Alors qu’une légende de la scène rock/métal vient de nous quitter (RIP Lemmy) il est rassurant de tenir dans la main et de s’apprêter à écouter le nouvel opus d’une autre valeur sûre, les anglais de SAXON. Les deux formations ont débuté outre-Manche au milieu des années 70 et n’ont cessé depuis de sortir des albums et d’écumer toutes les scènes du monde entier. Battering Ram n’est autre que le vingt et unième album des britanniques et suit de seulement deux ans son prédécesseur, Sacrifice (chronique ici). Et encore nous ne mentionnons pas les multiples sorties live publiées entre temps.
Et les fans seront heureux de retrouver un SAXON très en forme qui s’amuse à mélanger des influences old-school et une approche plus agressive et moderne selon les compositions. La patte des anglais restent rapidement identifiables, la voix de Byford faisant partie de ce bagage si spécifique. L’album ouvre sur un bel uppercut, la chanson éponyme qui lance les hostilités dès la première secondes. Le duo de guitaristes s’en donne à cœur joie et se répondent à toute vitesse. Paul Quinn et Doug Scarratt ne sont pas là pour regarder passer le train et démontrent tout leur savoir-faire avec leur instrument fétiche. Amis shredders vous allez être aux anges. Battering Ram est mené tambour battant et les périodes d’accalmie seront de courtes durées. Par rapport à Sacrifice, SAXON semble avoir durci sensiblement le ton, aiguisant avec application le tranchant des guitares, ciselant les rythmiques et les mélodies. Un joli travail. Comme d’habitude Byford s’est chargé des paroles alors que la musique reste un effort collectif. Au niveau son et de la production, rien à redire non plus. Cette tâche a été confiée à Andy Sneap (MEGADETH, TESTAMENT, EXODUS, ACCEPT) et a été menée à bien aux Backstage Recording Studios dans le Derbyshire.
Nous n'allons pas essayer de vous faire prendre des vessies pour des lanternes, votre serviteur est loin d’être un fan inconditionnel de SAXON. Le sérieux et le savoir-faire indéniable affiché ici confirme les standards élevés de qualités toujours affichés par les anglais. SAXON fait un peu la même chose depuis plus de trente ans à quelques variations près mais il le fait bien. Battering Ram s’avère un album solide et abouti auquel il manque quand même quelques hymnes imparables pour définitivement convaincre. Mais leurs aficionados applaudiront des deux mains.
Tracklist (46:28 mn) 01. Battering Ram 02. The Devil's Footprint 03. Queen Of Hearts 04. Destroyer 05. Hard And Fast 06. Eye Of The Storm 07. Stand Your Ground 08. Top Of The World 09. To The End 10. Kingdom Of The Cross
Joli petit syndrome “Madeleine de Proust” à l’écoute de ce nouvel opus des californiens d’UGLY KID JOE. Bien que nos amis aient reformé le groupe En mai 2010 et publié un EP, Stairway To Hell en 2012, Uglier Than They Used to Be est le premier véritable album depuis Motel California (1996). Et pour bon nombre d’entre nous, ils ont disparus des radars depuis leur succès en 1992 d’America's Least Wanted (« Everything about You »). Mais depuis vingt ans, chaque musicien a évolué de son côté. Whitfield Crane au sein de LIFE OF AGONY, a intégré LIFE OF AGONY puis ANOTHER ANIMAL, Dave Fortman s’est mué en producteur pour de nombreux albums métal, Shannon Larkin s’est investi dans GODSMACK…
Saluons le fait que les américains continuent de ne pas se prendre trop au sérieux. Il suffit de voir la pochette de l’album, souvenir du passé et les illustrations du livret. Partisan du « plus il y a de fous, plus on rit », l’UGLY KID JOE version 2015 compte bien des membres. Ils sont sept sur ce disque sans compter la présence de guests de prestige, Phil Campbell de MOTÖRHEAD sur trois titres et Dallas Fresca sur une chanson. Terminons en signalant que ce disque a été financer via un campagne de crowfunding sur Pledge Music.
Peu de choses ont changé depuis le début des années 90. UGLY KID JOE remet le couvert sans changer son fusil d’épaule, distillant des titres rock mélodiques et accrocheurs. L’ensemble n’est pas très origianl et apparait même déjà entendu parfois (« Hell Ain't Hard to Find » ressemble souvent à « Learn to Fly » des FOO FIGHTERS) et les reprises sont nombreuses. Mais à part cela, le groupe n’a pas perdu de son talent et propose des chansons très agréables qui ne manqueront pas de faire taper du pied et secouer la tête les fans de rock US. « Let the Record Play » possède un joli groove, « Bad Seed » martèle son message avec force et conviction alors que « Nothing Ever Changes » nous permet de redécouvrir la face la plus calme du groupe. Les reprises restent fidèles et donc impulsent un supplément d’énergie sympathique.
Après dix-neuf années de silence, Uglier Than They Used to Be signe un retour convaincant et laisse quelques regrets sur ces deux décennies de silence. Mais il fallait peut-être cela pour que le groupe ne se déchire pas après avoir connu rapidement un énorme succès suivi d’un certain déclin. Un joli comeback.
Tracklist (48:27 mn) 01. Hell Ain't Hard to Find 02. Let the Record Play 03. Bad Seed 04. Mirror the Man 05. She's Already Gone 06. Nothing Ever Changes 07. My Old Man 08. Under the Bottom 09. Ace of Spades (MOTÖRHEAD cover) 10. The Enemy 11. Papa Was a Rolling Stone (TEMPTATIONS cover)
Faute de temps mais surtout du fait que j’ai réceptionné assez tardivement cet album, je me décide enfin à vous parler de Aq'ab'al, la dernière bombe Black Metal de Volahn. Initialement sorti en septembre 2014 au format cassette démo mais qui a été rééditée en janvier 2015 pour ce qui est des versions digitale, cassette boxed set, vinyle et cd digipack. C’est d’ailleurs Iron Bonehead Productions (site ici et facebook là) qui a édité les versions vinyle et cd digipack. Impossible de vous parler de Volahn sans vous parler de Crepúsculo Negro (the Black Twilight Circle) : un label mais aussi collectif artistique, de pensées, de musiciens et de groupes. Ce collectif a un fonctionnement qui à bien des égards fait penser au collectif français Les Légions Noires (The Black Legions ) qui regroupait des formations tels que Vlad Tepes, Mütiilation, Amaka Hahina, Belketre, Satanicum Tenebrae ou Torgeist.
Donc pour faire bref Volahn en plus d’être le pseudonyme de l’artiste Eduardo Ramírez qui est un des fondateurs de Crepúsculo Negro (the Black Twilight Circle), c’est aussi le nom d’une des formations participant à l’activité de ce collectif entamé en 2002. Comme je le disais un peu plus haut ce collectif américain regroupe une dizaine de formations actives dont Axeman (Black Death influencé par le Crust et le d-beat de groupes comme Amebix) ou Arizmenda (un Black Metal qui partage beaucoup de similarités avec Volahn mais je dirais dans une expression plus "Doom" et dépressive). J’en ai pris deux que j’apprécie particulièrement mais vous pouvez visiter via le bandcamp du collectif ici ou son site là le large éventail des productions qu’il regroupe et propose. Le tout dans une démarche très brute et indépendante car dois-je vous le rappeler, nous avons à faire ici à une démarche artistique totalement Black Metal inspirée par la seconde vague scandinave des 90s ou celle de la scène Black Metal hellène.
En fouinant un peu vous constaterez peut-être que Volahn, la chose de monsieur Eduardo Ramírez, a à son actif une multitude de split albums mais aussi un premier skeud Dimensiónes del trance kósmico (2008) et un album live Live Ritual (2010). Aq'ab'al est donc son deuxième opus longue durée et quelle œuvre ! En effet je suis particulièrement rentré en résonance avec le propos exposé par Volahn sur cet album ! Tout d’abords j’ai été très emballé sur la forme de l’œuvre. Du superbe artwork réalisé par Kallathon (qui a sa formation du même nom au sein de The BTC et qui fait partie du line-up live de Volahn) avec sa représentation d’art Maya au son de l’album qui a été enregistré au Black Twilight Studio par Eduardo Ramirez alors que les mixage et mastering ce sont déroulés au Solomon's Gate par Arthur Rizk. Pour mémoire on retrouve le travail de ce dernier sur l’album de Pissgrave que j'ai chroniqué il y a quelques mois (chronique ici) mais il a également travaillé avec bon nombre de formations comme Acualli (qui milite aussi au sein du collectif The BTC) ou Inquisition sur un de ses albums références l’excellentissime Obscure Verses for the Multiverse (2013).
Cette production sonore est vraiment spéciale et atypique pour le style pratiqué par Volahn : le Black Metal. Elle est étouffée mais très claire à la fois ce qui lui confère une couleur raw (comprendre brute et sans artifice technologique) bien plus proche des standards de la musique acide et psychédélique ou progressive des 70s que du Metal. C’est bien simple on dirait presque que l’on a à faire à une prise live ! De ce fait les personnes habituées aux sonorités du Metal actuel risquent d’être un peu décontenancées ! Mais voyez-vous c’est ce qui m’a énormément touché à l’écoute de la musique du groupe. Je ne sais pas trop comment l’expliquer mais une sobriété assortie d’une justesse en découle. Tout transpire la sincérité en fait chez Volahn et votre serviteur à soif de cette valeur dans le Metal, plus encore quand elle s’appuie sur une base Metal extrême comme c’est le cas ici.
Aq'ab'al poursuit donc le travail amorcé sur l’album Dimensiónes del trance kósmico (2008) et assoit la vision très stylisée de Volahn par un Black Metal racé aux contorsions Heavy metal, Pagan Folk et Psychédéliques. Pour ce faire il choisit la plupart du temps de s’exprimer via de longues compositions car hormis le ramassé et très intense « Halhi K'ohba » avoisinant les cinq minutes, tous les autres titres excèdent les huit minutes. La touche exotique et Pagan et très présente sur certains morceaux comme sur « Bonampak » avec ses flûtes et ses guitares acoustiques ou vers la fin de « Najtir Ichik ». A d’autres instants c’est le côté Psychédélique qui l’emporte avec des bruits et ambiances distillés par de légers claviers atmosphériques comme sur « Quetzalcoatl » ou des effets Loop à la pédale comme sur « Najtir Ichik » et « Halhi K'ohba ». On peut aussi à tout moment pendant l’album retrouver des effets bizarres d'echos ou de reverbe sur certains vocaux.
Eduardo Ramírez nous envoie à la face tout son génie de compositeur ainsi qu’une très grande technique et dextérité instrumentale digne des plus grands shreddeurs du petit monde du Metal ! Aq'ab'al c’est ça : une grande générosité en terme de musicalité et de vitesse d’exécution ! Le large panel des vocalises de Eduardo Ramírez tout comme la polyvalence des rythmiques et plus particulièrement celle de la batterie ou de la basse (cette dernière un peu plus discrète), sont aussi de gros points forts dans la musique de Volahn ! Et quand le tout est chanté entièrement en espagnole en narrant des concepts mystiques sur le chaos et les civilisations préhispaniques, cela rajoute encore plus d'exotisme de manière exacerbé à l’album !
Je vous recommande grandement le visionnage de ces vidéo pour capter les vibrations de la musique de Volahn en condition live ainsi que l’excellence de la prestation de chacun de ses musiciens composant le line-up live : lien youtube ici et un autre là.
Aq'ab'al est un énorme pavé de virtuosité, de mysticisme, de psychédélisme, de musicalité et de violente transcendance païenne jeté dans une marmite bouillonnante de Black Metal ! Une œuvre extrémiste qui confine au génie et à l’indépendance voire l’émancipation artistique ! Tout simplement le meilleur album dans la catégorie Black Metal d’après votre serviteur et qui vient se poser à la deuxième place de son Top album Metal 2015 ! Vous êtes prévenus que ceci est une œuvre d’exception !