums avec ces paroles de power-metal, et comme j'étais nouveau là-dedans j'ai pu amener de nouvelles idées. Mais pour tout ce qui est musique tout était déjà prêt quand je suis arrivé. Il y a juste quelques petits bouts où… nous avons répété les chansons ensemble avant de les enregistrer, avec quelques passages improvisés qui ont se sont retrouvés sur l'album au final. Alors c'est un peu comme écrire mais…
M.: C'est plus de l'impro-boeuf…
M. H.: Oui, et puis ça n'est pas grand chose, juste une parole ici ou une note plus aiguë là que Sam et Herman n'avaient pas écrit, mais ça marchait bien… alors ça a été gardé!

M.: Pour en revenir à ce que tu as dit apporter au groupe, à savoir ta tessiture: le chanteur précédent en avait déjà une très large! Donc ça n'est pas forcément -nouveau- pour le groupe… alors vocalement, en effet, qu'est-ce que tu apportes de nouveau, puisque tu n'as pas la même voix que ZP [Theart] non plus, quand même?
M. H.: Grande question! Par exemple… je crois que les notes aiguës sur cet album sont plus aiguës que celles des albums précédents… un peu, au moins. Après… le chanteur précédent, ZP, était un excellent chanteur, et je n'essaie surtout pas de dire que j'apporte quelque chose au groupe qu'il ne pouvait pas. Et puis il y a une chanson acoustique à la fin de l'album, j'espère qu'elle montre un aspect de Dragonforce que le public ne connaissait pas encore, et évidemment les chansons metal il faut les chanter avec une voix metal, mais pour cette chanson acoustique à la fin je dois utiliser des nuances plus douces. Je pense que ça fait partie des nouveautés que le groupe et les gens attendaient, peut-être… ou peut-être pas!
[Vilain timide, t’vas assumer ton talent oui!!!]
M.: C'est la dernière de toute manière: c'est facile de choisir entre la garder ou non!
M. H.: Tout à fait.

M.: Je ne sais pas si tu pourras vraiment répondre à cette question, mais tentons. Sur les albums précédents, il y avait un côté « jeux vidéos » très marqué. Sur celui-ci par contre, c'est beaucoup moins présent: est-ce que ça a fini par lasser les gens du groupe, ou ça s'est juste trouvé comme ça?
M. H.: Je ne peux pas vraiment répondre à cette question entièrement, à nouveau. C'est les autres qui composent après tout. De manière générale, je pense que l'album s'éloigne un peu de ce genre de son, mais est-ce que c'était délibéré? Je ne sais pas vraiment. Il y a toujours des références à des jeux vidéos dans certaines chansons, mais elles sont plus subtiles, il n'y a plus « le son qui va avec ». Je ne crois pas que ça ait été totalement délibéré, l'écriture était plus importante alors peut-être que le truc des jeux vidéos est passé par dessus-bord en chemin.

M.: Au passage, quand a commencé ce processus de recrutement, combien de temps a-t-il duré?
M. H.: Je ne me souviens pas vraiment? Ca a été tellement long! Je les ai officiellement rejoints en mars [2011]. L'audition sur Youtube avait eu lieu pendant l'été [donc sans doute 2010]… ça a bien pris 6 mois en tout, peut-être 8.
M.: Donc, depuis mars de l'année dernière, tu -sais- ce qui s'est passé dans le groupe!
M. H.: Oui!

M.: Il y aura peut-être le même problème mais tentons: Sur ce nouvel album, il y a évidemment des chansons rapides, comme avant, mais… de manière générale, ça reste beaucoup moins dans ce que j'appelle « la vitesse pour la vitesse »: est-ce que c'était pour s'adapter à ta voix, ou d'une manière ou d'une autre délibéré?
M. H.: C'est à dire? Est-ce que c'est plus rapide?
M.: Non, c'est le contraire. Enfin, évidemment il y a des chansons très rapides, mais il y a des mid-temps, même dans les chansons rapides certains passages ne sont pas si rapides, etc.
M. H.: Oui, je vois. Je ne crois pas que ça soit lié à moi, et puis il y a « Fallen World » qui est sortie avant la sortie de l'album, c'est la plus rapide. D'un autre côté, le chant n'a pas besoin d'être rapide là-dessus: les guitares vont très vite, mais la mélodie au chant est tout à fait normale. Donc je n'ai pas d'influence sur la vitesse.
M.: Mmh, nous allons en reparler…
M. H.: Pas de problème! Je crois que le groupe a réalisé avec les albums précédents que… Inhuman Rampage [sorti en 2006] était fou, et avec Ultra Beatdown [2008] ils ont fait tout ce qui pouvait être fait là-dedans, c'est plus rapide, plus long… Et d'après ce que Fred [Leclercq, bassiste… pour Dragonforce du moins!] a dit, puisqu'encore une fois je n'étais pas encore dans le groupe, ils ont fait une pause après ça et ils ont commencé à regarder les choses différemment. Les fans aiment des chansons comme « Strike Of the Ninja », qui était la chanson bonus, et elle est beaucoup plus simple, plus courte aussi peut-être. Au final je pense que… ça n'est pas qu'ils ont laissé tomber tout ce qui est ultra rapide, mais plutôt qu'ils commencent à intégrer tout ce qui est intermédiaire. Il y a deux chansons mid-tempo, « Cry Thunder » et « Seasons », la chanson acoustique, le reste est encore… rapide. [personellement je qualifierais même ces deux-là de lentes, et en mettrais d’autres dans les mid-tempo… mais passons, pas important] Ils ne changent pas, ils ajoutent de nouvelles choses.

M.: Voyons ce que tu peux dire à ce sujet à nouveau: Sur les albums précédents, il y avait aussi des éléments de metal extrême, electro parfois, etc., et ils ont complètement disparu ou presque de The Power Within. Est-ce que c'était pour rendre les choses plus simples, ou « compactes » en un sens?
M. H.: A nouveau tout ce que je peux dire c'est ce que j'ai entendu de la part de Herman et Sam. Par exemple la durée des chansons est plus courte cette fois parce que jusque là ils composaient, entraient en studio, et l'album sortait. Cette fois, les chansons ont été écrites, ensuite on les a jouées chez Herman, et c'est là qu'ils ont décidé qu'au lieu de jouer des solos de guitare bizarroïdes de deux ou trois minutes à eux seuls, ça serait beaucoup mieux s'ils ne duraient qu'une minute par exemple, puis une minute de claviers, et on repart sur la voix. Si bien que chaque « morceau » dans une chanson poursuit vraiment un but. C'est peut-être pour ça que les trucs les plus insolites ont disparu maintenant. Tout est plus concis au final, plus ciselé. C'est une bonne chose je trouve, mais peut-être que certaines personnes préfèrent les trucs très longs. Pour ma part j'apprécie ça, que chaque partie de chaque chanson est bien comme ça, il n'y a pas de remplissage etc.

M.: Oui, et au final ça rend l'album plus cohérent par rapport aux précédents albums, musicalement parlant au moins?
M. H.: Oui, je pense? Je trouve que l'écriture sur cet album est très bonne, et les chansons se complètent les unes les autres. Un peu comme si nous avions couvert toutes les avenues possibles: rapide, plus lent, acoustique à la fin. Oui, je trouve que c'est très complet, très cohérent, il n'y a pas de morceau « remplissant un trou ».

M.: Le groupe a toujours produit et mixé ses albums lui-même, mais cette fois vous ouvrez même votre propre label pour lancer l'album en Europe: avez-vous si peur qu'un « étranger » ruine totalement l'image que vous avez de Dragonforce?
M. H.: Non, pas du tout! Pour cette histoire de label, je crois que Herman voulait juste avoir un contrôle plus important des « à côtés ». Par exemple s'assurer que l'album sort à la date prévue au bon endroit, tous ces détails. Pour être honnête je ne comprends pas encore tout à fait ce que gère un label… mais il y a une bonne raison à ça!

M.: Pour en revenir à cette histoire de voix et de vitesse: tu as dit que tu n'as pas vraiment besoin d'adapter ta voix à la vitesse de la musique.
M. H.: Oui.
M.: Pourtant, quand j'ai regardé ta « vidéo de candidature » sur Youtube, je n'ai pas pu m'empêcher de remarquer que tu devais encore adapter ta prononciation à ce que tu chantais. C'était déjà très bien comme ça hein, mais parfois c'était un tout petit chouia de poil à côté du tempo…
M. H.: C'est possible… il faut dire que je ne connaissais même pas cette chansons avant de faire cette vidéo! Evidemment il faut prendre ces choses en compte, mais on ne les réalise pas forcément sur le moment. Mais après, Herman est venu me dire que là c'est un peu trop long… et ça devient évident après, en effet!

M.: C'est généralement assez difficile de rejoindre un groupe qui a déjà ses fans de longue date etc., particulièrement quand on arrive pour remplacer un chanteur: comment ça s'est passé pour toi jusque là? [ils avaient déjà fait quelques concerts, un clip officiel, cette vidéo d’audition, etc.: les fans avaient eu l’occasion de le découvrir un peu.]
M. H.: Dans l'ensemble, tout est plutôt positif en fait? Les fans à qui j'ai pu parler après nos concerts, ou ceux sur les forums ou Facebook… tout le monde me dit des choses positives. Evidemment il y aura des divisions avec ceux qui préféraient quand ZP était au chant, moi-même j'aime Dragonforce à cause ZP, en fait je me fiche complètement des guitares, vraiment! Mais il y a quand même des gens qui m'apprécient, et comme ils ne savent pas ce qu'il y a sur l'album ils ne savent pas à quoi attendre. Jusque là en tout cas tout ce que j'ai entendu était positif, et c'est agréable de voir les fans m'accueillir avant même d'avoir entendu l'album. Et évidemment, ils pourront se faire une opinion pour de bon après avoir écouté l'album. C'est pour ça que j'attends avec impatience qu'ils l'écoutent, pour qu'ils me donnent leur avis!

M.: Sur le site Internet de Dragonforce, j'ai lu ce qui est dit sur tes influences en tant que chanteur… et j'ai été plutôt surprise de lire les noms des chanteurs de deux groupes italiens… qui sont généralement largement complètement inconnus? Alors… comment les as-tu connus et qu'est-ce que tu aimes tellement chez eux?
M. H.: Oui! …J'essaie de vois desquels tu parles…
M.: Vision Divine [le chanteur en question étant Michele Luppi, qui a pris la place de Fabio Lione pendant les quelques années où ce dernier n’était plus chez Vision Divine] et Labÿrinth [pour Roberto Tiranti… d’ailleurs écrit avec une faute d’orthographe sur le site de Dragonforce, puisqu’il devient Tyranti, ahlala!]…
M. H.: C'est vrai! En fait à la base j'écoute quelque chose à cause du chant. J'aime bien les guitares et tout ça évidemment, mais en général j'écoute avant tout le chant. Et avec Internet, si tu aimes un groupe tu peux recevoir des recommandations pour d'autres groupes… et au bout d'un moment ça tourne un peu en rond? Par exemple quand j'avais 16 ou 17 ans j'écoutais Rhapsody: « oh, un groupe italien! Si tu aimes Rhapsody, tu aimeras Vision Divine! » [vu que Fabio chante sur leurs deux premiers albums… et le dernier en date, mais Luppi en a enregistré trois avec eux entre-temps] Et Michele Luppi de Vision Divine a… à mon sens, c'est le meilleur chanteur qui soit, c'est mon chanteur préféré en tout cas. Mais en général je ne le dis pas, puisque personne ne sait qui il est! [sauf… que chez MetalChroniques, on s’y connaît, mwaha] Et c'est triste, parce qu'il est excellent! Mais puisque tu as fait la recherche, je te le dis.
M.: Même pas, je connaissais déjà le groupe, c'est pour ça que j'ai été si surprise en lisant son nom!
M. H.: C'est vrai qu'ils ne sont pas très connus, c'est pour ça que je ne pense jamais à les mentionner… mais oui, c'est vraiment mon chanteur préféré.

M.: Quelque chose que tu voulais dire mais que je n'ai pas demandé, ou un dernier mot pour les lecteurs?
M. H.: Eh bien, je dirais aux fans français que je suis impatient que l'album sorte pour qu'ils puissent l'écouter… et je suis sûr qu'ils vont l'aimer! S'ils aiment Dragonforce, ils aimeront ça. Il y a quelque chose de nouveau sur l'album je pense, à cause de moi évidemment, mais surtout parce qu'il y a de nouveaux styles, une nouvelle voix… il y a les choses qu'ils aiment et des nouveautés; des trucs très rapides et des mid-tempos. Je suis également impatient de revenir en France cet automne, pour notre nouvelle tournée… je ne sais pas exactement quand [les dates n’étaient pas encore confirmées quand l’interview a été faite, mais maintenant c’est bon: vous les trouverez sur cette page.]

-Propos recueillis par Polochon, en février 2012.
Chronique de The Power Within (Dragonforce).-

Unisonic, au départ, c'est « le nouveau groupe de Michael Kiske ». Pour ne pas dire « son premier vrai groupe depuis Helloween ». Et en mars 2011, quand il a été annoncé que Kai Hansen les rejoignait (merci la tournée d'Avantasia où ils se sont retrouvés sur scène!), tout le monde a commencé à rêver sur cette nouvelle association « Michael Kiske au chant + Kai Hansen à la guitare… et composition ». Ne pas s'y tromper cependant: comme ces deux messieurs vont l'expliquer dans les lignes suivantes, il ne s'agit pas d'un groupe de speed ou power-metal. Ce qui ne les empêche pas de croire énormément en ce nouveau projet… il faut dire qu'il y a un petit côté « vieux couple » dans leur relation, c'est plutôt mignon!
Quoi qu'il en soit, Michael s'éternise avec l'interview précédente (il parle d'Elvis avec une autre inconditionnelle, forcément ça inspire!), commençons donc avec Kai, Michael nous rejoindra un peu après.

MetalChroniques: Pendant très longtemps, on peut dire que tu n'envisageais pas vraiment de refaire un groupe avec Michael [Kiske]: qu'est-ce qui a permis à la roue de tourner?
Kai Hansen: En fait ça n'est pas moi qui ai changé d'avis, c'est Michael qui a changé, encore! C'est ça qui nous a donné une nouvelle chance. On me demandait tout le temps si je pensais que je pourrais faire quelque chose avec Michael à nouveau, et je répondais qu'en dehors de le voir chanter sur nos albums [de Gamma Ray] de temps en temps, peut-être, c'était peu probable. Il ne voulait pas partir en tournée etc. après tout. Mais de manière générale, en ce qui me concerne, il n'y avait aucun problème avec ça, j'ai toujours pensé que ça serait génial de le voir revenir à ça: quand j'ai appris qu'il lançait Unisonic, j'étais vraiment très heureux pour lui. Je me disais: « oh mon Dieu, merci, il sort de son trou à nouveau, enfin! »

M.: Vous avez eu l'occasion de partager une scène à nouveau pendant cette tournée d'Avantasia l'année dernière, mais au final… retrouver quelqu'un est une chose, mais commencer un nouveau groupe, alors en plus qu'il y a déjà (et encore!) Gamma Ray, en est une autre: qu'est-ce qui t'a fait accepter le challenge?
K. H.: Le challenge! Il y a comme… je ne sais pas comme l'exprimer, disons une « connexion profonde » entre Mike et moi. C'est impossible de l'ignorer! C'est toujours palpable, quelque chose dans l'air, et puis j'ai toujours eu cette idée que ça serait bien de faire quelque chose ensemble à nouveau. Quand nous avons parlé sur la tournée d'Avantasia, nous étions tous les deux d'accord pour dire qu'un « projet » n'était pas une option. Qu'est-ce que c'est un « projet » après tout? Pitié!
M.: Ennuyeux?
K. H.: Oui, c'est ennuyeux, et surtout le monde n'a pas besoin d'un nouveau « projet ». Pour faire quelque chose de mieux, il faut le faire correctement. Et puis nous ne rajeunissons pas, nous vieillissons comme tout le monde: peut-être que dans 10 ans ça ne sera plus sympa de le faire. Alors que là, maintenant, nous avions l'opportunité et l'occasion de le faire. Un peu comme une porte ouverte: on a jeté un oeil, et ça avait l'air sympa à l'intérieur. On ne peut jamais savoir comment les choses vont tourner, peut-être que dans 6 mois nous nous tapperons dessus jusqu'à la mort!
M.: Mais bien sûr!
K. H.: J'en doute, évidemment, mais on ne sait jamais ce qui peut arriver.
M.: Donc tu voulais tenter le coup et point?
K. H.: Exactement. Le résultat à obtenir avec ça, faire de la musique tous les deux, était trop tentant pour gâcher cette chance.

M.: Je crois que certaines chansons étaient déjà prêtes, ou au moins très avancées, quand tu as rejoint le groupe: qu'est-ce que tu leur as apporté au final, en dehors de ta guitare (et quelques choeurs de ci de là)?
K. H.: Eh bien… Ma foi, peut-être que ça n'est pas à moi de le dire? Parce que j'adore quand Michael le raconte… c'est sans doute une question à laquelle il devrait répondre! Je pense que j'ai amené beaucoup de choses, mais laisse-le raconter ce que j'ai amené!
[Ouais… enfin il a l’air de prendre son temps à discuter d’Elvis ou je ne sais quoi… et la plupart de mes questions ont été prévues pour que vous y répondiez -tous les deux-, je confirme, donc là je commence à être un peu à sec, scrmbl!]

M.: Bon, alors passons à la « question Gamma Ray »! [qui était prévue pour être accessoire, juste au cas où j’aie le temps de la caser, double scrmbl!] L'année dernière je crois, Henjo a eu un problème avec un oeil, pour lequel il a dû se faire opérer, et il y a quelques années déjà il avait eu ce genre de problème: est-ce que c'est lié, le même oeil, réglé une bonne fois pour toutes, et toute cette sorte de choses?
K. H.: Non, c'était l'autre oeil!
M.: D'accord je vois! (rires)
K. H.: Enfin, cette fois il n'a pas attendu trop longtemps pour se faire opérer, alors que la dernière fois c'était presque trop tard pour récupérer une vue normale. Là il est allé voir le médecin un peu plus tôt, son oeil a été opéré, et jusque là son oeil tient le coup?
M.: Parfait!
K. H.: Et donc! Forcément, par la suite, il s'est cassé la clavicule, et deux côtes, pendant qu'une autre côte est rentrée dans un de ses poumons… parfois, il est assez représentatif du « type qui a la guigne »!
M.: Il adore se faire médiquer en fait… Mais je crois que vous avez des concerts prévus cet été, est-ce qu'il ira bien d'ici là?
K. H.: Absolument oui, pas de problème.

M.: Je ne pense pas vraiment que tu sois le genre de personne qui ferait à moitié un groupe et à moitié l'autre, comment envisages-tu de te consacrer à deux groupes… en même temps?
K. H.: Je ne peux pas! Je dois me consacrer à un groupe à la fois, d'une manière ou d'une autre. Nous en avons discuté, il fallait trouver une solution pour les autres membres de Gamma Ray aussi après tout: j'ai décidé que, en quelque sorte, une année Unisonic aurait la priorité, et l'année suivante Gamma Ray aurait la priorité. Ca ne veut pas dire qu'une année où Gamma Ray sera prioritaire je ne jouerai aucun concert pour Unisonic: je jouerai avec Unisonic même dans ce cas, mais quand il sera question de caller un concert etc. Gamma Ray sera prioritaire. Et vice-versa. Nous essayons de gérer ça comme ça… nous verrons bien où ça nous mène! Je ne peux pas faire autrement de toute manière, c'est la seule manière de s'en sortir à peu près.

M.: [Pour vous montrer que l’improvisation n’est pas toujours ma spécialité, merci Michael qui cause Elvis, triple SCRMBL!!!] Je crois qu'un album de Gamma Ray est prévu pour l'année prochaine?
K. H.: Oui, c'est ce qui est prévu. Et nous devons le faire, même, parce que nous avons déjà confirmé que nous serons en tournée l'année prochaine, ce qui impliquerait un album pour janvier. Donc il est largement de s'y attaquer maintenant! Parce que comme je tournerai avec Unisonic, je veux prendre mon temps avec ça.
M.: Justement, comme il y a des concerts prévus avec Unisonic jusqu'à la fin de l'année…
K. H.: Oui, nous commençons en mai en Amérique du Sud, puis quelques festivals cet été, et avec Gamma Ray aussi, nous ferons quelques festivals en France [dont un à Nancy avec Scorpions en juin, Kai avait dû retenir le « -cy » puisqu’il m’assurait que le festival était à Paris-Ber-cy, je me disais et lui ai fait remarqué que je ne me souvenais pas de cette date même s’il y avait bien un truc avec Scorpions… vérification faite c’est bien à Nancy, quadruple scmrbl!]. Ensuite à l'automne nous ferons quelques dates avec Unisonic, ici en Europe.

[Et Michael Kiske entre en scène, magnifique, miracle, inespéré, Hosanna au plus haut des cieux!]
M.: Pour commencer, ça fait quoi d'être de retour -dans un groupe- après tout ce temps, faire la promo de ce groupe et tuti quanti… avec et pour un groupe? [oui, je sais qu’il a fait partie de trucs divers et variés depuis son départ de Helloween, mais lui-même admet sans problème et tout le temps que c’était plus des projets montés autour de sa personne que des groupes à part entière.]
Michael Kiske: Beaucoup plus facile. J'avais l'habitude de tout faire par moi-même, mais maintenant que tout est en place, avec un groupe qui a sa propre dynamique. Par exemple, si j'ai une bonne chanson c'est bien, mais rien ne m'y oblige. Parce qu'il y a trois compositeurs dans le groupe, peut-être quatre: tout s'emboîte beaucoup plus rapidement! Un management qui s'occupe de toute la partie « business », que je n'aime pas du tout. J'adore ça, c'est beaucoup plus facile. Et puis il y a toutes ces interviews, regarde ça… [il me sort un document de plusieurs pages, avec des interviews callées partout, description des medias etc…: j’avoue qu’à vue de nez, ça a l’air assez effrayant!] Ils sont fous!
M.: Mais c'est bon pour vous!
K. H.: Oui, complètement! Comme je le disais, c'est beaucoup plus facile. Un groupe a sa propre dynamique, ça n'est pas une seule personne, j'aime ça.

M.: Comment est-ce que ça a commencé, quand il n'y avait encore aucun Kai à l'horizon?
M. K.: Ca a commencé avec Denis [Ward, bassiste et producteur du groupe] et Kosta [Zafiriou, batteur… et manager, qui m'ont contacté. Le premier a été Kosta, qui est aussi le manager du groupe, et il m'a contacté en tant que manager au départ, il voulait devenir mon manager. Il me disait qu'il trouvait que je n'étais pas bien managé… dis plutôt que je n'étais pas managé du tout! Plus depuis que Smallwood a arrêté de travailler avec moi en tout cas [Rod de son prénom, surtout connu pour être le fondateur de Sanctuary Group et le manager d’Iron Maiden]… en 1998 ou un truc du genre. Smallwood est un type génial, je n'ai jamais eu de problème avec lui. Mais il ne savait jamais comment me prendre en main, et donc voilà, à partir du moment où il est parti je n'ai plus eu de manager. C'est pourquoi Kosta m'a contacté et, en tant que manager, il a suggéré: « et pourquoi pas un groupe? » Je travaillais déjà avec Denis [avec Place Vendôme, puis sur l’album-projet avec Amanda Sommerville]: nous avons commencé ce groupe ensemble, il avait Mandy [Meyer, guitariste] en tête, qui est une belle personne [littéralement « beautiful » en anglais, qui a aussi le même sens un peu vieillot mais très parlant qu’en français], une personnalité très agréable et un bon musicien. C'était bien, mais je sentais qu'il manquait quelque chose, j'ai mis du temps à trouvé quoi… mais dès que Kai est entré dans le groupe, c'était bon. Parfois il suffit juste d'un petit quelque chose en plus, et évidemment il y a cette chimie particulière entre lui et moi. Et très rapidement, les chansons se sont mises en place.

M.: Quand le groupe a commencé, Unisonic était toujours décrit comme « le nouveau truc de Michael Kiske ». Est-ce que c'est toujours le cas, ou est-ce que c'est vraiment -un groupe- pour vous?
M. K.: C'est un groupe, vraiment. Il n'y a qu'une seule chanson de moi sur l'album, par exemple. Ca n'est pas du tout un « groupe solo » pour moi, du tout.

M.: Puisque Kai préférait que tu répondes à cette question allons-y: Je crois qu'au moins certaines chansons étaient déjà prêtes quand il vous a rejoints, alors qu'a-t-il amené de particulier au groupe, en dehors de… une guitare et deux cordes vocales en plus?
M. K.: A mon sens, ce qu'il est vraiment capable de faire, c'est cette écriture qui lui est propre, sa propre manière de faire les choses. Il n'a pas peur de complètement défaire une chanson, en quelques secondes. Je prends mes précautions avec tout, alors parfois c'est une bonne chose d'avoir quelqu'un à côté pour te dire: « je n'aime pas ça, ça n'est pas une bonne manière de passer au refrain! », ou quoi que ce soit d'autre. Il avait de bonnes chansons qui sont devenues très bien, et je donne toujours l'exemple de « Star Rider »: Dennis avait la base de la chanson, le « groove », le pont, et plus ou moins un refrain, mais le refrain n'était pas le « point culminant » de la chanson, il n'était pas assez fort. Kai a écouté la chanson, dit qu'il n'aimait pas le refrain, s'est assis, et Denis m'a raconté qu'en 20 secondes il avait trouvé le refrain de « Star Rider »! Et voilà une des meilleures chansons de l'album. C'est comme ça que marche un groupe!
M.: [à Kai, ne lachant pas l’affaire] Mais toi, qu'est-ce que tu dirais que -tu- as apporté au groupe?
K. H.: Six cordes! Quelque chose comme un côté metal…
M. K.: Oh oui, définitivement! C'est beaucoup plus metal que ça ne l'aurait été sans lui.
K. H.: Vraiment oui, je ne peux pas me renier après tout, j'aime quand ça devient puissant et fort!
M. K.: Et j'aime ce metal!
K. H.: Oui, c'est toujours positif, c'est pour ça. Voilà, je pense que c'est ça que j'ai amené dans le groupe.

M.: Généralement, quand je prépare une interview, je commence par écrire la chronique de l'album et après je m'attaque aux questions. Mais avec cet album j'ai dû faire face à un problème épineux: comment décrire -le style-?
K. H.: Aah bonne question, j'aime vraiment!
M. K.: Le style? Mmh… au final c'est de la musique rock, qui rencontre le metal parfois, et aussi… De toute manière c'est ça que nous voulions faire avec Unisonic, quand nous avons commencé. Nous ne voulions pas être « un groupe metal », nous voulions être « un groupe de rock », parce que ça ouvre plus de possibilités.
K. H.: [prenant une grosse voix caricaturale] Je croyais que nous étions heavy-metal!
M. K.: [après avoir fait « la seconde voix » sur le « heavy-metal » de Kai] Nous n'avons pas peur du metal, mais nous n'avons pas peur de quoi que ce soit d'autre non plus.
K. H.: Voilà, ça va vraiment du rock, ou même des éléments pop, jusqu'au metal… ce qui était déjà le cas dans Helloween!
M. K.: Exactement! Si tu prends Dr Stein, c'est une chanson pop!
M.: Et soyons honnêtes, ça arrive même dans Gamma Ray!
K. H. et M. K.: Oui, tout à fait!
K. H.: Mais je pense que Unisonic est beaucoup plus ouvert.
M. K.: Le nom du groupe l'annonce aussi: « universal-sonic » [sonique/son universel] ou « unison sonic » [sonique/son à l’unison].
K. H.: C'est pour ça que nous ne pouvons pas vraiment définir un style. Peut-être que les gens passeront une phase difficile en se disant: « alors, c'est… (gulp) qu'est-ce que c'est? » De toute manière qu'est-ce que le rock aujourd'hui?
M. K.: D'énormes possibilités.
K. H.: C'est devenu tellement large, même U2 est un groupe de rock, et pourtant aucune de nos chansons ne sonne comme U2.
M. K.: « I've Tried » sonne un peu comme du U2.
K. H.: Oui, mais… en ce qui me concerne, la première fois que j'ai entendu cette chanson, puisque c'est une des chansons qui étaient prêtes avant que je n'arrive, j'ai pensé à Franky Goes To Hollywood.
M. K.: Vraiment?
K. H.: « Welcome To The Pleasuredome », c'est la chanson que ça m'a rappelé.
M. K.: Pour moi ça me rappelle le guitariste de U2!
K. H.: Voilà, la preuve, c'est ouvert! Nous laissons la porte grande ouverte à tout le monde pour définir notre style, nous nous contentons de jouer les notes!
M. K.: [retour de la grosse voix] Nous faisons notre propre style!

M.: Cet album dégage également quelque chose de très positif, est-ce que c'était important pour vous d'avoir cet aspect extrêmement, extrêmement positif?
M. K.: Honnêtement ça fait un peu partie de ce qu'il a amené au groupe [parlant de Kai], ce côté positif. C'est quelqu'un de très positif, drôle etc. Je me souviens quand il a écouté ce qu'on avait de prêt, il a trouvé que ça faisait un peu tristounet, que ça pourrait être plus positif. Puis il nous a amené des chansons comme « Never Too Late » ou « Never Change Me », tous ces trucs un peu punk-pop-rock'n'roll. Ceci-dit il y a aussi des chansons plus mélancoliques sur cet album, comme « I've Tried », « No One Ever Sees Me » ou « Renegade », elles ont un côté un peu plus tristounet.
M.: Oui, mais même ces chansons ont une atmosphère assez positive dans le fond?
M. K.: Peut-être que c'est juste nous? Nous sommes comme ça après tout.
K. H.: C'est sorti comme ça, quand nous jouions ensemble ou que nous répétions ces chansons, il fallait qu'elles aient ce petit truc, en quelque sorte.
M. K.: Et chanter me plaît beaucoup plus maintenant qu'il y a quelques années, ça joue peut-être. Je ne dis pas ça juste pour faire la promotion de l'album, c'est vraiment honnête: je prends beaucoup plus de plaisir à chanter aujourd'hui.
K. H.: Et c'est bien mieux comme ça.

M.: Dans les paroles, il y a une sorte de thème principal à travers tout l'album: « je suis qui je suis, et si ça ne te plaît pas… tu connais la sortie » [volontairement mignon/gentil, parce que dans le fond l’album -est- mignon/gentil]: n'avez-vous pas peur que ça fasse un peu trop… « adolescent »?
K. H.: Comment ça?
M.: Eh bien, dans le fond c'est le genre de paroles qu'on retrouve même chez Helloween, mais de ci de là seulement, alors que là… c'est omniprésent, et 20 ans après?
M. K.: Mais je suis comme ça, toujours.
K. H.: C'est un thème qui demeure d'un bout à l'autre de ta vie, ça ne s'arrête jamais. Personnellement, je continue d'écrire des chansons à ce sujet parce que c'est toujours dans mon esprit. Je n'y peux rien, ça sort comme ça! Je ne sais pas ce qui cloche avec moi, mais c'est comme ça, je pense que ce « vivre et laisser vivre » est une des choses les plus essentielles dans la vie. Parce que ça se réfère… pas seulement aux gens et à leurs relations entre eux, mais aussi ce « laisser vivre », accepte-le et laisse-moi tranquille! N'essaie pas de me changer, n'essaie pas de me convaincre, contente-toi de me laisser respirer et amusons-nous.
M. K.: Je pense que la musique a aussi cette… mission, disons, libératrice, ouvrir les esprits. C'est aussi pour ça que je suis absolument contre tous ces gens qui deviennent fanatiques avec les styles de musique: c'est génial d'adorer un genre de musique, il n'y a absolument rien de mal à ça, mais rien n'oblige non plus à écouter ce genre de musique si on ne l'aime pas. D'une certaine manière, la musique est liée à la culture je pense, et en tant que musicien c'est presque notre travail de nous libérer nous-mêmes et d'exprimer ça en musique, plus ou moins. Beaucoup de gens ont un travail difficile, physiquement ou même parce qu'ils ne l'aiment pas, et quand ils écoutent de la musique ils veulent en retirer quelque chose, une certaine force. Si c'était toujours la même atmosphère et la même musique, ils n'en tireraient pas grand chose. Et je pense qu'en tant que musiciens, c'est notre travail de nous libérer, de vivre de manière très libre d'une certaine manière, et d'exprimer ça dans nos chansons, pour donner quelque chose au public et lui donner de la force.
K. H.: Particulièrement dans la vie de tous les jours, c'est une des choses que j'aime dans la musique, ce coup de « boost » que peut donner la musique. Je sais que si j'écoute une chanson et qu'elle me libère complètement de mes pensées négatives ou de mes problèmes, j'ai l'impression de devenir le roi du monde!
M. K.: Et pour moi, c'est ça la mission de la musique. Elle devrait nourrir nos âmes avec de la force. Ca me fait ça avec Elvis, quand j'écoute Elvis… pas sa période sombre, quand il était malade, mais jusqu'à 1971-1972-1973, c'est l'Elvis que j'aime. Particulièrement entre 1968 et 1971. Quand je l'entends chanter, je me sens bien! Dès qu'il ouvre la bouche, quoi qu'il chante, même la chanson la plus mauvaise…
K. H.: Quand même, ça me rend toujours un peu triste quand j'écoute « In The Ghetto ».
M. K.: Oui, c'est une des chansons de ses plus dévastatrices qu'il ait faites… mais il sait tellement bien faire passer les émotions, je me sens tellement bien quand je l'écoute! C'est mon « chargeur ».

M.: Michael, es-tu en meilleurs termes avec la phrase: « je joue dans un groupe de heavy-metal »?
M. K.: Ca n'est pas un groupe de heavy-metal, c'est un groupe de rock.
M.: Certes, mais dans la vidéo où on vous voit en train d'enregistrer des messages promotionnels pour divers sites de vente de musique en ligne, tu sautes presque sur le type qui vient de dire « disco » [pour « disque », puisqu’espagnol ou portugais ou je ne sais plus quoi de ce genre] pour lui dire « METAL! »
M. K.: Oui, mais c'est juste qu'on s'amuse pendant ces prises. Je sais que nous avons quelques chansons metal, mais honnêtement je ne me préoccupe pas du tout de ces petites boîtes dans lesquelles les gens aiment mettre les groupes. Après, je viens de là, j'ai grandi avec ce genre de musique, j'ai grandi en m'éclatant sur Iron Maiden, Judas Priest et tous ces groupes. Ca, ça n'est jamais parti. J'ai eu une phase, ou des phases, où je ne voulais rien entendre à ce sujet, j'étais plutôt frustré etc., mais ça n'a duré très longtemps. J'ai apprécié la musique rock pendant presque toute ma vie, au moins depuis que je l'ai découverte. Alors je suis à l'aise avec tout ça: tant que les chansons sont bien, que les concerts sont bons et que c'est marrant à faire, j'adore ça! Que ça s'appelle du rock ou du metal, ça m'est complètement égal.
K. H.: Oui, et parfois les gens en font un peu trop avec les étiquettes, un peu comme avec une religion. Tous ces: « si tu fais ça, tu ne peux pas être 'metal'! Pourquoi est-ce que tu ne portes pas un blouson en cuir? Tu n'es pas metal! » Aaah laissez tomber, peu importe ce que vous dites!
M. K.: Voilà, c'est exactement ce que je veux dire, on ne devrait pas faire ça! Il faudrait s'ouvrir au contraire.

M.: Est-ce que vous voyez ce que je veux dire si je vous dis que Mandy fait un peu figure… d'intrus dans le groupe?
M. K.: Mandy? Un intrus?
M.: Oui, parce que… Pink Cream 69 – Andy Derris – Helloween, vous deux – Helloween, Place Vendome en quelque sorte… [Denis et Kosta étaient dans PC69 avant de rejoindre Kiske pour Place Vendome, où était Andy Derris avant de rejoindre Helloween, alors que Mandy Meyer vient de Gotthard: aucun rapport biographique avec Helloween, ‘tudju!]
M. K.: Nous lui avons demandé de venir et…
K. H.: Oui, c'est le seul qui n'ait pas « un corps »…
M.: Oui, c'est le seul qui ne vienne pas de « Helloween et affiliés »!
M. K.: Il a un passé quand même, il a été dans Gotthard, dans Asia aussi: il a un passé dans le rock! En fait, je pense même que c'est bénéfique pour le groupe: il peut avoir un point de vue complètement différent. C'est ça que j'adore avec un groupe, quelqu'un peut arriver avec une idée que tu n'aurais jamais eue.
K. H.: Mandy est vraiment un très bon guitariste, même s'il n'est peut-être pas aussi reconnu dans le « monde de la guitare » qu'il le devrait.
M. K.: Il le sera!
K. H.: Il est très bon, de bons accords etc.
M. K.: Et vous sonnez bien ensemble.
M.: Oui, parce qu'il a un côté plus « hard-rock » que toi [Kai].
K. H.: Oui, c'est vrai.
M. K.: Il est très mélodique, c'est là le secret. Kai aime l'énergie, les trucs rapides etc., alors que Mandy fera des choses plus coulées, plus mélancoliques… c'est une bonne combinaison!

M.: Evidemment, certains s'attendent à une sorte de « Helloween 2012 »: est-ce que ça vous désole que tant de gens n'arrivent pas à aller au-delà de ce qui s'est passé il y a 20 ans, ou est-ce que c'est sympa et un hommage agréable au bout du compte?
K. H.: De toute manière on ne peut pas s'énerver contre les gens qui pensent ça, c'est compréhensible puisque c'est la dernière chose que nous ayons fait ensemble et évidemment il y a des attentes dans ce sens. Je pense que certains arriveront à prendre cet album juste pour ce qu'il est et à l'apprécier, d'autres pourront être déçus en disant que ça n'est pas assez ce qu'ils attendaient, mais dans le fond peu importe: nous ne pouvons faire que ce que nous faisons.
M. K.: Et puis même si on ne parle que d'attentes, regarde l'histoire de Helloween: quand je les ai rejoints en 1986 ou ce genre j'avais 17 ans, ils venaient de sortir Walls Of Jericho, la maison de disques était fière des ventes, c'était un très bon début. Et pourtant nous ne sonnions pas du tout comme ça quand nous avons fait Keeper [Of The Seven Keys] 1! C'était complètement différent, et ça a très bien marché! Ensuite nous avons fait Keeper 2, qui ne sonne pas du tout comme Keeper 1 non plus! Alors après ces deux Keepers [quand Kai a quitté le groupe]… qu'est-ce que les gens en savent, un troisième album après ça, à quoi est-ce qu'il aurait ressemblé? Ils n'en savent rien!
K. H.: Et même à l'époque personne n'était d'accord. Pour certaines personnes Keeper 2 était -l'album-, pour d'autres c'était Keeper 1… et puis il y avait ceux pour qui c'était Walls Of Jericho! On évolue, c'est tout!
M. K.: Exactement, c'est ce que je veux dire: personne n'en sait rien! Peut-être que ça aurait donné quelque chose comme ça? Les gens ont beaucoup tendance à attendre d'un groupe qu'il refasse l'album qu'ils préfèrent.
K. H.: Oui, et si le groupe le fait, ils se plaignent qu'il fasse toujours la même chose! Il n'y a que quelques groupes qui peuvent continuellement refaire le même album: AC/DC, Status Quo, et peut-être quelques autres.
M. K.: C'est ça que j'adore avec Helloween, nous avons dépassé le destin, nous nous contentions de faire ce que nous voulions faire, même s'il fallait nous battre avec la maison de disques pour ça! Je me souviens qu'on avait fait une grève pendant la production du Keeper 2 au sujet de « We Got The Right », que j'avais écrite: la maison de disques n'en voulait pas sur l'album. Ca avait été pareil avec Dr Stein, ils ne l'aimaient pas non plus, les mixages que l'on faisait etc., nous avons dû nous battre mais heureusement qu'on l'a fait! Si nous avions laissé la maison de disques nous dominer, peut-être même qu'il n'y aurait pas eu de deuxième Keeper.
K. H.: Les choses n'ont jamais été affreuses non plus. En ce qui me concerne du moins, je n'ai jamais eu l'impression d'être dominé par une maison de disques.
M. K.: Ils avaient peur, aussi.
K. H.: Oui, mais il y avait beaucoup de pression pour réussir à nouveau ce qui avait été fait avec le premier Keeper. C'est pour ça qu'il y avait beaucoup de « en question », « en doute » ou « pas sûr ».
M. K.: Mais je respecte toujours les groupes comme ça. Je comprends que les fans puissent avoir du mal à suivre quand un album est différent du précédent, mais ils devraient dépasser ça parce que la musique c'est avant tout de la créativité, faire de nouvelles choses. Sinon le groupe meurt! Si tu ne trouves pas quelque chose qui te donne envie, et que tu finis par t'ennuyer, un jour tu n'auras peut-être simplement plus d'idées!
K. H.: Ca peut aussi être casse-gueule si un groupe change trop. Par exemple si tu fais du heavy-metal classique et que sur le suivant c'est du jazz… non, je n'aime pas ça!
M. K.: Oui, il faut avoir une identité quand même, évidemment!
K. H.: Oui, et puis… normalement ça ne change pas à ce point.
M. K.: Non, c'est vrai. Queen est un bon exemple de groupe qui a pu faire beaucoup de choses différentes. Pour moi, leur seul album véritablement mauvais est Hot Space, c'est le seul que je n'ai jamais aimé. Mais ils ont fait beaucoup de choses, et pourtant ils avaient toujours leur propre son.
K. H.: Avec chaque nouvel album ils combinent, ils mélangent des choses différentes, depuis le jazz jusqu'au metal. Et voilà, nous sommes ouverts à toutes ces choses.
M. K.: C'est une des missions de la musique d'aider les gens à s'ouvrir, c'est aussi ça la culture. Mais pour ça, il faut aussi que les gens donnent du temps aux albums, il faut prendre le temps de rentrer dedans, l'écouter plus d'une seule fois: c'est important.
M.: Et tout l'album, pas simplement une chanson.
M. K.: Exactement.

M.: [à Michael] Sur la version live de « I Want Out » que l'on trouve sur l'EP sorti en janvier, ta voix semble assez hésitante quand la chanson commence, mais petit à petit tu sembles prendre confiance, ta voix devient plus puissante etc.: étais-tu vraiment hésitant, ou est-ce que c'est juste mes oreilles?
M. K.: Je ne sais pas?
K. H.: Il avait oublié les paroles!
M. K.: Non… en fait, j'avais un petit problème avec le retour ce jour-là, il n'était pas de très bonne qualité. Mais c'est marrant que ça se remarque sur l'enregistrement? Il me semble qu'il y a eu quelque chose avec le micro aussi, je ne sais pas quoi… je ne me souviens pas? Je n'y ai plus pensé après.
K. H.: Il chante de manière très prudent sur le premier couplet [Kai imite quelqu’un qui marmonne dans son micro plus qu’autre chose]…
M. K.: Peut-être que je ne savais pas où j'étais?
K. H.: Il y avait quelque chose d'un peu incertain à ce moment-là, je m'en souviens! Mais ça arrive.
M. K.: Je n'ai rien re-enregistré après en studio!
M.: Oui, il n'y aurait rien à remarquer si ça avait été re-enregistré après tout!

M.: Un dernier mot pour les lecteurs, ou quelque chose que vous voulez dire mais je n'ai pas demandé?
M. K.: Ce qui est important pour moi, je l'ai déjà dit, au sujet de la musique et ce qu'elle devrait porter, qu'elle devrait être liée à la culture, et pour ça elle doit être libératrice!
M.: [à Kai] Et pour toi?
K.: Je signe ça!

-Propos recueillis par Polochon en février 2012.
Chronique de Unisonic (l'album).-