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Hate Eternal – Infernus

De par sa double casquette (derrière les manettes dans son studio et à la tête de son groupe), Erik Rutan est un des incontournables du Death ricain made in Tampa Bay et, mine de rien, son bébé Hate Eternal file lentement mais sûrement vers son 20e anniversaire. Et le mien que l’on puisse dire, c’est que le groupe ne perd pas en force de frappe, loin de là.

En fait, c’est peut-être le reproche majeur que je dois adresser à Hate Eternal : son extrémisme. Là où d’autres groupes ont su opter pour d’autres voies (pas toujours avec le résultat escompté, on se souvient de la sortie de route de Morbid Angel sur l’album Illud Divinum Insanus), Hate Eternal s’est engouffré tête première dans la course à la brutalité. Résultat : chaque album de Hate Eternal finit, tôt ou tard, par se subir. J’ai beau adorer tous ces groupes brutaux as fuck, presque aucun ne me fait cet effet. Parce qu’Hate Eternal ne se contente pas de mouliner simplement.

Au contraire, Erik Rutan fait partie de ces compositeurs qui allient parfaitement brutalité et technique. Alors oui, à première vue, de loin et en posant une oreille distraite sur cet album, on ne retient pas grand-chose, mis à part l’avalanche sonore. Et c’est là que l’écoute au casque et au calme permet de rentrer dans ce monstre. Infernus est un pavé de 5 kilos sur les parois duquel on aurait gravé l’Ancien Testament en caractères minuscules. Regardé de près, il révèle tous ses secrets. Lancé à pleine vitesse, il t’éclate la gueule.

Pour véritablement apprécier cet album, il faut prendre le temps. Dompter la bête petit à petit, l’assimiler. À une époque où on a plutôt tendance à se coller vite fait une galette dans les feuilles de chou, Hate Eternal n’opte pas pour le kiff immédiat et reste fidèle à son credo. Plus le temps passe, et plus j’apprécie cet album, à tel point que je me demande où il finira dans mon top 10 cette année…

Mister Brute Force (8/10)

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Season Of Mist Records / 2015
Tracklist (45:45) 1. Locust Swarm 2. The Stygian Deep 3. Pathogenic Apathy 4. La Tempestad 5. Infernus 6. The Chosen One 7. Zealot, Crusader of War 8. Order of the Arcane Scripture 9. Chaos Theory 10. O' Majestic Being, Hear My Call

 

Son : bon sauf sur Revenge
Lights : pas mal, sauf sur Revenge
Affluence : beaucoup de monde
Ambiance : bon enfant
Moment fort : Krisiun

Ne nous voilons pas la face : l’édition 2014 avait été un fiasco à mes yeux. J’avoue avoir même hésité à me rendre dans le petit village de Méan cette année, et il aura fallu une affiche plus qu’alléchante et une météo clémente pour me convaincre. Retour sur une édition qui avait la lourde tâche de me réconcilier avec ce festival.

Premier constat : l’orga a tiré des enseignements des éditions précédentes, notamment en organisant son parking. Adieu le parking à l’arrache où la moitié des festivaliers se garaient comme des glands, quelques volontaires à l’entrée font le taf et s’assurent que le parking ne tourne pas à l’anarchie. Il aura fallu des années pour en arriver là, mais voilà déjà un bon point tout simple mais appréciable.

Nervosa avait la lourde tâche d’ouvrir les hostilités devant un public déjà bien fourni, et il faut reconnaître que de loin, avec une petite bière (dégueu, c’est de la Bofferding), ces trois thrasheuses brésiliennes font de l’effet et offrent une prestation énergique. Bon, certains compos semblaient parfois un peu longuettes, mais l’impression générale est bonne. Après, était-il nécessaire d’opter pour un groupe brésilien pour ouvrir le fest (tâche réservée jusqu’à présent à un groupe belge… si je ne devais pointer qu’une seule grossière erreur du fest, c’est d’avoir ignoré totalement les groupes belges cette année) ? La question est posée, mais Nervosa fait partie des bonnes surprises de la journée.

Ensuite, l’enchainement Death Metal à tendance occulte Made In Germany avec Drowned et Necros Christos. Du très bon. Du très lourd. Deux styles, deux écoles s’affrontent, et à ce petit jeu, Drowned m’a davantage séduit avec ses petits airs d’Incantation face à un Necros Christos plus touffu et plus ambiancé. Le niveau est déjà monté d’un cran, mais il est 17 heures et nous arrivons déjà à MA tête d’affiche, les Brésiliens de Krisiun.

Et bordel, les frangins font pas semblant. Ces gars ont tout compris quand il s’agit de faire voler du poil dans tous les sens. Piochant allègrement dans leur disco fournie, les trois bûcherons assènent sans répit une setlist qui décrasse bien les conduits. Le son est clair, le groupe content d’être là et le public réceptif. LE concert du jour pour moi avant un Grand Magus lent et poussif. Autant j’ai adoré Krisiun, autant les Suédois me laissent de marbre, et je passe mon set à boire/manger/taper la discute avec des potes.

Et ensuite, les deux « exclus », les ricains de Midnight et les Canadiens de Revenge. Punk ? Hardcore ? Metal ? Personnellement, je me moque éperdument de l’étiquette collée à Midnight. L’intérêt du groupe réside dans son énergie, et on a été servis ! Éclatement de guitare dans le public, compos expédiées pied au plancher, le trio joue fort, joue vite et le public, là aussi, répond présent. Mais ce n’est qu’un échauffement avant la plus grosse imposture de la journée.

Parce que oui, j’attendais beaucoup de la réputation sulfureuse de Revenge. La sécu est sur les dents. Et au final, le concert de Revenge se résumera à une avalanche de bruit. Le son est dégueu (alors qu’il était jusque là très bon), Revenge se subit plus qu’il ne s’apprécie. Radicalisme musical ou simplement Black Metal poussé à l’extrême ? Difficile à dire, mais je tiens là ma déception du jour. Le concert se termine avec l’ensemble de la sécu debout sur les barrières séparant le groupe du public. J’avoue que visuellement, ça faisait presque régiment d’armée sur fond de pilonnage sonore et que ça avait de la gueule… Maigre consolation.

Au niveau de la tête d’affiche, j’avais mes doutes vis-à-vis de Sodom… Et au final, ils se sont vérifiés. Après un début presque prometteur, j’ai rapidement eu l’impression d’avoir un groupe en roue libre devant moi… Je finirai donc par quitter le site du fest avant la fin, quitte à faire l’impasse sur (Dolch), dont j’ai rapidement écouté les sorties et qui me laisse de marbre.

Certes, la météo a été clémente. Toujours est-il que le Méan a fait des progrès en termes d’organisation pratique. Ça fait plaisir d’avoir l’impression d’avoir été écouté, même si je n’ai pas été le seul à pointer certains dysfonctionnements par le passé. Cette édition fait (presque) oublier le fiasco 2014… Allez, rendez-vous en 2016, en espérant que les Dieux de la Météo soient à nouveau aussi cléments !

Slayer – Repentless

slayerrepentlessPour moi, Slayer est mort avec Jeff. Je me souviens exactement du jour de son décès, la préparation du matos pour la route vers le Neurotic Deathfest, les albums de Slayer dans la bagnole, « War Ensemble » à pleins tubes dans la voiture pendant que Castor était parti se chercher à bouffer au Subway à deux pas du 013. C’était la fin d’une ère, et je m’étais juré que tout ce qui viendrait du groupe après cette date funeste ne me toucherait plus. Même si Jeff était absent depuis des mois et que Gary assurait un intérim plus que convaincant. Même si Jeff n’était qu’un quart du groupe (mais quel quart !)…

Et aujourd’hui, quatorze ans presque jour pour jour après la sortie de God Hates Us All et l’effondrement des Twin Towers, je suis là, devant mon PC, à me repasser encore et encore Repentless, le premier opus du groupe sans Jeff, LE compositeur de (presque) tous les hymnes du groupe. Ajoutez à cela le départ forcé de Dave Lombardo (remplacé par Paul Bostaph) et il y a de quoi être inquiet. Mes craintes étaient-elles fondées ? Kerry King a-t-il su faire oublier Jeff ? Slayer fait-il toujours du Slayer ?

Ce qui va suivre est loin d’être objectif. Si l’objectivité était une personne, je lui pèterais les rotules et je lui pisserais sur la gueule. Slayer n’est pas un simple groupe pour moi. Slayer est un des piliers, un repère. Alors oui, je risque d’être plus indulgent (ou justement plus sévère) envers la bande à Kerry qu’envers les autres…

Kiff direct ?

D’un côté, il y a le kiff direct, les morceaux qui font mouche sans pour autant devenir des classiques immédiats. Je pense notamment à « Relentless » et son intro « Delusions Of Saviour » qui, même s’il n’a pas la force de frappe d’un diptyque « Darkness Of Christ » / « Disciple », fait son petit effet en opener, ou à « Implode » et la nouvelle version d’« Atrocity Vendor » qui ont un petit « je ne sais quoi » de sympa. On est loin des brûlots du groupe qui font voler les ratiches à la ronde, mais Slayer a déjà chié ce genre de compos sur les albums précédents sans que personne ne crie à la mort ou à l’imposture.

(C’est ici que vous devez dire que je suis bien trop indulgent)

Mais d’un autre côté, Slayer se vautre aussi plusieurs fois dans la facilité, quand il ne passe pas pour un lion édenté sur plusieurs morceaux d’une pauvreté flagrante. « Cast The First Stone », « Piano Wire » (le dernier morceau composé par Jeff, reconnaissons-le… on comprend d’ailleurs pourquoi il ne l’a jamais finalisé et on se demande pourquoi Kerry a tenu à le coller sur cette galette), « When The Stillness Comes »… autant de morceaux qui me laissent de marbre, qui ne réveillent rien en moi. Le genre de compos que je range sur la même étagère que la majorité des compos de Diabolus In Musica. L’étagère qui prend la poussière.

Autre point négatif : le dernier morceau. Si vous regardez bien la plupart des albums du groupe, le dernier morceau était synonyme de conclusion en coup de poing : « Raining Blood », « Seasons In The Abyss » et, dans une autre mesure mais tout de même, « Payback », « Supremist » ou « Not Of This God ». Slayer mettait un point d’honneur à coller un bon point final à ses albums. « Pride And Prejudice » peut difficilement rivaliser avec ces compos et brise en quelque sorte une tradition.

« Mon » Slayer est mort

Je n’arrive pas à détester cet album. Même s’il est loin d’être prodigieux, même si un ep de 5 titres aurait été plus judicieux, même si, à mes yeux, Slayer est bel et bien mort avec Jeff. « Mon » Slayer est mort. Alors, comment juger cet album sans tout ce passif ? Comment faire abstraction de ce passif, de ces émotions qu’éveillent en moi les albums de Slayer que j’ai usés jusqu’à la corde. C’est impossible. En termes d’émotions et de ressenti, Relentless se place au-dessus de Diabolus In Musica. Avec ses quelques compos efficaces, il parvient à faire illusion un court instant avant que la raison l’emporte à nouveau et que les « mauvais » morceaux ne viennent rappeler qu’on est loin du niveau d’un Divine Intervention (qui est pourtant loin d’être mon album favori de Slayer).

Mon cœur me hurle de lui coller au moins un 6,66/10. Mon cerveau peine à concevoir une note supérieure à 4. Un 5/10 contentera tout le monde… même si cet album n’était franchement pas nécessaire et vient même, à mes yeux, écorner une discographie où les fautes de goût étaient très rares et compensées par des chefs-d’œuvre incontournables. Slayer de la retraite.

Mister Brute Force (5/10)

 

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Nuclear Blast Records / 2015

Tracklist (41:57) 1. Delusions of Saviour 2. Repentless 3. Take Control 4. Vices 5. Cast the First Stone 6. When the Stillness Comes 7. Chasing Death 8. Implode 9. Piano Wire 10. Atrocity Vendor 11. You Against You 12. Pride in Prejudice