Archive for the ‘ Interviews ’ Category

Mercyless revient aux affaires, pour notre plus grand plaisir. On s'est, évidement précipité sur son sympathique leader pour lui poser quelques questions.

 

 

01. Mercyless est de retour pour la sortie de "In Memory Of Agrazabeth". Quelles ont été tes motivations pour revenir sur le devant de la scène après autant de temps ?

Max : Eh bien ,nous sommes de retour tout simplement car nous avions un réel besoin de revenir aux sources de ce qui nous a toujours le plus motivés : le Death-metal de nos débuts. Et  revenir après tellement d’années, c’était un vrai défi comme on les aime. Au delà,on a toujours gardé une certaine rage en nous et il était temps qu’elle ressorte… Et faire du Death-metal après 25 ans c’est du sport de haut niveau pour nous !

02.Peux-tu nous dire qui t'accompagne sur scène et où les as-tu dénichés ?

Max : Il y a toujours mon éternel compère Steph Viard à la guitare (on joue ensemble depuis bientôt plus de 25 ans !) ; il y a Laurent Michalak à la batterie (on joue avec lui depuis quelque temps sur un autre projet. Comme il correspondait bien au style de Mercyless il était évident qu’il prenne le rôle derrière les fûts. En plus, il nous fait énormément penser à notre tout premier batteur. Nerveux, rapide et sans concessions) ; et Matthieu Merklen à la Basse (qui est arrivé tout à la fin mais qui travaille très vite et possède un bagage technique énorme. Ca nous facilite la vie. Humainement, il est génial.

03."In Memory Of Agrazabeth" est une petite mine de démos, live et autres enregistrements. Un boulot incroyable a été réalisé. Combien de temps as-tu mis pour collecter tout ces documents ?

Max : J’ai du fouiller dans nos archives pendant 3 à 4 mois pour trouver les bons trucs. J’aurais pu encore trouver mieux mais bon, il faut savoir qu’à l’époque il n’y avait pas le numérique comme maintenant ; aujourd’hui tout le monde peut filmer et enregistrer tout et n’importe quoi dans une bonne qualité. Et il n'était pas aussi facile d’avoir des live de bonne qualité ; beaucoup de concerts et démos étaient en K7 audio… Il y avait un petit travail de restauration à faire… Pas évident !!

04. Que penses-tu de la scène française d'aujourd'hui ? Un certain nombre de reformations me semblent assez opportunistes et ont, à mon avis, perdu l'esprit qui les animait à la grande époque…

Max : Il est évident qu’une reformation nécessite au minimum 2 personnes (et souvent le chant!) ayant fait partie du projet initial. Sinon, on peut perdre facilement l’essence musicale du groupe. C’est pourquoi on voit souvent des reformations arriver avec un style et une image bien différents des débuts. Et donc pour moi, il n’y a aucun intérêt. Souvent les groupes gardent le même nom juste histoire de récupérer leur notoriété sans avoir à tout recommencer. Mais cela peut être à double tranchant. Souvent labels et médias se précipitent dessus sans trop réfléchir et c’est dommage. Combien de reformations voit-on arriver de nos jours qui jouent un morceau sur scène qui ressemble à une reprise d'un autre groupe ? Dans Mercyless on a toujours voulu éviter cela et même après toutes ces années il est évident que notre musique doit être comme à nos débuts sinon on aurait fait un autre groupe avec un autre nom. Pour nous il faut toujours faire ses preuves même si on a eu un peu de succès il y a quelques années, sinon quel intérêt?….Maintenant, en France, il y quelques retours qui me font plaisir comme celui de Loudblast, Seth, etc.

05. Dans le livret de "In memory…", on parle explicitement d'un retour discographique de Mercyless dans la veine de "Abject offerings". Alors, c'est pour quand ?

Max : On fait encore quelques dates et on attaque l’enregistrement en avril!

 

 

06. Aura-t-on le droit à une réédition, un jour, de "Abject offerings" et de "Coloured funeral" ? Ils se revendent à des prix indécents sur le net et je me disais qu'une petite ressortie serait la bienvenue. Ces albums sont considérés comme des classiques symboles de votre domination de l'époque.

Max : On y travaille depuis un moment (depuis trop longtemps d’ailleurs!) pour aboutir à la réédition de « Abject offerings » en vinyle et Cd car, comme tu le dis, il y a de l’abus en termes de ventes sur Internet concernant les prix …C'est exagéré, surtout que beaucoup de monde n’a pas pu se procurer cet album à l’époque. Donc il est temps. Et c’est vrai, ces deux albums sont cultes!!

Devil's Train – Entretien avec Laki Ragazas

Devil's Train surprend avant tout par sa musique: voir des gens connus pour jouer dans des groupes de power metal plus ou moins complexe faire du hard-rock typé années 80… est pour le moins inattendu! Profitons donc d'une certaine acalmie dans cet hiver tardif pour discuter musique avec le guitariste et co-fondateur du groupe.

MetalChroniques: Bien sûr on devine facilement comment Jörg Michael a pu faire venir Jari Kainulainen dans Devil's Train [les deux ayant quelque peu joué ensemble dans Stratovarius pendant plus de 10 ans], mais comment les autres se sont-ils rencontrés, comment est-ce que le groupe s'est créé au final?
Laki Ragazas: J'ai été pour la première fois en contact avec Lia vers octobre 2009 [R.D. Liapakis, déjà chanteur de Mystic Prophecy, et que Laki surnomme apparemment constamment « Lia »], il est aussi dans le groupe de power-metal Mystic Prophecy. Dans cette période, j'ai découvert qu'il envisageait de faire un groupe qui serait plus dans le « heavy rock'n'roll », avec des influences bluesy, etc. Il avait eu cette idée en tête depuis plusieurs années et il commençait à vouloir tenter de voir ce que ça donnerait. Nous avons commencé à échanger des idées de chansons, et nous avons réalisé que nous avions la même vision, d'une certaine manière. Nous avons commencé à travailler là-dessus, rapidement ces idées ont evolué pour être de véritables chansons, il y avait une bonne chimie entre nous, nous nous entendions si bien dès le départ.
M.: Donc c'est avant tout vous deux qui composez?
L. R.: Oui, c'est nous qui nous chargeons de ça. Mais voilà, c'est comme ça que les choses ont commencé.
Un peu plus tard, Lia a rencontré Jörg sur une tournée que Mystic Prophecy a fait avec Stratovarius en janvier 2010, et Lia a parlé de cette idée avec Jörg. Il avait déjà une bonne expérience dans ce genre de musique avec ce qu'il avait fait avant Stratovarius après tout. Il aimait l'idée, il aimait les possibilités que ça pourrait ouvrir, jouer dans ce genre de groupe. Après tout, pendant toutes ces années à jouer pour Stratovarius et Running Wild, il s'était toujours dit que ça serait bien de revenir à ses racines un jour, à la musique des années 70, dans l'esprit de groupes comme Deep Purple ou Led Zeppelin. C'est pareil pour moi d'ailleurs, j'y rajouterais même Jimi Hendrix, je suis guitariste après tout! Et c'est vraiment mon Dieu A La Guitare!
Là-dessus nous avons commencé à travailler ensemble sur les chansons, un peu plus tard dans la même année, à l'été peut-être, nous avons commencé à enregistrer la batterie… c'est comme ça que tout a commencé.

M.: Vous avez commencé à enregistrer dès 2010? Ca fait deux ans jusqu'à aujourd'hui…
L. R.: Ah oui, presque, ou un an et demi. Mais bon, tu sais comment ça se passe dans le milieu de la musique aujourd'hui, les choses peuvent prendre du temps, c'est très difficile. Quand nous avons commencé à travailler sur cet album nous n'avions pas de contrat avec une maison de disques, donc nous avons tout pre-financé, nous avons dû nous charger de l'image pour la couverture, et ensuite chercher un contrat. Tout ça prend du temps, et il vaut mieux le faire un peu plus tard et que tout se passe bien. C'est pour ça que les choses ont un peu traîné, mais au final l'album est comme nous voulions qu'il soit.

M.: Tu y as déjà un peu répondu mais quand même: trois des quatre membres de Devil's Train sont connus pour avoir joué dans des groupes complètement différents de ce que joue Devil's Train [à savoir Stratovarius pour Jörg et Jari, Mystic Prophecy pour… ok, Lia]: comment les avez-vous convaincus de monter dans le train? [cymbales]
L. R.: Eh bien comme je l'ai dit, nos influences principales sont les mêmes, si bien que quand ils ont écouté nos idées de chansons, ils ont adoré, tous. Un peu comme si ça avait déclenché, ou illuminé quelque chose dans leur coeur. C'était l'étincelle dont ils avaient besoin pour dire: « ça m'intéresse ». Et si tu écoutes l'album, tu t'en rends compte très naturellement: les chansons correspondent parfaitement à la manière avec laquelle elles sont jouées. C'est vraiment ce qui se passe dans nos coeurs, dans nos têtes. Quand nous avons commencé à travailler sur les chansons, tout nous venait sans forcer, de manière très spontanée, c'était assez magique. Ils n'avaient pas besoin d'être convaincus au final, justement parce que c'était si naturel, il était évident que c'était quelque chose que nous voulions tous! Bien sûr je ne suis pas aussi connu qu'eux, mais quand on tient la bonne vision et qu'on travaille suffisamment dur tout en restant dans la bonne direction, tout est possible.

M.: En écoutant l'album, il est évident que tu es un très bon guitariste, techniquement parlant aussi. En fait, tu es même le genre de guitariste qu'on imaginerait plutôt sur un album plus complexe, peut-être plus progressif?
L. R.: Oui, il y a beaucoup de trucs progressifs dans ma manière de jouer, je dois l'admettre.
M.: D'un autre côté, ça va très bien avec les chansons, comprenons-nous bien!
L. R.: Oui, c'est surtout que j'ai une manière de jouer très technique. Je m'imagine très bien dans un autre genre de musique aussi. Et même, j'ai une bonne information pour toi: je vais rejoindre Mystic Prophecy, ça a été décidé très récemment! Ils m'ont proposé de devenir leur guitariste, et bien sûr j'ai accepté avec grand plaisir, parce que Lia y est déjà et que c'est un très bon groupe. Ils ont sorti un très bon album en novembre dernier, Ravenlord, et je suis très fier de les rejoindre. C'est une occasion de montrer, comme tu l'as dit, des choses plus complexes.
D'un autre côté, ce qui m'importe le plus, quand il s'agit de jouer de la guitare, c'est de s'exprimer. Les sentiments que portent les notes. Au bout du compte je préfère fermer les yeux et garder la bonne note, peu importe si c'est un million de notes ou juste une seule, qui fait [un bruit intranscriptible]… c'était une note, en train de crier! Pour moi, le mieux est de réussir à combiner une bonne technique, qui vous donne la liberté de bouger entre les frets, mais aussi d'ajouter des épices sur les notes, sinon ça ne sert à rien.
M.: Sinon c'est froid.
L. R.: Oui c'est froid, comme l'hiver.

M.: Vous vivez dans des parties très différentes de l'Europe, donc comment avez-vous fait l'album, parce que je suppose que même répéter ne doit pas être très évident?
L. R.: Oui, pour l'enregistrement j'ai pris l'avion vers l'Allemagne, depuis la Grèce, là nous avons enregistré la batterie et les parties de base à la guitare, ainsi que quelques solos et overdubs. Le chant aussi a été enregistré en Allemagne. La basse par contre a été enregistrée chez moi en Grèce, Jari est venu chez moi et il était ravi parce qu'il adore la Grèce. Si bien que c'était un mélange entre des vacances et le travail! Une très bonne semaine… et très folle, à boire de la bière, des litres de bière, et de très bonnes séances d'enregistrement pour la basse.
Mais bien sûr il est difficile pour nous d'être ensemble dans une même pièce, ça implique trop de vols en avion, c'est cher. D'un autre côté, le groupe a sa propre chimie, tout le monde est tout à fait à l'aise avec ce qu'il doit faire: ça sera très facile pour nous de faire un concert, n'importe où. Par exemple, si nous étions tous dans cette pièce, nous pourrions très facilement jouer quelques morceaux, ça ne nous demande pas beaucoup d'efforts de « jouer ensemble » [musicalement parlant].
M.: Parce que vous connaissez déjà très bien vos instruments.
L. R.: Oui, c'est cher mais je pense que nous pouvons nous en sortir.

M.: Qu'est-ce que vous aimez tellement dans le hard-rock américain des années 80, ou 70?
L. R.: Ah… Le soleil! Les femmes! Les bières! Je trouve que les américains avaient tellement compris le truc, cette alchimie. La bonne philosophie, la bonne construction d'un morceau, ça pouvait plaire à n'importe quel public. C'est aussi ce que nous avions en tête, pour l'album de Devil's Train. Nous avons joué ce que nous pensions être le plus spontané, le plus énergique, et nous venait de manière très spontanée, très naturelle: nous sommes vraiment heureux et fiers d'avoir obtenu ce résultat.

M.: Et selon vous, qu'est-ce que la musique a perdu depuis cette époque?
L. R.: Eh bien, il faut déjà constater que la musique des années 70 revient en force en ce moment, et c'est normal: tout suit toujours des cycles. Par exemple cette année on aime le gris, l'année prochaine ça sera le violet, une autre année on aimera telle autre couleur. Et c'est naturel, parce que ça plaît facilement aux gens, ça leur rappelle des souvenirs. Peut-être que dans 5 ans ça sera autre chose. Mais beaucoup de groupes jouent dans ce style aujourd'hui, par exemple Black Country Communion, Chickenfoot, ce genre de groupes. C'est quelque chose que les gens veulent jouer, ou écouter, c'est aussi simple que ça.

M.: Malgré tout… Pour toi, cette musique, celle de Devil's Train, est plus proche des années 70 que des années 80? Parce qu'en écoutant l'album, j'avais plutôt les années 80 en tête, même si les guitares sont peut-être plutôt dans l'esprit des années 70!
L. R.: Oui, je vois ce que tu veux dire. Mais c'est à cause de nos influences! C'est un peu la même chose, il y a toute cette admiration pour des groupes comme Led Zeppelin comme j'en ai déjà parlé, mais il y aussi Jörg et Jari qui ont joué dans Stratovarius pendant tellement d'années, et Lia avec Mystic Prophecy. Si bien qu'il y a beaucoup d'éléments metal dans notre musique. On y retrouve aussi notre passion pour des groupes comme Judas Priest… tout ça se retrouve dans cet album! Il y a beaucoup d'influences des années 70, mais elles sont rassemblées avec un son de guitare plus neuf, plus agressif: c'est un reflet de ce que nous avions en tête.

M.: Egalement, vous n'avez pas cherché à réinventer ce genre de musique. Je ne dis pas que c'est une mauvaise chose, mais n'avez-vous pas peur qu'en restant si proches de ce que les gens connaissent déjà, le groupe ne puisse pas vraiment trouver sa propre personnalité?
L. R.: Oui, comme tu le dis très justement nous n'essayons pas de redéfinir quoi que ce soit, cette musique existe depuis 40 ans, et elle existera encore dans 50 ans, parce qu'elle appuie là où il faut dans le coeur de chacun. En fait, ce que nous cherchons à faire ici, c'est juste une bonne fête rock'n'roll. Et nous le faisons parce que nous aimons ça. Nous ne sommes pas là pour l'argent ou le succès.
M.: Ca serait difficile de nos jours!
L. R.: Oui, et surtout vous ne pouvez pas être convaincants si vous êtes comme ça. Je ne peux pas vous convaincre si je dis: « je suis là pour l'argent, achetez mon album! » Non, je joue parce que j'aime ça. Tu aimes aussi? C'est génial. C'est ça l'idée principale. Et je pense que c'est pour ça que les gens l'apprécient, à en croire les très bonnes critiques que nous recevons jusque là en tout cas. C'est un bon signe, et d'une certaine manière c'est suffisant: je ne cherche pas à vendre des albums, ça m'est égal, je veux avant tout envoyer un message. Je pense que ce message est déjà reçu, avec un peu de chance il se va se répandre encore plus, et c'est ça mon but. Communique, partager de bons moments, jouer des concerts, que des gens respectent et apprécient ce genre de musique autant que nous le faisons. Et ça s'arrête là, vraiment.

M.: Tant que j'y suis, et pour la même raison: comment convaincreriez-vous quelqu'un d'écouter votre album, au lieu de se contenter d'aller piocher dans sa collection de vinyles?
L. R.: En fait je ne peux pas vraiment, mais je dois lui faire voir, ou comprendre, que ce que je fais est sincère, c'est réel, sans faux-semblant. C'est pour ça que nous sommes ici, à Paris, en train de discuter avec vous tous, et c'est un honneur pour nous. Parce que ça veut dire que l'album reçoit déjà l'attention des médias, et c'est très important pour nous, c'est une très bonne opportunité pour répandre notre message. Et si ce message réussit à se frayer un chemin jusqu'à l'auditeur, je dirais: « Voilà pourquoi nous sommes là, c'est une fête rock'n'roll, vas t'amuser, embrasse ta copine, prends une bière, amuse-toi, fais l'amour cette nuit, tout ça est très bon pour la santé! »

M.: En dehors-même de la musique etc., l'humeur générale de l'album est très positive, alors que parfois dans ce genre de musique ça peut devenir assez sombre, Led Zeppelin par exemple a fait beaucoup de chansons plutôt sombres. Mais vous l'avez vraiment fait avec…
L. R.: …Beaucoup d'énergie, une humeur positive, oui. C'est tout à fait ça, et encore une fois ça nous est venu très naturellement. Nous n'avons rien forcé, du tout. Quand nous avons commencé à travailler sur les compositions avec Lia, nous avons commencé à faire quelques riffs, et oh! c'est « Devil To The Ground » [nom initial de « To The Ground », je suppose]! Après ça peut être un rythme, et voilà « Find New Love ». C'est l'énergie positive que possède ce groupe.

M.: Même si je pense déjà connaître la réponse, au moins un peu, je veux entendre votre propre réponse: pourquoi avoir choisi un son aussi propre pour une musique qui revendique en général « la crasse », sous toutes ses formes?
L. R.: Tu veux dire ma guitare?
M.: Non, l'album lui-même, le son de l'album.
L. R.: Ah, le son du groupe, la production. C'est vraiment propre? Je pensais que c'était sale!
M.: A mes oreilles, c'est particulièrement propre! Chaque instrument est bien à sa place, bien audible, tout au même niveau, etc.
L. R.: Ok, ok, je n'ai pas entendu ça jusqu'à maintenant. C'est nouveau! Lia s'est chargé de la production, c'est un excellent producteur. C'est peut-être bien que tu mentionnes ça, parce que Lia travaille généralement plus dans le metal à proprement parler, que ce soit du prog, du power ou du death-metal. Alors peut-être que c'est sa manière de rendre ses productions aussi claires que possible? Il ne faut pas oublier le mixage par Fredrik Nordström non plus, à Göteborg en Suède, c'est un très bon producteur etc. et il y a ajouté sa propre touche personnelle. Mais voilà, si le son est propre ça vient de la manière avec laquelle la production a été arrangée.

M.: Est-ce que tu comprends, ou perçois, pourquoi est-ce que j'ai pu m'énerver en regardant la vidéo d'American Woman? Parce que je me suis énervée!
L. R.: [Après un instant de réflexion?] Les filles qui dansaient en face de moi…
M.: Ma foi, que des femmes dansent dans tous les coins, ok, pourquoi pas, mais j'osais espérer que les choses avaient un peu évolué dans le metal depuis les années 80, même dans le metal?
L. R.: Ok, ok… mais tout est très symbolique! Ces filles sont des amies à nous, nous ne les avons pas forcées à écarter les jambes et tout le reste! Blagues mises à part: tout est vraiment symbolique, même les paroles de la chanson. Elle a été écrite quand les Etats-Unis étaient en guerre avec le Vietnam, et je crois qu'ils voulaient forcer le Canada à participer à la guerre. Guess Who [qui a écrit ce morceau] étant un groupe canadien, ils ont écrit ce morceau pour dire: « laissez-nous tranquilles, nous ne voulons pas prendre part à cette guerre! » Au final la femme est un symbole dans cette chanson, la liberté des femmes. Simplement, au lieu de brandir une balance [de la justice je suppose, et « libra » en anglais], elles brandissent leur soutien-gorge [« bra » en anglais]!
M.: Bien sûr!

M.: Un dernier mot pour nos lecteurs, ou quelque chose que tu voulais dire mais je n'ai pas demandé?
L. R.: Je veux d'abord te remercier pour me donner l'occasion de parler de Devil's Train, c'est un album que nous aimons vraiment: nous sommes fans de notre musique et nous espérons que vous aussi vous en deviendrez fans! Parce que nous pouvons passer un excellent moment ensemble, à jouer sur scène, nous aimerions vraiment venir à Paris et jouer pour vous. Nous espérons sincèrement que ça arrivera très bientôt, même si c'est encore trop tôt puisque l'album est sorti il y a seulement quelques jours. Nous verrons comment il marche, et avec un peu de chance nous viendrons jouer ici.

-Propos receuillis par Polochon en mars 2012.
Chronique de l'album éponyme de Devil's Train.-

Gorod (mars 2012)

 

Et c'est au tour de Gorod de se plier au jeu des questions-réponses
 
 
Salut les mecs,
 
1) Pour commencer, comment vous sentez-vous a quelques jours de la sortie de « A Perfect Absolution » ? Quelques appréhensions ou craintes ? Vous êtes impatients ?
 
Oui, évidemment! On attend avec impatience les réactions des fans et de la presse, c'est toujours un peu stressant, mais excitant aussi. Comme avec "Transcendance", on a pris quelques risques artistiques donc on est un petit peu anxieux de connaitre le ressenti des gens, c'est normal je crois. 
 
2)Comme vous le savez sans doute, cet album est jusque maintenant plutôt très bien reçu par les webzines, sans doute aussi par les magasines papiers (que je ne lis pas), ça fait plaisir je suppose, est-ce que vous vous attendiez à un tel plébiscite ?
 
Comme je te le disais, on ne peut jamais trop savoir à l'avance comment notre musique est perçue par les autres. En général, on fait confiance à nos propres goûts, on se dit que si nous on aime, peut etre que les autres aimeront également. C'est vrai que pour l'instant ça à l'air de bien fonctionner, mais le véritable test sera lorsqu'on va jouer ces morceaux en live, et voir en direct comment le public réagi. C'est surtout ça qui nous met la pression en fait, parce que c'est en concert qu'on peut vraiment s'apercevoir de la réelle efficacité des morceaux. 
 
3)Je pense personnellement, et je ne dois pas être le seul, qu'avec cet album, Gorod va passer, ou passe, un palier supplémentaire, un peu comme si c'était l'album de la maturité, ou de la consécration, je trouve vraiment qu'un cap à été franchi avec « A Perfect Absolution », est-ce que vous avez ce sentiment aussi ?
 
Nous on attend que ça! Cette fois, on a essayé de mettre tous les atouts de notre coté, en préparant au maximum la sortie de l'album, en s'assurant une tournée derrière, et en ne négligeant aucun détail sur la production, comme on l'a toujours fait, d'ailleurs…
C'est surement plutot cet aspect plus "pro" qui nous fera passer ce palier dont tu parles, la musique en elle même ne change pas trop, du moins de mon point de vue.
Musicalement, nous avons encore essayé d'améliorer certains trucs comme les structures, les grooves etc, pour rendre les titres plus efficaces, mais le fond reste le même.
 
4) Après « Processus Of New Decline », ça fait 2 très bons albums à la suite, (presque) unanimement critiqués positivement. Trois années, c'est le temps qu'il faut à Gorod pour composer une tuerie ?
 
Oui, mais tu oublierais presque qu'on a sorti un Ep l'an dernier, assez volumineux en fait, et qui nous a pris pas mal de temps à réaliser. La composition de "A Perfect Absolution" a réellement débuté à l'automne 2010, et la plupart des titres se sont fait dans les mois qui ont précédé l'enregistrement. On a eu quelques bouleversements en plus, Guillaume et Arno sont partis, et ça a pris un peu de temps pour intégrer correctement Julien et Nico, même si ça s'est fait facilement. En fait, en 2010 on s'est surtout concentrés sur l'Ep "Transcendence", parce que c'était quelque chose qui nous tenait à coeur, aprés 3 albums on avait envie de faire quelque chose d'un peu différent, de montrer des facettes de notre musique plus décalées, et aussi proposer aux fans quelque chose en attendant un prochain LP. On aime que nos albums soient cohérents et homogènes, donc on ne pouvait pas inclure les titres de l'ep dans un album, ça n'aurait eu aucun sens je pense.
Nous ne faisons pas vraiment attention au temps de composition, là le seul imperatif était que la sortie de "A Perfect Absolution" corresponde avec la tournée européenne avec Obscura, qui était déjà calée depuis mi-2011.
 
5) Vous vous êtes rapidement fait un (petit) trou aux USA, avez-vous des retours d'outre-Atlantique, ou des attentes spécifiques ?
 
En fait, on a d'abord été connus par les US avant de l'être ici. Nos deux premiers albums "Neurotripsicks" et "Leading Vision" sont sorti respectivement en 2005 et 2006 aux US chez Willowtip qui a fait un trés bon boulot de promo là bas. Tous les groupes américains qu'on a pu rencontrer ou cotoyer nous connaissaient, avec apparemment une assez bonne réputation. Certains étaient même persuadés qu'on était américains!! Ca nous a permis d'aller faire quelques festivals et une petite tournée là-bas en 2007 et 2010. Par contre, ces deux albums sont passés complètement inaperçus ici, faute de distribution et de promo "correcte". C'était trés dur pour nous à l'époque de faire des dates en France ou en Europe à cause de ça. Du coup, le nouvel album sort chez Unique Leader cette fois-ci. C'est un trés bon label Death/Brutal Death qui a fait connaitre beaucoup de bons groupes, et on espère que ça nous donnera enfin l'occasion de faire une vrai tournée américaine pour promouvoir l'album, cette année ou l'année prochaine.
 
6) Passons maintenant à l'album proprement dit, de manière générale, comment s'est passé le processus d'écriture de celui-ci ?
 
Comme je le disais plus haut, j'ai du commencer les premier morceaux ("Elements and Spirit" et "Sailing into the Earth") à l'automne 2010, une fois que la réalisation de l'EP etait bouclée. En général, je compose le morceau entier avec les deux guitares et une boite à rythme, j'essaie de prévoir quelques arrangements, des bouts de ligne de basse, etc. Certains ont mis plusieurs mois à aboutir comme "Carved in the Wind" que j'ai commencé assez tôt, genre Début 2011, mais que j'ai réussi à terminer seulement quelques semaines avant d'entrer en studio. D'autres se sont presque écrits tous seuls. Je pense à "The axe of God" par exemple, un seul aprés-midi a été nécessaire. Ca dépend du type de chanson, de la structure en fait. Si je pars sur une structure simple style Couplet/Refrain etc…, ça peut aller trés vite, il faut juste gérer les transitions, et trouver un passage central interressant. Par contre pour certains morceaux je laisse un peu faire, c'est à dire que je ne vais pas chercher à tout de suite à retomber sur mes pattes, mais plutot à trouver des enchainements logiques pour faire évoluer le morceaux sur toute sa longueur, un peu comme sur "Varangian Paradise" ou "Elements and Spirit". Voilà, il n'y a pas vraiment de règles ou de process que j'utilise automatiquement, chaque titres amène sa propre méthode quelque part…
 
7) Écrire un album autour d'un thème historique est récurrent dans le metal, d'où vous est venu l'idée de choisir un sujet (le 10ième siècle, à Kiev) si peu connu dans nos contrées, c'était pour prendre le contre-pied du coté geek/futuriste/SF des albums précédents ?
 
En fait, Julien est féru d'Histoire et surtout de l'histoire d'Europe centrale. Il est étudiant en Histoire de l'art et s'est spécialisé dans l'art slave, c'est pourquoi il a rapidement trouvé un sujet pour cet album, en rapport avec ce qui l'interressait et surtout ce qu'il connaissait bien. La science-fiction n'étant définitivement pas son truc, on allait pas l'obliger pousser dans cette direction. De plus, sur le morceau "Transcendence", on avait bouclé l'histoire Sci-Fi développée dans les 3 premiers albums. Ce n'était donc plus la peine d'insister sur ce sujet. Du moment que ça inspire le groupe et surtout le chanteur, qu'il peut y avoir des thèmes violents et brutaux et somme toute que ça colle avec le Death Metal, je trouve ça parfait.
 
8) On retrouve dans cet album une constante chez Gorod, le haut niveau technique et les compos très travaillées, pourtant, j'ai cru déceler certains passages différents très assumés qu'on ne retrouvait pas avant, comme des passages à la guitare très blues (notamment les solos), des structures allant pêcher directement leurs influences dans le free-jazz, des passages très épurés où la basse est très nettement mise en avant, … est-ce que cette complexité « structurelle » de la musique à été délibérée, volontaire, ou est-ce plutôt une suite logique de votre musique ?
 
C'est la suite logique je pense. J'essaye et ose toujours des choses nouvelles, c'est pour ça que la musique, en général, m'interresse autant. S'il fallait juste refaire encore le même album sans changer la recette, ce ne serait pas aussi excitant. Les influences Jazz-fusion et World music ont toujours été présentes dans la musique de Gorod, mais peut être pas mises autant en évidence. Quand j'ai vu que les morceaux acoustiques de l'Ep étaient bien accueillis par le public, je n'ai plus eu aucun scrupules à intégrer de plus en plus d'autres styles à la musique, et de manière plus franche. Ce qui est souvent difficile, c'est de les intégrer de façon à ce que ça ne détonne pas trop du reste du morceau, que le tout soit cohérent. Je n'aime pas par exemple lorsque la musique passe sans arrêt d'un style à un autre, sans communication ou relation entre eux. Je préfère que tout soit étroitement mêlé, qu'on ait du mal à reconnaitre un style ou l'autre à l'intérieur d'une même partie.  
 
9) Quelle a été l'influence de Julien (hormis les paroles -voir le thème-) dans la musique de Gorod ? Par exemple, son chant est assez différent de Guillaume, comment s'est passé l'intégration d'un membre à la « patte » aussi reconnaissable que la sienne dans votre musique ?
 
Trés naturellement en fait. On ne recherchait pas forcémment quelqu'un qui chante exactement comme Guillaume. Ce qui nous importait, c'était que le nouveau chanteur amène un vrai plus à la musique, une certaine ouverture en quelque sorte. On nous a souvent reproché un chant monotone et plat (ce qui est plutot normal à mon sens pour du DeathMetal), mais personnellement j'ai toujours adoré ce que faisait Guillaume, c'est peut-être pour ça que je ne voulait pas réellement un remplaçant mais plutot un successeur, qui enrichisse encore plus notre musique. Les variations que Julien peut faire avec sa voix, tantôt grave ou gueulée ou chantée nous ont permis de coller encore plus avec les différentes ambiances présentes sur l'album, mais sans oter l'agressivité et la hargne propre à notre style.
 
10) J'ai trouvé la production et le mixage très réussi, le choix de Mobo et du Conkrete Studio, c'est l'idée de qui ? Pourquoi ne pas être passé par le studio de Matthieu (BUD Records) ?
 
Mobo est quelqu'un que l'on connait depuis des années, il est de Bordeaux comme nous, et on a eu en plus l'occasion de bosser tous les deux ensemble sur les mêmes groupes. C'est quelqu'un dont je respecte énormément le travail, tout ce qui sort de chez lui est gros, et c'est le meilleur dans son domaine en France à mon avis. Pour cet album, on avait décidé à la base que je ne m'occuperais plus de la production, pour que je puisse me concentrer uniquement sur les aspects « artistiques » . Je préférais bosser avec quelqu'un avec qui je pourrais parler, me faire comprendre et échanger, c'est à dire pas forcément un super producteur hors de prix qui aurait fait de toutes façons ce qu'il voulait, mais plutot quelqu'un de proche et autant voire plus compétent, qui pourrait apporter un vrai plus au groupe… ce qui a été le cas, je pense…
 
11) Comment s'est passé le mix' et la prod', qui a décidé des choix finaux ? Je pense spécialement à la basse, rarement mise en avant, même avec d'aussi bons bassistes que Barby, même si il n'a jamais été absent sur les albums précédents, il n'a jamais été aussi bien mixé. Sur « A Perfect Absolution », on se rend bien compte du plus que peu apporter un bassiste sur un album de death.
 
Ah, la basse c'est un peu la spécialité de Mobo, c'est son instrument en plus! On a toujours essayé de mettre en avant autant que possible cet instrument dans notre son parce qu'il est essentiel à la compréhension rythmique et harmonique de notre musique. Ben trouve toujours des idées originales pour percer de temps à autre et soutient vraiment bien les guitares tout en complétant les parties batterie. Concernant le mix, on a laissé toute latitude à Mobo au départ, j'avais suffisamment confiance en son talent et son expérience, en plus il connaissait bien le groupe, c'était pas la peine d'être derrière lui à chaque instant, et je sais comment ça peut être lourd quand on commence un mix d'être de suite redirigé…On a seulement peaufiné avec lui quelques petits détails d'arrangements et d'effets mais ce qu'il nous a proposé d'entrée etait déjà très abouti et conforme à ce qu'on attendait en fait! On est super content de sa prod, ça change énormément de notre son habituel et en même temps ça ne trahit en aucune façon l'esprit de notre musique, c'est simplement parfait!
 
 
12) Je rêve ou sur le titre « Varangian Paradise », on retrouve un peu un accord, ou un pattern, qui ressemble furieusement à « Elephant Talk » de Tony Levin/King Crimson ?
 
Ce ne serait pas étonnant.. j'ai écouté ça assez souvent, même si je ne suis pas un inconditionnel. L'album est truffé de références et de clins d'oeil, volontaires ou non, c'est justement drôle de s'en apercevoir après coup. Il faut avouer que de temps en temps, je me m'inspire de progressions d'accords ou de thèmes existants, en particulier sur la periode des années 70, que j'arrange à la sauce Gorod pour écrire mes compos.
Mais je garderais ces secrets pour moi….
 
13) Avec le recul, il y a quelque chose que tu/vous voudrais/driez changer dans l'histoire du groupe ?
 
Evidemment, on se rend compte maintenant qu'on a perdu beaucoup de temps avec nos deux premiers albums, qui, même si on en reste très fiers artistiquement, auraient mérité un peu plus d'exposition à l'époque. Je ne parle même pas du premier qui est sorti à la base sur un sombre label français, qui nous a couté cher pour un résultat quasi nul, si ce n'est le fait qu'il soit finalement tombé dans les oreilles de Willowtip. Ceci dit je pense que c'est le lot de presque tous les groupes à leur débuts, il y en a peu qui peuvent d'entrée pouvoir prétendre à sortir sur de gros labels, avec des bonnes conditions et tout ce qui va avec. 
 
14)Vous venez quand à Marseille ? J'ai des oreilles à déboucher…
 
Aussi tôt que possible! la dernière fois c'était plutôt sympa, la tournée que nous faisons actuellement ne passe malheureusement pas par là mais il y aura sans doute quelque chose d'ici la fin de l'année!
Cela dit….. il est possible que le mois de Mai réserve une surprise…
 
Merci, et encore bravo les mecs !
 
Merci à toi de ton support !!!
 
Mat.