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Niklas Kvarforth est un fou. Ou un génie. La frontière est floue, ténue. On se souvient d’un Niklas davantage réputé pour ses frasques sur scène que pour son talent musical, de shows annulés, d’autres concerts où l’on attendait le moment où il disjoncterait invariablement. Au fil des ans et des sorties, ceux qui doutaient encore du talent du gaillard ont dû se rendre à l’évidence que Shining ne se limitait pas à provoc et automutilation. Après un 8 ½ qui tenait plus de l’exercice de style que du véritable album, Shining revient avec IX, « la somme de toutes les expériences et des évolutions musicales de Niklas », comme nous le dit le feuillet promo joint à l’album. Et ce ne sont pas de vains mots, pour une fois.

Parce que Shining a encore passé un palier, et ce dès l’opener instrumental « Den Påtvingade Tvåsamheten ». Un instrumental, comme si Niklas laissait le soin à ses compagnons de dresser le décor… Épique, mélodique, cette intro nous plonge, lentement mais sûrement, dans le bain avant un premier assaut, avec un Niklas tout en hargne, histoire de nous rappeler qui est le patron, qui dirige la barque. « Vilja & Dröm » nous ramène vers un Shining mordant, accrocheur, avant de basculer dans la mélancolie sinistre de « Framtidsutsikter ». Niklas souffle le chaud et le froid, nous mène par le bout du nez, comme si tout cela n’était qu’un jeu pour lui, comme s’il voulait brouiller les pistes. Du Black des débuts aux influences prog, jazz, voire presque pop qui sont venues tout doucement se greffer à la musique de Shining, il n’y a qu’un pas pour Niklas. Comme sur scène, Niklas cherche ses limites pour mieux les repousser.

Les responsables promotion chez Season Of Mist ont vu juste : IX est la synthèse de tout ce que Shining a fait de bon au cours de son existence. Épurée de ses défauts, sa musique atteint à nouveau des sommets. Shining nous tire vers le haut, plus près des étoiles, pour ensuite nous enfoncer le museau dans la fange et la douleur. Si je n’avais qu’un reproche à faire, ce serait celui de ne pas avoir fini l’album sur « Inga Broar Kvar Att Bränna », la plage la plus réussie à mes yeux, où l’apaisement des instruments vient se heurter de front avec la rage et le désespoir du chant de Niklas… Voilà un prétendant sérieux au titre de l’album de l’année.

Mister Porn (9,5/10)

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Season Of Mist Records / 2015
Tracklist (xx:xx) 1. Den Påtvingade Tvåsamheten 2. Vilja & Dröm 3. Framtidsutsikter 4. Människotankens Vägglösa Rum 5. Inga Broar Kvar Att Bränna 6. Besök Från I(ho)nom

Omrade – Edari

Ulver, Manes, Dodheimsgard, God Is An Astronaut : voici les 4 noms cités en références pour ce premier effort d’Omrade, duo français sorti de nulle part. Il faut être particulièrement sûr de soi ou complètement inconscient pour oser un tel namedropping pour décrire son œuvre quand on a encore tout à prouver, tant ces groupes ont su, au fil des ans, atteindre des sommets. J’étais donc à la fois curieux et circonspect. Alors Edari, vague promesse qui débouchera sur une énième déception ou révélation de l’année ?

Bon, on va faire simple : Omrade m’a mis une claque. En Avantgarde Metal, quand on voit ce que la concurrence peut faire, on est pour ainsi dire obligés de se surpasser, de se transcender pour ne pas passer pour un vulgaire « clone de », et Omrade l’a parfaitement compris. Certes, on reconnaît les influences citées plus haut, plus particulièrement Ulver et Manes à mes yeux (parce qu’en matière d’éclectisme, je trouve qu’Ulver a fait plus que DHG, mais c’est un point de vue personnel), mais Omrade ne verse pas pour autant dans l’hommage à ces formations et sait tisser sa toile, créer son ambiance, son univers. Le propos est majoritairement sombre, tantôt apaisé, tantôt presque martial (« Ottaa Sen ») avec ces quelques touches plus lumineuses qui ajoutent du relief à l’album, la trame Metal est parsemée d’éléments moins traditionnels (rythmiques électro, cuivres) qui viennent vraiment apporter un petit quelque chose en plus (« Satellite And Narrow » avec le chant d’Asphodel est une véritable pépite). Rien n’est laissé au hasard, rien n’est fortuit, tout est calculé, pesé, réfléchi… et efficace. Même l’apparition de Guillaume Bideau sur « Luxurious Agony » est une réussite, et pourtant Dieu sait que son chant clair me dérange au plus haut point sur les albums de One Way Mirror. Ici, c’est beau, c’est propre, c’est touchant, je découvre enfin une facette de Guillaume Bideau qui me convainc réellement.

Edari est une réussite insolente, qui se moque des limites et se libère du carcan d’un genre pour faire ce que bon lui semble. Un peu à l’instar d’un Vulture Industries (qui s’inscrit, lui, dans la lignée d’Arcturus), Omrade marche dans les pas de ses idoles et rejoint cette scène Avantgarde norvégienne avec une facilité déconcertante. En dosant sciemment influences et personnalité propre, le duo – bien entouré de quelques guests – livre un album abouti, sans défaut et qui fait fi de toutes les barrières. Bravo, Messieurs.

Mister Porn (9,5/10)

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My Kingdom Music / 2015
Tracklist (46:40) 1. Motsogn 2. Mann Forelder 3. Luxurious Agony 4. Satellite And Narrow 5. Aben Dor 6. Friendly Herpes 7. Skam Parfyme 8. Ottaa Sen

Blodhemn – H7

6 mois de retard pour cette chronique, que les fans m’excusent, mais entre les mauvais albums auxquels j’ai accordé une attention non justifiée et les quelques bonnes surprises et valeurs sûres qui sont venues égayer mon quotidien, Blodhemn s’est perdu dans la pile des albums pas assez sexy pour m’aguicher et pas assez mauvais pour me donner des envies de meurtre et de chronique au vitriol.

Et d’emblée, vous connaissez mon point de vue, vous comprenez où je veux en venir. H7 a beau ne pas avoir l’étoffe d’un album exceptionnel, il n’est pas pour autant une sombre déception. Dans le genre pratiqué (du Black Metal, pour ceux qui ne connaissent pas le groupe), on a déjà vu mieux et pire. Le chant est moyen : pas faiblard, mais il manque de mordant, de haine. Les guitares ? Correctes dans l’ensemble, mais le riffing manque de folie, il manque une petite touche qui transcenderait les morceaux, qui rendrait le tout plus relevé. Et la section rythmique ? Ici aussi, le boulot est fait, avec conviction, certes (enfin, pour la batterie, parce que la basse ne ressort pas vraiment dans le mix), mais là aussi, on peut difficilement partir d’originalité.

Blodhemn (ou plutôt Invisus, son seul membre en studio) n’est ni un cancre, ni un prodige. Blodhemn n’apporte pas grand-chose à la scène Black Metal norvégienne, si ce n’est un album pas foncièrement mauvais mais rapidement oublié.

Mister Porn (4,5/10)

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Indie Recordings / 2014
Tracklist (xx:xx) 1. Flammenes Virke 2. Slettet Av Tid 3. Evig Heder 4. Veiten 3 5. Åndenes Ansikt 6. Fandesvenn 7. Holmengraa