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La vieillesse, ce naufrage. Un jour, votre peau ne sera plus aussi ferme, des poils vont vous pousser dans les oreilles, vous piquerez du nez devant la téloche, les festivals vont sembleront soudainement bien trop peuplés de jeunes trop bruyants et la moindre sortie un peu arrosée vous laissera en PLS pendant deux jours. Ce constat terrifiant s’applique aussi à vos groupes préférés, et le petit dernier qui vient rejoindre la cohorte grandissante des groupes qui devraient s’arrêter avant de violer tout à fait leur mythe s’appelle At The Gates.

Coupons court à toute controverse. To Drink From The Night Itself n’est pas un étron fumant comme la dernière offrande de Kataklysm (oui, j’en profite ici pour parler de cet album, je ne le chroniquerai pas, il est mou, peu inspiré et aussi captivant que France-Danemark). La bande à Tompa arrive encore, dans une certaine mesure, à donner le change. Quelques morceaux se maintiennent à un niveau acceptable (à savoir le niveau At War With Reality, déjà moins fringant qu’avant mais toujours correct).

Mais pour le reste, ATG est en roue libre. Alors oui, c’est clairement identifiable. C’est du ATG pur jus, mais joué au ralenti. Aucune hausse du rythme cardiaque, pas de chair de poule. At The Gates avait mis la barre si haut avec ses albums datant d’avant leur split qu’il ne peut désormais nous proposer qu’une version édulcorée de ses heures de gloire.

Pour beaucoup de fans, To Drink From The Night Itself n’est pas encore l’album de trop. À mes yeux, ATG se maintient artificiellement en vie. Tompa ferait mieux de se consacrer pleinement à The Lurking Fear plutôt que de creuser encore un peu plus la tombe de son groupe. Et au pire, s’il veut vraiment maintenir At The Gates en vie, des concerts old school comme en propose Emperor, par exemple, sont un moyen comme un autre de perpétuer la légende sans l’écorner.

Mister Patate (5/10)

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Century Media Records / 2018
Tracklist (44:48) 1. Der Widerstand 2. To Drink from the Night Itself 3. A Stare Bound in Stone 4. Palace of Lepers 5. Daggers of Black Haze 6. The Chasm 7. In Nameless Sleep 8. The Colours of the Beast 9. A Labyrinth of Tombs 10. Seas of Starvation 11. In Death They Shall Burn 12. The Mirror Black

Watain – Trident Wolf Eclipse

Watain semble en pleine transition, et il y a fort à parier que cet album, d’ici quelques années, constituera un tournant dans la carrière du groupe, une étape transitoire entre un Black brut et quelque chose de plus grand, de plus ambitieux.

Voilà en somme comment je concluais ma chronique de The Wild Hunt. Mouais, en termes de pronostics, j’aurais pu faire mieux.

Trident Wolf Eclipse est, en quelque sorte, une marche arrière du groupe après The Wild Hunt, leur effort le plus ambitieux depuis les débuts du groupe. Dès l’opener « Nuclear Alchemy », le groupe semble vouloir faire table rase de ce dernier album, en optant pour une explosion de violence, 3 minutes où le groupe dégueule sa haine sans discernement. C’est pas très finaud, certes, mais c’est bougrement efficace.

Ensuite, le groupe reprend ses bonnes vieilles habitudes de l’époque pré-The Wild Hunt. Tantôt explosif sans pour autant oublier la touche mélodique, tantôt mid-tempo et ambiancé, les Suédois déroulent un album maîtrisé de bout en bout. Le Black Metal du groupe, mâtiné ici et là de touches thrash et presque punk, fait mouche. Et c’est peut-être pour ça que j’aime et déteste cet album. Je l’aime parce qu’il est efficace dès la première écoute. Pas de chichis, pas de fioritures, l’album se déguste d’une traite et ravira les fans du genre.

Mais lorsque je le replace dans son contexte et dans la discographie du groupe, j’ai quelques regrets. Je m’attendais réellement à une mue du groupe, à une évolution radicale. Un peu comme Behemoth qui a su, en trois albums, passer du black pur et dur à un black/death qui propulsait le groupe dans une autre dimension (avant The Satanist).

Trident Wolf Eclipse est à la fois un beau retour aux affaires et une occasion manquée. Nous ne saurons probablement jamais ce qu’aurait donné Watain si le groupe avait persévéré dans son évolution amorcée avec The Wild Hunt. On se consolera avec un album pas forcément novateur mais terriblement efficace.

Mister Patate (7,5/10)

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Century Media Records / 2018
Tracklist (41:52) 1. Nuclear Alchemy 2. Sacred Damnation 3. Teufelsreich 4. Furor Diabolicus 5. A Throne Below 6. Ultra (Pandemoniac) 7. Towards the Sanctuary 8. The Fire of Power 9. Antikrists Mirakel*

Funeral Mist – Hekatomb

Groupe à part entière en 2003 (année de sortie du sublime Salvation), Funeral Mist est devenu au fil du temps un « side-project » d’Arioch/Mortuus, frontman de Marduk depuis Plague Angel. Et en 15 ans, Funeral Mist ne nous aura donc gratifié que de deux albums, Maranatha en 2009 et Hekatomb, annoncé à peine deux semaines avant sa sortie cet été.

Hekatomb semble avoir aspiré toute l’énergie de Viktoria, nouvel opus de Marduk sorti quasiment au même moment. Toute la folie, toute la hargne semblent avoir été siphonnées par Mortuus et recrachées sous le nom de Funeral Mist. Sur le plan musical, Funeral Mist mise ici sur un album plus court, plus violent que ses prédécesseurs. En quelque sorte, il perd son aura occulto-mystique qui était la marque de fabrique des deux efforts précédents. Mis à part quelques chœurs ici et là, Hekatomb se veut résolument plus rentre-dedans, dès « In Nomine Domini » qui, malgré ses deux petites cassures de rythme, lance la machine à pleine vitesse. Blasts destructeurs, lignes de guitare qui sifflent comme des balles perdues (ça sent l’héritage Panzer Division Marduk)… rien ne nous est épargné. Mortuus se paie même le luxe d’ajouter un jumpscare musical (que je ne spoilerai pas) dans un de ses morceaux.

Mortuus, parlons-en, d’ailleurs. Quelle prestation vocale. Quel registre. Sur « Shedding Skin », il touche au sublime, avec une prestation littéralement habitée. Est-ce là le même frontman que celui qui officie sur Viktoria ?

Et malgré tout, ce Funeral Mist me déçoit un peu. Pas en raison de sa qualité, loin de là, mais plutôt parce qu’Hekatomb marque une évolution vers un Black Metal plus traditionnel. Comme si Funeral Mist se « mardukifiait ». Lorsque Marduk a commencé à intégrer des éléments plus « funeralmistiens » sur Rom 5:12, cette évolution m’a enchanté, car cet apport nouveau offrait une nouvelle dimension à Marduk. Ici, j’ai l’impression que Funeral Mist s’appauvrit en quelque sorte, et perd son côté unique.

Un cran au-dessus de la concurrence, un cran en-dessous des efforts précédents du groupe : voilà le paradoxe Hekatomb. S’il était sorti sous la bannière de Marduk, il serait instantanément devenu un de mes favoris du groupe. Ici, malgré ses qualités indéniables, il restera un peu dans l’ombre de son monstre de frère, l’intouchable Salvation.

Mister Patate (9/10)

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Norma Evangelium Diaboli / 2018
Tracklist (43:01) 1. In Nomine Domini 2. Naught but Death 3. Shedding Skin 4. Cockatrice 5. Metamorphosis 6. Within the Without 7. Hosanna 8. Pallor Mortis