Archive for the ‘ Interviews ’ Category

 

 

 

 

 

1. Quel est votre état d’esprit quelques semaines avant la sortie (le 30/03) de From the Past ?

Et bien, le travail de promo me prenant pas mal de temps en ce moment, je n'y pense pas trop mais je suppose que le 29 au soir je ne dormirai pas beaucoup! J'ai évidemment quelques appréhensions concernant le fait que l'album soit bien accueilli ou pas, mais je pense quand même avoir travaillé de façon cohérente pour n'avoir aucun regret donc… comme on dit, il n'y a plus qu'à!

 

2. Que pouvez-vous nous dire des sessions d’enregistrement ? Quelles sont vos principales influences ?

Les sessions d'enregistrement se sont déroulées un peu au fur et à mesure de la composition car rien n'étant prémédité, j'ai fait ça un peu comme ça venait (sauf à la fin où je voyais beaucoup plus clair sur le résultat à atteindre). Tout cela a donc commencé il y a plus de 4 ans quand j'ai composé « War for the world ». Je sortais tout juste de la composition du 1er album et je voulais déjà explorer d'autres territoires jusque-là inconnus pour MELTED SPACE, en orientant clairement plus les choses vers le métal et en faisant appel à d'autres musiciens, notamment à des chanteurs. Le titre s'est développé et j'ai lancé les enregistrements dans la foulée. Petit à petit les choses ont évolué et j'ai fait appel à d'autres chanteuses/chanteurs et il a fallu trouver à chacun une solution adaptée à sa situation géographique, son planning, le budget… Les sessions se sont donc réparties entre une petite quinzaine de studios sur 3 ans. Cela a été un gros travail de gestion mais on y est arrivé ! Au niveau de mes influences, cela est assez varié… J'écoute pas mal de choses qui vont de la musique classique au sens large jusqu'à du black métal enregistré dans une cave. Ceci dit, j'ai une petite préférence pour ce qui contient de l'orchestre ou ce qui est un peu conceptuel donc beaucoup de musiques de film, de groupes de métal symphonique (de DIMMU BORGIR à EPICA), du prog (DREAM THEATER, AYREON, PLANET X…), mais aussi des choses un peu plus « rentre-dedans » comme IMMORTAL, BELPHEGOR, NILE…

 

3. Cette aventure évoque forcément les réalisations d’Arjen Lucassen par son ambition et le nombre d’invités. Est-ce un modèle pour vous ?

Oui! Je mentirai horriblement si je disais le contraire… Je suis un inconditionnel de ce qu'il fait depuis que je suis ado. Il est l'une des inspirations majeures de MELTED SPACE bien que le style soit sensiblement différent. C'est un modèle à bien des égards mais dans ce genre-là, il n'est pas le seul, j'ai aussi une profonde admiration pour Tobias Sammet et son AVANTASIA.

 

4. Comment avez-vous réussi à convaincre la crème de la scène métal underground française de contribuer à votre projet. Quelle ont été vos principales difficultés ?

Je me demande encore comment j'ai réussi à réunir autant de monde autour de ce projet…Certains n'ont pas été très longs à convaincre car de sont des potes de longue date donc un mail, un coup de téléphone, une discussion autour d'une bière et la chose était entendue. J'ai contacté tous les autres par mail en leur expliquant le projet, le rôle que je leur destinais et après avoir écouté ils ont dit « oui » pour mon plus grand bonheur! La difficulté principale a été la gestion des planning de chacun, un véritable casse-tête! Tous ont des groupes qui tournent un peu, beaucoup voire énormément pour certains, il n'a donc vraiment pas toujours été simple de trouver un créneau pour enregistrer. Je pense notamment à Virginie (Goncalves, KELLS) qui ne disposait que d'une matinée entre deux tournées. J'ai donc dû aller l'enregistrer moi-même dans son salon. Un souvenir mémorable! Elle a été d'une efficacité redoutable et le tour était joué en une heure. J'évoquerai une autre difficulté non négligeable tout de même: le mixage. Il s'est étendu sur 3 mois, 1 mois pour l'orchestre, 2 mois pour le grand mélange entre orchestre, voix et instrus électriques. J'en profite donc pour remercier Jean-Christophe Banaszak et Axel Wursthorn qui se sont attaqué à ces centaines de pistes et qui ont réussi à faire prendre vie à tout cet univers. Ils ont fait un travail de titan et s'en sont vraiment tirés haut la main même si cela n'a pas été de tout repos tous les jours.

 

5. Vous avez décidé de développer un concept autour des mythologies (chrétienne, grecque, scandinave) Pourquoi ce choix, est-ce un sujet d’intérêt personnel ?

Oui, j'ai toujours été fasciné par tout ce qui approche de près ou de loin à la mythologie en tant que tel. Des histoires de dieux, démons, anges, demi-dieux… ca fait rêver ! Mais cela n'est pas limité aux mythologies traditionnelles que tu cites car en général, je suis très friand de livres, films, jeux, dessins animés qui arrivent à proposer un univers construit, cohérent permettant de s'immerger complètement et de voyager très loin. MELTED SPACE est en quelque sorte une façon de créer ma propre mythologie avec mes propres héros. J'emprunte un dieu par-ci, un héros par-là et je fais ma sauce. Ca me convient bien et j'espère pouvoir continuer dans cette voie.

 

6. Vous semblez aimer les extrêmes. Après un 1er album instrumental, voici un double album avec de si nombreux chanteurs. Qu’en dit votre psychanalyste ?

Le pauvre est devenu fou ! Blague à part, je suis en effet assez ambivalent et je n'aime pas faire les choses à moitié ce qui m'emmène souvent dans des choses « extrêmes ». Avec MELTED SPACE, je suis dans l'exploration constante, j'aime donc aller le plus loin possible dans chaque direction de façon à ne rien laisser au hasard. C'est ça qui me fait avancer et évoluer je pense. C'est le fait d'avoir fait un album complètement instrumental qui m'a poussé à aller voir ailleurs pour voir si cela pourrait me plaire également. Et c'est cette envie de voir ailleurs qui m'a poussé à travailler avec autant de monde. Je pense qu'à l'avenir, si je dois encore explorer de nouvelles choses, je ne manquerai pas de le faire à fond.

 

7. Pouvons-nous espérer voir ce concept développé sur scène en France ?

Je suis en train d'y réfléchir justement. Je sais que malheureusement, l'idée de réunir tout le monde sur scène le même jour relève de la mission impossible, je pense donc que cela prendrait la forme d'un groupe « élargi » façon AVANTASIA ou AYREON que nous évoquions tout à l'heure. Je tiendrai très vite au courant de tout ces nouveaux projets.

 

8. Comment voyez-vous la scène métal française ?

Je la vois très bien et assez en forme en fait. Plein de groupes qui se bougent pour faire des choses, pour tester des trucs. C'est assez motivant de travailler dans une époque comme celle-ci. Tous les jours on découvre un nouveau groupe qui a de bonnes idées ou on redécouvre un groupe que l'on pensait connaître et qui s'est remis en question pour pondre une bombe. J'entends dire plein de choses pas forcément positives mais je ne suis pas d'accord avec tout ça, on a une scène métal qui tient vraiment la route avec de très bons groupes. Par contre, on dispose de vraiment très peu de moyens pour pratiquer notre passion et cela peut devenir décourageant. J'ai beaucoup d'admiration pour toutes les assos qui se mettent en quatre pour organiser des fest ou des dates sympas avec de belles affiches. On est vraiment très peu aidés et dans le pays de la paperasse, réussir à organiser un concert relève des 12 travaux d'Hercules… Là par contre, je pense que c'est quelque chose qui nous handicape pas mal par rapport à d'autres pays où la culture a une autre place et d'autres moyens (et où faire du métal n'est pas une honte).

 

9. Quoi de neuf du côté de vos autres projets (WORMFOOD, EMBRYONIC CELLS) ?

Et bien avec WORMFOOD nous préparons notre 3ème album qui devrait voir le jour en fin d'année avec quelques petites surprises en prévision. D'ici-là quelques concerts dont un à Troyes le 6 avril en compagnie d'EMBRYONIC CELLS, OTARGOS et BITCH DOWN FACTORY. Avec EMBRYONIC CELLS, nous nous apprêtons à sortir notre 3ème album, intitulé The Dread Sentence chez Axiis Music. Nous reprenons donc les concerts très bientôt pour défendre cet album sur scène le plus possible.

 

10. Tradition oblige, on vous laisse le mot de la fin…

Merci aux lecteurs de Metalchroniques de m'avoir lu, j'espère que cela vous aura donné envie de découvrir l'album. Merci à toi pour ces questions et bravo à toute l'équipe de Metalchroniques pour tout votre travail durant l'année. A bientôt sur les route!

 

Et enfin "Le Quizz De Metal Chroniques Quizz" pour terminer cette interview :

1. Quelle est votre chanson préférée (tous artistes, époques…) ?

«The Awareness» (AYREON, The Final Experiment)

 

2. Premier album acheté ?

The Freddy Mercury Album

 

3. Dernier album acheté ?

La BO d'Inception

 

4. Quel son ou bruit aimez-vous ?

Le son du piano

 

5. Quel son ou bruit détestez-vous ?

La camion-poubelle qui passe le lundi matin à 6h

 

 

 

 

 

 

Chronique de MELTED SPACE – From the Past ici

Exile Parade – Entretien avec Chris Owen

Interviewer un groupe de petits jeunes, ça n'est pas aussi facile qu'on pourrait le croire: il y a encore peu de données sur eux, donc peu de choses sur lesquelles rebondir. Quand en plus vous perdez votre liste de questions (oublié d'enregistrer le fichier!) et que vous vous en apercevez une heure avant de partir… c'est rude pour les nerfs. Quand en plus du en plus vous passez un examen important le lendemain, d'où un certain stress, ça n'aide pas la présence d'esprit pendant l'entretien! En tout cas, et malgré une journée plutôt longue, le guitariste est tout à fait ouvert et souriant: dévoiler son premier bébé (/album) au monde, c'est toujours très particulier!

MetalChroniques: Peux-tu présenter le groupe en quelques mots?
Chris Owen: Nous sommes Exile Parade, du nord-ouest de l'Angleterre, nous venons de sortir notre premier album Hit The Zoo avec 11 titres orientés sur les guitares, un chant puissant, des paroles intéressantes… j'espère que tout le monde sera d'accord avec ça!

M.: Et les membres du groupe, comment le groupe s'est monté etc.?
C. O.: Ca a commencé il y a 6 ou 7 ans, j'ai rencontré l'autre guitariste Phil [Hennessey] parce que nous jouions régulièrement au football ensemble. Nous avons fini par discuter ensemble, puis jouer ensemble, faire des boeufs, tout se passait bien! Nous étions trois à l'époque, avec Dave [Hennessey, bassiste et frère du précédent]. Nous avons essayé de prendre quelqu'un à la batterie, mais il n'était pas très bon. Enfin, il faisait ce qu'il pouvait: il avait un travail de nuit, et il arrivait qu'on ne le voie pas pendant trois, quatre semaines, jusqu'à ce qu'il y ait un concert. Et ça, ça n'est pas bon dans un groupe! Pendant ce temps nous avons trouvé notre chanteur, Lomax. Je l'avais vu chanter en jouant de la guitare acoustique, et je lui ai proposé de rejoindre notre groupe et il a fait quelques répétitions avec nous. Et enfin nous avons recruté notre nouveau batteur [Gary Mutch], après avoir passé des annonces dans des magazines: il en a vu une, nous a rejoints, les répétitions avec lui se sont très bien passées. Et voilà, nous sommes cinq; évidemment nous avons nos hauts et nos bas mais jusque là tout va bien, nous ne nous détestons pas encore! (rires)

M.: Autre question traditionnelle: quelles sont vos influences musicales?
C. O.: Je me suis intéressé à la musique dans le milieu ou la fin des années 90, c'est là que j'ai commencé à jouer de la guitare. J'écoutais mes « dieux », comme Oasis, ou les Beatles avec le double rouge et le double bleu [compilations, 1962-1966 pour la rouge, 1967-1970 pour la bleue], j'écoutais surtout les anciens titres, plus pop, comme « I Saw Her Standing There » ou « She Loves You ». J'étais aussi un grand fan de Led Zeppelin, je me souviens que j'écoutais Led Zeppelin IV, avec évidemment « Stairway To Heaven » mais aussi le dernier titre « When The Levee Breaks », avec la batterie… Ce sont mes plus grosses influences, après il y a aussi des groupes comme Nirvana ou le Velvet Underground. En ce moment j'adore un groupe qui s'appelle The Kills, ce que fait Jamie Hince [guitariste du dit groupe] à la guitare, les sons qu'il en tire. Nous sommes tous allés voir un de leurs concerts à Manchester il y a quelques mois, c'était géant. Voilà, j'en suis là en ce moment, il n'y a pas vraiment beaucoup de groupes récents que j'apprécie.
M.: Oui, vous avez l'air d'écouter beaucoup de musique, quite à ce qu'elle date un peu…
C. O.: Oui, et puis nous avons tous des phases, n'est-ce pas? En dehors des Kills j'aime beaucoup U2, mais j'écouterai surtout Joshua Tree en ce moment. C'est pareil avec tout, au bout d'un moment on se lasse, et ça faisait une éternité que je ne l'avais plus écouté à cause de ça. Et puis je l'ai ressorti récemment et… je me suis souvenu qu'il est très, très, très bon, pas étonnant que je l'ai autant écouté à l'époque! C'est comme quand on regarde une série, vous la regardez sans arrêt, ou du moins moi je le fais, et au final je finis par la détester… enfin on ne la déteste pas forcément, c'est juste que vous ne voulez plus la regarder parce que vous connaissez chaque réplique! Et puis vous y retournez 6 mois ou un an après, et vous faites: « nan, elle est vraiment bien. » (rires)

M.: On peut lire un peu partout que vous adorez Oasis, donc travailler avec Owen Morris [producteur des dits Oasis] a dû être comme un rêve devenu réalité, mais surtout, qu'est-ce qu'il a apporté à votre musique?
C. O.: Eh bien… il est juste fou! Et un des meilleurs producteurs au monde. Il était venu à un de nos concerts dans notre région, il nous a pris à part après, on a bu quelques verres ensemble et il nous a dit qu'il voulait nous enregistrer! Après quelques mois, le temps de récolter un peu d'argent, nous sommes entrés dans les Real World Studios à Box, les studios de Peter Gabriel. C'est un endroit absolument fantastique, avec un studio d'enregistrement immense que nous voulions utiliser. Parce qu'au début on va dans des petits studios, pour faire des démos, mais ils ne sont pas assez grands pour que la batterie et les guitares jouent ensemble: nous voulions vraiment pouvoir jouer comme un groupe, pouvoir « rebondir ». Nous avons fini par y aller, c'était génial, et quand nous avions fini d'enregistrer nous pécoutions Led Zeppelin ou les Beatles, par exemple je me souviens que nous avons écouté « Yellow Submarine » énormément de fois, très fort! C'est un très bon souvenir. Evidemment il nous arrivait de mal jouer, mais il savait nous motiver. Par exemple il lui arrivait de me dire: « ah ouais, tu me rappelles George Harrison et Jimmy Page! » (rires) Evidemment derrière ma tête je me disais: « Je sais que tu mens! Je sais que tu mens! Mais… tu dis quelque chose de bien! » Je me sentais bien grâce à ça.

M.: Et on dirait qu'enregistrer cet album vous a pris beaucoup plus de temps que prévu?
C. O.: Eh bien, quand nous sommes allés aux Real World Studios nous avons enregistré une demi-douzaine de chansons, et on avait de plutôt bons retours dessus. Et puis le temps est passé, et nous avons réalisé que certaines des chansons que nous avions enregistrées n'étaient pas assez bonnes. Alors nous en avons écrites d'autres, et elles sont encore pires (rires). Nous les avons envoyées à Owen et il nous a répondu: « non, je n'enregistre pas ça. » Au bout de 18 mois ou 2 ans, nous avions enfin 5 ou 6 autres chansons et nous sommes allés aux Monnow Valley Studios dans le Pays de Galles. Encore une fois, ce fut une expérience très intense, nous avons enregistré tous nos nouveaux titres, je crois qu'il y en avait 7 ou 8. Et quand nous allions partir après tout ce long travail, nous étions tous dans un état un peu second à cause du manque de sommeil, et ils nous ont annoncé que ça coûtait tant. Nous leur avons répondu que notre management devait s'en occuper, mais ils n'avaient rien reçu, notre ancien management d'ailleurs, et en fait il refusait de payer pour nous. Or nous ne pouvions pas quitter le studio avec les masters sans payer la location, on nous avait envoyés là sans argent alors que c'était des studios à plusieurs milliers de livres par jour, nous voulions les meilleurs studios au monde.

Il nous a fallu peut-être 2 ans pour payer cette somme et récupérer ces titres, revenir au monde réel économiser notre propre argent et retourner avec un certain Marco Migliari, il a déjà travaillé avec Kelly Jones des Stereophonics par exemple. Et il avait travaillé comme ingénieur son sur nos premiers enregistrement, si bien qu'il nous connaissait, il connaissait notre son. Nous avons fait les 4 dernières chansons à ce moment-là. Mais même là l'album n'a pas été fini en une semaine, il nous a fallu encore 4 ou 5 semaines. Mais voilà, nous avons dû tout financer nous-même au final, c'est pour ça que ça a pris 3 ou 4 ans. En fait avant de revenir au monde réel avec Marco, nous allions pas dans des studios moins chers, et quand on en sortait le son restait « léger » [ou « cheap » en anglais, littéralement « moins cher », souvent synonyme de « pas très bonne qualité »]. Je me souviens de quelqu'un qui me disait: « vous avez un son qui coûte! », parce que ça fait comme un grand mur de son, et il faut un grand studio d'enregistrement pour faire ça, vous ne pouvez pas le faire dans un petit studio. Mais nous sommes retournés vers Marco pour qu'il mixe ça, parce qu'il nous connaît, et au final on a l'impression que ça a été enregistré en deux semaines.

M.: Il est certain que vous sonnez comme un « groupe de rock anglais indépendant », mais vous aimez aussi expérimenter ici et là?
C. O.: Oui, mais c'est juste un processus naturel, en fait nous jouons sur l'album comme nous le ferions en concert, il n'y a rien de particulièrement réfléchi. Evidemment il y a quelques retouches pour corriger les erreurs, mais ça s'arrête là! Mais les idées se développent naturellement, il suffit d'acheter un instrument bizarre, essayer d'en jouer, un son bizarre en sort, puis un accord, ensuite vous essayez de mettre de la batterie à des endroits différents… Par exemple avec Marco on a travaillé beaucoup de détails, en rajoutant des cymbales au hasard, en jouant avec des pédales d'effets, des choses comme ça. On arrivait en lui disant: « oh Marco, j'ai trouvé un nouveau truc, est-ce qu'on peut l'essayer comme ça? », il le branchait, et c'était parti. Mais ça reste naturel, c'est juste jouer de la musique au final, même si ça peut nous donner ce côté un peu plus expérimental. Et ça sera certainement comme ça jusqu'à ce qu'on finisse par faire un album entièrement acoustique ou ce genre! (rires)
M.: Peut-être un jour?
C. O.: Oui, parmi les 17 000 qui existent déjà! (rires)

M.: Pourtant, même si chaque chanson a son petit côté expérimental à elle, sur la dernière chanson, « Shadows », c'est vraiment très, très, très expérimental: Pensez-vous qu'à l'avenir vous resterez sur quelque chose d'assez léger comme ça, ou allez-vous plutôt aller dans la direction du « toujours plus », comme sur « Shadows »?
C. O.: Je ne sais pas vraiment. Pour être honnête, ça ne sera peut-être pas aussi extrême que sur « Shadows », mais quand même l'aspect principal de notre musique et de la musique en général, à mon sens en tout cas, c'est la mélodie. Il faut une mélodie dans une chanson, dans la voix, dans les guitares, dans l'accompagnement sur le refrain, toutes ces choses. Mais oui, ça peut devenir un peu plus expérimental que ce qu'il y a déjà sur l'album, pour évoquer des scènes, des choses comme ça. Mais il y aura toujours des chansons sans tous ces mélanges, nous ne cherchons pas à créer comme une révolution avec chaque chanson, ça n'est pas pour nous. Pas encore en tout cas, mais qui sait?
M.: Malgré tout, vous l'avez fait pour une chanson!
C. O.: Oui, oui, ça suffit sans doute! (rires)

M.: Même si ça n'est que votre premier album, vous avez déjà sorti beaucoup de vidéos je crois?
C. O.: Oui, c'est quelque chose qui nous a toujours intéressé, faire des vidéos. Nous venons de finir « Movie Maker », avec celui qui avait déjà fait « Hello Blue », et c'est quelqu'un chose qu'on aime bien faire. C'est une autre forme d'art après tout, et nous sommes tous des gens créatifs.
M.: Ce qui est surprenant en fait, c'est que ça donne l'impression que vous vous intéressez d'abord aux vidéos, et l'album ou la sortie studio vient en second. Comme si la vidéo était plus importante que l'album?
C. O.: Ma foi, je suppose qu'avec tout ce qui s'est passé avec la sortie de l'album nous avons surtout cherché un moyen pour imprimer notre nom dans l'esprit des gens. Surtout que de nos jours, les gens regardent beaucoup plus de vidéos, il n'y a plus tant de gens que ça qui s'assoient pour écouter un album. C'est pour ça que le visuel est important, je pense que c'est pour ça que nous nous sommes impliqués là-dedans.

M.: En parlant de visuel… qu'est-ce que c'est que cette photo bizarroïde sur la pochette de l'album? Qu'est-ce qu'elle est censée représentée?
[Bon, ça fait partie des questions posées de manière plus sèche que prévu, à la base c’était plus dans l’esprit: « les groupes anglais ont un sens esthétique assez particulier, il n’y a qu’à voir Coldplay, on les repère facilement grâce à ça d’ailleurs… vous avez voulu revendiquer votre côté britannique sur cette couverture si particulière? » Ce qui n’est pas forcément mieux d’ailleurs… mais la fatigue, le stress, et les machins-bidules!]
C. O.: L'explication évidente serait de dire que c'est un lien avec le titre de l'album, Hit The Zoo, à combattre un animal sauvage. Mais ça n'est pas une simple image faite pour marquer les gens. Quand on sort un album, surtout quand c'est votre premier album et que personne ne connaît votre nom, il faut bondir hors de la masse, et si on avait pu se l'offrir ça serait en 3D pour vraiment vous sauter au visage. Mais oui, c'est aussi une traduction littérale de « Hit The Zoo », même si on peut aussi voir les choses différemment. C'est ça qui est intéressant avec la musique après tout, ou avec n'importe quel art, et même si je ne sais pas dans quelle mesure nous pratiquons « de l'art »: quelqu'un peut crier au génie et dire que c'est fantastique, alors que son voisin aura tendance à ne pas être d'accord! (rires)

M.: En parcourant diverses interviews, vous paraissez très fiers de votre musique [d’ailleurs sa modestie affichée lors de cette interview m’a surprise? Ou sinon les rédacteurs aiment sélectionner les passages où ils se vantent!], n'avez-vous pas peur que les gens perçoivent ça de manière négative?
C. O.: Il est nécessaire d'avoir confiance dans ce que vous faites? Parce que si ça n'est pas le cas, qui d'autre va y croire? Ca n'est pas non plus parce que c'est notre musique que nous la soutenons autant, honnêtement si un autre groupe la faisait nous serions les premiers à dire que c'est génial. Mais heureusement pour nous, nous la faisons! Nous adorons faire ça, ça nous prend beaucoup de temps et d'argent. Mais si quelqu'un veut dire que ça ne vaut rien [censure powered], fais-toi plaisir… ou permets-moi de t'en mettre une? (rires) Mais sérieusement, c'est juste une histoire d'opinions, ayez juste la gentillesse de rester loin de nous! (rires)

M.: Est-ce que c'est moi ou est-ce qu'une note [un do ce me semble] est très légèrement grave sur « Astronauts »? Est-ce volontaire [de la part du groupe]? [Il est absolument certain que cette note est un tout petit poil grave, même si tout à fait juste; il s’agit surtout de savoir si c’est un choix du violoncelliste ou du groupe.]
C. O.: Eh bien, comme je l'ai déjà dit, il peut y avoir quelques erreurs, et comme ça passait bien on les a gardées.
M.: Je ne suis pas sure que ça soit une erreur pour être honnête!
C. O.: Non mais même, ce genre de petites choses arrivent, sinon il n'y aurait plus que de la pop manufacturée à l'ordinateur, avec un timing parfait à chaque fois etc. Il n'y avait rien de particulièrement délibéré avec ça, c'est des humains faisant de la musique, pas des ordinateurs. Mais je la réécouterai, je vérifierai!
M.: Non mais ça amplifie le côté mélancolique de la chanson, peut-être que c'est juste le violoncelliste qui l'a fait volontairement! Parce que c'est toujours la même note et la même manière de la jouer.
C. O.: On ne sait jamais!

M.: Quelque chose que tu souhaites dire mais je n'ai pas demandé, ou un dernier mot pour nos lecteurs?
C. O.: Puisque vous lisez ces lignes, jetez une oreille à l'album, et si vous l'aimez venez nous voir quand nous passerons dans le coin? C'est tout. Et si vous n'aimez pas, restez en dehors de notre chemin! (rires)

– Propos receuillis par Polochon le 28 février 2012.
Chronique de Hit The Zoo d'Exile Parade.-

The Kordz – Moe Hamzeh (2012)

The Kordz, 02/02/2012

Etre un groupe de metal/hard-rock/rock alternatif (appelez ça comme vous voulez) au Liban, ça n'est pas une partie de plaisir. Continuer à avoir un groupe demande une persévérance déjà assez remarquable, comme vous le verrez dans ces lignes. Quant à enregistrer un album… il ne faut pas être du genre à perdre espoir facilement! Au moins cela permet-il à The Kordz d'avoir de l'expérience avant de se lancer dans cette étape que certains abordent parfois un peu trop prématurément. Voyons donc avec Moe Hamzeh, chanteur/leader, comment un groupe qui existe depuis le début des années 90 a pu commencer à vouloir réaliser un album en 2005, pour le sortir en 2012…

 

MetalChroniques : Peux-tu présenter le groupe en quelques mots ?
Moe Hamzeh : The Kordz est un groupe qui vient du Liban, au Moyen-Orient, il est établi depuis longtemps. Ca nous a pris du temps pour enregistrer et sortir un album avec zéro moyen, dans un environnement qui n'aide pas: ça ne fait pas partie de notre culture. Il n'y a pas de support ni familial, ni social, ni rien.

M. : Par rapport à la musique?
M. H. : Oui, par rapport à la musique, au niveau financier, tout! Un de nos challenges était toujours de pouvoir garder ce groupe, pour jouer des concerts et tout le reste. Donc voilà, c'est un groupe de gens qui viennent du Liban, qui essaient de s'exprimer dans ce type de musique et de parler au monde parce qu'on sent que c'est quelque chose de très universel comme musique. Mais en même temps on garde plus ou moins notre culture et nos racines musicales.

M. : En effet, la musique orientale est omniprésente dans vos morceaux : est-ce que c’est important pour vous, comme une manière de revendiquer vos racines ?
M. H. : Non, franchement nous avons eu ce débat avant même d'écrire les chansons. Quand nous faisons un morceau, nous essayons de faire ça naturellement, sans forcer ça. Et c'est normal en fait, parce que notre environnement c'est cette musique. Ca n'est pas la musique rock, qui est plutôt un intrus: ça ne fait pas partie de notre culture, ni de celle de mes parents, je n'ai jamais eu de cassette à la maison sur laquelle il y avait de la musique occidentale. Quand j'étais jeune, la seule manière que j'avais d'en écouter c'était la radio, pendant la guerre et tout ça. C'était la seule manière pour s'évader, se distraire, et c'est comme ça que j'ai pu écouter cette musique. Ca m'a parlé, je me disais que c'était la seule musique qui représentait ma réalité, mon environnement, mes expériences de chaque jour. J'écoutais toutes sortes de musiques, même aujourd'hui je n'ai aucun tabou, j'écoute tout ce qui est mélodique et qui me parle. Mais déjà, à l'époque, cette musique était mon évasion. En même temps, il y a tout ce qui est oriental, toutes les chansons que nous écoutons chaque jour à la radio, à la télé, par mes parents… partout. Donc c'était normal, ça nous est venu sans forcer.

Et c'est dur parfois, parce que ce que l'on fait maintenant c'est du rock, mais il n'y a pas toujours moyen de marier ces deux mondes. Si bien que ça représente plutôt le Liban, parce que nous, en tant que libanais, nous sommes toujours entre l'est et l'ouest: le Liban, c'est un « melting pot » culturel, comme on dit en anglais. Au final, ça représente notre réalité libanaise plutôt. Nous avons toujours cette spécificité, pas comme les autres pays arabes. Donc pour nous c'était tout à fait normal d'avoir ce type de musique, et, comme je l'ai dit, en essayant de ne pas forcer. Parfois on aurait pu en ajouter mais nous nous disions: « non, non, non, on ne peut pas, gardons ce côté plus rock. »
 

M. : …Et en même temps vous êtes très « classic rock » dans l’esprit, justement parce que c'est ce que passaient ces radios ?
M. H. : Oui, déjà le premier groupe qui m'a inspiré c'était Pink Floyd. Je dis toujours que grâce à Pink Floyd, j'ai pu vivre: quand j'avais 10 ou 12 ans, je dormais chaque soir sur la cassette de The Wall, et encore aujourd'hui l'album est toujours en boucle sur mon iPhone. Maintenant je m'endors sur des groupes ou des gens comme Steven Willson, Procupine Tree est un peu le Pink Floyd actuel pour moi.

M. : Il y a toujours un petit côté progressif donc.
M. H. : Oui, parce que j'ai l'impression que cette musique m'a pris dans cette évasion qui m'a donné envie de vivre, et de rêver en même temps. J'ai toujours dit: « Je dors sur Pink Floyd et je me réveille sur Bob Marley ». (rires) Oui, franchement! Parce que Bob Marley est une de mes influences dans son caractère, comme rebelle qui voulait changer la réalité de sa société, de son peuple. Il parlait d'inégalités, de toutes ces choses que nous vivions au quotidien. Et c'est une réalité encore aujourd'hui avec les guerres, les conflits.

Par exemple au Liban, Beyrouth était séparée entre les parties est et ouest, musulmans et chrétiens, c'était « le bazar » [ndlr: censure assumée powered]. Si bien que cette musique m'a donné une raison de vivre, toujours, d'avoir de l'espoir. C'est pour ça que c'est très personnel pour moi, ça fait partie de ma personnalité: je ne peux pas vivre sans musique, que ce soit en écouter ou être sur scène et en jouer.

M. : C'est ça qui t'a donné envie de devenir musicien, et de rock.
M. H. : Oui, j'ai toujours rêvé de faire ça. Etre sur scène, toujours pouvoir faire ça… Mais, malheureusement nous ne pouvons pas faire -que- ça! Tout le monde dans le groupe a plusieurs boulots, des « dayjobs » disons [ndlr: « travail alimentaire », en gros], pour pouvoir continuer à faire ça. Surtout que dans notre partie du monde, c'est une musique qui n'est pas du tout populaire! Comme je l'ai dit, heureusement que j'ai commencé à en écouter pendant la guerre, quand il y avait des radios pirates, partout. Des radios avec des genres spécifiques, du rock, du prog etc. Heureusement qu'il y avait ça, parce que je n'avais que ça pour m'évader: on n'avait rien, c'était juste l'école et la maison. On ne pouvait même pas jouer devant l'immeuble parce que c'était dangereux. Si bien que la radio était mon amie! (rires) Et je me souviens qu'il y avait pas mal de radios, qui m'ont fait connaître des groupes comme Led Zeppelin, Deep Purple, Queen, tous ces groupes-là. Mais malheureusement maintenant, des lois sont passées qui imposent aux radios d'avoir des licences : beaucoup de radios passent de la musique occidentale, mais c'est juste de la pop commerciale, de la pop, de la pop! Maintenant c'est un peu différent avec Internet, mais heureusement quand j'étais enfant on avait ces radios. C'est comme ça que j'ai commencé: j'écoutais et je rêvais… je fais toujours des rêves.

Je dis toujours que, quand on a commencé [au début des années 90] à l'université, j'ai eu de la chance d'être dans cette université, l'Université Américaine de Beyrouth, où il y avait des activités en dehors des études elles-mêmes. Il y avait des clubs, par exemple de musique, de photo ou de cinéma. Là j'ai eu la chance d'être dans ce club, de faire des concerts, être sur scène. Après on a commencé le groupe, et le challenge à l'époque, comme aujourd'hui, était de garder le groupe. Parce qu'il y a pas mal de talents au Liban, des groupes de rock très bien, mais la plupart essaient, jouent un ou deux ans, mais comme rien ne se passe ils arrêtent le groupe. Tandis que moi j'ai persévéré pour garder ce rêve et ce groupe. Parfois si je ne suis pas sur scène je tombe malade! (rires) Non, franchement! C'est très psychologique, le fait d'être sur scène. C'est la seule manière de se laisser aller, d'évacuer l'énergie négative qui s'accumule chaque jour. Et ça n'est pas juste moi, c'est les fans aussi, qui s'éclatent et qui viennent pour voir deux heures de concert et on les prend dans quelque chose d'énergétique ou de calme… et voilà, au final on a pris cette expérience pour la mettre sur un album. On a traduit cette expérience des concerts dans cet album.

M. : Justement, j'ai cru comprendre qu'il vous a fallu du temps pour faire, ou peaufiner cet album?
H. M. : Oh oui! Beaucoup, beaucoup de temps.

M. : Précisément parce que vous travaillez beaucoup les chansons, ou…
H.M. : Déjà nous n'avions pas les moyens, ça c'est très important. Quand nous avons commencé à essayer de transformer ce rêve en réalité, il y avait pas mal de problèmes au Liban, chaque année. Ca a commencé en 2005, quand nous avons joué avec Placebo à Beyrouth : avec toute la chance que nous avons eu, nous nous sommes dit qu'il fallait qu'on termine l'album, techniquement, avec la forme finale des chansons. Donc nous avons fait ce concert avec Placebo, nous avons joué avec eux 30 minutes comme tout le monde, et c'était notre première expérience un peu internationale. Franchement je dis toujours que c'est grâce à eux, qui nous ont donné cette chance, et ce moral! Nous avons toujours des doutes, jusque là les gens qui venaient à nos concerts connaissaient nos chansons, on avait eu ce tube donc c'était des hymnes. Mais je me disais toujours que les fans sont des libanais, avec nos amis et tout le monde… nous sommes devenus comme une famille. Mais nous allons être face à des gens qui ne savent pas ce qu'ils vont entendre, avec l'occident bientôt. Et être avec un très grand groupe comme Placebo, ça nous a donné du moral, de la confiance.

Mais après ce concert avec Placebo en 2005, il y a eu plusieurs évènements suite à l'assassinat de notre premier ministre: il y avait chaque mois une voiture piégée etc. En 2006, nous avons eu la chance d'être à Carthage en Tunisie pour jouer en première partie de Robert Plant. Là encore, ça nous a donné encore plus confiance en nous, parce que nous avons joué pour un public qui ne connaissait aucune chanson, des jeunes tunisiens. Et ils se sont éclatés, c'était fou! Là, nous nous sommes dit: « ok, cet été, il faut qu'on enregistre! ». J'ai commencé à parler avec un producteur et un réalisateur qui devaient venir enregistrer au Liban, mais en 2006 la guerre a commencé, elle a tout détruit: c'était une catastrophe déjà pour nous personnellement, mais aussi au niveau du groupe. Parce que le guitariste, qui était un des membres principaux du groupe, a émigré au Canada juste à la fin de la guerre. Après ça il y a eu des changements parmi les membres du groupe, si bien qu'on a passé quelques mois sans jouer de concert parce qu'il fallait chercher de nouveaux musiciens etc. Donc voilà, ça a pris du temps, mais mon but après cette période était de garder le groupe pour jouer des concerts. Pour moi, enregistrer, ça n'était pas une priorité.

Heureusement on a pu le faire, avec cette persévérance. Finalement on s'est dit [ndlr: un mot arabe, je ne m’avancerais pas à essayer de l’écrire puisque je ne connais pas cette langue], en arabe ça veut dire: « ça suffit ». Il fallait qu'on enregistre. Avec notre guitariste au Canada, nous sommes partis à Toronto et Montréal pour enregistrer, ensuite ça a pris du temps encore de faire tout ce qui est oriental au Liban. Ca a pris du temps aussi par rapport aux moyens, puisque j'ai financé l'album moi-même. Comme c'était un budget personnel, il fallait toujours attendre avant d'entrer à nouveau en studio etc.! Après il a fallu mixer l'album, ce qui a pris du temps aussi: je n'étais pas là-bas donc on a fait ça par courriel, entre trois membres sur Internet! Il y en avait un au Canada, un ici, un là… chacun devait écouter, donner son avis: ça a été un travail très lent. Mais comme je dis: « mieux vaut tard que jamais ». Il fallait le faire, peu importe le temps qu'on y passait.

Nous nous sommes aussi demandé pourquoi faire telle chanson plutôt qu'une autre. C'est un album très long, en général un album fait 12 chansons…

M. : Oh il y a de plus en plus d'albums d'1h voire 1h15…
H. M. : Oui, oui, mais là nous avons eu ce débat. Parce qu'il y a plus de chansons que nous n'avons pas encore enregistré! Nous nous disions que nous n'avions plus beaucoup de temps, il fallait donner quelque chose à nos fans, quelque chose qui exprime notre expérience. C'est comme un best-of pour nous, de notre vie musicale.

M. : Et puis comme vous avez autant travaillé sur les chansons, elles ont un côté très abouti, très fini, enfin je trouve. Donc les travailler, les détailler à ce point vous a peut-être permis…
H. M. : Oui, nous avons beaucoup travaillé en détails. Et puis nous avions beaucoup joué ces chansons en concert avant de les enregistrer: le but de l'enregistrement en studio était plutôt de filmer, ou fixer cette expérience des concerts. C'est plus ou moins exactement notre manière de jouer ces morceaux en concert, même si évidemment en studio on essaie de changer un peu certains passages, d'expérimenter avec des sons etc.: de faire des choses plus parfaites. Et en même temps comme nous avons travaillé avec Ulrich Wild, qui a produit l'album, il nous a franchement beaucoup aidés à exprimer les choses: il savait comment aborder les bons passages et ceux que nous pouvions améliorer, jauger nos capacités en studio. En plus comme il y a des musiciens invités sur l'album, par exemple Jeff Burrows [ndlr: Tea Part] à la batterie et Andy Curran (Soho 69) qui sont des grands artistes avec de l'expérience, il arrivait à garder un équilibre pour que ces invités ne changent pas notre identité. Ils ont joué une base, et Ulrich nous a laissés jouer sur ce « gâteau ». Cette expérience nous a beaucoup aidés.

Et puis nous n'étions pas tout le temps en studio! Parce que comme nous étions au Liban et que lui travaille dans son studio à L.A. [ndlr: Los Angeles je suppose], après 2-3 mois nous revenions sur une chanson déjà finie pour la changer un peu: ça n'en finit pas! C'est un peu comme quand on écrit un poème, un article, ou un roman: si tu ne décides pas d'en sortir à partir de tel moment, tu continues sans arrêt de te dire « il faut que je change, il faut que je change ». C'est pour ça que ça a pris du temps! Nous sommes tombés dans ce cercle vicieux, en quelque sorte, de toujours plus perfectionner les choses. Mais au bout d'un moment ça suffit, il faut sortir l'album!

M. : Donc pour un prochain album, je suppose que le délai sera plus court, puisque vous avez déjà… beaucoup donné?
H. M. : Non, je ne cherche pas à faire plus court, franchement. Parce que j'aime changer, c'est un des thèmes dont je parle dans les chansons: le changement de tout. Les changements dans nos habitudes personnelles de tous les jours, ou dans notre société, ou dans notre système politique, ou même éventuellement dans notre musique: il faut que j'essaie de changer. Je ne sais pas dans quelle direction nous allons aller, mais il est certain que je ne veux pas copier l'expérience que j'ai déjà eu avec cet album. Ca ne veut pas dire que je ne veux pas travailler avec les mêmes gens, mais je pense que nous allons essayer de trouver un autre chemin, d'autres méthodes. Pour moi la musique c'est un voyage, or on ne peut pas faire le même voyage à chaque fois, c'est important d'expérimenter. Par exemple si je viens à Paris je ne vais pas aller juste dans le même restaurant que celui où je viens à chaque fois, ou dans le même hôtel, ou même il faut voir ce qui se passe autour de Paris, aller dans d'autres villes. Et pour moi c'est ça la musique. En gardant notre identité, nos influences, nous ne pouvons pas nous échapper de cette réalité. Il y a toujours des réflexions, des sentiments que nous ne pouvons pas exprimer, ou ça ne se voit pas dans notre musique; mais en même temps, nous essaierons toujours de changer.

 

M. : Il y a une chose qui m'a frappée en lisant plusieurs interviews, c'est que vous refusez toujours le qualificatif de « hard-rock », vous en restez toujours à « rock »?
H. M. : Non, ça n'est pas que je refuse ce terme, mais plutôt… Déjà je n'aime pas séparer les choses comme ça, sans doute parce que j'ai travaillé dans ce domaine pour mon « day-job »: c'est quelque chose qui fait de la musique un produit commercial, comme on fait dans les supermarchés avec d'un côté le chocolat, de l'autre le sucre. Il y a sans doute des genres, des groupes qui font du metal à 100% etc. Mais je n'aime pas ce genre de qualification, parce qu'il y a beaucoup d'influences dans notre musique, qui vient de partout: je n'aime pas être étiqueté. C'est pour ça que je dis que je ne suis pas « metal », mais évidemment il y a des éléments de « heavy » dans notre musique. Mais en même temps il y a des mélodies, des éléments progressifs, des éléments « world » [ndlr: « musique du monde », grosso modo]. Par exemple nous avons envoyé des démos partout à des maisons de disques, et on nous répondait: « non, vous êtes du 'world', vous êtes machin, vous n'êtes pas du rock à 100%,… »: ça veut dire quoi? C'est de la musique! Dis-moi juste si ça te parle, si ça te plaît oui ou non! Il y a pas mal de groupes qui font de l'électro-rock-machin: en fait, ça veut dire quoi? Je sais juste que j'adore telle musique! C'est pour ça, je ne veux pas que l'on dire: « Ah c'est un groupe de hard-rock! Ah, c'est un groupe de metal! Ah, c'est un groupe d'alternatif! » On appartient certainement à la famille « rock », ça c'est sûr: on ne fait pas du jazz, du hip-pop ou de l'électro. Mais si j'aime ça je peux faire un truc d'électro-rock, par exemple. Il faut pouvoir être ouvert sur tout. Je dis toujours que si en musique on est très fermé, que peut-on faire de notre vie? C'est quand même la seule chose avec laquelle on peut être très ouvert, à écouter de tout. C'est pour ça que j'écoute de tout, c'est la seule manière que j'ai de voyager, la seule chose qui me fasse rêver. On peut écouter et déjà se fabriquer un monde imaginaire.

 

M. : Un dernier mot pour les lecteurs, ou quelque chose que tu souhaites dire mais dont je n'ai pas parlé?
H. M. : Déjà, personnellement, en tant que personne qui écoute de la musique, j'aime écouter des groupes, des artistes en dehors de ceux que l'on voit à la télé ou à la radio: il faut toujours écouter sans préjugés. Donc, s'il-vous-plaît, écoutez avant de vous faire une opinion sur notre musique! Parce que souvent en occident les gens ont ce préjugé: « ah, un groupe qui vient du Liban, il fait forcément de la musique éthnique! » Et là je dis non! Ecoutez et voyez si ça vous accroche. Parce que je suis sûr que les expériences dont nous parlons dans notre musique, ça n'est pas juste des choses personnelles, mais elles sont vraies partout dans le monde: elles peuvent rappeler à des gens partout dans le monde des choses qu'ils pourront assimiler à notre musique. Evidemment c'est des choses un peu personnelles parce que ça parle d'une partie du monde où ce qui se passe est complètement fou, très compliqué, au niveau politique mais pas seulement, mais ça reste des sujets universels: il y a des conflits partout, il y a des extrêmistes partout, dans toutes les sociétés du monde. C'est pourquoi je sens que cette musique, et finalement le rock et tout ce dont nous parlons, sont des choses très universelles. Mais quand je vais à un concert, j'entre dans un monde où ça n'a plus aucune importance, de savoir d'où vient le groupe! Nous parlons des mêmes centres d'intérêts, nous avons le même amour pour cette musique. Quand je vais à un concert de Porcupine Tree ou n'importe quel groupe que j'aime, je sens que nous appartenons à la même famille, et savoir de quel pays ou quelle éthnie vient le type n'a aucune importance. Et pour moi c'est très important de toujours, au minimum, garder cet espoir.

 

-Entretien réalisé par Polochon, le 2 février 2012.
Photos officielles.
Chronique de l'album Beauty & The East (The Kordz).-